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Full text of "Manuel du Voyageur en Suisse et en Tyrol ..."

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Digitized by the Internet Archive 

in 2011 with funding from 

University of Illinois Urbana-Champaign 



http://www.archive.org/details/manuelduvoyageurOOaudi 



LE NOUVEL EBEL. 



MANUEL 

DU VOYAGEUR EN SUISSE. 



jmsmr: 



L'éditeur de cet itinéraire recevra avec reconnaissance les 
renseignements, notes et rectifications qu'on voudrait bien lui 
communiquer. 

Le Guide du voyageur en Suisse , ainsi que les autres 
itinéraires de Richard, publiés par l'éditeur L. Maison, se 
trouvent en Suisse et en France chez tous les libraires. 



Corbeil, imp. de Crété. 



Of lht 



MANUEL 

DU VOYAGEUR 

EN SUISSE ET EN TYROL, 

Comprenant : 

!• La description des villes, villages , hameaux de la Suisse ; 2° des notices détaillées 

sur les curiosités naturelles, lacs, glaciers, cascades, points de vue, etc. ; 

3o l'indication des hôtels, bains ; 4<> les taxes des bateaux sur les 

divers lacs ; Soles distances calculées par minutes: 6» les 

renseignements utiles au voyageur et au curieux, 

AVEC 

L'Itinéraire complet de la vallée de Chamouni ; l'Itinéraire de l' Oberland , 

d'après TVyss; du pays des Grisons, d'après les voyages pittoresques 

les plus récents ; l'Itinéraire du mont Rigi ; celui des bords du lac 

de Genève , d'après M . Manget; 

ENRICHI 

Des Cartes de /'Oberland , par Wyss ; de la vallée de Chamouni , d'après Hartmann, 
extraite de la Karte der Schweitz, nach Lutz; de vues et de gravures ; 

Et de la Grande carte île la Suisse, par Keller, 

Gravée sur acier. 
NOUVELLE ÉDITION 

REYUE, COORDONNÉE, MISE EN ORDRE ET AUGMENTEE DE 300 ARTICLES NOUVEAUX, 

PAR RICHARD, 

Auteur du Guide du Voyageur en France. 

PRÉCÉDÉ 

D'UN VOCABULAIRE DES DIFFÉRENTS DIALECTES DE LA SUISSE ALLEMANDE. 



PARIS. 

L. MAISON, ÉDITEUR DES GUIDES RICHARD, 

QUAI DES AUGUSTIN», 29. 

1846 



E d 32_-a.r ■& 
Jg-.ifU 



RECUEIL ALPHABÉTIQUE 

Des expressions particulières aux dialectes suisses , et les plus 
familières dans la conversation ordinaire. 



Les Allemands qui voyagent en Suisse , ainsi que les autres étran- 
gers qui savent le haut allemand, trouvent de si grandes difficultés 
jdans les dialectes en usage dans ce pays, qu'ils ont bien de la peine 
a se faire entendre et à comprendre ce qu'on leur dit. Ces difficultés 
sont capables d'enlever à l'observateur qui , désireux de s'instruire , 
aime à entrer en conversation avec des personnes de toutes les classes 
du peuple , une bonne partie de ses jouissances , et du fruit qu'il 
pourrait se promettre de cette méthode. Ainsi il ne sera pas hors de 
propos de donner ici un recueil des expressions particulières aux dia- 
lectes suisses , lesquelles reviennent le plus souvent dans la conversa- 
tion ordinaire. 



A *. 



DIALECTE SUISSE. 


ALLEMAND . 


FRANÇAIS. 


Aetxen ou abaetzen , 


abweiden , 


pâturer, par exemple une 
prairie (se dit du bétail). 


abbreche, 


{die), lichtputze, 


des mouchettes. 


abe , aben , 


hinab , unten , 


en bas. 


abekeien , 


herunterfallen , 


tomber. 


aben , 


abnehmen , 


décroître, détériorer» 


aber , 


voin schnee befreyt, 


adj. où la neige a fondu. 


abhauen , 


abschneiden , 


couper, par exemple, en 
parlant du pain, de la 
viande , des cheveux, etc. 


abig, 


abend , 


le soir. 


s'abigesse , 


das vesperbrod , 


le goûté. 


z'abedessen , 


— — — 


goûter. 


aebo, apod? 


ist's moeglich? 


est-il possible? 
quelle absurdité ! 


ac chlih , 


ein klein wenig , 


un peu. 


ae , ac m an , ae wyb , 


ein , eine ; ein mann , ein 

weib , 


un homme, une femme. 


aefart , 


kurtz , einraal , 


en un mot, enfin. 


afe, 


schon , 


déjà. 


afe mcngs , 


schon viel , 


déjà beaucoup. 


afed , 


bald, 


bientôt. 


albig , 


iminer , 


toujours. 


ail pott , 


oft, 


souvent. 


d'allemend , 


gemeinweid , 


le pâturage de la commune. 


aetti , atti , 


vater , 


le père. 


aeni , 


grossvater , 


le grand-père , l'aïeul. 


aeufnen , 


in aufnahm bringcn , 


avancer, faire prospérer. 


alpe, 


viehweide auf den alpen , 


alpage; pâturage de mon- 



tagne . 

* Les lettres tréma ont été remplacées par ae et oe , comme elles don eut se pro- 
noncer. 



716086 



DIALECTE SUISSE. 

auf die alp fahre, und ab- 
fahre , 



SUISSE, 

ALLEMAND. 

das vieh auf die alpen trei- 
ben, od. herabtreiben , 



aenae, aenert, iïberaenae , ' jenseits , 



anke ( der ) , 

anKen , 

ankekiibel (der), 

ap! 

arbe ( die ). 



aiili , 

zum auffahl komnien , 
uisserer , 



der butter , 
butter machen, 
das butterfass , 
behiite ! das sey fern ! 
arve , 



mutterschaf, 
junges schai, 
bankrott raachen , 
fremder , 



FRANÇAIS. 

mener les bestiaux sur la 
montagne , et les en faire 
descendre. 

en-delà. 

le beurre. 

faire le beurre. 

beurrière. 

oh bon ! quelle idée ! 

(pinits cembra, L. ) espèce 
de pin des Alpes, dont les 
fruits , nommés zlernùsse 
ou arbennusse ( les pi- 
geons dans la Suisse ro- 
mane), sont recommandés 
contre certaines maladies 
des poumons. 

la brebis mère. 

la jeune brebis. 

faire banqueroute. 

l'étranger. 



Baegden, 

balgen , 

bannwart ( der ), 
ban, bu {der), 
buen , 

b'hùt'ecn Gott ! 
b'iiut's Gott! 



ja , b'hiitis Gott, 



benne {die), 
blasent ( der ) , 

bloed , 

bloed seyn , 
biutt , 

brut (die), brutli , 
bruttmen , 
brenz ( der ), 
breschthaft , 
brieggen , 
briielen, 

b'scheid ( der ), 
beschciden ( einen ), 



bscheiden, 

ae b'scheidne ma , 
b'schissen , 
b'schiss ( der 1, 
b'schicken ( einen ), 
b'schussen , 



B. 

beiten , warten , 
schmaelen , 
forstaufseher , 
mist , diinger , 
diingern , 

leb wohl , Gott befohlen ! 
Gott bewahre! (als starke 
Verneinung ) , 

ja , freylich (sticrkste beja- 
bung), 

schubkarren, 
ungevvitter , 

ungesalzen, unschmackbaft, 

iibel seyn , 
weich , 

butterschnite , 
butterschnitten machen , 
brandtwein , 
siech , 
m einen , 
heulen , 

antwort , bericht , 
einen vor sich kommen las- 
sen , vor Gericht laden , 

rœthlich , weisen rath ge- 

bend, 
ein weiser mann , 
beschmutzen , betriegen , 
betrug , 

holen, zu sich rufen lassen, 
saettigen, gedeyen , 



attendre . 

gronder. 

le garde-forêt. 

fumier , engrais. 

fumer la terre. 

Dieu vous garde! adieu. 

non vraiment! quelle ab- 
surdité! (Formule de forte 
négation. ) 

oui sans doute, oui assu- 
rément. (Formule de forte 
affirmation. ) 

brouette, tombereau. 

pluie mêlée d'orage et de 
tonnerre. 

qui manque de sel , fade , 
insipide. 

se trouver mal. 

mou, tendre. 

la beurrée. 

faire des beurrées. 

l'eau-de-vie. 

malade et infirme. 

pleurer. 

pousser de grands cris , hur- 
ler. 

la réponse. 

faire venir quelqu'un de- 
vant soi, citer quelqu'un 
par-devant les tribunaux. 

de bon conseil. 

un homme de bon conseil, 
tromper, tricher, salir, 
la tromperie, 
faire venir quelqu'un, 
paraître , offrir beaucoup de 
! masse , d'apparence. 



RECUEIL ALPHABÉTIQUE. 



DIALECTE SUISSE. 


ALLEMAND. 


FRANÇAIS. 


biihel ( (1er ) , 


hiïgell , 


colline. 


b uesse (die) , 


geldstrafe , 


amende pécuniaire. 


einen biissen , 


an geld strafen , 


mettre quelqu'un à l'amen- 
de. 


Chiben , 


c. 

raaulen , 


bouder. 


chibig, 


verdriesslich, 


boudeur. 


collatzen , 


friihstiïcken , 


déjeuner. 


eollatz , 


das friihstuck , 

D. 


le déjeuner. 


Dadure , 


dadurch , 


par-là . 


dae waeg , 


so ! ey ! das gesteh' ich, 


oui-dà ! vraiment ! ( Inter- 
jection très-usitée dans 
le canton de Zurich.) 


deis ou dings , 


auf kredit, 


à crédit. 


dergliche thue , 


sich so stellen , 


faire semblant. 


dette , dotte , doette , 


mutter , 


la mère. 


difig, 


flink, 


agile , alerte . 


dige fleisch, 


gerseuchert fleisch, 


de la viande fumée. 


dobae, 


oben, 


là-haut. 


dusem , 


schwiil, finster, traurig, 
E. 


d'une chaleur étouffante 
(en parlant de l'air), ob- 
scur, triste. 


Einlefi ou entlife , 


eilf, 


onze. 


emd ( das ), 


grummet , 


le regain, seconde herbe. 


eppen, epper, eppis. Voyez 


/ 




oeppen, oepper, oeppis. 






erlihde ( sich ), 


der miihe werth seyn , 


valoir la peine. 


erwahren (sich), 


sich als wahr erfiillen , 


s'accomplir , par exemple 
une prophétie. 


eyerdotsch ou detsch (der), 


eyerkuchen , 

F. 
trupp , z. b. ziegen ; auch 


l'omelette. 


Fasel ( der ) , 


une troupe, par exemple, 




junges vieh , 


de chèvres , it. de jeunes 
bestiaux . 


fasoelen , 


grime bohnen, 


des haricots verts. 


fazenetli ( das ) , 


schnuftuch , 


mouchoir de poche. 


fern, 


verwichenes jahr, 


l'an passé. 


firn , 


gletscher , 


le glacier (dans quelques 
contrées de la Suisse). 


fUïsmen , 


ins ohr fliistern , 


dire à l'oreille. 


fliiderwetter (das), 


regenwetter , 


temps pluvieux. 


flue ( die ), 


steile felsenwand, 


paroi de rocher. 


foehn ( der), 


sudwestwind , 


le vent de sud-ouest. 


fore ( die ), 


fichte , 


le pin ( pinus silvestris, L.). 


foerene (die), 


forelle , 


la truite. 


frevel ( der ), 


kleiner diebstahl , beschac- 


(ce mot en bon allemand 




digung, 


signifie un crime, un at- 
tentat ) , petit larcin , 
dommage fait. 


frueht (die), 


das getraide, 


le grain , le blé. 


frutig , 


hurtig , munler , 


agile , alerte , vif. 


frey , fry , 


ja bald, sehr, 


bientôt , extrêmement. 



IV 



SUISSE. 



DIALECTE SUISSE. 


ALLEMAND. 


FRANÇAIS. 


freyner , fryner mensch , 


gefœllig,freundlicher mann, 


un homme complaisant, 
amical. 


fuere , 


saettigen , 


rassasier. 


î'iïrgiirtle ( das ) , fiïrschos , 


schiirze , 


le tablier. 


furschiibbe , fiirtuech , 






fui , ae fuies niul , ae fulcr 


boese, arg, z. b. arger 


méchant , mauvais : par 


chetzer , 


schalk , 

G. 


exemple, une mauvaise 
langue, un mauvais co- 
quin. 


Gadc , 


zimmer, kamroer, 


chambre. 


d'gaiss (die), 


ziege, geise, 


chèvre. 


gizzi ( das), 


j unge ziege , 


chevreau. 


gaelï, gaellet? gaellet, sic? 


nichtwahr ? 


n'est-ce pas? 


etc., 






gelt , gaelt , 


untraegtig , 


se dit des bestiaux qui ne 
donnent pas encore de 
lait , ou qui n'en donnent 
plus. 


gamsthier ou gamschi , 


die gems , 


le chamois. 


gant ( die), 


die versteigerung , 


l'encan. 


gascht, v. jaschl, 






gelaend (das) , 


sanft absteigende und 


terrain fertile situé sur le 




fruchtbare bergseite , 


revers d'une montagne 
en pente douce. 


geng, gaeng, geing, 


imraer , 


toujours. 


geng wie geng , 


allzeit gleich , 


toujours de même ( expres- 
sion très- usitée dans le 
canton de Berne ). 


g'schwey (die), 


schwaegerinn , 


belle-sœur, sœur du mari 
ou de la femme. 


g'shick , 


ein bauerngut, 


maison de paysan , avec 
les fonds qui en dépen- 
dent. 


g'whare , 


wahrnehmen , 


apercevoir. 


sich g'wahre, 


sich in acht nehmcn , 


prendre garde à soi. 


g'ha ha , 


gehabt habcn , 


avoir eu. 


g'hei , 


diinstig, 


chargé de vapeurs ( en par- 
lant de l'air). 


d'giessene (die), 


wasserfall , 


la cascade, chute d'eau. 


glih , 


sogleich , 


tout de suite. 


go, ga, 


gehen , 


aller. 


goppel, d'r goppel , 


so Gott will , 


j'espère que, il faut espérer 
que ( expression en usage 
dans les campagnes du 
canton de Zurich ). 


gotte , 


pathinn , 


marraine. 


goetti , 


pathe , 


parrain. 


graech , 


fertig , 


qui a fini, qui est fini. 


grusam , 


ausserordentlich , 


extraordinairement . 


grien , 


grober sand , 


de gros sable. 


griesel , 


hagel , 


grêle. 


grofstochtcr , 


enkelinn , 


petite fille. 


griisch (das), ou chriîsch, 


kleie , 


le son (séparé de la farine.) 


griiseli , 


schreeklich , 


terrible. 


g'schraaek, 


geruch , 


odeur, odorat. 


schraoecke , 


riccbcn , 


sentir, avoir une odeur. (En 
allemand , ces termes se 
rapportent à l'organe du 
goût. ) 



RECUEIL ALPHABÉTIQUE. 



DIALECTE SUISSE. 


ALLEMAND. 


FRANÇAIS. 


d'giill (die), 


mischtlauche , 


(dans le canton de Glaris 
on dit brtihe), eau de 
fumier. 


giilten , 


zinzen von kapitalien, die 


intérêts de capitaux placés 




auf griindstucke stehen, 


sur des biens-fonds. 


giiter , 


wiesen in den thaelern und 


prairies situées dans les 




an fruchtbaren bergen , 


vallées ou sur des mon- 
tagnes fertiles. 


d'gufe (die), 


stecknadel , 


l'épingle. 


gugsete ou guslete , 


mit schnee vermischter re- 
gcn , 


pluie mêlée de neige. 


guraeli , 


erdaepfel , 


pomme de terre (peu usité). 
On dit plus communé- 
ment herdaepfel. 


dguttere ( die), 


flasche , 

II. 


bouteille. 


Hafe (der), 


topf, 


le pot. 


halde , 


sanfte anhoehe , 


colline d'une pente douce. 


harame {die), 


sehinken , 


jambon. 


haure , huure , 


kauern , 


se tenir accroupi. 


heerd , 


erde , 


la terre. 


heira , heimet , 


wohnung in der mitte eini- 


habitation située au milieu 




ger wiesen , 


des prés. 


heimeln , anheimel , nés 


angenehin, anziehend seyn, 


être agréable, exercer un 


heimelt rai ah , 




certain attrait de rémi- 
niscence. 


helge , helgli , 


kupferstiche , 


estampes, images. 


herbste (das), 


weinlese , 


les vendanges. 


herzig , 


lieb wie mein herz , 


charmant, délicieux (dérivé 
de herz , le cœur). 


heuet , 


die heuernde , 


les foins, les fenaisons. 


heusche heischen , 


fordern , fragen , beteln , 


demander , mendier. 


hochzyter , 


braeutigam , 


l'époux, le fiancé. 


hoeh , hoe sy , 


verdriesslich , ungehalten 


être en colère contre quel- 




seyn, 


qu'un. 


liiibel , 


hiigel, 


la colline. 


hiir , 


dièses jahr, 


cette année-ci. 


hiirig , 


heuer, 


de cette année. 


hiisli , 


heinilich geraach, 


cabinet d'aisances, les com- 
modités 


hung , 


bonig, 


miel. 


huse, 


ordentlich wirtschaften , 


épargner, vivre avec éco- 




sparsain seyn , 


nomie. 


husli , 


sparsam , 

I. 
bitze , zorn , 


économiquement. 


Jascht , 


chaleur , emportement . 


imme, 


biene , 


l'abeille. 


jo , joa , 


ja, 


oui. 


juget , 


ein neugcbornes kind , 


l'enfant nouveau-né. 



Kaese, kisel , kusel, 

kaerfernmues, 

kampel, 

kang, gang, ebang 



K. 

griine erbsen in den scliot- sortedepois que l'on man 



ten, 
zuckercrbsen, 



kamm , 

fort , geh fort , 



verts avec leurs cosses. 
des pois verts que l'on 

mange sans les cosses. 
le peigne, 
ôte-toi de là, va-t'en. 

a* 



SUISSE. 



DIALECTE SUISSE. 

kappis, kabbis, 

kersestock , 
ketzer , chetzer , 
kilbe , 

kilche , kille , 

kilçhgang , 
kilte, zukilte ga, 



klaetsebge , 
koely , 
s'koech , 
kratte , 
kriesi , 
kriesiwasser , 

kilber , 



kutteln . 



ALLEMAND. 

weisskraut , 

leucbter , 
hundsfott , scbalk , 
kirmes , kirchweih , 

kirche , 

begraebniss , 

jemand des abends besu- 
chen; des nachts die 
inaedchen besuchen , 



ptlaume , 

wirsigkohl , 

grimes zugeraiis , 

kleiner korb , 

kirschen , 

aus kirschen abgezogner 

brandtM ein , 
ein mann, der sommer und 

winter sennerey reibt, 

kaldaunen , 



FRANÇAIS. 

les choux blancs pommés, 
cabus. 

le chandelier. 

fourbe , rusé. 

fête de l'église ou du pa- 
tron de la paroisse. 

église. 

enterrement. 

rendre une visite nocturne 
à quelqu'un. (Ce terme 
s'emploie principalement 
de celles que les jeunes 
gens font pendant la nuit 
aux. filles.) 

pruneaux, sortes de prunes. 

choux verts. 

les légumes verts. 

petite corbeille. 

des cerises. 

liqueur forte extraite de 
cerises. 

un homme qui s'occupe hi- 
ver et été des divers tra- 
vaux des chalets, 
des tripes. 



L. 



Lachsne , 


hexcn , 


lachsner , 


hexemneister , 


lachsnerey , 


hexerey , 


lade {der) , 


das brett , 


laide , leide , 


vor gericht angeben , 


laider , 


der klaeger, 


lapp, lupp, 


lab, im wasser ausgcloester 




kaelbermagen womit die 




milch zum gerinnen gc- 




braucht wird , 


lappi , 


ein mensch der zu nichts 




geschickt ist , 


lattwerge , 


kirschen, birnen od. pflaura- 




muss , 


laube , 


hausflur , vorsaal , 


lauwe , lauwine , lauene , 


schneesturtz von den hoehen 


lawine , 


der felsen, 


lebkouche , 


pfefferkuche , 


legel , 


kleines fass , 


lehrmann , 


pachter , 


lehrgotte . 


schulmeisterin , 


lcibgeding , 


wittwengehalt , 


leid , 


unartig , unfreundlich , 


leid werden, 


schlecht wetter werden , 


leidwerk , 


hexerey , 



faire des sortilèges. 

le sorcier. 

sortilège. 

la planche. 

accuser par-devant la jus- 
tice. 

l'accusateur. 

présure , estomac de veau 
que l'on dissout dans l'eau 
pour faire cailler le lait. 

un idiot , homme stupide 

et niais, qui n'est bon à 

rien, 
confiture , ou conserve de 

poires , de cerises ou de 

prunes, 
vestibule, antichambre, 
avalanche, lavange, chute 

des neiges du haut des 

montagnes dans les lieux 

plus bas. 
le pain d'épices. 
petit tonneau, 
fermier. 

maîtresse d'école, 
douaire d'une veuve, 
incivil , désagréable , peu 

amical, 
se dit du temps quand il 

se dérange et qu'il devient 

mauvais, 
sortilège. 



RECUEIL ALPHABÉTIQUE. Vil 

DIALECTE SUISSE. ALLEMAND. FRANÇAIS. 



faire quelque ehosc pour 
causer du déplaisir à quel- 
qu'un. 

avoir tort. 

faire mal, ne pas bien faire. 

être faux ; se tromper. 

se lamenter. 

avoir le cerveau dérangé. 

leçon qu'un maître donne , 

tâche, pensum, 
salaire d'un domestique ou 

d'un journalier, 
drap de lit. 
tendre, mou. « 
tricoter, 
peu. 

loueur de chevaux, 
écouter , prêter l'oreille, 
interroger, écouter des té- 
moins, 
les yeux, 
regarder, 
considérer, 
épier, 
fouiller partout , visiter 

tout, 
être spectateur, 
spectateur, 
sonner la clochette ( à la 

porte de la maison) ou 

la cloche, 
un dissipateur qui mange 

follement son bien, 
tomber dans la misère. 



être de mauvaise humeur. 

le faucheur. 

jeune fille. 

maint. 

combien ? 

prairie. 

pays où il y a beaucoup de 
prés ; terrain propre aux 
prairies. 

groseilles rouges, raisins de 
mars au pays de Vaud. 

d'une gaîté maligne ; es- 
piègle; difficile pour le 
manger. 

faire le maître , blâmer , 
commander. 

le marguillier , sonneur. 

mie du pain. 

par ma loi. 

le déjeuner. 

tache faite sur un habit. 



leidwerKe , 


zuwider handeln , 


letz ha , 


unrecht haben , 


letz mâche , 


unrecht machen , 


letz sy , 


verkehrt, falsch, schlimm 




seyn , 


letz thue, 


jammern , 


letz in Kopf sy , 


nient recht bey sinnen 




seyn , 


lezge , 


lektion in der schule, 


lidlohn , 


lohn der dienstboten und 




der tagloehner, 


lihlachen , 


bett-tuch , 


lind, 


weich , 


lismen , 


stricken r 


litzel , ou liitzel , 


wenig , 


lohnroesler , 


pferdeverleiher , 


lose , auflose , 


hoeren aufmerken , 


ablose , 


anhoeren, 


luegen (die), 


die augen , 


luege , 


sehen , schauen , 


aluege , 


ansehen , 


uffuege , 


aufpassen , 


usluege , 


ailes durchsehen, durchsu- 




chen , 


zueluege , 


zuschauen , 


zuelueger , 


zuschauer , 


luthe , 


schcllen , laeuten, 


lump, 


liederlicher mensch der das 




seinige durchbringt, 


verlumpe , 


inverfallkommen, armwer- 



den , 



M. 



Massleidig sy , 

maeder , 

maidli, maetschi ,. 
maenge , 
wie maenge? 
matte (die), 
mattland , 



meertriibli owzantehanstrii- 

bli, 
meisterlos , 



meistern , 

mesmerow sigrist, 
migeli , 
mi seel , 
s'morgcnesse, 
mose 



murrisch 



verdriesslich 

seyn, 
maeher , 
maedehen, 
mancher , 
wie viel ? 
wiese , 
wiesenland , 



johannisbeeren, 
muthwillig , ausgclassen, 

stets befehlen tadeln , 

kiister , 

krumme des brods r 
mein seel , 
das friihstick , 
fleck in kleidern, 



VIII 



DIALECTE SUISSE. 



mues , 



SUISSE. 

ALLEMAND. 

suppe von mehl, gerste haser 
oder brod, 

IV. 



potage à la farine, à l'orge, 
au grain, au pain, etc. 
C'est toujours une soupe. 



Z'nachtesse , 


zu abend essen , 


souper. 


nachrichter , 


scharfrichter , 


exécuteur des hautes œuvres 


nae, 


nehnien , 


prendre. 


naebet zi , 


neben hin , 


de côté , à sa place, à part. 


naecht , 


gesternnacht, 


la nuit d'hier à aujourd'hui. 


hinnaecht , 


die naechste nacht, 


la nuit d'aujourd'hui à de- 
main. 


namsen , 


nennen , vorschlagen (einen 


appeler, nommer quelqu'un 




zu einem arat) , 


â un emploi. 


naslumpe , 


schnupftuch , 


mouchoir de poche. 


neirae , 


irgendwo , nient so ganz , 


quelque part, en quelque 
façon. 


neimer , 


jemand , 


quelqu'un. 


neimis , 


etwas , 


quelque chose. 


nidel (die) , 


rahm , 


la crème. 


nieraer , 


niemand , 


personne. 


niene , nienehi , 


nirgends nirgend-wohin , 


nulle part. 


niisti , 


doch , dennoch , 


cependant, pourtant. 


nuranie , 


nur , nie ht wahr, 


seulement. 


minime , 


nieht mehr, 


ne plus 


niit, 


niclit, nichts, 

o. 


ne pas , ne rien. 


Oeppe , 


etwa , 


peut-être. 


oepper , 


jemand , 


quelqu'un. 


oeppis , 


etwas , 


quelque chose. 


.'îaet d'roeppen oepper oep- 


hat dir etwa jemand etwass 


quelqu'un t'a-t-il peut-être 


pis tlïO ? 


gethan ? 

P. 

fahne , 


fait quelque chose ? 


Panne r, 


drapeau, bannière 


parilleli , 


aprikosen , 


l'abricot. 


parisoehli , 


sonnenschirm , 


parasol. 


pfister , 


becker , 


boulanger. 


plange , 


mit sehnsueht warten , 


attendre avec impatience. 


plunder , 


leinenzeug , 


du linge 


tisch- , bett-plunder , 


tisch-und bettzeug , 


linge de table , de lit. 


b'schisses plunder, 


unreine waesche , 


du linge sale. 


preschthaft , 


silch , 


incurable. 


profiterli , 


leuchterknecht , 


le binet. 


piitsche , 


die glaeser beym gesudheit- 


faire choquer les verres en 




trinken anstosen , 


buvant à une santé , trin- 
quer. 




R. 




Raeben , 


riiben , 


des navets, de grosses raves. 


raess , 


scharf , salzig , 


fort salé. 


rare , 


yanen , 


braire. 


rauf, 


brodrinde , 


croûte de pain. 


reben , 


weinstoecke , 


des cens de vigne. 


rebberg , 


weinberg , 


vigne , vignoble. 


rebbau , 


weinbau , 


culture de la vigne. 


reichc , 


holen , 


aller chercher. 



RECUEIL ALPHABÉTIQUE. 



ix 



DIALECTE SUISSE. 


ALLEMAND. 




FRANfMS. 


reitem , 


sieben , 




cribler. 


rekholder , 


wacholder , 




le genévrier. 


rhan, 


schlank, 




délié , élancé. 


ried, moos , 


sumfige weide , 




pâturage marécageux. 


ring, 


leicht , 




aisément. 


ringgen , 


schuhschnallen , 




boucle de soulier. 


riïschte (sich), 


sich putzen , das feld 


be- 


se parer ; préparer la cam 




reiten , die weinstoecke 


pagne, tailler la vigne. 




schneiden. 






ruschtig (die), 


geraeth , waare , etc. 




l'appareil , l'attirail , etc 



S. 



Saegessc , 


sensé , 


saeltze , 


seltsam , 


salm , 


lachs, 


saumross , 


pferd , welches kaufmann- 




swaaren liber die gebirge 




traegt , 


scbabziger , 


griiner starkriechenderkae- 




se, der zu pulver geschabt 




gegessen wird , 


schaffen , 


arbeiten , 


scheiden (die milch;, 


die milch zum gerinnen 




bringen , 


scbick , 


vortheilhafter kauf , 


beym schicken der giiter , 


beym kauf der giiter , 


schlegel , schlegmilch , 


dicke geronnene milch , 


schllpmllch , 


buttermilch , 


schmalvieh , 


schweine , schafe , ziegen , 


schmutz , 


jede art fett , sogar butter. 



ae schmutzige suppe , 
schnitz , 



schonen , 

es schonet , 
s'ischt schonkli , 

schotten , 
schroeckli , 
schlitte, z. b. 
kornschiitte , 
schuelen , 

wohl g'schuelt , 
schwaeher , 

schwelli , 
schwiger , 



fette suppe, 

gekochte und zerschnittne 
aepfel und birnen , 



(wlrd voni wetter gesagt), 

zum beyspiel , 
es wlrd gut wetter, 
es ist anschein zum gutcn 

wetter , 
raolken , 

ausserordentllch , 
boden, z. b, 
kornboden . 
zur schule halten , 

gut unterrichtet , 
schwiegervatter , 

der damm, 
schwiegermuttcr , 



la faux. 

bizarre, singulier. 

saumon. 

chevaux que l'on emploie 
comme les mulets dans les 
montagnes, pour porter 
des marchandises. 

fromage vert d'une odeur 
forte , que l'on râpe pour 
le manger. 

travailler. 

faire cailler le lait. 

emplette avantageuse. 

quand on acheté des fonds. 

du lait caillé. 

la babeurre. 

le petit bétail , les cochons, 
les moutons, les chèvres. 

Ce mot signifie en Allema- 
gne Y ordure, la crasse; 
en Suisse, il désigne toute 
sorte de graisse à l'usage 
de la cuisine. 

une soupe grasse. 

pommes ou poires fraîches 
ou sêcbes, coupées par 
tranches, que l'on fait 
cuire, et que l'on mange 
en guise de légumes. 

se dit en parlant du temps 
lorsqu'il se remet. 

le temps se met au beau. 

il y a apparence qu'il fera 
beau. 

petit-lait. 

extrêmement 

plancher. 

un grenier. 

faire aller à l'école , tenir 
les enfants à l'école. 

bien élevé, bien instruit. 

le beau-père, père du mari 
ou de la femme. 

la digue. 

la belle-mère , comme pour 
ichwetger. 



DIALECTE SUISSE. 



schwingen , 



sentnen , 



sirpe , sirpete , sirte, schro, 



sodwasser , 

staahel , 
staege , 
stoss , 

strahlen , 
strehlen , 
strehl , 
stritbar , 



suer, sauer, 



suffi , 



SUISSE. 

ALLEMAND. 

eine ringiibung der bergbe- 
wohner. 



secheten , 


waschen , 


seckel , 


beutel , 


seckelmeister , 


schatzmeister , 


senn, 


ein marin der des soromers 




eine herde kiihe auf den 




alpen besorgt , kaese und 




butter bereitet, 


sennhiitte, sennerey, 


butter und kaesebereitung 




auf den alpen , 


sente , 


eine gewisse anzahl kiïhe : 




wohnung des senn's auf 




den alpen, 



den senn abgeben , 



die milch welche nach he- 
rausgenom mènera kaese 
in dem kessel ziïruck 
bleibt , 

brunnenwasser , 

feuerstahl , 
die treppe , 
eine * gewisse ausdehnung 

von alpweide , 
kristalle , 

kaemmen , frisiren , 
kamm, 
gangbar ; z. b. weeg in den 

gebirgen , 

molken welche zu essig ge- 
worden sind und wadurch 
die zweyte kaeseschei- 
dung, zieger genannt, be- 
wirkt wird , 

molken mit dem zweyten 
kaeseniederschlag , zie- 
ger genannt, verraischt, 



français 

Ce mot désigne une sorte de 
lutte gymnastique en usa- 
ge chez les habitants des 
Alpes. 

laver. 

la bourse. 

trésorier. 

homme qui passe l'été dans 
les Alpes pour y prendre 
soin d'un troupeau de va- 
ches et y faire préparer 
le beurre et le fromage. 
Le fruitier {dans la Suisse 
romane). 

le chalet , préparation du 
fromage et du beurre 
dans les Alpes. 

troupeau composé d'un cer- 
tain nombre de vaches 
qui occupent une monta- 
gne ; se dit aussi dans le 
même sens que sennhiitte 

remplacer le fruitier , ou 
s'occuper pendant quel- 
que temps de ses fonc- 
tions. 

le lait qui reste dans le 
chaudron lorsqu'on en a 
tiré le fromage. 

eau de fontaine ou plutôt 
de puits. 

briquet à battre le feu. 

l'escalier. 

une certaine étendue de pâ- 
turage dans les Alpes. 

des cristaux 

peigner , friser les cheveux. 

le peigne. 

praticable; se dit par exera? 
pie d'un chemin de mon- 
tagne. 

petit-lait aigri : cette fer- 
mentation acide en sépare 
le second précipité ca- 
séeux que l'on nomme zi~ 
ger , sérac ou serez . 

petit-lait mêlé avec le sérac . 



g'sy sy , 


gewesen seyn , 


avoir été. 


i bi g'sy , 


ich bin gewesen , 
T. 


j'ai été. 


Tagmen , 


t agwerk , 


journée. 


uf die tagme ge , 


auf den taglohn gehen , 


aller en journée. 


tagmen necht ! 


tagloehner , 


journalier. 


tangelholz , 


nadelholz , 


bois de pins , de sapins , de 
mélèzes. 


taub , 


zornig, boese, 


(Ce mot, qui en allemand si- 
gnifie sourd , ne se prend 
pas en suisse dans cette 
acception), en colère. 



RECUEIL ALPHABÉTIQUE. 

DIALECTE SUISSE. ALLEMAND. 



taub machen , 
ertauben , 
tause , 



teuchel , 
thaedigen , 

thaedigherren , 

thek, 

tobel , 

toll, 



ae toile predigt , 

ae tôlier herr, 

ae toile ma , 

ae talle jurapfer , 

tosel , 

tref, 

er hatem tref zue g'sproche, 

troehlen , 

troehler , 
troehlerey , 
troealkiibei , 
triillineister , 



trueke , truckli , 
tusig , 
potz tusig ! 
turbe , 



Ueberae , ueberaene , 

iibercho , 

i chomme , ûber , mir choe- 

men liber , 
uerte , 
iise , 
ugrnei , 
une , 
uuime , 
ummegae , 
ummefiihre , 
unnae , , 
unten ueber si , 
urche , 



zornig machen , 

in zorn gerathen, 

eine butte die auf dem riïc- 
ken getragen wird. Ein 
mass fiir fliissige dinge 
von 2o-30 quart , 



wasserroehre , 
prozessfiihrende, partheyen 

vergleichen , 
zum vergleich geordnete 

maenner oder richter , 
cahier von karton um da- 

rin schriften zu verwah- 

ren , kaestchen , 
eine durch gebirgs-wasser 

tief durchfressene sch- 

lucht , 
schoen , brav , 



eine schoene predigt , 

ein guter prediger , 

ein braver mann , 

ein schoenes maedchen, 

rausch, 

scharf , 

er hat ihm scharf zugespro- 

chen, 
in prozessen vergnïigen fin- 

den, 
prozessiïchtiger , 
prozessucht , 
butterfass , 
exerciermeister , 



schachfel, 

tausend , 
potz tausend ! 
torf, 

u. 

hiniiber , 

erhalten, bekommen, 
ich erhalt, wlr erhalten, 

zeche , 
unser , 
ungemein , 
la, 

wieder, 
wiedergeben , 
begleitcn, 
unttn , 
verkehrt , 
lautcr, rein, 



FRANÇAIS. 



fâcher , mettre en colère. 

se mettre en colère. 

sorte de hotte en bois que 
l'on met sur le dos pour 
porter des liquides. Une 
brente (dans la Suisse ro- 
mane). C'est aussi une 
mesure de liquides ; la 
brente contient 2a-50 
quarterons. 

tuyau v de fontaine ). 

accommoder un procès par 
arbitrage. 

arbitres. 

grand portefeuille à mettre 
des papiers. 

vallée étroite et profonde 
creusée par les torrents . 

(En Allemagne, cet adjectif 
signifie enragé, fvrieux), 
beau, très-beau. 

un très-beau sermon. 

un excellent prédicateur . 

un galant homme. 

une belle fille . 

l'ivresse. 

âpre, sévère. 

il lui a bien lavé la tête. 

plaider par esprit de chi- 
cane 

plaideur de profession. 

esprit de chicane. 

baratte, beurrière. 

commandant d'exercice, ce- 
lui qui enseigne a faire 
l'exercice 

boite. 

mille. 

diantre ! peste ! 

la tourbe. 



au-delà, de l'autre côté. 

dans l'autre chambre, 
recevoir, 
je reçois, nous recevons. 

écot dans les auberges, 
notre . 
extrêmement. 

oui. 

de nouveau. 

rendre. 

reconduire. 

en bas. 

sens dessus dessous. 

pur. sans melaiigi 



XII 

DIALECTE SUISSE. 

urchener wy , 
urschlaechte , 
ussa , ussae , 
ussego , 



Verbarmen , 

vergaebe , 

verheien , verhyen , ver- 

hoebn , 
verleiden , 

dièses bus ist mer verleidet, 

îwiH's em scho vcrleide, 



verlyde , 

es mag si nit verlidc , 

verputzen , 

verscbienen , 
viehpreschten , 
vogt, 

bevogtung , 
vogtkind, 
vori, vorig, 
grad vorig , 
vorne zue , 
vorsprecb . 



wadcr , 

wadlig , 
waeger , 
waehrli , 
waelsch , 

waelscbe wy , 

waelschland , 

waibel , 

waidli , 

g'wonne , 

was waender , waswend er, 

was weid er ? 
wasen, 
weger, 
des waegste , 
weh , 

s'ischt em web worde, 
wercbe , wcreke , 
wett sy, 
wirs, 

wuemmet , 
wuescht {wust) , 



SUISSE. 

ALLEMAND. 



reiner wein , 
kinderpocken , 
hinaus , 
hinausgehen , 



du vin pur. 
la petite vérole, 
dehors , va-t'en, 
sortir. 



V. 



raitleiden haben mit je- | avoir pitié 

mand, 
unentgeldlich , 
verderben eine sache (kleid 

buch , geschirr) , 
unangenehm, widrig wer 

den , 
dièses haus ist mir widrig 



ich vill es ihm schon abge- 
woehnen , 

der miihe werth seyn , 

es verlohnt sich nicht der 

miihe , 
verschwenden , 

letzhin , 
viehseuchen , 
vormund , 
vormundscbaft , 
miindel , 
erst , 

eben erst , 
vorne her, 
advokat 

gletscher (in graubiindten), 

artig, geschickt , 
vvahrlich, ja wohl, 
gewiss , 
fremd , 

itaiiaenischer oder Waadt- 

w ein , 
die Waadt, 

gerichtsdiener , 
geschwind , 
gewohnt werden , 
was wollt ihr ? 

raseu, torf, 

besser , 

der besste , 

ûbel, ohnmaechtig, 

es ist ihm ùbel gew orden , 

arbeiten , 

quitt seyn , 

schlimm , 

weinlese , 

haesslich , liederlieh , 



pour rien, gratis, 
gâter (par ex. un habit, un 
livre , un meuble, etc. ). 
devenir désagréable. 



je suis dégoûté de cette 

maison, 
je trouverai bien le moyen 

de lui en faire passer 

l'envie, 
valoir la peine, 
cela n'en vaut pas la peine. 

dissiper , dépenser folle- 
ment, 
dernièrement, 
maladie du bétail, 
tuteur, 
tutelle, 
pupille. 

tout récemment, 
il n'y a qu'un moment, 
par-devant. 
I l'avocat. 



glacier ( mot usité dans le 
pays des Grisons). 

gentil , adroit. 

vraiment. 

idem. 

étranger, qui n'est pas Alle- 
mand. 

vin d'Italie ou du pays de 
Vaud. 

le pays de Vaud , la Suisse 
romane. 

huissier. 

vite. 

accoutumer. 

que voulez-vous? 

gazon . 
meilleur, 
le meilleur . 
mal , en défaillance, 
il s'est trouvé mal. 
travailler, 
être quitte . 
mauvais, 
les vendanges, 
laid , hideux , mauvais, vi- 
lain. 



RECUEIL ALPHABÉTIQUE. 



XIII 



DIALECTE SUfSSE. 



wuescbt thuc , 
wuhr, 



ALLEMAND. 



schraaelen , 
der daram , 



gronder, 
la digue. 



Zahm, z. b. zahmer berg , 


\vo fiirs vieh keine gefahr 


proprement, privé, appri- 


alp, 


statt findet; rein von felss- 


voisé ( en parlant des 




triimraer , daher sehr 


montagnes où il n'y a pas 




fruchtbar , 


de danger pour le bétail). 


zaine, 


grosser runder geflochtner 
korb, 


grande corbeille. 


zelgen , 


in schlaege das ackerfeld 


distribuer en portions un 




abtheilen, 


pâturage commun. 


zentunime , 


iiberall , 


partout. 


zieger , 


den zweyte niederschlag 


sérac, serez; c'est ainsi 




dem kaesigten theile aus 


qu'on appelle le second 




der milch, 


précipité caséeux que l'on 
sépare du petit-lait. 


z'imbis esse , 


raittagessen, 


dîné. 


zlinden , 


leuchtenmit dem lieht oder 


éclairer avec la chandelle 




laterne , 


ou avec la lanterne. 


zafen , 


juchart , 


arpent, pose. 


zwurig , 


zweymal , 


deux fois. 



Dans la Suisse occidentale, qui comprend le canton deVaud, la 
plus grande partie de celui de Fribourg , la moitié du Valais , et le 
canton de Neuchàtel, les habitants des villes et les personnes qui ont 
reçu quelque éducation parlent français. Mais le dialecte du peuple 
est un patois dérivé de l'ancien celte, du latin, du grec, de l'italien 
et de la langue des anciens Bourguignons. Aussi ne faut-il pas être 
surpris d'y trouver une multitude de mots étrangers à la langue 
française. La plupart des mots se terminent par des voyelles. 11 existe 
cinq principaux dialectes de cet idiome ; le Valais , le district d'Aigle 
avec la partie romane de l'Oberland , le canton de Fribourg , les rives 
du lac Léman et le canton de Neuchàtel ont chacun leur patois, et 
les habitants de ces divers pays ont quelque peine à s'entendre mu- 
tuellement. Les lecteurs ne seront peut-être pas fâchés de trouver ici 
une petite collection de termes propres à ces langages. 



Adei, constamment. 

Albe , blanc. 

Appiana , aplanir. 

Ara , labourer. 

Arena , le sable. 

Armailli, le fruitier. {V . dans le 
vocabulaire précédent le mot 
senn.) 

/4 montra ire. 

Bacon , le lard. (Ce mot est abso- 
lument le même qu'en anglais.) 

ïhittolie, babiller (à Neuchàtel). 

Bauma , caverne , grotte. 

Bedouma , fille stupide, qui ne 
parle pas. 



Berna , pelle à feu. 

Besson , jumeau. 

Blau, bliu, bleu. 

Bouta, mettre ; dans le pays de 
Neuchàtel , ce mot signifie re- 
garder. 

Breguot, le rouet. 

Breyueuna , beurrière (à Neuchà- 
tel). 

Breïsi, chercher. 

Cabe , chaise (en Valais). 

Car qualité , coinquarne , hanne- 
ton. 

Cau , lait caillé; mettre en eau 
faire cailler le lait. 



XIV 



SUISSE. 



Cellay , cave (en Valais). 

Ceret , sérac, serez. [V. dans la 
première table , le mot ziger). 

Cerner , couper tout autour de 
quelque chose. 

Cerniment, place qu'on a dégar- 
nie d'arbres. 

Chalet , habitation d'été dans les 
Alpes ; c'est là que les bergers 
font le beurre et le fromage ; il 
est très-rare d'y trouver des 
femmes. Les Auvergnats ont 
aussi des chalets qu'ils appel- 
lent des buvons. 

Chambero , écrevjsse. 

Charopa, çaropa , paresseux. 

Charavouta , çarvouta , vaurien , 
fainéant. (Ge ç tient à la fois du 
ç espagnol et du th anglais ; il 
est difficile à saisir.) 

Char on , la fin. 

Chavonna , çavonna , finir. 

Cliour la porta, fermer la porte. 

Cordere , souhaiter cordialement 
quelque chose à quelqu'un. 
Cette expression répond au mot 
allemand gonnen. 

Corti , jardin. 

Coter , assemblée. 

Coureyé, badiner (à Neuchâtel). 

Craisii , lampe. 

Cran , creux. 

Croubilîe, ruche d'abeilles. 

Cru , petit-lait. 

Crulze , le son (séparé de la fa- 
rine). 

Cure, folle. 

Debada , en vain , inutilement. 

Derbou , taupe. 

Détrau, hache. 

Drutze , le fumier. 

Ebouëler , ôter les intestins , de 
boues, entrailles. 

Eco/fier , cordonnier. 

Eigue , ègue , eau , rivière , ruis- 
seau ; p. ex. la grande Egue, 
rivière près d'Aigle. Les villages 
à'Albègue et de JYeirègue, eau 
blanche et eau noire. 

Embronchi , sombre, chagrin. 

Enrichoir , presse pour serrer le 
, fromage. 

Equauré , équeuré , battre le blé 
(dans le canton de Vaud et de 
Neuchâtel). 



Esqueuva , balai (à Neuchâtel) . 

Étala, bûche , morceau de bois. 

Fare, faire ; se prend dans toutes 
les mêmes acceptions que le 
verbe fare des Italiens. 

Faudar , forda , tablier. 

Forcé (daï) , des ciseaux. 

Freid , de , froid. 

Freza , casser ; fretzi , cassé. 

Fruitier, v. armailli. 

Galesa, gale, joli, de belle hu- 
meur. 

Genelté , le coq. 

Giffia , vessie. 

Goura , corne du sabot d'un bœuf 
ou d'une vache (à Neuchâtel). 

Graci, du genièvre. 

Janglia (jongler), mentir. 

Jobra, consulter, mesurer, ar- 
ranger. 

Jouveno , jeune. 

Lan , Ion , planche. 

Loda , vent contraire. 

Majo (major) , vieillard (en Valais). 

Matta, tille (en Valais). 

Matton, jardin (en Valais). 

Mayen, habitation de montagne 
(en Valais). 

Mazo , grenier à foin dans les 
prés ou pâturages de montagne, 

Minor , petit garçon (en Valais). 

Modze 9 génisse , jeune vache. 

Moquiar , mouclar , hameçon. 

Moli (lo) , ( moutier , monaste- 
rium) le couvent. 

IVaz , petit. 

Neir , noir. 

Neura (nurus) , la bru (en Valais). 

Nioles , les nuages. 

JViou, personne ; n'y a niou, il 
n'y a personne. 

JVo , nous ; no sin , nous sommes. 

On, un ; ouna, une. 

Oura , vent , orage. 

Pacot, la boue. 

Palin , le pieu. 

Passai , l'échalas. 

Piva , pomme de pin. 

Por , pour. 

Présure, (V. Lapp dans la pre- 
mière liste des termes suisses.) 

Raca , mauvais terrain pierreux. 

Sage, monsieur (en Valais). 

Scholta, à schouta , à l'abri , sous 
toit, sous un arbre, à couvert. 



RECUEIL ALPHABÉTIQUE. 



Se bâgni , se baigner. 

Façon , pièce. 

Tafjion , punaise (à Neuchâtel). 

Thernissa , sapin dont on a en- 
levé une partie de l'écorce pour 
le faire sécher. 

Toma , lema , verser. 

Tommes , petits fromages plus ou 
moins maigres de lait de chè- 
vre ou de vache. 

Trâ, planche. 

Truet , trôna , pressoir. 

Trageta, chariot. 

Traqua, camba , franchir d'un 



xv 

pas, d'une enjambée, un fossé 
ou un ruisseau. 

Tzapé, çapé , chapeau. 

Tzaupanna , gros bouchon. 

Tzezi, tomber. 

Fionnet, sentier, petit chemin. 

Vo devant les consonnes , vos de- 
vant les voyelles , vous. Vo vo- 
gli , vous voulez; vos y, vous 
avez. 

Wagni , wuâgni, semer. 

Ye , de, je. 

Yo , où. 

Zo , rft^o, dessous , sous. 



Le Manuel du Voyageur en Suisse , du docteur Ebel, mort 
récemment;, est un livre qui n'a de modèle dans aucune 
langue d'Europe. 

Ebel a adopté, comme on sait, l'ordre alphabétique : de 
chaque localité qu'il regarde comme centrale, il tire des 
lignes qui conduisent à une montagne qui offre quelque in- 
térêt; et cette montagne, ce site , ce village, ce bourgs cette 
ville, sont autant de centres de rayons nouveaux qu'il étend 
et prolonge de tous côtés : de là; pour l'écrivaiu, des répé- 
titions , des redites que personne, au reste, ne saurait lui 
reprocher * elles étaient inévitables. 

Le Manuel dont nous publions une nouvelle édition a été 
conçu sur un plan tout différent. On a imaginé des Stations 
qu'on a choisies parmi celles qui sont le plus familières aux 
touristes, et de ces stations on a conduit le voyageur, dans 
diverses excursions, aux sites qu'il doit visiter de prédilec- 
tion. 

L'Oberland , la vallée de Chamouni , la contrée de Guil- 
laume Tell, les Grisons, les bords du lac Léman, voilà ce 
que le voyageur visite en Suisse. Genève, Lausanne , Berne,, 
Baie, Zurich^ Lucerne, sont les villes où il s'arrête ordinai- 
rement : chacune de ces contrées , chacune de ces villes a été 
longuement et minutieusement décrite dans notre Itinéraire. 

Les matériaux ne pouvaient nous manquer. Outre l'ou- 
vrage d'Ebel, narrateur si fidèle, si consciencieux, nous 
avons mis à contribution le Lexique de la Suisse , par Lut/ 

1 



h PRÉFACE. 

œuvre de patience, de bonne foi , d'exactitude reconnues par 
tout le monde ; le Dictionnaire du même , traduit par J.-L.- 
B. Leresche • le Guide de Glutz-Blotzheim , qui décrit avec 
fidélité la physionomie industrielle d'une ville , d'un canton -, 
les descriptions poétiques, mais vraies, de M. Wyss^les 
ouvrages de MM. Manget, Simond, Raoul-Rochette, Picot, 
etc. , et nos nombreuses notes , nos souvenirs de chaque 
année. Il n'est pas un canton en Suisse que nous n'ayons 
visité plusieurs fois. 

Parmi les personnes qui nous ont aidé dans notre travail, 
nous aimons à citer surtout M. Cherbuliez fils, de Genève; 
M. Bonvin, d.-m. à Sion; M. Gontard, propriétaire du bel 
établissement des bains de Saint-Gervais ; M. Dur de Bex ; 
M. Racle, propriétaire à Bulle ; M. Brunnet de Soleure -, M. 
A. de Châteauvieux de Genève. La description de l'Oberland 
bernois a été revue avec le plus grand soin par M. Vanaz 
d'Interlacken ; celle de la Suisse italienne par un médecin 
de Lugan,o. Les tarifs et les départs des bateaux à vapeur 
nous ont été donnés par les propriétaires eux-mêmes. 

Pour la première fois , nous avons appliqué dans les des- 
criptions de la Suisse les tableaux routiers dont nous avons 
fait usage dans notre Guide du Voyageur en France. C'est le 
Iland-LeœlJwn der Schweitz de M. Lutz qui nous a donné nos 
distances calculées par heures et minutes. Cette nouvelle édi- 
tion a été augmentée de près de cent tableaux de routes. Nous 
devons à l'auteur de l'Abrégé de la géographie de la Suisse à 
l'usage des écoles primaires, la statistique de chaque canton, 
analyse fidèle que nous ne saurions assez louer. 

Mais l'amélioration principale qu'a reçue cette réimpres- 
sion est dans la reproduction de la magnifique carte de 
Keller, qui a été gravée sur acier, et peut soutenir la compa- 
raison avec les plus belles cartes publiées, soit en France, 
soit à l'étranger. 



PRÉFACE. m 

Comme on le voit, nous n'avons rien négligé pour que le 
succès de ce Manuel en Suisse répondît au succès si popu- 
laire de nos Guides et Itinéraires en France., en Italie. Spé- 
culant sur la vogue de ces Itinéraires , quelques éditeurs 
ont placé notre nom sur de misérables compilations que 
nous désavouons hautement. 

Nous ne recommandons que ceux qui sont publiés à la 
librairie de M. Maison , successeur de M. Juclin , quai des 
Augustins , n° 29. 

Richard. 



INDICATIONS. 



Passe-ports. Police , rue de Jérusalem , de 10 h. à 3 h.; Minis- 
tère des affaires étrangères, rue Neuve-des-Capucines :on va le 
chercher le jour même ou le lendemain ; moyennant une légère 
rétribution, on le rapporte à la demeure du voyageur. Chargé 
d'affaires de Suisse , rue Neuve-des-Mathurins , n° 23. 

Comme en allant de Baie à Schaffhouse on traverse le territoire 
badois , on doit faire viser le passe-port. 

Bade , au chargé d'affaires , rue Lepelletier, n° 2. 

Diligences. Messageries royales, rue Notre-Dame-des-Victoires, 
n° 18 ; Lafitte et Caillard, rue St-Honoré , n° 130 ; déport tous les 
jours; prix variables. 

Directement en Suisse par Dijon ou jusqu'à Lyon : 

On peut prendre la diligence jusqu'à Chalon-sur-Saône. Ba- 
teaux à vapeur pour Lyon , plusieurs fois la journée ; prix : de v> 
à 10 fr. Restaurant à bord. 

Hôtels à la descente du bateau à vapeur. Hôtel de Paris , tenu 
très-proprement, bonne cuisine. Nous le recommandons. Cafi 
Toriani , rue Puits-Gaillot ; déjeuner , 50 c. 

Voitures pour Genève. Plusieurs : 1° quai St-Clair; 2° place du 
Concert ; prix : 15 à 20 fr.; 24 à 2G h. en route. 

Librairies à Lyon où on trouve les Guides de Richard :Chamhei 
fils, quai de Saône; Midan, rue Lafont; Mme Bohaire , rue Puits- 



vi INDICATIONS. 

Gaillot ; Savy, quai de Saône ; Ayné , place Bellecour ; Ayné , rue 
St-Dominique ; Giraudier , place Bellecour. 

Hôtels de l'Europe , place Bellecour ; de Milan , place des 
Terreaux ; du Nord , rue Lafond ; du Commerce et des Princes , 
rue St-Domi nique. 

Châlon. Trois bons hôtels , Parc, Chevreuil et Faisan ; au Fai- 
san demander du vin de Beaune. 



§ 1 er . A perçu général *. 



Situation. La Suisse est bornée au nord par le grand-duché 
de Bade et le royaume de Wurtemberg , à l'est par l'empire d'Au- 
triche, au sud par le Milanais , le Piémont et la Savoie , et à l'ouest 
Sar le royaume de France. Elle est entre les 45 3/4 et 47 3/4 degrés 
e latitude , et les 23 1/2 degrés de longitude. Sa longueur de 
l'ouest à l'est est d'environ 80 lieues , et sa largeur du nord au 
sud de 50. 

Population. Sa population est de deux millions cent soixante 
dix-sept mille quatre cent vingt-neuf habitants , dont cinquante 
mille cinq cent vingt-deux étrangers (recensement de 1836). 

Gouvernement. Elle forme une république fédérale composée 
de vingt-deux cantons. Ces cantons sont unis pour le maintien de 
l'indépendance de la commune patrie , pour veiller à la sûreté gé- 
nérale tant intérieure qu'extérieure , et pour le soin de leurs inté- 
rêts fédéraux. L'assemblée de leurs députés , qui porte le nom de 
Diète , se réunit régulièrement au mois de juillet de chaque année, 
et extraordinairement dans toutes les circonstances importantes. 

Le siège de la diète est alternativement , et pour deux ans de 
suite , à Zurich , à Berne et à Lacer ne. Le canton où elle se tient 
est appelé Canton directeur. Le premier magistrat de ce canton 
porte le titre de président de la diète. On donne le nom de Vorort 
ou de directoire fédéral à une commission investie des pouvoirs de 
la diète quand elle n'est pas assemblée. 

La langue allemande est seule employée dans la rédaction des 
affaires générales de la patrie ; mais ses récès ou actes sont traduits 
officiellement en italien et en français, pour les cantons qui par- 
lent ces langues. 

Division. La Suisse se divise en vingt-deux cantons , dont on 
peut former cinq classes : 1° les cantons du centre ; 2° les cantons 
du sud ; 3° les cantons de l'est ; 4° les cantons du nord ; 5° les can- 
tons de l'ouest. 



* Nous empruntons cotte notice à L'excellent ouvrage publié à Vevey , bous 1«' titre 
tf Abrégé de la Géographie de la .suisse, i vol. in-12, c\ au Diction 
géographiqu&itatistique de la Suisse , par feu Lut/., 2 vol. ln-t°; Lausanne , it*«. 



Vin GÉOGRAPHIE 

Les cantons du centre , au nombre de neuf, sont : Berne, Fri- 
bourg , Soleare , Lucerne , Zng , Schwytz , Glaris, Uriet Un- 
terwalden. 

Au sud, ceux du Falais et du Tessin. 

A l'est , en montant du midi au nord , ceux des Grisons, St- 
Gall et AppenzelL 

Au nord , en suivant de l'est à l'ouest , ceux de Thurgovie , 
Zurich, Schaffhausen , Argovie et Baie. 

A l'ouest , en suivant du nord au sud , ceux de Neuchâtel , de 
Vaud et de Genève. 

Aspect général. La partie nord de la Suisse présente l'aspect 
d'un pays assez uni ; mais , plus on se rapproche du sud , plus le 
sol s'élève , d'abord par des monts , puis par un massif de monta- 
gnes couvertes de neiges éternelles et de glaciers qui l'entourent 
du côté de l'est et du sud. 

Chaînes de montagnes. Les chaînes principales de montagnes 
en Suisse sont : 1° la chaîne des Alpes qui la parcourt dans ses 
parties orientale et méridionale sur une étendue de plus de cent 
lieues et une largeur moyenne de vingt lieues ; 2° la chaîne du Jura 
à l'ouest et au nord , beaucoup moins élevée que les Alpes *. 

On remarque dans les Alpes les principaux sommets suivants : 

Dans le canton d'Appenzell , le Sentis. 

Dans celui de St-Gall , le Kamor. 

Dans celui des Grisons , YOro, Y Adula, YAlbida, le Septinier, 
le Mochelhorn , le Piz Valrhein , le Scopi. 

Dans celui de Glaris, le Glœrnisch et le Dœdiberg. 

Dans celui d'Uri , le Scherhorn, le Sustenhorn, le Titlis, le 
Gallenstock , le Findo , le St-Gothard et le Crispait. 

Dans celui de Berne , le JVetterhom , le Schreckhom , le Fins- 
ter-Aarhom , YEiger, le Moine, la Jungfrau , la Breithorne et 
la Frau. 

Dans celui du Valais , la Fourche, le Griess , le Fletsch-horn , 
le mont Moro , le mont Rosa, le Cervin, le Combin , la Gemmi , 
le Velan , et les Dents du Midi. 

Dans celui de Vaud , les Diablerets , le Grand* Mœveran et la 
Dent de Mordes. 

Les sommets les plus remarquables du Jura sont : 

Dans le canton de Vaud, la Dole, le Noirmont, le mont Tendre, 
la Dent de Vaulion , Y Aiguille de Baume, le Chasseron. 

* La lieue dont il s'agit ici , ainsi que dans tout le cours de l'ouvrage , est la lieue 
suisse de 2,3io toises de Paris et 8 dixièmes, dont 24,617 font un degré ; cette lieue 
est au raille géographique d'Allemagne , dans le rapport de 609,326 à 1,000. La lieue 
carrée comprend 6,2iso arpents de Zurich , chaque arpent de 56, 000 pieds carrés ; 
ainsi le canton de Zurich contient o4ï>,3S6 arpents. Le mille géographique carré con- 
tient 3,800 toises de Paris et 6 dixièmes; le mille carré est à la lieue carrée comme 
1,000 à 371,278. La lieue de Berne, dont il est question daus les ouvrages qui traitent 
de la Suisse , est de 1 8,000 pieds de Berne , dont 1 10 et 10 treizièmes équivalent à ioo 
pieds de roi , de sorte que la lieue de Berne est de 16,230 pieds de roi ; la lieue suisse 
a 15,894 pieds de roi, 



DE LA SUISSE. 

Dans le canton de Berne , le Chasserai. 

Dans celui de Soleure, le IFeissenstein. 

Dans celui de Baie , le Schaffmatt. 

Les neiges ne séjournent nulle part toute Tannée sur les cimes 
de la chaîne du Jura , tandis que celles des Alpes sont couvertes de 
glaces et de neiges éternelles. 

C'est dans la chaîne des Alpes seulement que se trouvent ces 
vallées remplies de glaces qu'on nomme glaciers. 

Glaciers. Les glaciers les plus connus sont : 

Dans le canton des Grisons, ceux: du Splûgen, du Prettigau , 
du Crispait , de Méclels , du Val-Tassana et de Paradis. 

Dans le canton de Berne , ceux de Lauteraar y de Flnsteraar , 
de Roselaui , de Grindelwald , de la Jungfrau, de Tschingel et 
de Blumlisalp. 

Dans le canton d'Unterwalden , celui du Titlis. 

Dans le canton du Valais , ceux de la Fourche ou du Rhône, de 
Zurmatt, de Matter et du Combin. 

Dans le canton de Vaud , celui des Diablerets. 

Durant les chaleurs de l'été , il se forme dans les glaciers des 
crevasses très-profondes qui parfois sont recouvertes d'une couche 
de neige , et souvent le chasseur ou le voyageur trop confiants ont 
vu céder sous leurs pieds ces couches perfides , et ont trouvé la 
mort dans les abîmes qu'elles leur cachaient. 

Principaux Chemins. Malgré la hauteur extraordinaire de la 
chaîne des Alpes , on y a pratiqué des chemins ou passages sur les 
points les moins élevés , dans les cantons des Grisons , d'Uri et du 
Valais , pour communiquer avec l'Autriche, le Milanais, le Pié- 
mont et la Savoie. 

Dans les Grisons , on trouve ceux de St-Martin , d'Albula , de 
Bemina, deMaloya, de Septimer, de Splugen et de St-Bernar- 
din. Ces deux derniers sont praticables pour les voitures. 

Dans le canton d'Uri , la route du St-Gothard qui est depuis 
peu d'années ouverte aux voitures. 

Dans le canton du Valais , en suivant de l'est à l'ouest , on 
trouve d'abord les passages difficiles de Griess et d\llbrunn qui 
traversent des glaciers ; puis la magnifique route du S impion, l'un 
des plus grands monuments de l'empereur Napoléon , qui la fit 
construire au commencement de ce siècle pour communiquer di- 
rectement de Genève à Milan , par le Valais qui faisait alors partie 
de la France. La longueur du chemin de Glyss à Domo-d'Ossola 
est de 14 lieues. On ne compte pas moins de 22 ponts , dont celui 
deCrevola est un chef-d'œuvre d'architecture. Cette magnifique 
route a coûté 18,000,000 de francs ; son entretien revient annuel- 
lement à 80,000 francs. De plus , les passages très-élevés de Sans , 
du Jochy de Ferpeelen , d'Oren , d'./lmagell et de Zermohtana ; 
celui bien connu du Grand-Saint- Bernard ; ceux moins fré- 
quentés des Fenêtres , du Col Fer r ex , du Col de Bah ne , de la 
Tête-Noire, deSalvan. 

r 



% GÉOGRAPHIE 

Indépendamment des chemins et passages que nous venons de 
nommer , il en est encore d'autres , tels que celui de la Fourche 
qui conduit du canton du Valais dans celui d'Uri ; ceux du 
Grimsel, de la Gemmi , de Rawyl et du Sanetsch , qui servent 
de communications entre les cantons de Berne et du Valais ; et 
celui de la Cheville par lequel on peut se rendre de ce dernier 
canton dans celui de Vaud. 

Lacs de la Suisse. Les principaux lacs de la Suisse peuvent 
se classer ainsi : 1° ceux de l'ouest ; 2° ceux du centre ; 3° ceux de 
l'est; 4° ceux du sud. 

On trouve à l'ouest le lac de Genève ou Léman , borné par les 
cantons de Genève , de Vaud , du Valais et la Savoie ; le lac de 
Neuchâtel , entre les cantons de Neuchâtel , Berne , Fribourg et 
Vaud ; le lac de Moral , à l'est de celui de Neuchâtel , et borné 
par les cantons de Fribourg et de Vaud \ le lac de Sienne, entre 
les cantons de Berne et de Neuchâtel. 

Au centre, le lac de Zug, renfermé par les cantons de Zug, Lu- 
cerne et Schwytz ; le lac de Lucerne , ou lac des Quatre-Cantons 
( Waldstœdtersee ) , situé entre les quatre cantons de Lucerne, 
Unterwaïden , Schwytz et Uri ; les lacs deThun et de Brienz dans 
le canton de Berne. 

A l'est , le lac de Wallenstadt , entre les cantons de Glaris et 
de St-Gall ; le lac de Zurich dans le canton de ce nom, et qui tou- 
che aussi à ceux de St-Gall et de Schwytz ; le lac de Constance 
( Bodensee) , borné d'un côté par les cantons de Thurgovie et de 
St-Gall , d'autre part par le grand-duché de Bade, le Wurtemberg, 
la Bavière et l'Autriche. 

Au sud , le lac de Lugano dans le canton du Tessin , et le lac 
Majeur dont la partie supérieure , connue sous le nom de lac de 
Locamo, est renfermée dans le même canton. 

Principaux Fleuves de la Suisse. Deux grands fleuves ont 
leur naissance en Suisse : 1° le Rhin , qui prend sa source dans le 
canton des Grisons , sépare le canton de St-Gall de l'Autriche, tra- 
verse le lac de Constance , puis coulant de l'est à l'ouest , borne la 
Suisse au nord et la quitte en sortant du canton de Bâle ; 2° le 
Rhône , dont ia source est au glacier de la Fourche en Valais , par- 
court ce canton dans toute sa longueur , entre dans le Léman , en 
ressort à Genève , et traverse ce canton pour suivre son cours en 
France. 

Rivières de la. Suisse qui se jettent dans le Rhin. 
En coulant de l'est à l'ouest , le Rhin reçoit en Suisse les rivières 
suivantes : 

1° La Glenner, YAlbula et la Lanquart, dans le canton des 
Grisons. 
2° La Thur, qui a donné son nom au canton de Thurgovie. 
3° La Tœss , qui descend du Tùrbenthal à travers le canton de 
Zurich. 
4« La Linth , qui prend sa source dans le canton de Glaris , 



DE LA SUISSE. xi 

traverse les lacs de Wallenstadt et de Zurich , d'où elle sort sous 
le nom de Limât, et va se joindre à l'Aar près de l'embouchure de 
cette rivière dans le Rhin. 

5° La Reuss , qui prend sa source au St-Gothard dans le canton 
d'Uri , traverse le lac de Lucerne , et se réunit à i'Aar un peu au 
dessus de la Limât. 

6° VEmmen , qui , après avoir parcouru une grande partie du 
canton de Berne , se jette dans l'Aar près de Soleure. 

7° \JAar , qui prend sa source au glacier de Lauteraar dans les 
Alpes du canton de Berne , traverse les lacs de Brienz et de Thun , 
et va joindre le Rhin dans le canton d'Argovie , après avoir 
arrosé une partie du canton de Soleure. 

8° La Saane ou Sarlne , qui sort du Sanetsch dans le canton de 
Berne , parcourt le canton de Fribourg , et rentre dans celui de 
Berne pour se jeter dans l'Aar. 

9o VOrbe , dont la source est au lac des Rousses , en France , 
près la frontière du canton de Vaud ; elle entre dans ce canton , 
traverse le lac de Joux , s'engouffre à Bonport dans des fentes de 
rochers, reparait de l'autre côté de la montagne , entre dans le 
lac de Neuchâtel d'où elle sort sous le nom de Thièle , traverse le 
lac de Bienne et va se joindre à l'Aar. 

10° La Dlrse , qui prend sa source dans le canton de Berne , 
coule au nord , entre dans le canton de Baie où elle se jette dans le 
Rhin. 

Rivières que le Rhône reçoit en Suisse. Les princi- 
pales rivières que le R.hône reçoit en Suisse sont, dans le canton 
du Valais : 

1° La Viège , qui prend sa naissance dans les glaciers du mont 
Gervin. 

2° La Borgne , qui sort du fond de la vallée d'Héremance. 

3° La Drame, qui descend du mont St-Bernard. 

Dans le canton de Vaud : 

4° VAvançon , qui descend du glacier des Diablerets. 

5° La Grande-Eau, qui prend sa source au fond de la vallée des 
Or monts. 

Dans le canton de Genève : 

0° VArve , qui prend sa source en Savoie. 

Les lacs et les rivières produisent d'excellents poissons , parmi 
esquels nous mettrons en première ligne la truite et le saumon 



XII 



STATISTIQUE. 



CANTONS. 



i Zurich , 

Partie du lac. . , 

Lac de Greiffen 

2 Berne 

Lacs de Brientz et Thun 

Lac de Bienne et île de Saint-Pierre. 
Petite portion du lac de Neuchàtel. . 

5 LUCERNE. 

Partie du lac 

Lac de Sempach 

Partie du lac de Zug 

4 IJRI 

Partie du lac de Lucerne 

3 SCHWYTZ 

Partie du lac de Zug 

Partie du lac de Lucerne 

6 Unterwald 

Partie du lac de Lucerne 

7 Glaris 

8 Zug = 

Partie du lac 

9 Fr ibourg , 

Partie du lac de Neuchàtel 

I SOLEURE , 

I I B\LE . , 

I 2 SCHAFFHOUSE , 

1 3 ArPENZELL 

I 4 Saint-Gall 

Partie du lac de Constance 

Lac de Wallenstadt 

Partie du lac de Ziirich 

i 3 Grisons 

1 6 Argovie 

1 7 Thurgovie 

Partie du lac de Constance 

i s Tessin , , 

1 9 Vaud 

Partie du lac de Genève 

Partie du lac de Neuchàtel 

20 Valais 

Partie du lac de Genève 

2 i Neuchàtel 

Partie du lac 

22 Genève 

Partie du lac. 



Totaux. , 



SURFACE 



lieues carrées. 



90,336 



36,632 



31,417 



31,343 

10,122 



78,313 



33,476 
23,713 
17,209 
19,132 
104,132 



318,339 
69,733 
41,631 



146,433 
133,502 



56,380 



2,002 
0,367 

3,211 
1,493 
0,440 

1,801 

0,600 
0,009 

1,480 

0,746 
0,283 



0,734 
3,734 



3,216 
1,090 

1,027 



13,493 
2,327 

3,997 

3,870 

1,332 



1,930,193 32,098 



STATISTIQUE. 



XIII 



LACS DE 



SURFACE 
en lieues carrées. 



Genève. . 




31 ,484 


Constance 


28, 1 1 3 


Neuchàtel 


10,75 I 


Lucerne 


5,455 


Ziirich 


3,120 


Thun 


1,768 


Brientz 


1 ,425 


Zng. . 


1 ,509 


Bienne avec 
Wallenstadt 


l'île Saint-Pierre 


1,493 
1,090 


Greiffen 


1,597 




Totaux 


' 




87,571 



en milles carrés, 



11,C91 

10,137 

3,919 

2,024 

I, 157 

663 

829 

560 

405 
226 
210 



32,376 



CANTONS. 



Zurich 

Berne 

Lucerne 

Uri 

Schwytz 

Unterwald, Nid. . . 

— Ob. . . 

Glaris 

Zug 

Fribourg 

Soleure 

Baie- Ville 

Campagne. . . 

Schaffhouse. . . 
Appenzell A. . . . 

— J. . . . 

St-Gall 

Grisons 

Argovie 

Thurgovie. . . 

Tcssin 

Vaud 

Valais 

Neuchàtel 

Genève. ..... 

Totaux 





CONTINGENTS 


POPULAT. 


en 


en 




hommes. 


argent. 






fr. 


225,210 


6,756 


92,640 


402,710 


12,081 


148,530 


123,895 


3,717 


37,550 


13,485 


405 


1,550 


40,454 


1,214 


4,065 


12,557 


571 


1,255 


10,192 


306 


1,020 


29,038 


871 


5,870 


15,212 


456 


2,295 


89,244 


2,677 


27,545 


62,488 


1,875 


18,960 


19,092 


573 


14,580 


39,942 


1,198 


10,275 


31,509 


939 


9,780 


40,599 


1,218 


12,330 


9,760 


293 


980 


155,498 


4,665 


47,635 


82,568 


2,477 


12,675 


180.957 


8,429 


75,100 


82,625 


2,479 


25,250 


110,744 


3,522 


22,780 


179,617 


5,589 


73,410 


74,685 


2,211 


11,490 


55,402 


1,662 


23,440 


46,855 


1,405 


29,525 


2,133,914 


64,019 


707,710 



M. Fohr , ingénieur à Zurich. 



xiv STATISTIQUE. 



§ fc. Nature du sol* montagnes? glaciers* 
climat* 



Sol. Le sol de la Suisse est montagneux et n'offre pas de plaines 
d'une grande étendue ; aussi produit-il peu de céréales , compara- 
tivement aux pays qui l'avoisinent; mais il est éminemment propre 
à l'éducation et à la nourriture d'un grand nombre de bestiaux. 
On y cultive avec succès tous les légumes en général. La pomme 
de terre y est petite , mais excellente. Les prairies donnent deux 
récoltes de foin ; les pâturages y sont abondants et bons. La vigne 
et les arbres fruitiers y prospèrent dans les régions inférieures. 

Les montagnes renferment des mines de fer , plomb , zinc et 
argent , des carrières de porphyre , marbres de toutes les nuances, 
albâtre, ardoises, gypse , craie , pierres meulières , etc. Les salines 
de Bex et Bâle-Campagne sont très-abondantes. La tourbe , la 
houille et le lignite sont les minéraux combustibles. On compte 
plus de six cents sources d'eaux minérales. 

Montagnes. Deux chaînes principales de montagnes existent 
dans la Suisse : celle du Jura , qui lui sert de limite à l'occident 
et qui s'étend dans sa partie septentrionale ; et celle des Alpes , 
qui l'entoure au midi et à l'orient, et qui pénètre fort avant dans 
son intérieur et jusque dans son centre. Ces deux chaînes se rap- 
prochent l'une de l'autre dans un grand nombre de leurs points , 
et sont séparées par une immense vallée , ou plutôt par une suite 
de plaines entremêlées de collines qui occupent tout le canton de 
Genève et une partie de ceux de Vaud , Fribourg, Berne , Soleure, 
Argovie , Lucerne , Zug , Zurich , Schaff house , ïhurgovie et 
St-Gall. 

La chaîne du Jura s'étend depuis les bords du Rhône , dans le 
pays de Gex Jusqu'au canton de Schaffhouse , dans une longueur 
de près de 100 1. sur 15 à 18 de profondeur. 

Les Alpes s'étendent sur une longueur de 200 à 250 lieues , et 
sur une largeur de 50 à 80 , depuis la Méditerranée et la Provence 
jusque sur les frontières de la Hongrie ; elles traversent toute la 
Suisse , et c'est dans cette contrée et dans les pays voisins qu'elles 
atteignent à leur plus grande hauteur, et qu'elles offrent les masses 
les plus considérables. Elles prennent différents noms suivant la 
partie de leur immense chaîne dans laquelle on les considère : de 
la Méditerranée jusqu'au mont Viso , on les nomme Alpes Mari- 
times ; depuis le mont Viso jusqu'au mont Cenis , elles séparent le 
Dauphiné du Piémont , et s'appellent Alpes Cottiennes ; du mont 
Cenis au col du Bonhomme, elles ont le nom d'Alpes Grecques , et 
séparent la Savoie du Piémont ; on les nomme Hautes-Alpes ou 
Alpes Pennines depuis le col du Bonhomme au mont Rose ; plus 
loin , jusqu'au Bernardino et au Moschelhorn dans les Grisons , 



STATISTIQUE. xv 

elles s'appellent Alpes Helvétiques , et renferment les groupes du 
Saint-Gothard et du Lukmanier; ensuite elles prennent le nom 
d'Alpes Rhétiennes , et occupent les Grisons et le Tyrol jusqu'au 
Dreyhernpitz , sur les frontières de la Carinthie et du pays de 
Salzbourg ; elles s'appellent Alpes Noriques dans la Carinthie , la 
Styrie, le pays de Salzbourg et l'Autriche, jusqu'aux plaines 
d'Oedenbourg en Hongrie ; on nomme Alpes Carniques celles qui 
sont au sud de la Drave , depuis le mont Pelegrino jusqu'au Ter- 
glou , sur lequel la Save prend sa source; les Alpes juliennes , qui 
tirent leur nom de l'ancienne ville de Forum Julli , sont celles 
qui séparent le Frioul et l'Istrie de la Carinthie , la Carniole , la 
Croatie , l'Esclavonie , jusqu'au Klek ; enfin divers auteurs éten- 
dent encore plus loin la chaîne des Alpes , et nomment Alpes Di- 
nariques les montagnes qui s'étendent depuis le Klek , le long des 
rives droites de la Save et du Danube , jusqu'au Balkan ou mont 
Hœmus avec lequel elles se confondent en se prolongeant jusqu'à 
la mer Noire. 

Les Alpes sont l'une des principales chaînes de montagnes du 
globe , et la plus élevée qui existe dans l'Europe. 

Les Alpes de la Suisse sont recouvertes de neiges éternelles sur 
toutes celles de leurs sommités qui dépassent 8,000 ou 8,200 pieds 
d'élévation ; car c'est une remarque générale sur toute la surface 
du globe , que la chaleur diminue à mesure que l'on s'élève au 
dessus des bords des mers , et que l'on atteint enfin à une hauteur 
où l'hiver règne sans cesse. 

Le moment de la journée le plus froid sur les Alpes est commu- 
nément , comme dans la plaine , celui du lever du soleil , de même 
que le moment le plus chaud est celui de 2 heures après midi. 

L'influence de la chaleur sur l'évaporation , dans l'air des mon- 
tagnes , est à peu près triple de celle qu'elle exerce à la plaine. C'est 
à la grande rareté de l'air dans les Alpes , ainsi qu'à l'énergie avec 
laquelle il accélère l'évaporation , que l'on doit attribuer l'épuise- 
ment et les malaises que beaucoup de personnes éprouvent en 
s'élevant sur les plus hautes montagnes ; leur respiration se trouve 
alors gênée , et elles sont obligées de s'arrêter fréquemment pour 
se reposer. 

Lorsqu'on voit les nuages se traîner le long des montagnes 
ou en voiler les sommets , on doit s'attendre à de la pluie ; 
et lorsque cela a duré longtemps , on doit croire qu'il neigera sur 
les Alpes moyennes avant qu'elle cesse tout-à-fait et que le temps 
redevienne serein et constant. 

Les pâturages des Alpes ont ordinairement deux ou trois sta- 
tions différentes sur lesquelles on mène successivement les bes- 
tiaux , au printemps , en été et en automne , et dont chacune a ses 
chalets particuliers. Dans les prairies , au bas des coteaux et dans 
la plaine , on voit presque dans chaque clos une grange avec des 
étables où l'on reçoit le foin recueilli pendant l'été , et où on laisse 
pendant l'hiver les bestiaux , qu'on y vient soigner des villages 



XVI STATISTIQUE. 

voisins , distants quelquefois d'une lieue et davantage ; l'aspect de 
tous ces bâtiments rustiques anime infiniment le spectacle de la 
riante verdure de la Suisse. 

Les troupeaux de vaches les plus beaux sont ceux qui paissent 
dans les pâturages des Alpes qui n'ont que deux à cinq mille pieds 
d'élévation , et en particulier dans les pâturages situés à cette hau- 
teur qui se rencontrent dans les cantons de Vaud et de Fribourg , 
dans l'Emmenthal et le Simmenthal : les vaches de cette grande 
espèce pèsent de 5 à 7 quintaux ; elles donnent , en moyenne , 5 
pots de lait par jour, ou 20 livres de 17 onces ; les vaches de la 
petite espèce ne pèsent pas ordinairement au-delà de 4 quintaux ; 
les bœufs que l'on engraisse arrivent quelquefois jusqu'au poids 
de 30 quintaux. Pendant l'été on compte 900,000 têtes de bétail, et 
un tiers de moins en hiver. Le nombre des vaches laitières s'élève 
seul à 250,000. On élève en grand nombre les chèvres , les mou- 
tons , les porcs , les chevaux et les mulets dans les montagnes. 

Les espèces de quadrupèdes et d'oiseaux particulières aux Alpes 
sont le lynx , le lièvre blanc , l'écureuil noir , la marmotte , le cha- 
mois, le bouquetin, l'ours noir et l'ours fauve, la genilotte blanche, 
le renard, le blaireau , la belette, le loup, le grand aigle des Alpes 
et quelques autres. Le grand aigle des Alpes pèse de 8 à 15 livres , 
et a plus de 9 pieds d'envergure ; il attaque les chamois , les mou- 
tons , les chevreaux , les petits veaux , les chiens , les cochons , les 
lièvres et les marmottes. La chasse du chamois , particulière à la 
contrée , est la plus remarquable. Il y a sept espèces d'ophidiens, 
dont quatre de vipères. Le scorpion habite les environs du lac 
Majeur. Parmi les insectes, nous ne citerons que l'abeille et le ver à 
soie. 

Glaciers. On compte dans les Alpes de la Suisse environ 400 
glaciers , qui , suivant Ebel , occupent une surface de plus de 130 
lieues carrées , et qui ont chacun de 1 à 7 lieues de longueur , sur 
1/2 lieue au moins de largeur , et sur 100 à 600 pieds de profon- 
deur. « Tels sont , dit Ebel , les réservoirs intarissables qui entre- 
» tiennent les plus grands et les principaux fleuves de l'Europe. » 

Les glaciers se sont formés dans les plus hauts vallons des mon- 
tagnes ; là , les neiges s'accumulent pendant neuf mois de l'année, 
elles y roulent en grandes masses des sommités voisines , et s'y 
entassent en couches de plusieurs centaines de pieds d'épaisseur : 
ces masses étant trop considérables pour pouvoir se fondre entiè- 
rement pendant l'été , présentent au retour de l'hiver l'apparence 
d'un amas de neiges congelées; elles s'augmentent chaque année 
jusqu'à ce qu'enfin elles se soient étendues dans les vallées infé- 
rieures , où un plus haut degré de chaleur met un terme à leur 
avancement. Les glaciers diminuent quelquefois pendant plusieurs 
années de suite , c'est-à-dire que leur partie intérieure qui s'avance 
dans les champs fertiles des vallées perd par la fonte de l'été une 
telle quantité de glaces , qu'elle abandonne une portion du sol 
qu'elle occupait. 



STATISTIQUE. xvn 

Les changements subits de l'atmosphère font quelquefois sortir, 
des fentes des glaciers , des courants d'un air très-froid , qui en- 
traînent avec eux des particules de glace et les dispersent au loin , 
comme si c'était une poussière de neige. Souvent les glaciers sont 
recouverts de débris de pierres et de rochers qui y ont été apportés 
par les avalanches ou éboulements des sommités voisines ; ordi- 
nairement ces débris sont peu à peu rejetés vers la base et sur les 
côtés du glacier , où ils forment d'énormes murailles , hautes sou- 
vent de plus de 100 pieds , auxquelles on donne le nom de Mo- 
raines. 

Les voûtes de glaces que l'on observe au bas des glaciers , d'où 
l'on voit sortir un torrent , se forment toujours dans le lieu où 
aboutissent toutes les eaux qui proviennent de la fonte des glaces; 
elles ne prennent naissance qu'au printemps , et acquièrent en 
été des dimensions qui atteignent souvent 50 à 100 pieds en tous 
sens ; l'eau qui en sort est blanchâtre , ce qui tient à ce qu'elle 
charrie de nombreuses particules de rochers , extrêmement atté- 
nuées par les frottements. 

Les ïavanqes, ou avalanches de neige, sont un des phénomènes 
des Alpes, à la fois les plus commu-ns, les plus imposants et les plus 
redoutables. Heureux ceux qui peuvent les contempler de loin et 
sans danger , et jouir sans crainte d'un aussi magnifique spectacle, 
surtout pendant le printemps , où elles sont le plus fréquentes et le 
plus considérables ! ils voient des neiges détachées par les vents, ou 
par différentes autres causes , de leurs demeures élevées , se 
précipiter d'abord en petites quantités sur les pentes des monta- 
gnes , puis grossir peu à peu à mesure qu'elles avancent , réunir à 
leur masse de nouvelles neiges , et bientôt former des amas gi- 
gantesques , qui entraînent avec un fracas épouvantable des 
glaces , des pierres et des rochers , qui brisent et renversent des 
forêts entières , des maisons , et les autres obstacles qui se ren- 
contrent sur leur passage , et qui se précipitent enfin sur les vallées 
qu'elles ravagent , avec la rapidité de l'éclair , et où souvent elles 
ont couvert des villages entiers en donnant la mort à des hommes 
et à des bestiaux. 

Il n'y a pas d'année où l'on n'entende le récit d'accidents fu- 
nestes et de malheurs , effets de ces avalanches. 

Les ouragans ou tourmentes , mêlés de vastes tourbillons dé- 
neige , sont aussi très-dangereux pour les voyageurs qui par- 
courent les Hautes-Alpes : ils obstruent en peu de temps les che- 
mins et les passages ; ils y amoncèlent d'immenses quantités de 
neiges ; quelquefois ils engloutissent les hommes et les animaux ; 
ailleurs ils les aveuglent momentanément et ne leur permettent 
pas de discerner leur route , de manière que ces malheureux cou- 
rent risque de s'égarer ou de tomber dans des précipices. Il est 
bon de consulter les habitants du pays sur les dangers de ce genre 
auxquels on est expose en voyage , car leur expérience les met le 
plus souvent en état d'en préserver les voyageurs : tantôt ils vous 



xvin STATISTIQUE, 

font observer un silence rigoureux dans les passages les plus dari- 
gereux , tantôt ils font partir un coup de pistolet avant de vous y 
engager ; tantôt ils vous font voyager de grand matin avant que 
la chaleur du soleil ait disposé les neiges à se fondre ; enfin , ils 
vous guident dans les routes les plus sûres , et vous indiquent les 
abris convenables , au premier moment où ils entendent le bruit 
d'une avalanche qui se forme sur les hautes sommités. 

Les voyageurs qui parcourent les glaciers sont exposés à d'au- 
tres dangers encore , par l'effet des crevasses que renferme la 
glace ; ces crevasses sont souvent d'une prodigieuse profondeur , 
et recouvertes , surtout dans le printemps et au commencement 
de l'été , par les couches de neige qui les cachent aux regards , 
et qui s'enfoncent tout-à-coup lorsqu'elles se trouvent surchargées 
par un poids étranger. Les accidents résultant de l'existence de 
ces crevasses sont nombreux et forment un des sujets ordinaires 
des conversations des guides montagnards. 

Climat* D'après ce qu'on vient de lire , on comprendra faci* 
lement que la Suisse ne doit pas avoir un climat aussi tempéré 
que semblent le lui promettre sa position géographique et sa 
latitude en Europe. Elle doit aux Hautes-Alpes , qui la séparent de 
l'Italie , une température sévère ; les vents chauds du midi se refroi- 
dissent considérablement en traversant l'atmosphère qui entoure 
ces Alpes tapissées de glaciers et de neiges éternelles : d'un autre 
côté , les vents du nord pénètrent librement dans la Suisse et lui 
procurent souvent un climat rigoureux. On remarque dans ce 
pays de très-grandes variations de chaleur et de froid , surtout 
dans les vallées étroites où les chaleurs de l'été et le froid de l'hi- 
ver atteignent à une excessive intensité ; il n'est pas rare de voir 
des vignes , exposées au soleil du midi , prospérer à peu de dis- 
tance du pied des glaciers. Les chaînes de montagnes exercent 
une grande influence sur la sécheresse et l'humidité tout comme 
sur la direction des vents , dont le plus remarquable est le Fohn 
ou vent du sud. En général le climat est très-sain ; il n'est nuisible 
que dans quelques vallées des Alpe& tournées au nord. Les orages 
sont violents et très-fréquents ; plusieurs contrées sont souvent 
visitées par la grêle , tandis que d'autres peu éloignées en sont 
à l'abri pendant de longues années. Depuis 800 ans on a ressenti 
soixante tremblements de terre généraux , et environ 600 locaux. 

§ 3. Hauteurs'» 

D'après Wyss. 

( On a conservé son orthographe. ) 

Hauteur de quelques cascades en Suisse. 

Pieds. 

Le Staubbach dans la vallée de Lauterbrunnen 925 

Nant d'Arpenas dans la vallée de Ghamouni 800 



STATISTIQUE. xix 

Pieds. 

La chute de la Tosa sur le Griès dans la vallée de Formazza. 600 
Pisse- Vache ou Sallenche dans le bas Valais , de 270 à. . . 300 
La chute supérieure du Reichenbach près de Meyringen. . 200 
La chute de la Linth au pont du Pantenbrûk , dans le can- 
ton de Glaris 196 

Hauteur perpendiculaire de la chute de la Reuss au pont du 

Diable 100 

Cataracte du Rhin près de Schaffhouse. ... de 75 à 80 

Hauteur de quelques lacs de la Suisse. 

Le Triïb-See sur la montagne de Joch , dans le canton d'Un- 

terwalden 6720 

Le Todten-See ( lac Mort ) , sur le Grimsel , 6600 à. . . . 6630 
Le lac d'Oberalp près d'Andermatt , dans la vallée d'Ur- 

seren 6224 

Lac près l'hospice du Grimsel 5778 

Lac sur le mont Pilate 5625 

Lac d'Oberblegi , dans le canton de Glaris 4420 

Lac de Joux dans le Jura de 3004 à 3054 

Lac de See-Alp , dans le canton d'Appenzell 3052 

Lac deBrez oudeBray , dans le canton de Vaud. . . .2121 

Lac de Lungern , dans le canton d'Unterwalden. . . . 2320 

Lac de Brienz , à peu près 1790 

Lac de Thun 1780 

Lac de Sempach , environ 1590 

Lac des Quatre-Cantons 1358 

LacdeMorat 1344 

Lac de Neuchâtel 1340 

Lac de Bienne 1332 

Lac de Zug , suivant les ingénieurs français 1301 

Lac de Zurich " 1300 

Lac de Wallenstadt 1299 

Lac de Constance 1246 

Lac de Genève 1134 

Lac de Lugano 882 

Hauteur de quelques passages de montagnes en Suisse. 

Le Jorat , derrière Lausanne 2772 

La Hulftegg entre le C. de Zurich et le Toggenhourg. . 3250 
L'Etzel , entre la vallée de la Sihl et le lac de Zurich. . . 3310 

La Bramegg dans l'Entlibuch 3120 

Le Briinig , entre la vallée de Hasli et Unterwalden. 31 14 à 357!) 

LeHacken , entre Schwytz et Einsielden 4470 

La Dent de Jaman , entre le canton de Fribourg et celui de 
Vaud 4572 



XX STATISTIQUE. 

Pieds. 

Le Pragel , entre Schwytz et Glaris 5169 

Le Joch ou Jauchli , entre la vallée d'Engelberg et le Melch- 

thal 5560 

La Reulissin , entre la Lenk et Launenen 5590 

Le Luckmanier dans les Grisons 5740 

Le Splùgen dans les Grisons 5928 

La grande Scheideck, entre Grindelwald et Hasli. . . . 6045 

Le col de Calmot , entre la vallée d'Urseren et les Grisons. 6054 

Le Simplon , dans le haut Valais 6174 

La Scheideck du Wengern-Alp 6284 

Le mont Cenis , entre la France et le Piémont 6360 

Le Saint-Gothard 6390 

Le Grimsel , hauteur du passage. . . 6604 

Le petit Saint-Bernard dans le Piémont. ...... 6750 

Le mont Julier dans les Grisons 6830 

Le Joch , entre la vallée de Genteln et celle d'Engelberg. 6952 

La Gemmi , entre le Randersteg et les bains de Loësch. . 6985 

Le col de Balme , entre Chamouni et le Valais 7086 

Les Surênes , entre Engelberg et Uri 7215 

Le Susten , entre la vallée deGadmen et Uri 7322 

Le Griès dans le haut Valais. 7336 

Le Ravil entre la Lench et le Valais 7532 

Le grand Saint-Bernard dans le bas Valais , hauteur du 

couvent 7548 

Le Furka , entre le haut Valais et le Saint-Gothard. . . . 7795 
Le passage du Materhorn , ou Col du mont Gervin en Va- 
lais ■ 10284 

Le Col du Géant , à côté du mont Blanc , dans la vallée de 
Chamouni , passage fermé depuis longtemps par les 

glaces 10518 

Hauteur de ^quelques endroits , villes et villages , en Suisse et 
dans son voisinage. 

Baie. ... * 890 

Aarau 1140 

Genève 1152 — 1198 

Yverdun. ■. 1278 

Zurich. 1279 

Soleure 1234 

Bex dans le pays de Vaud. 1328 

Morat. 1344 

Martigny en Valais 1480 

Lausanne 1570 

Berne au bord de l'Aar , 1550; près de l'Hôpital > suivant 

Tralles 1708 

Sion en Valais 1746 



STATISTIQUE. xxi 

Pieds. 

Thun 1788 

Hasli-im-Grund 2030 

Saint-Gall 2086 

Le bourg d'Appenzell 2135 

Lauterbrunnen , suivant Tralles 2450 

Geissholz , villa sur le mont Rirchhet dans la vallée de 

Hasli 2470 

Zweysimmen , suivant Relier. . . , 2828 

Einsielden 2974 

Rougemont 3036 

Vallée du lac de Joux 3054 

Chaux-de-Fonds , dans le Jura 3075 

Trahesellauenen , au fond de la vallée de Lauterbrunnen. 3079 

Gessenay 3108 

Grindelwald 3150 

Prieuré de Chamouni 3150 

Engelberg dans le canton d'Unterwalden 3180 

Guttannen , sur la route du Grimsel 3198 

Village de Saxeten , dans FOberland Bernois 3359 

Village de Habkeren , dans l'Oberland Bernois. . . . 3360 
Geschenen , sur la partie septentrionale de la route du 

Saint-Gothard 3450 

Village de Eisenfluh , sur les montagnes au dessus de Lau- 
terbrunnen 3540 

Airolo , sur la partie méridionale du St-Gothard. . . . 3675 
Pommât , sur les montagnes du Griès dans la vallée de 

Formazza 3888 

Tscbangnau dans l'Emmenthal 3990 

Village de Wengen , sur les montagnes de Lauterbrunnen. 40 1 1 

Village de Gimmelwald, suivant Rasthofer 4090 

Obergestelen , dans le haut Valais 4100 

Village et vallée de Gadmen, dans l'Ober-Hasli. . 4128 — 4146 

Bains de Loèsch dans le Valais 4404 

L'Aar , à la Handeck , sur la route du Grimsel 4421 

Le village du Simplon , sur la montagne du même nom. . 4548 

Village d'Urseren ou Andermatt sur le St-Gothard. . . . 4446 

Village de Hospital, sur le St-Gothard 4566 

Couvent sur le R.igi 4660 

La vallée de Mayenthal dans le canton d'Uri , près Fehrin- 

gen ou Fernigen 4700 

Iiinterrhein , village des Grisons 4810 

La vallée d'Urseren , sur le Saint-Gothard près de Réalp. . 5000 
Village de Saint-Pierre , sur le grand Saint-Bernard dans le 

Valais 5004 

Village de Miirren sur les montagnes de Lauterbrunnen , 

suivant Rasthofer 5156 

Silva-Plana , dans les Grisons 5580 



xxn STATISTIQUE. 

Pieds . 

Hospice sur le Grimsel 5778 

Village d'été de Breuil dans le val Cervin , en Piémont. . 6162 

Hauteur de quelques montagnes de VOberland Bernois. 

Le Gurten , près Berne , suivant Trechsel 2897 

(L'Uetliberg, près de Zurich , 2790 ; le Signal sur l'Al- 

bis,2613.) 
Le Zwirgibùbel (colline de Zwirgi), en descendant la grande 

Scheideck dans la vallée de Hasli, suivant Frey. . . . 3042 

Le mont Bantiger près de Berne 3239 

LeNapf dans l'Emmenthal 4345 

(Le Wildkirchlein, dans le canton d'Appenzell, 4610.) 

Le Pfaffenkopf à Hasli-im-Grund 5738 

( Le Môle dans le Faucigny, 5735.) 

Le Wylerhorn , à côté du Briinig. ........ 5895 

Le Suleck, dans la vallée de Saxeten. 6240 

Le Tannhorn , sur le Brienzer-Grat 6532 

L'Erzeck ou Balmereckhorn , sur le Hasliberg ( mont de 

Hasli) 6761 

Le Stockhorn 6767 

Le Hohgant , entre Tschangnau et Habkeren 6834 

Le Gummgrat sur le Hasliberg 6929 

Le Morgenberghorn , dans la vallée de Saxeten , suivant 

Tralles 6990 

Le Tschingel ou Kaltbrunnenhorn, vis-à-vis de Meyringen. 7 1 89 

Le Rotthorn , sur le lac de Brienz 7257 

Le Niesen 7340 

Le Pfriindlistock dans la vallée de Gadmen 7684 

Le Hohenstollen sur le Hasliberg , derrière Meyringen. . 7688 

Le Lauberstock sur le Hasliberg -7708 

Le Benzlauistock , près de Hasli-im-Grund 7809 

Le Teîîistock , dans la vallée de Gadmen 8964 

Le Faulhorn , entre le lac de Brienz et Grindelwald. . . 8020 

Le Radlofshorn dans la vallée de Gadmen 8067 

Le Juchliberg ou Jauchi , sur le Grimsel 8094 

Le Hanglihorn , au fond de la vallée d'Engstlen. . . . 8146 

Le Zinken sur le Grimsel 8307 

Le Heuberg , passage du Susten , au fond de la vallée de 

Gadmen. . 8418 

Le Nsegelis-Grœtli , sur le Grimsel 8609 

LeSidelhorn, au passage du Grimsel 8634 

L'Engelhorn , sur la Scheideck de Hasli 8769 

Le Wildgerst , près du Faulhorn 8923 

Le Maehrenhorn , près de Guttannen. ...... 9039 

Le Bromberg , sur le Grimsel 9241 

Le Wendenstock, dans la vallée de Gadmen 9332 



CONSEILS AUX VOYAGEURS. xxin 

Pieds. 

Le Wellhorn, sur la grande Scheideck 9496 

Le Dossen ou Tossenhorn , à côté du glacier de Rossenlaui. 9C84 
Le Steinhaushorn, sur la route du Grimsel, près de Guttan- 

nen 9712 

Le Hùhnerthalstoch , dans la vallée d'Urbach 9932 

Le Gerstenhorn sur la route du Grimsel , près du Kscgelis- 

Grœtli 10037 

Le Ritzlihorn , derrière Guttannen 10125 

Le Hangend-Glerscherhorn , dans la vallée d'Urbach. . 10164 

Le Steinberg au fond de la vallée de Gadmen 10286 

Le Sustenhorn postérieur , ibid 10760 

Le Doldenhorn entre les vallées d'Oscbinen et de Gastern. 11287 

La Blùmlis-Alp ou la Frau , au fond du Kienthal. . . . 11393 
Le Balmhorn , entre la vallée de Gastern et le Valais. . .11415 

L'Altels, ibid 11432 

Le Wetterhorn, entre les vallées de Hasli et de Grindehvald. 1 1453 

L'Eiger ou Eiger extérieur dans le Grindehvald. . . . 12268 

Les Viescherhœrner ( Pics de viége), dans le Grindehvald. 12500 

Le Scbreckhorn , , ibid 12560 

Le Mœnch ou Eiger intérieur , dans la vallée de Lauter- 

brunnen 12666 

La Jungfrau , ibid 12872 

Le Finsteraarhorn , au milieu de la mer de glace , entre 

Grindehvald, Lauterbrunnen et le Valais 13224 



§ 4. Conseils aux voyageurs. 

J'ai parcouru , à diverses fois et dans différentes saisons , la 
Suisse ; je l'ai parcourue à pied et en voiture. Le voyageur sera 
bien aise peut-être que je lui offre quelques renseignements qui le 
guideront dans ses excursions. 

Vêtements. Ebel , Glutz Blotzbeim , et tous les touristes en 
général , entrent à ce sujet dans de minutieux détails ; ils indiquent 
la forme , le poids , le genre d'étoffe des vêtements. A les enten- 
dre , si l'on n'a pas des souliers faits exprès , on ne saurait gravir 
les montagnes , on a les pieds déchirés ; si ces souliers ne sont pas 
arrêtés par des chaînes de cuivre , on risque de faire des chutes 
sur les glaciers , etc. 

J'ai fait l'ascension de la plupart des glaciers de l'Oberland avec 
des souliers à empeigne un peu forte, mais sans clous, et mes sou^ 
liers , en arrivant à Genève , étaient en fort bon état. 

Croyez-moi, si vous voulez parcourir l'Oberland, ou toute autre 
partie' de la Suisse hérissée de montagnes, ne vous chargez pas 
d'un bagage inutile; il retarde la marche, et fatigue. Ayez un 
pantalon de laine, un habit plutôt qu'une redingote, trois ou quatre 
chemises , autant de mouchoirs de poche , de bas , de cravates , 



xxiv CONSEILS 

deux gilets , et mettez-vous en route avec confiance. Vous porterez 
vous-même votre sac sur le dos , dans les pays de plaine , et le ferez 
porter à votre guide dans les montagnes. Si vous voyagez comme 
les Anglais, traînant après vous des malles, des cartons, vous 
êtes obligé de louer des chevaux, et ils sont chers. C'est tout au 
plus si vous devez emporter un manteau. Je vous conseillerais 
d'acheter, à Paris ou en Suisse , une de ces toiles cirées élastiques , 
que vous vous jetez, en temps de pluie, sur les épaules. L'orage 
est-il terminé , vous essuyez ce léger vêtement , et le remettez dans 
votre sac. 

Le soir , quand vous arrivez à l'auberge , ayez soin de donner 
sur-le-champ au garçon ou à la servante les Vêtements à laver ; 
gardez-vous de charger votre guide de les porter à la blanchis- 
seuse , il vous ferait payer 50 centimes le blanchissage d'une paire 
de bas. 

Guide. Si vous arrivez à Thun , les guides vous assailliront : 
marchandez avec eux. Un bon guide est raisonnablement payé à 6 
francs par jour , et avec cette somme il est bien entendu qu'il se 
nourrira. Gardez-vous de lui confier des achats à faire ; il s'en- 
tend avec les marchands , et vous fait payer chèrement ses bons 
offices. En général , faites vos affaires vous-même , vous vous en 
trouverez mieux. J'ai été trompé , dans les premières courses que 
j'ai faites en Suisse, par des guides qui avaient de fort bons certi- 
ficats , et qui me demandaient , pour faire telle ou telle excursion, 
une fois plus de temps qu'il n'en fallait. 

Dans les courses pédestres , souvent il arrive que le soulier, par 
le frottement répété, enflamme la peau, et fait naître de légers gon- 
flements à sa surface : il ne faut pas s'en effrayer. Le soir , arrivé 
à l'auberge , on se lave avec de l'eau-de-vie ; "et si des ampoules 
sont survenues , on les guérit en faisant glisser au travers , à l'aide 
d'une aiguille , un 111 léger qu'on coupe aux deux extrémités. 

Je recommande l'usage d'un léger voile vert pour l'ascension du 
Saint-Gothard : l'éclat des neiges fait mal aux yeux. On ne saurait 
être assez prudent dans les courses sur les glaciers ; on doit obéir 
à tous les ordres du guide. 

Quand , le matin , la montagne est tout entière enveloppée de 
vapeurs , c'est bon signe ; mettez - vous en route , le temps sera 
beau. 

Ne croyez plus aux dangers qu'Ebel signalait justement il y a 
trente ans dans son Itinéraire : il n'existe plus aujourd'hui de prér 
cipices où on craigne de tomber , plus de passages qu'on ne puisse 
franchir qu'en tremblant , plus de lacs terribles et tempétueux. 
On voyage en Suisse avec autant de sécurité qu'en France. Dans 
les montagnes, on a pratiqué des sentiers où il n'y a pas moyen de 
s'égarer ; et , grâce aux bateaux à vapeur , on n'a plus à redouter 
de tempêtes sur les lacs. 

Prix et séjours. On voyage en Suisse aujourd'hui , dans les 
cantons les plus fréquentés , aussi bien qu'en France. On peut 



AUX VOYAGEURS. \\v 

compter sur une dépense de 75 cent, par lieue, 15 à 20 cent, de plus 
qu'en France : nous parlons ici des diligences. Les conducteurs 
sont prévenants et polis; on peut se fier à leur probité. 

Il y a des hôtels de diverses sortes : aux meilleurs, le prix d'un 
dîner à table d'hôte , de midi 1/2 à 1 heure 1/2 , est de 2 fr. 50 c. 
à 3 fr. de France : la chambre se paie 1 fr. 25 c. à 2 fr.; le déjeuner 
1 fr. 50 c. à 2 fr. Le dîner , à quatre ou cinq heures, se paie un 
tiers à peu près en sus : si on se tait servir dans son appartement , 
on paie de 4 à 5 fr. La table d'hôte , toujours très-abondamment 
fournie, offre tout à la fois économie dans les prix et abondance 
plus grande dans les plats. 

Aux hôtels de second ordre, on peut compter sur un quart de 
moins dans la dépense. 

Keller. On donne au keller qui sert à table de 25 à 5.0 c. par 
jour, et autant au domestique de la maison. 

Il y a dans toutes les villes de bons cafés. La tasse de café au lait 
se paie 75 c. avec les petits pains ; la tasse de café à l'eau , 30 c. 
La glace se paie 60 à 75 c. Nous signalons celles de M. Moos- 
brugger à Fribourg, et nous sommes sûrs qu'en se recommandant 
de l'éditeur de cet ouvrage , M. Richard , on n'aura qu'à se louer 
de l'habileté de ce confiseur. 

Au Safran à Zurich , ou déjeune fort bien à la carte pour 1 fr. 
50 c. 

Le café de Bel- Air à Genève , celui en face de la poste , sont des 
maisons justement renommées. — A Baie, on ira déjeuner sur la 
place de l'Hôtel-de-Ville : la crème y est fort bonne. — A Berne , 
allez au café du Commerce , on y sert d'excellent café à la crème. 

On connaît la réputation de la limonade gazeuse de Suisse. Elle 
est parfaite à Genève et à Lausanne. Prix , 50 c. la bouteille. 

Passe-ports. On a coutume de demander aux voyageurs leurs 
passe-ports qu'on porte à la police, et qu'on leur rend en deman- 
dant 1 fr. La police en Suisse ne fait payer aucun visa. 

Nous recommandons aux fumeurs les cigares de Lausanne , 
qui sont fort agréables et à bon compte. 

Aux gourmands , nous recommandons la compote verte , sorte 
de confitures d'origine savoyarde , qui est tout à la fois délicieuse 
et salutaire aux poitrines faibles. 



MONNAIES * 



En usage dans les cantons suivants de la Suisse , et leur réduc- 
tion en monnaie la plus utile pour les voyageurs, 

Aegovie. On compte en francs suisses de 10 batz ou 100 
rappes ; le louis d'or à 16 francs. 

La monnaie particulière, au pays est : pièces d'argent de 4 fr., 
2 fr. etl 1/2 francs. 

Pièces de 1 batz , 1/2 batz , et des rappes. s 

Le prix de l'argent est le même qu'à Berne. 

Appenzell. Le louis d'or vaut 11 florins d'après le titre alle- 
mand de convention. 

Monnaie particulière : il n'y en a plus qui ait cours que celles 
frappées depuis 1803 : elles consistent en pièces de 1/2 franc , batz 
et 1/2 batz. C'est à Berne qu'elles sont frappées. Pour la valeur de 
l'argent, voir St-Gall. 

Bale. On y compte ordinairement en francs et en batz ; le louis 
d'or sur le pied de 16 francs. 

Monnaie particulière : pistole de 16 francs, écu de 3 francs , 
florin ou 1/2 écu de 15 batz, franc , 1/2 franc , pièce de 5 batz , 
de 3 batz , d'un batz , de 1/2 batz. 

On donne pour : 

fr. batz. 

1 louis d'or français de 24 francs 16 » 

1 pièce française de 20 francs 13 5 

1 écu de 6 livres français de poids 4 » 

1 écudeBrabant. / 3 9 

1 pièce française de 5 francs 3 4 

Berne. On compte en francs de 10 batz ou 100 rappes ; le louis 
d'or pour 16 francs. 

Monnaie particulière : doublon de 16 francs , double doublon 
de 32 fr., tbaler de 4 francs , piècetfde 2,1, 1/2 et 1/4 de franc ; 
batz , 1/2 batz , et rappe. 

On donne pour : 

fr . batz . 

1 louis d'or français 16 » 

1 napoléon d'or. 13 5 

1 ducat de Hollande 8 » 

1 pièce de 6 livres française de poids 4 » 

1 écudeBrabant. . * 3 9 

1 pièce française de 5 francs 3 4 

Fribourg. On compte en francs de 10 batz ou 100 rappes. 



* C'est la première fois qu'on imprime en français un tableau aussi complet des 
monnaies suisses. Ce tableau est dû â M. Lutz. 



MONNAIES. 



xxvn 



Monnaie particulière : pièces de 1 franc , de 5 batz , de 1 batz 
et 1/2 batz. 
Le prix de l'argent est comme à Berne. 

Saint-Gall. On compte d'après le titre allemand de conven- 
tion ; le louis d'or pour 11 florins. 

Monnaie particulière : on n'en a point frappé d'autres que dif- 
férentes monnaies de billon au titre de convention. 



On donne pour : 



louis d'or français. . . 
napoléon d'or.' . . . 
ducat de Hollande. . . 
écu de 6 livres de poids, 
écu de Brabant. . . . 



dor. 


kr. 


11 


» 


9 


17 


5 


30 


2 


45 


2 


42 


2 


19 



1 
1 
1 
1 
1 
1 pièce française de 5 francs 2 

Genève. On compte en livres , sous et deniers courants , ou en 
florins , sous et deniers petite monnaie; le louis d'or pour 51 
florins. 

Monnaie particulière : pistoles de 10 livres courantes ou 35 
florins, écus patagons de 3 livres ou 10 1/2 florins, pièces de 1/2 
et 1/4 de livre , pièces de 6 , 5 , 3 , 2 , 1 , 1/2 et 1 1/2 sous. 

La loi du 10 mai 1816 fixe à la valeur suivante le tarif des mon- 
naies étrangères : 



1 piastre forte d'Espagne. 

1/2. 
1 
1 
1 

1 



écu français de 5 francs 

écu français de 6 livres 

écu de Brabant. ....... 

écu de Bavière ( avec le sceptre et le 

glaive ) 

écu de Piémont de G livres 

idem idem 3 livres 

écu helvétique 

pièce française de 20 francs. . . .] 
idem idem 40 francs. . . . 
ancien louis français de 23 fr. 56 cent. 
idem idem double. . . . 
francs de Suisse ! 



1. 
3 
1 
3 
3 
3 

3 
4 
2 
3 

12 
24 
14 
29 
14 



d. fl. 



5 


6 i 


11 


G 


12 


d\ 


5 


9 


1 


H 


10 


10 


11 


6 


12 


7 


10 


9 


12 


4 


10 


» 


12 


3 


G 


» 


15 


» 


3 


» 


7 


G 


12 


G 


12 


7 


7 


» 


43 


4 


14 


»! 


8G 


8 


10 





61 


» 


3 


» 


102 


» 


10 


(> 


61 


» 


3 


1 » 


102 


» 



1 
1 
1 
1 
1 
1 
1 

16 

32 francs de Suisse I 29 

Le système décimal français tend à envahir le canton de Genève; 
déjà , dans les caisses publiques et dans les administrations > on ne 
reçoit que de la monnaie décimale. 

Glaris. On compte en florins de 40 schillings; le louis d'or pour 
10 1/2 florins. 

Monnaie particulière : on n'en a point frappé d'autres que des 
batz et des schillings. 

Le prix de l'argent est le même qu'à Zurich. 



XXYIII MONNAIES. 

Les Grisons. On compte en florins de 70 blutzger ou de 60 
kreutzers ; le louis d'or pour 13 3/5 florins ou 13 florins 36 kreut- 
zers. Le franc de Suisse vaut 51 kreutzers. Dans la vallée de Mi- 

sokkerthal , on compte en livres de 20 sous , de sorte que 6 batz 
font 5 sous. 

flor. kr. 

Souverain 19 48 

Schild dublone (doublon au bouclier) 13 40 

Doublon suisse 13 36 

Vieux doublon milanais n » 

Nouveau doublon. . 10 30 

Quadruple doublon de Gênes 45 30 

Double doublon. 22 45 

Simple doublon 11 22 

lieux doublon de Savoie jusqu'en 1785 16 12 

Nouveau doublon. . ., 16 » 

Doublon de Parme 12 36 

Doublon de Portugal 24 » 

— de Lisbonne 20 » 

Vieux doublon romain. . . 12 30 

Nouveau doublon romain 9 » 

Doublon de Bologne 9 40 

Simple napoléon d'or 11 30 

Doublon de Mantoue . Il 20 

Doublon du Soleil 13 36 

Doublon du Saint-Esprit 16 40 

L. L. doublon 16 40 

Nouveau doublon quadruple et rond d'Espagne. . . 45 30 

Ancien id. id. à angles id. . . 47 » 

Nouveau doublon d'Espagne 11 30 

Carolin d'or 13 36 

Guinée anglaise 13 45 

Maximilien d'or 9 » 

Vieux ducat (excepté ceux de Pvome) 6 40 

Ducat de Rome 6 30 

Piécette d'Espagne 2 56 

(12 blutzger par grain de diminution pour les 

monnaies qui n'ont pas le poids. ) 

Federthaîer 3 18 

Écu suisse 3 24 

Écu de Brabant ou kreutzthaler 3 20 

(De même pour les nouveaux écus de Bavière et 
de Wurtemberg. ) 

Colonnade d'Espagne 3 » 

Écu bavarois 2 56 

Écu de convention 2 56 

ÉcudeModène. . 3 4 

Écu de Milan 2 36 



MONNAIES. xxix 

flor. kr. 

Écu de Bohême .3 8 

Florentin 2 52 

Écu de Saxe 2 12 

Ducat de Mantoue 3 40 

Romain 3 30 

Vénitien 3 36 

Milanais 3 44 

Florentin 4 44 

Philippe florentin 3 J2 

Pièce bolonaise de 10 paoli 3 

Louis blanc 2 44 

Giustina vénitien 3 S 

Livornina délia torre 3 

Livornina délia rosa 4 -50 

Génoise 2 16 

Napoléon de 5 francs 2 52 

Pièce savoyarde ou piémontaise 1 » 

Napoléon de 1 franc ( livre italienne ) » 34 

Ici 2 francs . . 1 8 

La pièce impériale de 20 kreutzers ou la pièce de 24 kreutzers 
( valeur de la monnaie de l'empire) vaut 34 blutzger. La pièce de 
17 et 15 kreutzers ou 18 kreutzers ( valeur de la monnaie de l'em- 
pire) vaut 26 blutzger. 

Lucerne. On compte en florins de 40 schillings, le louis d'or 
pour 12 florins , mais communément en francs et en batz comme 
a Berne. 

Monnaie particulière : doublon , 1/2 doublon , écus de 4 fr. , 

2 fr. , 1 fr. , 1/2 fr. , 1/4 de fr. , pièces de 10 schillings , 5 schillings 
et 1 schilling. 

flor. sz. 

1 louis d'or français 12 » 

1 napoléon d'or. 10 5 

1 ducat de Hollande G » 

1 écu de 6 livres , laubthaler 3 

1 écu de Brabant 2 37 

1 pièce de 5 francs 2 22 

Le florin de Lucerne est à celui de Zurich comme G est à 5. — 

3 sz. font un batz. 1 sz. à 6 angster. 40 sz. ou 1 florin font 55 
kreutzers. Le reichsgeld fait deux anciennes livres de France. 

Neuchatel. On compte en livres, sous et deniers qui valent 
5 prazents de moins que les livres ordinaires. Ainsi 42 batz de 
Neuchatel font 40 batz de Berne. 

batz. 

Louis d'or 168 

Ducat 84 

Napoléon d'or 142 



xxx MONNAIES. 

batz. 

Écu de Brabant « . 41 

Écu de six livres 42 

Écu de 5 francs 35 1/2 

Schaffhouse. On compte d'après le titre de convention alle- 
mand. 
Monnaie particulière : batz , 1/2 batz et 1/4 de batz. 
Pour le prix de l'argent , voir St-Gall. 

Schwytz. Autrefois on comptait en florins de 40 scb. le louis 
(For pour 13 fl. ; aujourd'hui on ne le compte plus que pour 10 fl. 
On suit le tarif du Zurich. 

Monnaie particulière : florins , pièces de 20 , 10 , 5 et 1 sch. 

Le reste comme à Zurich. 

Soleure. On compte en francs de 10 batz ou 100 rappes. 
Monnaie particulière : pièces de 2 , 1 , 1/2 , et 1/4 de doublon ; 
2,1,1/2, et 1/4 de franc ; batz et 1/2 batz. 
Le prix de l'argent comme à Berne. 

Tessin. On compte en livres de 20 sous. On compte quelquefois 
le louis d'or d'après le tarif milanais à 34 livres , communément à 
37 1/2 livres d'après le tarif piémontais ; dans quelques vallées seu- 
lement on suit le tarif vénitien qui le porte à 36 livres. 

Monnaie particulière : pièce de 1 , 3 , 6 et 10 sous ; il en faut 20 
pour une livre. L'écu de Brabant vaut 9 liv. Les 20 kreutzers imp. 
ou le 24 kreutzers , valeur de la monnaie du St-Empire , font 27 
sous. Ces deux espèces de monnaie sont très-communes dans la 
circulation. 

Dans le district de Mendris , on compte d'après la livre de Milan 
de 32 sous 1/2 , et souvent en francs de 31 sous dont 9 font 2 batz 
de Suisse. L'écu de Brabant vaut 7 1/2 livres de Milan. 

On se sert aussi de monnaies de France , d'Autriche , et des an- 
ciens États italiens. 

On donne pour : 

liv. sous. dcn. 

1 sequin de Savoie , de Milan ou de Gênes. 16 5 » 

1 louis d'or de France 37 10 » 

1 napoléon d'or 31 12 9 3/4 

1 ducat hollandais 17 » » 

1 ducat de Crémone 17 26 

1 écu français de 6 livres 9 7 6 

1 écu français de 5 francs 7 19 » 

1 philipi de Milan 7 » » 

1 terîoni de Florence ou de Rome 2 10 » 

1 paoli de Rome ou de Gênes » 16 » 

Thurgovie. Le louis d'or vaut 11 florins d'après le titre alle- 
mand de convention. 



MONNAIES. wx, 

Monnaie particulière : batz et 1/2 batz. Le prix de l'argent 
comme à St-Gall. 

Unterwald. De même que dans le canton de Lucerne. 

Uri. On compte en florins de 40 schillings , le louis d'or 13 fl. 
Mais on compte plus communément en francs et batz comme à 
Lucerne. 

Monnaie particulière : batz et 1/2 batz. 

Vaud. On compte en francs de 10 batz ou 100 rappes. 
Monnaie particulière : pièces de 5 batz , 1 batz et 1/2 batz. 
Pour le reste comme à Berne. 

Valais. On compte ordinairement en francs de 10 batz ou 100 
rappes. 
Le reste comme à Berne. 

Zurich. On compte en florins de 40 schillings ou 60 kreutzers, 
le louis d'or pour 10 florins. 

Monnaie particulière : pièces de 1 , 2 doublons , 9 thalers , 2 , 
1 , 1/2 et 1/4 de florin , francs et schillings. 

Prix de l'argent : 

flor. s/.. 

1 louis d'or français 10 » 

1 napoléon d'or. 8 18 

1 ducat de Hollande 4 36 

1 écu français de 6 livres % 2 20 

1 écu de Brabant » « * t < 2 18 

1 pièce française de 5 francs 2 5 

Zug (ville). On y compte en florins de 40 schillings , le louis 
d'or pour 12 florins. — On compte aussi en francs et en batz. 

Monnaie particulière : il n'en existe plus du tout en circu- 
lation. 

Pour le prix de l'argent , voyez Lucerne. 

Leguldenfusf(titre)deZug est à celui de Zurich comme 5 est 
5 4 ; il en est de même pour les schelings. 

Instruction pour réduire V argent de France en argent de 
Suisse , et vicâ versa. 

1° Pour réduire le franc de France en franc de Suisse , multi- 
plier le premier par 69. Le produit donnera 1 franc de Suisse. 

2° Pour réduire le franc de Suisse en franc de France , multi- 
plier le premier par 145. Le produit donne 1 franc de France. 



MANUEL 



DU 



VOYAGEUR EN SUISSE. 



CHAPITRE PREMIER. 



CANTON DE GENEVE. 



Situation. Le canton de Genève , 
situé à l'extrémité sud-ouest de la 
Suisse, est borné au nord par le 
canton de Vaud et par la France 
qui le limite aussi du côté de 
l'ouest ; au sud et à l'est par la 
Savoie. 

Langue. La langue française y 
est seule en usage. 

Canton mixte. Population en 
1837 , 58,666 habitants , dont 
-33,500 protestants et 25,000 catho- 
liques ; elle n'était que de 56,555 
en 1834. Il y a en outre 100 juifs. 
On compte 36 communes dans ce 
canton ; les 28 paroisses catho- 
liques sont comprises dans le dio- 
cèse de Frihourg , dont l'évèque 
porte le titre d'évêque de Lauzanne 
et de Genève. Un tiers de la popu- 
lation est composé d'étrangers au 
canton. La ville de Genève a 29,000 
habitants dont 6,800 catholiques , 
00 juifs et le reste protestant. On 
y compte 1,725 négociants, 1,606 
horlogers, 219 mécaniciens, 880 
bijoutiers, 1,248 chefs d'ateliers, 
5,700 ouvriers divers , 2,508 do- 
mestiques , etc. 

Dès l'an 1535, la république de 



Genève a été alliée des Suisse? 
jusqu'au 15 avril 1798 ; elle tomba 
alors au pouvoir de la France , qui 
en forma le département du Léman . 
Le 30 décembre 1813 , elle recouvra 
son indépendance. En 1815 eut 
lieu sa réunion à la Suisse comme, 
vingt-deuxième canton. 

Quoique l'un des plus petits en 
étendue, le canton de Genève ne 
l'est cependant pas en population ; 
la ville seule renferme près de la 
moitié des habitants. En 1815, le 
congrès de Vienne a réuni à son 
territoire quinze communes de la 
Savoie qui comptent 15,000 cames, 
et six communes françaises qui en 
comptent 4,000. 

Produits du sol. L'agriculture 
a été portée à un haut degré 
de perfection dans le canton de 
Genève : on doit attribuer ce* 
progrès au grand nombre de sa- 
vants et de gens aisés qui em- 
ploient leurs lumières et leurs 
richesses à former de bons agricul- 
teurs, et a déraciner chez le peuple 
ce qu'il peut y avoir de vicieux 
dans les vieilles routines ; ainsi 
qu'aux comices agricoles et aux 

2' 



4 4 



GENEVE. 



primes distribuées chaque année. 
Aussi le sol, quoique en général 
très-argileux et assez peu productif, 
donne-t-il de belles récoltes ; on 
fait beaucoup de vin , mais de mé- 
diocre qualité. Les prairies artifi- 
cielles sont nombreuses , la culture 
de la betterave très-répandue; les 
champs produisent du blé , du 
sarrasin, des fèves, des pommes 
de terre, du colza, etc. 

Le canton renferme 84,848 poses 
(22,909 hectares), dont 44,428 en 
champs , 16,177 en prés , 410 en 
marais, 2,304 en vergers , 1,358 
en jardins, 1,101 en bâtiments et 
cours, 4,219 en vignes. 8,074 en 
bois, et 0,715 en broussailles. 

Industrie. Les arts industriels 
sont concentrés à Genève; ils con- 
sistent principalement dans l'hor- 
logerie , la bijouterie , les pièces 
mécaniques , la gravure , les fa- 
briques d'indiennes et les filatures 
de coton. Il se confectionne annuel- 
lement environ 100,000 montres, 
dont les onze-douzièmes en or et le 
reste en argent. 

Commerce. Genève exporte cha- 
que année pour une somme énorme 
des divers produits de son in- 
dustrie. C'est une des places de 
banque importantes de l'Europe. 
Le commerce en gros et en détail 
y est considérable. Son terri- 
toire touchant à trois états , la 
commission et l'expédition par 
terre et par eau ont une grande 
activité. 

Division. Le canton est divisé 
politiquement en mairies; mais, 
géographiquemerit , le Rhône et 
i'Arve en forment trois parties 
bien distinctes. 

La première (entre Rhône et 
Lac) est limitée par le canton de 
Vaud , la Fiance , le Rhône et la 
rive droite du lac. 

La seconde lerdre Rhône et 
Arve) est renfermée entre ces 
deux rivières et la Savoie. 

La troisième {entre Arve et Lac) 
s'étend de I'Arve le long des fron- 
tières de la Savoie et la rive gauche 
du !ac. 



GENEVE. 



Il y a deux villes qui résument 
merveilleusement l'Europe, ce sont 
Bruxelles et Genève. Bruxelles , 
plus poétique, plus large, plus 
fashionnable , plus intime , plus 
pure d'alliage , plus chaude de 
mœurs hospitalières ; Genève , plus 
sèche, plus positive, plus égoïste, 
plus hétérogène , plus raisonneuse, 
moins riche en épopées populaires , 
mais beaucoup plus centrale que 
la jeune capitale de la Belgique ; 
administrée à fort bon marché par 
une aristocratie quelquefois jalouse 
de ses prérogatives . mais toujours 
sage , paternelle et éminemment 
intègre; peuplée de riches étran- 
gers qui y apportent leurs goûts , 
leurs habitudes , et y échangent 
leur or contre une vie commode , 
élégante , facile , contre l'aspect de 
délicieux paysages : Genève est, 
sans doute , un des plus agréables 
séjours qui soient sur cette terre , 
où tout est mélange dans les féli- 
cités. 

Rivale de Bruxelles comme ville 
de civilisation , d'actualité litté- 
raire et scientifique, comme ren- 
dez-vous des opulences voyageuses 
et des infortunes qui s'exilent, 
Genève peut être considérée à la 
fois, moralement parlant, comme 
un foyer de réflexions , et , sous le 
rapport social , comme un sol 
neutre placé au cœur de l'Europe, 
où toutes les nationalités frater- 
nisent , où toutes les sommités 
d'art , d'intelligence , de naissance 
et d'argent , des divers pays , 
viennent un instant se serrer la 
main dans le salon de M. de Sis- 
mondi , au concert , au Casino ou 
à la société de lecture. Les monu- 
ments, les maisons de cette ville 
traduisent parfaitement le type 
moral qui la caractérise. Ici , le 
pignon aigu de la Germanie heurte 
le toit plat de la Toscane, et le 
parloir de Marlborough-Streel 
précède une salle décorée à la mos- 
covite. Ici, des habitudes régti- 



GENÈVE. 



lières , sérieuses , qui limitent le 
luxe sans l'exclure. Ici, une auto- 
rité prévoyante et sobre , qui té- 
moigne de son respect pour le 
public , et pourvoit minutieu- 
sement à ses besoins , à ses plaisirs , 
à sa commodité. Ici , de la philan- 
thropie sans trop de jactance, du 
patriotisme sans rouerie , sans jar- 
gon , sans phraséologie de club, de 
la fierté sans orgueil, et un ijii- 
mense entraînement vers tout ce 
qui est économie publique, progrès, 
utilité , bien-être et amélioration 
de la communauté. Ici encore , une 
charité prodigue, une philosophie 
pratique indulgente , raisonnant 
assez l'existence humaine pour la 
régler , et ne la pressurant pas au 
point de flétrir la dernière fleur de 
poésie qui la caresse. A Genève , 
tous les hommes sont citoyens par 
caractère et presque tous par droit , 
puisque le cens électoral n'est que 
de quinze florins; tous les monu- 
ments sont des promenades; toutes 
les églises , h l'exception de celle 
de St-Germain laissée au catholi- 
cisme , des temples. A Genève , pas 
un seul pauvre qui vous mon- 
tre les trous de sa casaque , 
qui vous tende , sur la voie pu- 
blique , sa main décharnée et 
livide ; pas un bandit imberbe qui 
crayonne des invectives sur les 
murs et insulte aux passants ; pas 
un crocheteur qui vous jette d'in- 
solentes et grossières paroles : mais 
un nombre prodigieux d'auberges 
et de maisons meublées attendant 
les visiteurs et les curieux pour 
lever de gros impôts sur leur 
bourse. 

fcette population exotique mêlée 
aux races indigènes , ces flots de 
grands seigneurs français , russes , 
allemands , italiens , anglais , ré- 
pandus dans la cité et dans les 
villages délicieux qui la ceignent 
de leur réseau d'ombrages , ont 
neutralisé les moeurs locales du 
chef-lieu de la petite république et 
du canton de Genève , sans toute- 
fois leur ravir un genre d'indivi- 
dualité très-précis. Cette individua- 



lité , elle consiste à s'approprier 
tout ce qu'il y a de bien chez les 
nations voisines. Ainsi, Genève a 
imité de la France son exquise ur- 
banité , son bon goût en toutes 
choses , son amour des conve 
nances, sa délicatesse et son 
aménité sociales ; de la Grande- 
Bretagne , ses principes de gymna- 
stique et d'éducation , ses habi- 
tudes graves , réservées , ses idées 
rationnelles appliquées à la vie 
domestique, ses raout, ses thés , 
ses recherches du confortable, son 
luxe de chevaux et de voitures ; de 
l'Italie , ses traditions d'art ; de la 
Germanie enfin , sa passion pour 
les livres , l'histoire philosophique 
et les savantes études. Et n'allez 
pas croire que de toutes ces impor- 
tations résulte une physionomie 
pâle et diflluente ; non : civilement 
parlant , surtout , il est encore 
facile , en ce pays , de distinguer 
l'indigène du colon et l'hôte du 
citoyen. Sa constitution politique 
elle-même semble être l'expression 
d'un choix fait parmi tous les 
systèmes de gouvernements repré- 
sentatifs, réduits à des termes sim- 
ples mais précis. Ces éléments , 
l'esprit public de la république 
s'est chargé de les unir , de les 
coordonner , de les adapter aux 
mœurs et aux besoins , de les ren- 
dre homogènes ; il les serre dans 
ses bras , comme l'État genevois 
est serré par d'étroites limites dans 
son magnifique territoire. Sage 
dans son administration cantonale, 
toutes les fois que Genève a été 
consultée par le directoire exécutif 
de la confédération {vorort, forort), 
elle a témoigné hautement de son 
patriotisme , et dans son concours 
près de la diète helvétique Genève 
s'est toujours montrée éminem- 
ment fédérale. 

Je ferai un faible reproche aux 
administrations qui dirigent ce- 
divers établissements publics , c'est 
qu'elles tiennent trop habituel- 
lement fermés ceux que l'étranger 
recherche avec le plus d'empressé- 
ment , comme la bibliothèque et 



30 



GENÈVE. 



les deux musées , et qu'elles forcent 
ainsi le voyageur intelligent à se 
livrer à la merci d'un concierge 
toujours prêt à recevoir une of- 
frande , mais rarement à la gagner 
par une complaisance patiente et 
éclairée. Je sais bien que dans une 
ville où les premiers magistrats (les 
syndics) reçoivent 1,500 francs de 
salaire , et' rendent des comptes 
Mêles de leur gestion , où les fonc- 
tions de bibliothécaire , de conser- 
vateur de musée, sont gratuites, 
il a fallu borner la peine ; mais les 
limites sont trop étroites. 

Quelques-uns , sans doute , m'ac- 
cuseront d'avoir jugé l'aristocratie 
dirigeante de Genève avec des pré- 
ventions favorables. On me dira 
que le syndicat se perpétue dans 
certaines familles privilégiées ; 
qu'une pensée d'égoïsme qui , par- 
fois , veut gouverner la commu- 
nauté comme une boutique, est 
au fond de cette aristocratie com- 
merçante et vaniteuse; qu'elle ex- 
clut les pauvres du canton , et ne 
souffie pas que l'étranger sans res- 
sources vienne s'établir dans son 
sein pour y gagner du pain. Je ré- 
pondrai que je n'ai pas d'inclina- 
tion pour aucune aristocratie, et 
moins encore pour celle de l'agio- 
tage, de l'échéance, du coupon et 
du report que pour toute autre; je 
demanderai où se trouve ici-bas le 
gouvernement parfait ; je deman- 
derai si je n'ai pas eu raison de 
Jouer celui qui a réalisé beaucoup 
de bien-être et d'incontestables 
améliorations. Quant à la première 
objection, comme c'est l'élection 
qui perpétue le syndicat dans cer- 
taines maisons , le reproche est sans 
valeur. Si j'ai été juste pour un 
pays protestant , c'est que j'ai vu 
beaucoup d'excellentes choses, en 
ce pays. Quand le bien vous saute 
aux yeux, pourquoi deviner lemal? 
Pourquoi aller chercher la cupidité 
dans l'arrière -boutique du mar- 
chand genevois , lorsque sa sévérité 
en matière de probité et de fidélité 
à remplir ses engagements s'offre 
à YQ*is dans le magasin ? Pourquoi 



examiner à la loupe les rouages 
d'un gouvernement, quand l'inté- 
grité et la sagesse du magistrat se 
révèlent par des actes permanents 
et journaliers? On fait communé- 
ment une trop grande part à la ré- 
formation dans les avantages que 
présente la constitution de la répu- 
blique de Genève. Calvin a dû son 
influence à ses qualités d'homme 
d'état, et non pas à son zèle de 
prédicant. Ce sont ses lois, son gé- 
nie , le pouvoir qu'il y organisa , 
qui l'ont nationalisé à Genève , où 
il fut rappelé après en avoir été 
banni d'abord. 11 ne faut pas croire 
que ces progrès eussent été incom- 
patibles avec le maintien du culte 
orthodoxe. D'ailleurs, la plupart 
des peuples qui ont accueilli la 
réformation étaient prédisposés par 
caractère et par tempérance à re- 
cevoir les idées de liberté civile 
qu'elle entraînait sans en abuser. 
Genève, où l'on examine toutes 
choses à froid , se trouvait surtout 
dans ces conditions ; Calvin a résu- 
mé les mœurs genevoises , les a 
traduites , a formulé leurs besoins , 
mais ne les a pas formés. 

11 y a à Genève de ces égards 
pour le public, qu'on ne saurait 
même pas comprendre à Paris. 
Partout des promenades admirable- 
ment disposées pour que le bour- 
geois qui s'esbat y soit à l'aise, 
ombragé et ravi. Partout, sur ces 
promenades , des bancs , ou plutôt 
des canapés de bois proprement 
vernis, avec dossiers mobiles, que 
le rêveur ou l'oisif peut tourner, à 
son gré, vers le côté qui lui sourit. 
On peut là, dans un dolce far nien- 
te , changer in petto les destinées 
du monde, bâtir des gouverne- 
ments , des cathédrales , des palais. 
Sur les bords du Rhône et du lac, 
des boîtes de secours pour les 
noyés ; dans la plupart des porteries 
et dans tous les édifices publics , 
des seaux destinés aux incendies, 
proprement entretenus et soigneu- 
sement rangés. Sur les routes et les 
chemins vicinaux, balayés et unis 
comme des parquets , des bancs 



GENÈVE. 



37 



étages pour les laitières et autres 
habitants des campagnes qui por- 
tent des fardeaux sur la tète , et 
peuvent sans peine se délasser en 
déposant momentanément leur 
charge sur un gradin placé à hau- 
teur de la tête, et s'asseoir sur 
l'autre. A Genève, encore, il est 
d'usage que les lettres jetées à la 
poste avec des adresses défec- 
tueuses , ou restées au rebut , foute 
d'affranchissement pour les pays 
étrangers, où il est de rigueur, 
soient exposées derrière les vitrages 
extérieurs des bureaux de l'office 
des postes; méthode parfaite, que 
la France se gardera bien d'imiter. 
— En France, voyez-vous, on a 
toujours le mot bien-être à la bou- 
che , et il n'y a pas si mince village 
d'Allemagne qui , sans le nommer 
jamais, n'ait réalisé au centuple la 
félicité publique, par une religion 
de vigilance. 

Il n'y a guère qu'un seul édifice 
christo-français de quelque valeur 
en cette cité , et encore on a com- 
mis la faute d'y incruster un fla- 
grant anachronisme, dans une 
façade grecque qui gémit de se 
trouver adossée aux lignes du 
moyen-âge , bien que ce péristyle , 
d'un travail estimé , soit une imi- 
tation de celui du Panthéon de 
Rome , et que le plan en ait été tra- 
cé par le comte AKiéri, oncle du 
fameux tragique de ce nom. N'eût- 
il pas beaucoup mieux valu, au 
lieu de plaquer lace portique ( com- 
mencé en 1749), respecter le vieux 
pignon couronné d'un clocher, 
dont la gravure de Diodati (de la 
tin du xvn e siècle) nous a conservé 
l'image ? Cette église christo- 
française, où régnent à la fois 
la transition , le xm e et le xv e 
siècle , c'est l'antique cathédrale de 
Saint-Pierre, où furent les cha- 
noines et les évoques quand 

Genève avait des Adhémar et des 
Jean de Drogny. 11 y a aussi h 
Saint-Pierre des stalles admirable- 
ment fouillées. 

Disons-le avec plaisir, tous les 
cultes rpooivent à Genève la même 



protection. Bien que le calvinisme 
soit la religion de la majorité, une 
louable tolérance s'étend sur les 
luthériens , les j uifs ; et le gendarme 
qui fait la ronde autour du temple 
pour que le prêtre ne soit pas trou- 
blé , ira s'installer vers l'église ca- 
tholique de Saint-Germain, pour 
ordonner aux cochers de ralentir 
le pas de leurs chevaux, dans tout 
le trajet de la rue qui avoisine la 
paroisse. — A Genève, le catholique 
jouit des mêmes droits que le pro- 
testant. 

Mais ce qu'il y a de magique , de 
véritablement inconcevable pour 
celui qui ne l'a pas vu , c'est ce ter- 
ritoire genevois , ce bassin éclairé 
par un beau soleil , rafraîchi par de 
belles eaux, et encadré par la 
chaîne du Jura et les montagnes 
du Faucigny et du Ghablais ; ce lac 
immobile, à l'étincelant azur, ce 
lac chargé de nacelles aux flottantes 
banderoles qui rident amoureuse- 
ment sa surface; ces suaves ville 
dont il baigne les jardins; ce sol en- 
core moins fertile qu'il n'est admi- 
rablement cultivé; ces arbres plus 
ombreux et plus verts, ces fleurs 
plus caressantes qu'ailleurs; cette 
végétation vigoureuse se détachant, 
dans les teintés décroissantes d'une 
vive lumière, ces chênes , ces pins, 
ces prairies, ces coteaux chargés 
de pommiers, de vignes, de ceri- 
siers; tous ces villages couchés 
dans les touffes de feuillage, sur le 
flanc de la colline, dans la volup- 
tueuse vallée , entre le pays de Gex 
et le Léman, entre le Léman et les 
monts cha uves de la Savoie : tout ce- 
la ne peut être dessiné dans un frag- 
ment littéraire, il faut aller sur place 
pour le comprendre. Hermance au 
nom plein de tendresse et d'eupho- 
nie , Prégny, Gollonge , Yézenaz , 
Chambeysy; plus haut, Gex, Mor- 
nex, hameau charmant adossé aux 
dernières racines du mont Salève, 
Mornex où les malades viennent 
endormir leurs douleurs, Mornex 
le Nice et l'Hyères de ces parages , 
Cologny (àColonià) où habita lord 
Dyron; tous ces lieux ravissant-, 



33 



GENÈVE. 



desservis par fies routes ou des 
chemins vicinaux entretenus avec 
un soin prodigieux, tous ces lieux 
de plaisirs et de rêves, une poésie 
tiède et mélancolique les parfume. 
Ajoutons que les levers et surtout 
les couchers de soleil sont sublimes 
en ce pays. 

C'est quelque chose de bizarre 
pou mous autres Français, accoutu- 
més aux pompes dévorantes des 
centralisations des monarchies et 
des grandes capitales , que ces pe- 
tits états où la diplomatie est si ac- 
cessible , où l'on peut , chaque jour , 
coudoyer dans la rue le gouver- 
nement, le pouvoir exécutif, dans 
la personne d'un syndic. 

Ce qu'il faut visiter à Genève, 
c'est la prison pénitentiaire imitée 
de celles des Etats-Unis d'Amé- 
rique, le musée Rath et le musée 
de la Cité, le pont des Bergues, 
l'hôtel-de-ville , le théâtre, l'hôtel 
de M. Eynard, l'hôtel des Bergues, 
le nouveau quartier de la Corrat- 
terie et le quai du Rhône. Les Ro- 
mains, les rois bourguignons et le 
moyen-âge féodal ont laissé dans 
cette ville plusieurs empreintes de 
leur passage. Les substructions de 
la tour de l'Ile sont évidemment 
romaines. Pour l'inscription : 

ADVS. REX. C M 

MO IVMENT PROP. PATIO 

MVT CA. 

elle prouve que c'est bien de gvn- 
debADVS rex CleMejntissimvs 

qu'il est question. Cette inscription 
est incrustée sur le mur oriental de 
l'arcade voisine du Bourg-de-Four. 

Parmi les personnes qui culti- 
vent les lettres et les sciences, je 
citerai MM. de Candolle et Sismonde 
de Sismondi dont la renommée a 
débordé en Europe, M. Tœpffer, 
romancier agréable , les peintres 
Calame , Didey , Lugardon , Kor- 
nung, aujourd'hui connus dans 
toute l'Europe, MM. Petit-Senn, 
Chaponnière , Gaudy , Adolphe Pes- 
chier, etc. 

La bibliothèque de Genève, dont 



M. le pasteur Vaucher est le conser- 
vateur, renferme un bon nombre 
de manuscrits précieux , des lettres 
autographes de Calvin , et un frag- 
ment des comptes des dépenses 
faites dans la maison de Philippe 
le Bel , pendant les 6 derniers mois 
de mcgviii. Ce sont six tablettes 
de bois enduites d'une composition 
noire dont la cire est la base , et 
gravées au style. 

Un homme bien élevé ne peut se 
dispenser, en passant à Genève, 
d'y visiter les salons de MM. Ey- 
nard, Bartoloni et Fayre-Bertrand; 
il devra aussi faire connaissance 
avec M. Gaudy, antiquaire distin- 
gué, avec M. Charles Coindet, fils 
du célèbre médecin de ce nom, 
qui possède une magnifique collec- 
tion de lettres autographes. Dans 
le grand salon bleu de la maison de 
campagne de la Fenêtre , apparte- 
nant à la famille de Sellon, on 
trouvera un Chirurgien de village 
par David Teniers , un St-Georges 
par Wourvermanns , une attaque 
de voleurs du même, une Vierge 
par Cortège, une Sainte Cécile 
par le Guerchin , une Sainte Fa- 
mille par Nicolas Poussin , et plu- 
sieurs autres compositions de Cara- 
vage (Michel-Ange), de Lesueur, 
du Dominiquin , d'Holbein, de Léo- 
nard de Vinci , etc. 

Curiosités. 1° La cathédrale, 
ornée d'un beau péristyle, con- 
struite sur le modèle de celui de la 
rotonde de Rome , par un Alfiéri, 
parent du célèbre poëte de ce nom. 
Il existe dans cette église , qui porte 
le nom de Saint-Pierre, un assez 
grand nombre d'épitaphes, parmi 
lesquelles on distingue celle du fa- 
meux Agrippa d'Aubigné, mort à 
Genève en 1603. On y voyait aussi 
le beau mausolée en marbre du duc 
de Rohan , célèbre chef du parti 
protestant au xvne siècle ; ce mo- 
nument, détruit en 1794, a été 
réédifié plus tard. 

2° L'hôpital , vaste édifice bâti au 
commencement du siècle dernier. 
Il est composé de plusieurs corps 
de bâtiments , avec de grandes cours 



GENÈVE. 



3ï> 



et des appartements spacieux et 
bien aérés ; la maison des aliénés 
qui en faisait partie est hors de la 
ville, et Ton trouve dans son en- 
ceinte une chapelle destinée à la 
célébration du culte anglican. 

3° L'académie fondée par Calvin, 
et divisée en facultés de droit, de 
théologie et de sciences et lettres. 
On y compte actuellement trente- 
neuf professeurs salariés ou hono- 
raires, parmi lesquels on peut citer 
MM. Prévost, deCandolle, Sismon- 
di et autres. 

4° La bibliothèque publique, 
50,000 volumes, a beaucoup de 
manuscrits précieux, entre autres, 
sermons et lettres des deux réfor- 
mateurs Calvin et Bèze ; Homélies 
de saint Augustin , écrites au vi c 
siècle sur du papyrus, et les Ta- 
blettes de Philippe le Bel , fragment 
«lu livre de dépenses de ce monar- 
que, en 1208. On y voit aussi les 
portraits de plusieurs illustres Ge- 
nevois. 

5° Le musée d'histoire naturelle, 
commencé en 1818 par le don du 
beau cabinet de M. Boissier, par 
l'ornithologie du professeur Nec- 
ker, etc. Cet établissement a dès 
lors tellement prospéré, qu'il ren- 
ferme déjà des représentants de 
presque tous les genres de diffé- 
rentes classes d'animaux; la plus 
grande partie des espèces de ceux: 
de la Suisse , et surtout les collec- 
tions des poissons de ses lacs. Une 
de ses salles contient une suite 
de pétrifications de deux règnes 
organisés, entre autres, les origi- 
naux des fossiles végétaux du tra- 
vail de MM. Brongniart et de Can- 
dolle. Dans une autre salle, destinée 
à la minéralogie, on trouve des 
collections géologiques originales 
de MM. de Saussure et de Jurine , 
et plus loin des préparations d'ana- 
tomie comparée : cabinet fondé et 
dirigé par M. le docteur Mayor. La 
salle des antiquités, médailles et 
produits industriels, possède une 
très-belle momie de Thèbes ; enfin , 
au rez-de-chaussée est placé le su- 
perbe cabinet de physique qui a été 



acquis du professeur M. A. Pictet. 

6° Le jardin botanique, créé par 
M. de Candolle, en 18 10, est un 
des plus beaux ornements de Ge- 
nève : il sert de promenade publi- 
que , et la façade de son orangerie 
est décorée des bustes des Genevois 
qui se sont fait un nom dans l'his- 
toire naturelle. On vient d'y con- 
struire un nouveau bâtiment, des- 
tiné à recevoir des modèles 
d'instruments aratoires et des her- 
biers , parmi lesquels on remarque 
celui du célèbre Haller, légué à 
l'établissement. Il y a dans ce mê- 
me édifice une salle pour les per- 
sonnes qui veulent dessiner les 
plantes du jardin. 

7o L'observatoire renferme de 
précieux instruments d'observa- 
tion, et sa rotonde est couronnée 
d'un dôme tournant , dans lequel 
est placé un beau quart de cercle 
de Ramslay. 

8° L'académie de dessin , dont 
les salles contiennent plusieurs 
modèles de statues , bustes et bas- 
reliefs antiques, avec quelques 
beaux tableaux, des peintres gene- 
vois Saint-Ours et de la Risse. 
Depuis l'an 182G , cet établissement 
porte le nom de Musée Rath , et 
occupe un nouvel édifice, de l'ar- 
chitecture la plus gracieuse, con- 
struit sous la direction de M. Vau- 
cher. 11 est en face de la salle de 
spectacle, et forme le commence- 
ment d'une superbe rue qui s'étend 
jusqu'à la place du Bel-Air. L'é- 
tranger y est admis tous les jours. 

Tableaux. Un port de Vander 
lïelst, un Bassano , deux Ryckœrt 
dont un très-beau, un Paul Véro- 
nèze, un Michel-Ange Caravagc , 
un beau Valentin, plusieurs ta- 
bleaux de Saint-Ours ; les derniers 
moments de Calvin , de M. J. Hor- 
nung, admirable! un Tempesta , 
plusieurs Berkcm. 

La collection de tous les plâtres 
antiques et modernes les plus re- 
nommés. 

9° La Société pour l'avancement 
des arts,divisée en classes des beaux 
arts, des arts, de l'industrie <'t de 



40 



GENÈVE. 



l'agriculture, est un établissement 
très-intéressant par les lumières 
qu'il répand et les encouragements 
qu'il donne. Cette société a la di- 
rection des écoles de gravure et de 
dessin ; elle établit des concours et 
distribue des prix. Les autres so- 
ciétés savantes et littéraires de Ge- 
nève sont la Société médicale du 
canton , celle des naturalistes , 
celle de lecture , qui , fondée en 
1818, possède déjà une très-belle 
bibliothèque, qui reçoit les jour- 
naux de tout genre et de tout pays, 
et à laquelle est admis, comme vi- 
sitant, tout étranger présenté par 
un de ses membres ; enfin , le cer- 
cle littéraire de Molard , qui , par la 
réunion des plaisirs, du jeu , de la 
conversation , de la lecture , et de 
séances périodiques consacrées à 
la musique et à la poésie, justifie 
la devise qu'il a prise : Otto ac 
studio ; la Société de musique. 

10° La machine hydraulique , 
qui fournit 600pintes d r eau par mi- 
nute à toutes les fontaines de la 
ville , et s'élève, en moyenne , à la 
hauteur de 1 10 pieds ; la belle rue 
du musée Rath, que l'on recon- 
struit en ce moment. 

11° La maison pénitentiaire ; la 
maison de M. Eynard. 

12° Le quai nouvellement con- 
struit sur les bords du Rhône à sa 
sortie du lac dans le bas de la ville. 
On y jouit d'une vue ravissante. 

13° La statue de Jean-Jacques 
dans l'île près de l'hôtel des Ber- 
gues; elle est de Pradier : l'île est 
une charmante promenade d'où 
l'on a une belle vue sur le lac. 

Hommes illustres. Aucune 
ville , proportionnément à sa popu- 
lation , n'en a produit ou adopté 
un plus grand nombre. D'abord la 
théologie présente les réformateurs 
Calvin et Bèse, Alph. Turettini , 
Vernet , Romilly , Mouchon , etc.; 
le droit , Burlamaqui ; la physique 
et les mathématiques , les Cramer, 
les Calandrini , les Jallabert , les 
Lesage ; les sciences naturelles se 
glorifient des de Saussure, de Luc, 
Bonnet , Tremblay , Senebier et Ju- 



rine ; la médecine , de Tronchin , 
Odier ; et les arts , des Petitot , Ar- 
laud, Liotard, Saint-Ours et Dacier. 
Le philosophe Abauzit , l'ami et le 
mentor de Pierre le Grand , le cé- 
lèbre Lefort , le ministre Necker , 
le publiciste Dumont , l'économiste 
J.-B. Say, et enfin l'immortel au- 
teur du Contrat social. 

Genève renferme divers établis- 
sements fondés par la générosité 
des habitants. Ainsi la Société des 
Catéchumènes entretient , sous le 
nom d'écoles du matin et d'écoles 
du l soir , une douzaine d'instituts 
où l'on enseigne aux enfants des 
deux sexes la lecture , l'écriture , 
l'histoire , l'arithmétique et les 
principes de l'histoire naturelle ; 
elle entretient aussi 6 écoles pour 
l'instruction religieuse des jeunes 
catéchumènes ; enfin, elle distribue 
des prix aux enfants qui se sont 
distingués par leurs progrès et par 
leur application. La Société de la 
musique sacrée fait donner des le- 
çons gratuites de chant sacré, et 
Y Ecole de dessin reçoit chaque an- 
née un grand nombre d'élèves. L'é- 
ducation des enfants de la campa- 
gne n'est point négligée : il existe 
dans chaque paroisse une ou plu- 
sieurs écoles primaires , où l'on 
enseigne la lecture, l'écriture, l'or- 
thographe , l'arithmétique et la 
musique sacrée. Parmi les sociétés 
scientifiques que possède Genève , 
on distingue celle pour l'avance- 
ment et l'encouragement des arts, 
la Société des sciences naturelles , 
la Société helvétique , les Sociétés 
de médecine et de chirurgie , etc. , 
etc. 

11 est peu de pays où les sources 
de secours soient aussi multipliées 
et aussi abondantes que dans le 
canton de Genève. Parmi les éta- 
blissements de bienfaisance, on 
distingue l'hôpital général, qui 
existe depuis près de trois siècles , 
et qui assiste les Genevois âgés in- 
digents ; le bureau de bienfaisance 
de Genève, qui assiste tous les 
pauvresde la ville indistinctement ; 
les bourses française, allemande, 



GENÈVE. 



41 



italienne , fondées par des réfugiés 
protestants, français , allemands et 
italiens , en faveur de ceux des ré- 
fugiés ou de leurs descendants qui 
seraient dans le besoin ; la chambre 
des tutelles et curatelles, qui 
exerce une surveillance sur les or- 
phelins ainsi que sur les tuteurs ; 
le comité des orphelins, la mai- 
sondes orphelins de Genève , celle 
des orphelines de la campagne ; 
1 école d agriculture de Cara, poul- 
ies pauvres orphelins ; V asile fondé 
à Plain-Palais , pour l'éducation 
des jeunes filles, etc. 

Hôtels. Hôtel des Bergues, où 
l'on trouve table d'hôte , grands et 
petits appartements meublés. Cet 
hôtel est situé sur les bords du lac 
et à la porte de la ville près d'une 
promenade, c'est l'hôtel le plus cher 
de Genève ; on est aussi bien et à 
meilleur compte à YEcu de Genève 
et à la Couronne. 

Hôtel Sécheron(Déjean ), grand 
établissement à un quart d'heure 
de la ville, sur la route de Suisse , 
où l'on trouve voitures de prome- 
nade ou de voyage pour Paris , 
Calais , le reste de la France , l'Al- 
lemagne et l'Italie , ainsi que toute 
sorte de voitures soit à vendre soit 
à échanger ; très-bel établissement 
où le bateau à vapeur dépose le 
voyageur ; jardins et points de vue 
variés. 

Hôtel de la Couronne , meublé 
avec luxe , et dont la cuisine est 
très-estimée. 

Hôtel de l'Europe (Chappuis), 
nouvellement restauré et augmen- 
té , élégamment meublé , et où tous 
les étrangers sont fort bien reçus, 
et à des prix modérés. Grenette , 
140. 

Hôtel du Léman ( Roussillon) , 
restaurateur à la carte , à l'instar 
de Paris, dîners à prix fixe; grand 
dépôt d'huîtres fraîches, de marée, 
comestibles étrangers. Rhône, 177. 

Hôtel de la Balance. 

Hôtel de l'Ecu de Genève , très- 
bonne maison, rue du Rhône. 

Deux bateaux à vapeur, le Léman 
et V Aigle y font tous les deux . 



chaque jour , la course de Genève 
à Villeneuve et retour. Un 3 e est 
en construction. 

Départ de Genève à 8 heures du 
matin , et de Villeneuve à 1 heure 
après midi. 

TARIF DES PLACES. 



De Genève à 




fres 2 es 


Coppet, 


bz. 


12 7 


Nyon , 




1G 8 


Rolle , 




25 13 


M orges > 




34 17 


Ouchy y 




42 22 


Vevey , 




56 30 


Villeneuve, 




65 a5 


De Villeneuve à 




jves 2 es 


Vevey , 


bz. 


12 6 


Ouchy, 




24 13 


Morges , 




34 19 


Rolle , 




44 25 


Nyon , 




53 28 


Coppet, 




60 32 


Genève , 




65 35 


Le tarif des places d'un 


port in- 


termédiaire à un 


autre est affiche 


dans les salons des bateaux. 


Dans les prix 


des tarifs sont 


compris les frais 


d'embarquement 


et de débarquement dans tous les 


ports. 







RENSEIGNEMENTS UTILES AUX 
VOYAGEURS. — ÉTABLISSEMENTS 
PUBLICS. — MESSAGERIES. — 
COURRIERS. — POSTE AUX LET- 
TRES. — DILIGENCES. — CON- 
SULS. — TABLES D'HÔTE , ETC. 

Caisse d y èpargnes et de pré- 
voyance. ( Extr. du règl.) Les 
dépôts sont engagés pour une an- 
née. Tout préteur qui voudra les 
retirer devra en avertir le caissier 
trois mois avant l'échéance; à dé- 
faut , ils seront de droit renouvelés 
pour un an. — Pour percevoir l'in- 
térêt , il suffira d'avertir 15 jours 
avant l'échéance ; s'il n'est pas re- 
tire, il est ajouté chaque année :ui 



42 



GENÈVE. 



capital, et produit ainsi l'intérêt 
de l'intérêt. — La même personne 
ne peut verser dans la caisse au- 
delà de 500 flor. par année , ni être 
créancière de plus de 2,500 fl. — 
On reçoit de 5 à 500 fl. 

Le bureau est ouvert le samedi , 
de midi à trois heures , pour rece- 
voir les dépôts ; — le premier lundi 
de chaque mois , de midi à 2 heures, 
pour les remboursements; — le 
mercredi et le vendredi , de 1 à 3 
heures, pour les demandes de 
fonds et autres renseignements. 

Collège de Genève. Régents des 
S classes d'enseignement : l re 
classe, M. Cherbuliez, ministre,- 
—2 e classe, M.Elie-AmiBétant;M. 
ElieRitter , régent d'arithmétique; 
— 3 e classe , M. Charles - Louis 
Longchamp;— 4 e classe, M. Charles 
Bonifas ; — 5 e classe , M. Barthéle- 
my-Isaac Tourte ; — 6e classe , M. 
Louis- Veillard ; — 7e classe ( ortho- 
graphe) , M. Léonard Gentin ; école 
de Bel-Air, orthographe et arithmé- 
tique , M. Jacques Grard ; — 8 e 
classe, écriture , M.Aimé Macaire; 
école d'écriture dite la Monnaie, 
M. Louis-Samuel Viguet; institu- 
trice à l'école de Bel-Air, made- 
moiselle Fanny Mestral. 

Collège de Carouge. 2e et 3 e 
classe , M. Châtelain ; 4e et 5 e 
classe , M. Joseph Delphin ; 6 e et 
7 e classe, M. Gamichon. 

Bibliothèque publique ( cour du 
Collège). Elle est ouverte tous les 
lundi, mardi et mercredi, de 1 h. 
à 4. — On ne remet des livres que 
le mardi, de 1 h. à 3. —Elle est 
fermée pendant octobre et novem- 
bre. 

Musée Rath (beaux-arts). Il est 
ouvert le jeudi à 4 h. Les étran- 
gers peuvent y entrer tous les jours, 
du matin au soir. — Cabinet des 
estampes : le jeudi , de 8 h. à midi. 

Musée académique, Grand'Rue, 
209. Il est ouvert le jeudi de 2 à 
4 heures. Les salles de minéralo- 
gie, de fossiles et d'antiquités , sont 
ouvertes le vendredi de 3 à 4 h. 
Les étrangers y sont admis tous 
les jours en s'adressant au con- 



cierge. Professeurs, MM. Boissier, 
Choisy , de Candolle , de la Rive , 
de Luc , Dupan , Mayor , Moricand, 
Necker, Picot, de Saussure, Mau- 
rice, Jurine et Lasserre. 

Société de physique et d'histoire 
naturelle. Elle s'assemble à l'hôtel 
du Musée, le premier jeudi de 
chaque mois , à 6 heures, en séance 
particulière, et le troisième jeudi 
elle reçoit les étrangers invités. 

Société médico-chirurgicale. La 
société se réunit le deuxième et le 
quatrième jeudi de chaque mois , 
l'après-midi. Elle reçoit alors les 
étrangers invités. 

Dispensaire de Genève. Cet éta- 
blissement est destiné à donner des 
conseils et des remèdes aux ma- 
lades indigents du canton, por- 
teurs des cartes délivrées par les 
souscripteurs. — Les consultations 
ont lieu les lundi, mardi et sa- 
medi , de 10 à 11 h. , rue du ïer- 
raillet, 182.— Médecins, MM.Chap- 
ponnière, rue du Rhône; Dépine, 
rue de la Cité. — Chirurgiens , 
MM. Dupin , Allem. - Dessous , 
47, Th.Maunoir, Bourg-de-Four , 
71. 

Manège. ( Extrait du règlement 
du 4 septembre 1829. ) Le manège 
est placé sous la surveillance im- 
médiate du Conseil d'état. Cette 
surveillance est exercée par un 
conseiller d'état délégué à cet effet. 
L'écuyer est nommé par le Conseil 
d'état. Il doit consacrer 5 jours 
par semaine aux leçons d'équita- 
tion; il n'en donnera pas les di- 
manches et jours de fête. La leçon 
durera au moins une heure; elle 
se composera de quatre reprises 
sur deux chevaux différents. L'é- 
lève qui aura pris des leçons 
pendant trois mois fera une cin- 
quième reprise sur le cheval des 
piliers. 

Le prix de la leçon est fixé à 3 
fr. de France pour l'élève qui 
prend ses leçons au cachet , et à 
30 fr. par mois pour l'élève qui 
préfère se régler à trois leçons par 
semaine. ( Il y a en outre la grati- 
fication aux domestiques. ) 



GENÈVE. 



43 



Foires du canton. Carouge, 
deuxième jeudi de mars , 12 mai et 

2 nov. — Chêne-Thonex , 3 mars , 
25 mai , 2 août et 16 nov. — Her- 
mance, 25 avril et 25 oct. — Mey- 
rin, 18 mars et 13 nov. — Versoix, 
le premier mercredi de mars et le 
dernier mercredi de septembre. — 
( Si les foires ci-dessus tombent un 
dimanche ou un jour de fête, elles 
sont renvoyées au lendemain.) 

Théâtre de Genève. On y joue 

3 fois par semaine , mardi , jeudi 
et dimanche , quelques mois d'été 
exceptés. — Prix des places : Pre- 
mières, 6 fl. — Parterre, 3 fl. — 
Secondes , 2 fl. 6 s. — Troisième , 
1 fl. 9 sous. 

Casino. L'orchestre est dirigé 
par M. Bloc, ex-chef de musique à 
TOdéon de Paris. Prix d'entrée, 3 
fr. — La salle est place St-Pierre. 

Archives de la ville. Mercredi 
et samedi , de 9 à 1 heure. 

Bureau de police. Est ouvert de 

9 à 2 h. , et de 4 à 6 du soir. La 
chambre s'assemble le jeudi à 11 
heures. 

Bureau des passe-ports. Ouvert 
de 9 h. à midi , de 3 à 6 h. et de 

10 à 11 h. du soir. La chambre 
s'assemble le jeudi à 11 h. du 
matin. 

Chambre des comptes. Elle est 
ouverte de 9 à 2 h. , et les séances 
ont lieu le mardi à 4 h. 

Chambre des étrangers. Elle 
ouvre de 9 à 1 h. et de 3 à 5. 

Chambre des tutelles. Elle s'as- 
semble le i ev et le 3 e samedi de 
chaque mois. 

Chambre des travaux publics. 
De 9 h. à 2 h. et de 4 à G h. du 
soir. 

Chambre d'audiences correc- 
tionnelles. Est ouverte tous les 
jours non fériés. 

Chambre des hypothèques. Ou- 
verte tous les jours de 9 h. à midi, 
et de 2 à 5 h. 

Chancellerie d' état. Est ouverte 
tous les jours. 

Commissariat militaire. De 8 
h. à midi, et de 3 à G h. 

Commission d'instruction pu- 



blique , de 9 h. à midi. La com- 
mission tient ses séances le mardi, 
de 15en 15jours. 

Droit de passage aux portes de 
la ville. En janvier, février, mars , 
avril , septembre , octobre , novem- 
bre, décembre, 1 s. G d. par per- 
sonne, de 9 à 10 h. , et 3 s. de 10 
h. à minuit. — En mai , juin , 
juillet et août, 3 s. de 10 h. à mi- 
nuit. — Pour les personnes à che- 
val ou en voiture, par cheval 
monté , attelé , ou conduit en main, 
en mai , juin, juillet et août, 6 s. 
de 9 à 10 h., et 1 fl. de 10 h. à 
minuit. — En avril et septembre , 
6 s. de8 à 10 h., et 1 fl. de 10 h. 
à minuit. — En mars et octobre, 
6 s. de 7 à 10 h., et 1 fl. de 10 h. 
à minuit. — En novembre et fé- 
vrier, 6 s. de 6 h. à 9 h. , et 1 fl. 
de 9 h. à minuit. — En décembre 
et janvier, 6 s. de 5 à 9 h. , et 1 fl. 
de 9 h. à minuit. — En cas d'ouver- 
ture des portes à une heure plus 
tardive , le plus fort droit sera 
doublé. 

Ponts de fil de fer de St- An- 
toine et des Pâquis. S'ouvrent 
aux mêmes heures que les portes 
de la ville, et se ferment 10 mi- 
nutes après la retraite. Le droit de 
passage est de 1 sou par personne. 
On peut acheter 100 jetons de 
passage pour 6 florins. 

Pont de bois sur l'Arve. S'ouvre 
au jour et se ferme comme suit : 
en déc, janv. et fév. à 6 h. du soir; 
— en nov., mars et avr. à 8 h. du 
soir; — du 1 er mars au 31 oct. à 
9 h. du soir. — Le droit de passage, 
le dimanche, est de 1 s. 6 d. L'al- 
lée et le retour dans la même jour- 
née ne comptent que pour un 
passage. — Les jours ouvrables , le 
droit n'est que de 1 s. par double 
passage. — On peut prendre des 
abonnements. 

Portefaix de la ville de Genève 
( Extrait du règl. sur les ). Sur 
la place du Molard, la rue Neuve , 
la rue du Rhône, dès le port du 
bois à la Fusterie, par quintal de 
18 onc, 3 s. — La place de Longe- 
malle , les rues basses des deux 



GENÈVE. 



côtés jusqu'à la fontaine du bas de 
la Cité, la place de Bel-Air, reve- 
nant par la rue du Rhône jusqu'à 
la Fusterie, 4 s. — De Longemalle à la 
porte de Rive, 6 s. — Le quartier 
de l'Ile, 6 s. — Du bas de la Cité 
au Grand-Mézel, 9 s. — St-Gervais 
jusqu'à la hauteur de la fontaine , 
9 s. — Du bas de la rue Verdaine 
jusqu'à l'hôpital , la rue d'Enfer, la 
Madeleine, le Perron, la Pellisserie 
et la Tour-de-Boël jusqu'au haut , 
9 s. — Dès le Grand-Mézel , tout le 
haut de la ville , I fl. — Saint- 
Gervais depuis la fontaine et tout 
le reste de ce quartier, 1 fl. 

Messageries et roidages ( Ser- 
vice général des ) d'Etienne Crot- 
tet , rue du Rhône , 63 et 64 , hôtel 
des Postes-aux-lettres. Correspon- 
dances directes : Des établisse- 
ments de MM. Gaillard frères et 
comp., et Pierre Galline et comp., 
à Lyon , et des royales malles-poste 
du Piémont et de l'Italie. Le tra- 
jet de Genève à Lyon a lieu en 
24 h. 

Malles -Postes royales pour 
Chambéry et Grenoble , Turin , 
Novare , Milan , Coni et Nice ; 
Alexandrie , Gênes , Florence , Li- 
vourne et Rome. Cette entreprise 
est la seule pour Turin qui ne 
change pas de voiture à Chambéry. 
Les départs ont lieu les mercredi , 
vendredi et dimanche, dans l'après- 
midi. Les voitures faisant les ser- 
vices de cette administration sont 
toutes construites d'une manière 
aussi élégante que commode , et 
conduites, sur tous leurs parcours, 
par les postes royales. 

Fourgons accélérés directs et 
réguliers pour Chambéry, Turin , 
Gênes , Florence , Milan , Coni , 
Nice. Départs , le mercredi et le 
samedi. Pour Lyon et le midi , de- 
puis Lyon par terre ou par eau. 
Départs tous les 2 jours. — Pour 
Arau, Arbourg, Zurich, Lucerne, 
Schaffouse , St-Gall , Constance , 
Lausanne, Berne , Soleure, Bâle, 
Francfort-sur-Mein et l'Allemagne. 
Départs, les mercredi , jeudi et sa- 
medi.— Pour Paris et le nord par 



Dijon. Départs tous les 2 jours. 

Service général des transports 
par terre et par eau. 

N. B. Les marchandises en ma- 
gasin , en route , sur voitures et 
bateaux, sont assurées contre l'in- 
cendie jusqu'à destination. 

Messageries (Service général 
des) et transports f de Racquet et 
Breittmayer , rue du Rhône , 91 , 
hôtel du Grand- Aigle. — Office cor- 
respondant de l'exploitation géné- 
rale des messageries royales de 
France, rue Notre-Dame-des-Vic- 
toires , à Paris ; de l'administra- 
tion des postes du canton de Vaud, 
et des messageries royales de Pié- 
mont et d'Italie. 

Paris, par Gex, les Rousses, 
Morez, Poligny , Dole et Dijon ; cor- 
respondant avec Calais , Londres , 
tout le nord de la France et l'An- 
gleterre. Départs , tous les jours 
à 6 heures du matin ; arrivées , tous 
les jours dans l'après-midi. Le tra- 
jetse fait en 72 heures. 

Courriers pour Paris. Départs, 
tous les jours à 1 h. après midijar- 
rivées , tous les jours à 5 h. du ma- 
tin. Ces voitures sont les seules par 
la route directe de Genève à Paris. 

Diligences pour Lyon , faisant le 
service des dépêches , correspon- 
dant avec Avignon, Marseille, Nî- 
mes , Montpellier et tout le midi. 
Départs , tous les jours le matin ; 
arrivées , tous les jours dans l'a- 
près-midi. Aix-les-Bains , Chambé- 
ry et Grenoble , par Rumilly et An- 
necy alternativement. Entreprise 
et correspondance directe avec les 
établissements de MM. Bonafous 
frères pour Turin , Gênes et toute 
l'Italie. Départs , tous les jours à 5 
heures du matin ; arrivées , tous les 
jours dans l'après-midi. Les jours 
de coïncidence à Chambéry , pour 
l'Italie , sont les lundi , mercredi et 
samedi. Le trajet de Genève à Tu- 
rin se fait en 48 heures. — Sallen- 
ches, St-Gervais-les-Bains et Cha- 
mouny. Départs, mercredi, ven- 
dredi et dimanche, à 6 heures du 
matin ; arrivées , mardi , jeudi et 
samedi dans l'après-midi. En été , 



GENÈVE. 



46 



les départs ont lieu tous les jours 
avec d'excellentes berlines à coupé. 

Suisse. Diligences et malles-pos- 
tes. Entreprises du canton de Vaud 
en correspondance directe avec 
toutes les villes de la Suisse, de 
l'Allemagne et de l'Italie par le 
Simplon , Pontarlier ; courrier 
correspondant à Cossonay avec 
toute la vallée du lac de Joux. Dé- 
parts , tous les jours à midi ; arri- 
vées , tous les jours à 9 h. du ma- 
tin. — Lausanne ; deux départs 
par jour , à 4 h. du matin et à mi- 
di ; arrivées , à 9 h. du matin et à 8 
h. du soir. — Berne, Bâle, Arau, 
Zurich , Saint-Gall , Schaffouse , 
etc. ( service du courrier) j départs, 
tous les jours à midi ; arrivées , 
tous les jours à 9 h. du matin. Le 
trajet de Genève à Berne se fait en 
22 h. ; de Genève à Bâle , et de Ge- 
nève à Zurich, en 44 h. — Franc- 
fort ; départs, tous les jours à mi- 
di; arrivées, tous les jours à 9 h. 
du matin. Le trajet de Genève à 
Francfort se fait en 78 h. — Vevey 
et la route jusqu'à St-Maurice ; dé- 
parts , tous les jours à midi; arri- 
vées , tous les jours à 9 h. du ma- 
tin. — Milan par le Simplon ( cour- 
rier ) ; départs , mardi , jeudi et di- 
manche , à midi ; arrivées , lundi , 
mercredi et vendredi. Le trajet de 
Genève à Milan se fait en 67 h. — 
Neuchàtel (courrier) par Lausanne 
et Y verdun , correspondant avec le 
Locle et la Ghaux-de-Fonds. Dé- 
parts, tous les jours à 4 heures du 
matin ; arrivées , tous les jours à 8 
heures du soir. Le trajet de Genève 
à Neuchàtel se fait en 1G heures. — 
Berne et l'Allemagne ( messagerie ); 
départs , mercredi , vendredi et di- 
manche, à midi ; arrivées, mardi, 
vendredi et dimanche , le matin. Le 
trajet de Genève à Berne se fait en 
un jour et demi. 

Nota. MM. les voyageurs peuvent 
assurer leurs places à Genève pour 
toutes les destinations susmen- 
tionnées. 

Fourgons accélérés pour Lyon , 
en 3 jours ; Marseille , en 8 jours; 
Nîmes , en G jours ; Paris , en 9 



jours; le Havre, en 13 jours; Ca- 
lais,en 13 jours. L'établissement se 
charge des expéditions en roulage 
ordinaire pour tous les pays. 

Diligences et messageries de 
Bovy et Thomann , place du Rhône, 
85 ; partant tous les deux jours , à 
10 h. du matin, pour Lyon, cor- 
respondant avec Grenoble, Bor- 
deaux et le midi de la France. 

Diligences pour Milan , par le 
Chablais et le Simplon , faisant le 
trajet en 6G h. ; partant les mardi , 
jeudi et dimanche , à midi. 

Diligences pour Paris , corres- 
pondance de Laffitte-Caillard et 
compagnie. 

Roulage pour Lyon, toute la 
France , la Suisse , l'Allemagne et 
l'Italie. 

Roulage de Genève à Neuchà- 
tel (et vice versa ) , dirigé par Fr.- 
Xavier Mayer. — Voiture bien sus- 
pendue pour les voyageurs. Elle 
part de Genève le lundi , et de 
Neuchàtel le jeudi. Le prix est de 
10 fr. de France. S'adresser à M. 
Esbach , traiteur , rue du Rhône. 

Voitures pour Versoix , Goppet, 
Nyon et Rolle , partant de la place 
de Bel-Air presque tous les jours. 

Omnibus pour Carouge ( 3 s. par 
personne ) , partant de la place 
Neuve ; — pour Chêne ( 4 sous par 
personne), partant de la place de 
Rive ; — pour Ferney ( 1 florin par 
personne), partant de la place de 
Bel-Air; pour St-Julien (16 s. par 
personne ) , partant deux fois par 
jour , de la rue de la Corraterie; — 
pour Versoix ( 1 fl. par personne ) , 
partant de la place de Bel-Air. 

Domestiques de place pour le 
service des étrangers logés dans 
les auberges ou appartements gar- 
nis. [Règlement du 20 avril 1818.) 
— Ami, chef, rue des Chaussa- 
Coq, 68. — Giroud, sous -chef , 
rue des Etuves, 98. — Coutarel , 
rue de Cornavin , 3. — Monta udon , 
rue de la Tour-Maîtresse, 164. — 
Faure , rue du Marché , 40. — Bren- 
ner fils , au bas du Perron , 145. — 
Dory, aux Pàqui». — Patru, rue 



46 



GENÈVE. 



des Corps-Saints, 26. — Baud, rue 
de Rive, 274. 

Domestiques de place ad- 
joints, — Kùhne , rue Neuve du Mo- 
]ard, 67. — Favre, rue du Boule, 
208. — Pelligot , place du Molard , 
125. 

Poste aux lettres ( départs et ar- 
rivées de la), France , Angleterre , 
Hollande , Belgique , colonies fran- 
çaises et anglaises , Etats-Unis d'A- 
mérique, Espagne, Portugal. Dé- 
part, 10 h. V 2 du matin ; arrivée , 
9 h. du matin.-- Allemagne, Nord, 
Turquie. Départ, 11 h. V2 du ma- 
tin ; arrivée , 1 1 heures. — Nova- 
rais , Milan , le royaume Lombard- 
Vénitien, Illyrie. Départ, 11 h. % 
du matin ; arrivée, 9 h. — Savoie" 
Piémont , basse Italie , Grèce , Mal- 
te , îles Ioniennes et du Levant. 
Départ, 6 h. V 2 du soir; arrivée, 
1 h. Va* — Cantons de Vaud, Neu- 
châtel , Valais , Berne , Fribourg et 
au-delà. Départ , 1 1 h. du matin ; 
arrivée, 10 h. — Carouge et autres 
communes. Départ, 10 h. V2 du 
matin; arrivée, 10 heures. — Il 
faut affranchir pour la Russie mé- 
ridionale , la Pologne ( par l'Autri- 
che), la monarchie autrichienne, 
Milan et le royaume Lombard- Véni- 
tien , la Turquie , l'Espagne , le 
Portugal et les pays d'outre-mer, 
ainsi que pour les imprimés sous 
bande pour la basse Italie. 

Bibliothèque universelle des 
sciences , belles-lettres et arts , pa- 
raissant tous les mois, par cahiers 
de 225 pages environ. On s'abonne 
chez Ab. Cherbuliez, au Grand- 
Mezel. Prix de l'abonnement: 42 fr. 
par an. 

Feuille d'avis , journal d'annon- 
ces , paraissant les mercredi et sa- 
medi. On s'abonne chez les demoi- 
selles Sestié , rue des Marchands- 
Drapiers, 193. Prix : 13 fï. par an. 
Les annonces se paient 2 s. de Ge- 
nève la ligne. 

Le Fédéral, le National, Y Eu- 
rope centrale , journaux politi- 
ques (1836). 

Gazette évangélique. Paraît 
tous les vendredis. On s'abonne 



chez Mme S. Guers , rue de la Cité, 
219. Prix : 7 fr. 50 cent, par an. 

Mémorial des séances du Con- 
seil représentatif, paraissant trois 
fois par semaine , le lundi , le mer- 
credi et le vendredi. On s'abonne 
chez M. Ab. Cherbuliez , au Grand- 
Mézel. Prix de l'abonnement: 25 fl. 
par an. 

Chapelle anglicane. Le service 
se célèbre le dimanche à 1 1 h. V 2 , 
dans l'église de l'hôpital. — Révé- 
rend, Burgess. 

Chapelle grecque. On y officie le 
dimanche, à 10 heures l'office, et 
à 1 1 la messe. Ministre, M. Galacon- 
téon. La chapelle est à la Pellisse- 
rie. 

Culte catholique. Sa grandeur 
Pierre-Tobie Yenny , évêque de 
Lausanne et de Genève, de rési- 
dence à Fribourg. — Paroisse de 
Genève, M. Jean-François Vuarin, 
curé, rue des Chanoines, 122. — 
MM. Marillet , Gojon , Lonchan , vi- 
caires. 

Eglise réformée allemande. Le 
service a lieu à 10 heures du ma- 
tin , le dimanche. M. Lùtscher , 
pasteur. — Le service se fait à 
l'auditoire, près St-Pierre. 

Oratoire (l') , temple métho- 
diste. Le service se célèbre le di- 
manche à 9 heures du matin et à 
7 h. du soir , et le jeudi soir à 7 h. 
il y a prière. 

Temple luthérien allemand. Le 
service a lieu le matin en été , à 9 
heures , et à 3 heures après midi ; 
en hiver, le matin à 10 h., et à 2 
h. après midi. MM. Wend, Heider, 
ministres. — Le temple est au 
bout de la rue Verdaine. 

Temple des méthodistes du Pré- 
l'Evêque, Le service a lieu le di- 
manche, en été, à 10 heures du 
matin et à 6 heures du soir; l'hi- 
ver , à 10 heures du matin et à 2 
de l'après-midi. Le mercredi soir à 
7 heures , il y a prière. — M. Malan , 
ministre et fondateur de cette cha- 
pelle. — L'entrée est par la route 
de Chêne. 

Consul sarde en Suisse, M. de 
Magny , consul général. — Les bu- 



GENÈVE. 



47 



reaux sont rue du Vieux-Collège. 

La plupart des ambassadeurs 
étrangers près la Confédération 
helvétique résident à Berne. 

Lieutenant de police. M. Cra- 
mer, place duBourg-de-Four, 10. 

Petits bateaux de promenade 
sur le lac. Messieurs Duchêne et 
Frémi tiennent un assortiment 
choisi de bateaux, fraîchement dé- 
corés , avec voiles , rideaux , cous- 
sins , etc. , et se chargent de la 
conduite des personnes qui dési- 
rent faire une promenade sur le 
lac. S'adresser quai du Rhône. 

Poste aux chevaux (Bureau 
de la ). M. Chanal , rue du Rhône , 
61. 

Tables d'hôte. Hôtel des Ber- 
gues. à 10 h. 7 2 , 2 fr. 60 cent. — 
à une h. , 3 fr. — à 5 h. , 3 fr. 

Hôtel de la Balance, à 1 h. 3 fr. 
— à 5 h. 4 fr. — à 9 h. du soir , 
3fr. 

Hôtel de l'Ecu-de-Genève , à 1 h. 
3 fr. — à 6 h. 4 fr. — à 9 h. du 
soir , 3 fr. 

Hôtel du Nord , à 1 h. 3 fr. — à 
5 h. 4 fr. 

Hôtel de la Couronne , à 1 h. 3 
fr. — à4h.y 2 4fr. 

Hôtel du Grand-Aigle , à 1 h. 3 
fr. — à 5 h. 3 fr. 

Hôtel de l'Europe , à midi et de- 
mi , 2 fr. 50 c. — à 5 h. 3 fr. 

Hôtel du Lion-d'Or, à 1 h. 2 fr. 
50 cent. — à 5 h. 2 fr. 50 c. 

Paschoud, à midi, 1 fr. 50 c. 
Maison , rue du Rhône , où l'on 
trouve bonne table et jolis apparte- 
ments, à prix modérés. 

ADRESSES DIVERSES*. 

Agents d'affaires. Bally-Vache- 
ron , gér. d'immeubles , rue du 
Cloître. Boisdechéne, comptabil. et 
liquidât. , Corraterie , 2. Choisy , 
régie , vente et achat d'immeubles , 
Lion-d'Or, 48. Decrey frères , agents 
d'affaires , bureau de la compagnie- 
royale d'assurance contre l'incen- 

* Ces adresses sont extraites de YJl- 
manac/i de Genève. 



die , Terraillet , 180. Develav , cour- 
tier et agent d'affaires , Neuve , 120. 
Fournier , agent d'affaires et gérant 
d'immeubles, Rive, 4.Melly, agent 
d'affaires et traducteur d'alîemand, 
Grand'-Rue, 207. Vuilleumier , bu- 
reau de placement des domesti- 
ques, soit à Genève, soit à l'étran- 
ger, en l'Ile, 235. Wagnière, pi. 
du Molard. 

Arts ( Objets d 1 ). Desrogis , rue 
du Rhône , médailles , tableaux, 
gravures, bronzes, ivoires, miné- 
ralogie; ancienne maison qui jouit 
d'une juste considération , vaste 
librairie. Fauches , Bergues , 8. 
Kuhn, magasin d'objets d'art, Ter- 
raillet, 194. Lamy , éditeur d'objets 
d'art suisses, pi. Bel-Air. Briquet 
et Dubois, estampes , dessins; édi- 
teurs de vues, panoramas et cos- 
tumes suisses. 

Bains chauds et froids. Defer 
(bains des Bergues). A. Chevelu , 
Heuriod, Eaux- Vives; 114. Janin- 
Kern , bains chauds , froids et de 
vapeur. On porte des bains à do- 
micile, Machine, 227. Marin (bains), 
connus par leur belle situation et 
leur propreté, Rhône, 173. Nour- 
risson , Coule vrenière , 2. Wuy 
(bains), Cheval-Blanc à Carouge. 

Banquiers. De Candolle-Turetti- 
ni et compagnie , agents principaux 
de la Compagnie d'assur. génér. de 
Paris, Cité, 26. Farjon, agent de 
change, Cité, 224. Ferrier et fils, 
banque et commission , Molard , 28. 
Hentsch et compagnie, quai du 
Rhône, 75. Letourneur-Fatio, Ci- 
té, 27. Lombard , Odier et comp. , 
Cité, 24, et Corraterie, 237. Pac- 
card et Roget, Corraterie, 3. Roth 
et Porchat , agents de change , Cité, 
30. L. Pictet, Granges, 258. 

Barques pour transports. Duro- 
veray frères, quai du Rhône. 

Cabinets littéraires. Berger , 
Grand-Mézel , 253. Bristielle , Made- 
leine , 1 1 G. Chalet , passage des Ter- 
reaux, 11. Forget, Fusterie, 82. 
François, Cité, 20. Guirodon , 
Pont -des -Frises , 214. Henrich, 
place du Molard. Laguerre , St-Vic- 
tor , 15G , à Carouge. Lamboteau et 



48 



GENÈVE. 



Mange , quai de l'Ile , 241 . Mercier, 
Bourg -de-Four , 219. Triboulet, 
Cité, 25. Viguet, Hôtel-de-Vilie, 80. 

Cafés , estaminets. Bauersberg 
( café Fédéral), àCarouge. Bertrand 
(café de la Poste), Rhône, 178 , 
bonne maison , divers journaux. 
Café du Théâtre , place Neuve. Le- 
chet, Rhône, en face de l'Ecu-de- 
Genève. Lecomte (café du Nord), 
Rhône, 172. Muller, Bel-Air, 186; 
bonne maison , journaux. 

Cercles. Cercle de la Rive , Hô- 
tel-de-Ville, 80. Cercle de l'Ecu-de- 
Genève , Granges , 243. Cercle des 
Mignons , Rhône , 64. Cercle du 
Rhône , Pont-des-Frises , 239. Cer- 
cle des Anciens- Vaudois , Allem.- 
Dessous, 45. Cercle des Maîtres, 
Pellisserie, 132. Cercle des Artil- 
leurs, Verdaine , 265. Cercle des 
Vingt-Deux-Cantons , Marché , 39. 
Cercle de l'Espérance , Rive , 9. 
Cercle des Anciens - Grenadiers , 
Marché , 36. Cercle de la Concorde, 
Croix-d'Or, 28. Cercle des Amis- 
de-la-Paix, Seujet, 200. Cercle de 
Mêmes, Rhône, 94. Cercle des In- 
dustriels, Marché, 33. Cercle de 
l'Union , Barrières , 143. 

Changeurs de monnaies. Bous- 
quets , Allemands-Dessous, 48. Car- 
teret , vente et achat des matières 
d'or et d'argent , Fusterie, 43. Du- 
four et fils , changeurs et mar- 
chands d'or , Cité, 54. Dunant- 
Bellamy , Allem.-Dessus , 40. Gau- 
di,Molard,31. 

Chirurgiens {Docteurs). Mayor 
Molard, montée de l'Horloge, 28. 
Morin , Tacconnerie, 88. Olivet , 
Pellisserie , 134. Peschier , docteur 
en chirurgie et médecin , secrétaire 
de la Société Homœopatique galli- 
cane , etc. Grand'Rue , 16. Durand, 
Cité , 32. Senn , docteur-médecin , 
et chirurgien de l'hôpital , reçoit 
tous les jours de 1 1 heures à midi, 
Fusterie , 80. 

Chirurgiens - Dentistes. Cha- 
vanne , au bas de la Cité. Girard , 
Corraterie, 5. Taillefer, chirurgien- 
dentiste, mécanicien , Rhône , 90. 
Vaucher , Fusterie ,78. 
Curiosités ( marchands de ). 



Desrogis, tableaux à l'huile de maî- 
tres, minéralogie de tous pays, mé- 
dailles et curiosités, Rhône, 179. 
Kuhn , Terraillet , 194. Lamy , 
place de Bel-Air. Pelletier, Grand'- 
Rue, 197. 

Dessin (maUresde). Constantin, 
rue de la Machine, 224. Lessignol, 
même rue , 226. 

Estampes , Gravures et Ta- 
bleaux. Bricquet et Dubois, rue du 
Rhône. Desrogis , libr. , rue du 
Rhône. Manéga frères, place de Bel- 
Air et rue du Rhône. 

Horlogers-Bijoutiers-Mécani- 
ciens. Aubert et Capt, horlogerie , 
bijouterie et mécaniq. Maison à 
Londres, 137 , Regent-Street, sous 
la raison Aubert et Kloflenberger. 
A Genève, place de Bel- Air, vis-à- 
vis de la Balance. Alliez, Bachelard 
et Terond , horlogers -bijoutiers- 
mécaniciens, Fusterie, 80. Bautte 
et comp. , bijouterie , horlogerie , 
etc., Rhône , 62. Capt, fabric. de 
pièces à musique , Rive , 1 . Ceret- 
Calas, horloger-bijoutier , aux Ber- 
gues. Curting, fabr. de pièces à 
mus., Chantepoulet, 39. Lecoultre, 
horlogerie et musique , rue Neuve, 
115. Lecoultre et François, fabri- 
cants d'horlogerie garantie , bijou- 
jouterie, joaillerie et pièces à musi- 
que, Corraterie, 10. Maison de com- 
merce à Paris. Liodet, horlogerie, 
bijouterie et pièce à musique. La 
qualité et les prix modérés de ses 
marchandises lui font espérer que 
les voyageurs daigneront s'adresser 
à lui. Place des Bergues , 8. Mali- 
gnon et Leschot, fabricants d'hor- 
logerie, bijouterie et mécaniques , 
Corraterie , 11. Meylan , fabr. 
d'horlog. mécanique , Rousseau , 
45. Millenet et Tissot, fabricants 
d'horlogerie , bijouterie et mécani- 
ques , Rhône, 175. Mottu et fils, 
horlogers-bijoutiers , Corraterie, 9. 
Moulinié aîné, horlogerie, bijoute- 
rie et mécaniques , Corraterie , 5. 
Rousset, fabr. de pièces à musique, 
Cendrier, 104. Ruegger, horloger- 
bijoutier , Bel-Air , 56. 

Joaillier s- Bijoutier s. André et 
comp., rue Neuve, 107. Arnaud, 



GENÈVE. 



40 



fabr. de joyaux, St-Gervais, 214. 
Audetat, fabr. de joyaux, Tour-de- 
Boël , 65. 

Lecture (Cabinets de). Briquet 
et Dubois, Rhône, 177. Cherbuliez, 
journaux étrangers , au Grand-Mé- 
zel. Combe, salon de lecture, abon- 
nements et souscriptions aux ou- 
vrages périodiques , correspon- 
dance des journaux, fournitures de 
bureaux , de dessin , etc. , Corra- 
terie, 10. Darier, journaux an- 
glais , Corraterie , 4. 

Libraires. Berthier-Guers , ou- 
vrages d'éducation , de théologie , 
littérature, etc.; classiques latins, 
grecs, allemands, anglais, italiens, 
etc.; atlas, cartes géographiques, 
itinéraires, etc., Cité, 224. Briquet 
et Dubois , libraires , marchands 
d'estampes , éditeurs de plusieurs 
collections de vues et costumes 
suisses, cartes géographiques , gui- 
des , etc. ; bureau de renseigne- 
ments pour les étrangers , Rhône , 
177. Cherbuliez, librairie ancienne 
et moderne , classiques , livres an- 
glais , italiens , allemands , etc. ; 
manuels , itinéraires , cartes pour 
les voyageurs; — reçoit les nou- 
veautés à mesure qu'elles parais- 
sent; lecture des papiers anglais et 
français, Grand-Mézel. De Château- 
vieux , Molard , 123. Desrogis , li- 
brairie ancienne et moderne dans 
toutes les langues , nouveautés ; 
ancienne maison ; Rhône, 179. Le- 
double , librairie étrangère , Cité , 
24. Combe, rue de la Corraterie. 
V c Berondet Suzanne Guers , rue de 
la Cité. Kautfmann , Allemands- 
Dessous, Julien et fils , près du col- 
lège. Kessmann, libr. allemande 
très-bien assortie , rue du Rhône. 
Médecins (Docteurs). Chossat, 
Grand'Rue, 16. Coindet, doct. en 
médecine et chirurgien , rue du 
Soleil-Levant , 92. Colladon , aux 
Barrières , 106. Julliard , rue du 
Rhône, maison de la Poste. Dupin, 
Corraterie, 11. Dupin, Allemands- 
Dessous , 47. Durand, consulta- 
tions de 1 à 2 heures , Marché, 35. 
Lombard, Grand'Rue , 207. Pes- 
chier, Grand'Rue, 16. 



Nouveautés , Soieries, etc. Ai- 
meras , Corraterie , 5. Anspach et 
Bousquet , soieries et rubanerie , 
Allemands-Dessous, 52. Badan et 
Lower , magasin de soierie et ru- 
banerie , châles et nouveautés , 
voiles de tulle et de gaze , fichus , 
écharpes, crêpes, cravates, taffe- 
tas et satin , gros de Naples , levan- 
tine, marceline, etc., Allemands- 
Dessus , 48. La combe et Bouvier , 
march. de soieries , Corraterie , 
230. Vanier , magasins de châles , 
soieries, blondes, dentelles, articles 
tirés de Paris , d'Angleterre et des 
Indes, Grand'Rue, 21 1 . Wolf frères, 
magasin de soieries, Rhône, 173. 
Pensions alimentaires. Bajulaz, 
Temple , 187. Bellier , pension 
bourgeoise , Coutance, 75. Cessent, 
Coutance , 80. Chamois , pension 
des étudiants français , Ëvêché , 
105. Charbonnier , Tour-de-Boël , 
66. Chevalier , Yerdaine , 2G0. 
Constantin-Ferrier , Grange-Canal , 
12. Kohler, pension et logements, 
Madeleine, 167. KripendorlF, pen- 
sion d'étudiants en théologie , Ter- 
raillet, 194. Lacroix, pension et 
chambres garnies, Rhône, 131. 
Lambossy, Boule, 215. Lamotte, 
reçoit des étrangers en pension , à 
la Boissière , 204 , commune des 
Eaux-Vives. Laurent , Allemands- 
Dessus , 42. Legrand , pension et 
appartements garnis, Molard, 122. 
Lequin , Petit-Perron , 148. Meylan, 
Coutance, 75. 

Pensions de chevaux. Forestier, 
rue Neuve, 119, Tissot , Corraterie , 
en face le Musée. 

Placement (Bureaux de). Four- 
nier , se charge du placement des 
domestiques , pi. Longemalle, 153. 
Wuilleumier, en l'Ile. 

Procureurs. Boisdechesne , 
Grand'Rue, 19. Chapuis , se charge 
des recouvrements à l'étranger , 
Croix-d'Or , 21 . Cougnard , Rhône, 
Cl. Decrey, Puits-St-Pierre , 117. 
Gide (ancienne étude Gérard), Dra- 
piers , 94. 

Relieurs. Brand , fait tout ce qui 
tient à sa partie , et dans le meil- 
leur goût, Grand'Rue, 199. Briquet 

3 



50 



GENÈVE. 



et fils , papeterie dans toutes ses 
branches, atelier de reliure et de 
gaînerie , articles anglais, Cité, 33. 
Dietz , relieur et brocheur , au haut 
de la Tour-de-Boël, 68. Glaser et 
fils (V e ), relieurs et marchands de 
papier, Pellisserie, 133. Saxe, re- 
lieur, Verdaine , 280. Schoch , rue 
Coutance, 114. 

Société de lecture. Elle est ou- 
verte tous les jours ; la bibliothèque 
ne l'est pas le dimanche. Pour de- 
venir sociétaire , il faut être pré- 
senté au comité par deux membres 
de la société. Une fois reçu , le so- 
ciétaire doit payer 25 fl. 6 s. d'en- 
1 1 ée , et faire un don de livres à 
ia bibliothèque; puis, au 1 er jan- 
vier , il paie sa souscription an- 
nuelle, qui est de 102 fl. payables 
d'avance. On ne reçoit pas avant 19 
ans. Chaque sociétaire a le droit de 
conduire une ou plusieurs person- 
nes , et si l'une d'elles veut obtenir 
un libre accès dans la société , elle 
doit être présentée par un socié- 
taire et agréée par un membre du 
comité. L'étranger reçoit une carte 
d'entrée pour un mois ; et si , à l'ex- 
piration de ce terme , il désire con- 
tinuer ses visites, il en fait la de- 
mande , signée par lui et contre- 
signée par un sociétaire , au comité, 
qui, s'il le juge convenable , lui 
remet une carte pour six mois, et, 
sur une nouvelle demande faite 
comme ci-dessus , cette carte peut 
encore être renouvelée pour six 
mois seulement. — La bibliothèque 
de la société contient environ 4,000 
volumes. Grand'Rue , hôtel du Mu- 
sée. 

Société littéraire. Elle se réunit 
en société une fois par mois; dans 
cette séance, quelques membres 
sont admis à lire ou à réciter des 
morceaux sur les arts, les sciences 
ou les lettres. Les étrangers pré- 
sentés par des sociétaires peuvent 
y être entendus. — Pour faire par- 
tie de cette société , il faut être 
présenté par un membre à une 
personne du comité ; après sa ré- 
ception , le récipiendaire doit payer 
sa quote-part de l'actif qu'a pré- 



senté le dernier bilan de la société, 
puis une somme de 36 fr. , et enfin 
un don de livres à son choix pour 
la bibliothèque. La cotisation an- 
nuelle est de 36 fr. La bibliothèque 
compte à peu près 2,000 volumes. 
— Il y a quatre salles , pour le 
billard , les rafraîchissements , la 
lecture et la bibliothèque. Son lo- 
cal est rue du Rhône, 173. 

Tabac ( Marchands de ). 
Lenher, rue de la Corraterie, 8. 
Paraud , Corraterie , 3. Rafîard , 
assortiment complet pour les fu- 
meurs, Corraterie, 4. 

Tailleurs d'habits. Barbarin , 
marchand tailleur , Corraterie , 5. 
Caillate, tailleur , Rhône ,170. Cale 
(taylor from Monsieur Willis's Lon- 
don ), tailleur de Londres , Rhône , 
62. Chapon , marchand tailleur , 
Rhône ,75. Convers , marchand 
tailleur, Rhône, 133.Granger, mar- 
chand tailleur , Chêne-Bougries , 
119. Haug , tailleur , Rhône , 186. 
Hengst, maître tail. , Rhône , 64 , au 
3 e étage. Marchand, tail., Rhône, 
135. 

Voituriers. Avanzino, pi. Mar- 
ché , 262 , à Carouge. Baud , Chau- 
dronniers , 290. Bauly , Étuves , 
130. Bellamy , directeur des petites 
voitures pubi. pour Nyon , Temple, 
212. Benoît, Terrassière, 199. Char- 
rey , Chéne-Thonex , 68. Collet , 
Bourg-de-Four, 73. Crot, Rhône, 
68. Déjean , voitures de poste , à 
louer , à vendre ou à échanger ; 
voitures de retour pour Paris , Ca- 
lais, Lyon, Rome, ainsi que che- 
vaux et voitures pour voyages ou 
promenades, pi. du Rhône, 175, 
près le pont des Bergues. Demond, 
Beauregard , 32. Haas , loue che- 
vaux et voitures , Tabazan , 32. 
Honguer, loueur de chars , Temple, 
24. Jacquet et veuve Haustein , 
voitures et pension de chevaux , 
Cendrier, 117. Laedermann, char- 
retier, Belles-Filles , 17. Laeder- 
mann , loue des voitures et tient 
pension de chevaux , Chausse-Coq. 
59. Leschaud, charretier, passage de 
Longemalle, 148. Maurice, louage 
et pens. de chevaux , St-Léger, 66. 



PROMENADES AUX ENVIRONS DE GENÈVE. 



61 



Mayer, tient une voiture qui fait le 
voyage de Genève à Neuchâtel et 
retour. Elle part de Neuchâtel le 
jeudi. S'adresser chez M. Esbach , 
traiteur, rue du Rhône. Vérésoff, 
voitures et pension de chevaux, 
Chausse-Coq , 69. Vichet, loueur de 
voitures , Corraterie. 

ENVIRONS DE GENÈVE. 

PROMENADES INTÉRIEURES ET EX- 
TÉRIEURES. — MONT SALÈVE.— 
LES VOIRONS. — ROISY. — LA 
DOLE. — FERNEY, etc. 

Promenades intérieures. La 
Treille , jolie terrasse plantée de 
marronniers et située au midi. St- 
Antoine , aujourd'hui place Mau- 
rice, du nom du maire qui Ta em- 
bellie, d'où l'on découvre une vue 
magnifique sur le coteau de Co- 
ligny et sur le lac jusqu'à Yvoire en 
Savoie , et Rolle et Morges dans le 
canton de Vaud; on y distingue 
aussi très-bien le mont Buet. — 
Les Bastions , qui servent d'en- 
ceinte au jardin des plantes , et 
d'où l'on monte à une nouvelle pro- 
menade , faisant aussi partie des 
remparts , et dont la vue égale celle 
de la place Maurice , mais dans un 
genre tout-à-fait différent. De là les 
promeneurs à pied peuvent passer 
à l'esplanade des Tranchées , hors 
la ville, par un pont en lil de fer, 
première construction publique de 
cette nature qui ait été exécutée 
sur le continent : on la doit aux 
soins de l'ingénieur Dufour. — Le 
Bastion de Cornavin, panorama 
charmant qui embrasse les trois 
grandes routes de Lausanne, de 
Gex et de Lyon , avec une échappée 
délicieuse du lac et des glaciers ; à 
la droite de cette promenade nou- 
velle, on vient de construire un 
deuxième pont de fil de fer , à l'u- 
sage des piétons qui veulent passer 
du rempart de Chantepoulet aux 
Pàquis, sur la rive du lac. 

Genève continue d'être le séjour 
favori des Anglais; leur prédilec- 
tion pour cette ville est bien j ustiiiée 



par sa situation magnifique près 
d'un lac qui offre tour à tour des 
rives fertiles et riantes , et des con- 
trées sauvages et romantiques , 
mais toujours délicieuses. 

Promenades hors de la ville. 
Au sortir de la porte Neuve, la 
plaine de Plain-Palais (Plana Pla- 
nus ), belle et vaste pelouse bordée 
d'une double allée de tilleuls et 
d'ormeaux, et qui sert aux exer- 
cices militaires. Les environs de 
Genève sont si délicieux et coupés 
de tant de chemins et de sentiers , 
qu'ils offrent une variété extrême de- 
promenades , de sites superbes et de 
beaux points de vue. La rive droite 
du lac l'emporte infiniment , sous 
ce rapport , sur celle de Savoie , par 
la magnificence inexprimable des 
tableaux qu'y présente le sublime 
mont Blanc. Comme on y voit par- 
tout les montagnes de Savoie , je 
commencerai par chercher à en faire 
connaître les principales. Quand on 
s'est éloigné d'environ i / 2 lieue de 
la ville du côté de la Suisse, on 
aperçoit d'abord le Mole ( hauteur 
au dessus du lac, 4,51 G p. ), haute 
montagne couverte de pâturages et 
d'une forme pyramidale ; à droite , 
c'est-à-dire à l'ouest , le grand et le 
petit Salève (3,02.2 p.), remarqua- 
bles par la blancheur des rochers 
découverts dont ils sont composés. 
Les Voirons ( 3,1 12 p.), montagnes 
boisées , s'étendent assez loin à 
gauche du côté de l'est ; en avant 
du Môle , entre les Voirons et le Sa- 
lève , la colline de Montoux (C25 p.) 
qu'on reconnaît à ses formes gracieu 
ses et doucement arrondies. Entre 
le Môle et le Salève au sud, les mon- 
tagnes de Breson et de Vergi ( 4,000 
— 5,000 p.), au dessus desquelles 
s'élève majestueusement le mont 
Blanc (14,700 p.). Entre le Môle et 
les Voirons on aperçoit aussi , à l'est 
du mont Blanc , l'aiguille d'Argen- 
tière, et plus loin la sommité ar- 
rondie du Buet (8,345 p.). Il y a 
plusieurs points sur la rive de 
Suisse d'où l'on distingue beaucoup 
au-delà des Voirons, du côté de 
l'est, deux pointes nues et fort 



52 



PROMENADES AUX ENVIRONS DE GENÈVE. 



rapprochées , que l'on nomme les 
Dents-d'Oche ( 5,655 pieds): elles 
s'élèvent entre Meillerie et St-Gin- 
golph. De là , en se tournant au 
nord-est , on aperçoit toutes les 
montagnes qui s'étendent au-delà 
de Montreux et de Chillon jus- 
qu'au Molesson , que j'ai très-bien 
reconnu au Petit-Saconnex. Le Mo- 
lesson ( 5,047 p.) est situé au dessus 
de Gruyères , dans le canton de 
Fribourg, à 15-16 1. de Genève en 
droite ligne. A l'ouest et au nord, 
l'horizon est borné par le mur que 
forme le Jura; on y distingue les 
trois plus hautes sommités de 
cette chaîne , savoir : le Reculet de 
Thoiry, situé à 4 lieues de Genève 
(hauteur au dessus du lac, 4,062 
pieds]); la Dole (3,948 p.), et le 
mont Tendre (4,036 p.), qui sont 
au nord du Reculet. — Promena- 
des : le Tour-sous-Terre ; c'est-à- 
dire sur le sommet de la colline de 
St-Jean , près de la maison de cam- 
pagne des Délices , où Voltaire a 
séjourné pendant quelque temps , 
et sur la hauteur où est située celle 
de M. Constant. Dans l'endroit où 
le ehemin semble finir , on prendra 
à gauche un sentier étroit et tout 
rempli d'herbe , qui suit la pente 
d'une colline bouleversée, et va 
aboutir à une place découverte. On 
retourne en ville en continuant de 
suivre le même sentier. — Sur les 
hauteurs du Grand et du Petit-Sa- 
connex , qu'embellissent un grand 
nombre de maisons de campagne 
magnifiquement situées. Au sortir 
du village du Grand-Saconnex , on 
prendra le chemin qu'on laisse à 
droite quand on va à Genève , et on 
le suivra jusqu'à une église qu'on 
trouve sur la hauteur : de là on se 
dirige à gauche en passant par un 
sentier pratiqué au milieu des 
broussailles , et l'on arrive à une 
place dégarnie, d'où l'on jouit de 
la vue la plus ravissante que l'on 
puisse trouver dans la proximité de 
Genève; de là on redescend le long 
du même sentier au grand chemin, 
par lequel on retourne en ville en 
i/ 2 heure. 



Carouge, petite ville de 400 
maisons et de 4,400 habitants , dont 
Ve protestants et le reste catholi- 
ques, V2 lieue de Genève. 

Ce lieu est délicieusement situé 
au bord de l'Arve, qu'on y passe sur 
un pont de pierre, au milieu d'un 
grand nombre de superbes maisons 
de campagne , de vergers , de vertes 
prairies et de champs fertiles. On 
y voit une belle église , et un 
temple protestant; les rues sont 
larges et tirées au cordeau, les 
maisons régulièrement bâties ; la 
ville renferme des filatures, une 
fabrique de terre de pipe et des tan- 
neries. Elle communique avec Ge- 
nève au moyen de deux ponts, 
l'un en pierre, l'autre en bois; ce 
dernier n'est praticable que pour 
les piétons. 

Auberges: le Pont-Neuf. — Les 
Balances. — Les Trois Grappes de 
raisin. 

Vuedumont Blanc, Je conseille 
à tous les étrangers de quitter Ge- 
nève vers le soir, lorsque le ciel et 
l'air seront bien purs et bien se- 
reins , et d'aller environ une Va h. 
avant le coucher du soleil , en sui- 
vant le chemin qui mène à Ferney 
par le Grand-Saconnex, jusqu'à la 
hauteur que l'on rencontre à 7 4 
de 1. en avant de ce dernier village, 
pour y jouir de l'aspect du mont 
Blanc, éclairé par les derniers 
rayons de l'astre du jour. Je n'ai 
trouvé aucun point de vue aux en- 
virons de Genève d'où les formes 
colossales et majestueuses de ce 
roi des montagnes excitassent au- 
tant de surprise et de ravissement. 
— Aux maisons de campagne de 
Varambé, de Genthod (retraite dé- 
licieuse du respectable Bonnet), 
Beaulieu , Pregny , Penthe , Cham- 
beisy , etc. , toutes remarquables 
par la beauté de leur situation. 

Vues étendues, petits voyages 
dans les environs de Genève. 
1° Sur le mont Salève. Le chemin 
qui y mène passe par Carouge et 
Veiri, 1 1. De là un sentier fort 
raide,et où l'on ne peut aller au- 
trement qu'à pied, monte par le 



PROMENADES AUX ENVIRONS DE GENÈVE. 



53 



Pas-de-1'Echelle à Monetier, vil- 
lage situé dans la petite vallée qui 
sépare les deux Salèves ,11. Mais 
les personnes sujettes aux vertiges, 
ne pouvant pas gravir ce sentier, 
sont obligées de faire le tonr du 
petit Salève pour se rendre à Mo- 
netier, 3 1. Le chemin est assez 
bon pour qu'on puisse y aller en 
voiture. Du village de Monetier au 
sommet du grand Salève , 1 1. Cette 
sommité , nommée le Piton , est 
élevée de 3,072 p. au dessus du lac. 
L'observateur , placé sur cette 
montagne, découvre en Savoie la 
vallée de Bonnes , le cours de l'Arve, 
la ville de Bonneville, le Môle , les 
monts Brezon et de Vergi , au-delà 
de Bonneville , ainsi que le mont 
Blanc. A gauche de ce dernier on 
aperçoit le Buet et les aiguilles 
d'Argentièreetdu Géant. Au S.-O., 
une partie du lac d'Annecy et le 
mont de Sion , qui s'appuie contre 
le Salève , et ferme la grande vallée 
de ce côté-là. A l'O. , la gorge 
étroite qui séparé le Jura de la mon- 
tagne de la Vouache; c'est dans 
cette gorge, formée au travers du 
mont Jura par l'impétuosité des 
eaux, qu'est situé le fort de la 
Cluse ou de l'Écluse. Au N. , la 
longue ehaîne du Jura, la plus 
grande partie du canton de Vaud, 
la ville de Genève et son magni- 
fique lac. Cette vue est d'une beau- 
té ravissante. De Monetier au Petit- 
Salève, V2 1- A 74 de 1. du village, 
au-dessus du Pas-de-1'Echelle, et 
près des ruines de l'Ermitage , on 
jouit aussi d'une vue délicieuse sur 
îe lac Léman , sur le pays de Vaud , 
sur le mont Jura et sur la ville de 
Genève. A quelques minutes de 
là, l'avance des rochers, qui sur- 
plombe au dessus du chemin, 
forme une sorte de grotte nommée 
la Balme de l'Ermitage ; plus haut 
on observe la Balle de Démon, 
mais l'accès en est dangereux. A 
l'extrémité orientale du Petit-Sa- 
lève, on trouve à Etrembières une 
source minérale. 

2° Sur les foirons. De Genève 
on se rend en voiture jusqu'au vil- 



lage de Cranve, 2 1. De là on va à 
pied ou à cheval , en 2 heures 7 4 , 
jusqu'aux ruines d'un couvent 
(2,808 pieds au dessus du lac) que 
Ton aperçoit de presque tous les 
points de la rive droite du Léman. 
On y jouit d'une vue admirable 
qui s'étend sur tout le lac, sur le 
Chablais, sur le canton de Vaud , 
et sur une multitude de montagnes 
à l'O. et au S. Le sommet des Voi- 
rons , que l'on nomme le Calvaire , 
a 3,114 pieds au dessus du lac; 
mais comme il est couvert de fo- 
rêts, la vue y est très-bornée. En 
suivant un sentier pratiqué sur Ja 
croupe des Voirons, le long d'un 
précipice nommé le Saut de la Fille , 
on arrive au bout d'une heure et 
demie à l'extrémité occidentale de 
la montagne; là, d'une hauteur 
dégarnie d'arbres , qui s'élève au 
dessus des chalets de Pralaire, on 
jouit d'une très-belle vue sur la 
vallée des Bornes , au S.-O. ; sur le 
mont Blanc, au S., ainsi que sur 
quantité d'autres montagnes ; sur 
la vallée de Boëge , qui s'étend au 
pied du revers méridional des Voi- 
rons ; sur la Menoge et sur les rives 
du lac de Genève, que couvre une 
multitude de villes, de villages et 
de châteaux. De ce lieu jusqu'au 
village de Cranve , 1 1. 72 d e des- 
cente. 

3° Sur le coteau de Boisy , et à 
la ci-devant chartreuse de Ripaille , 
située au bord du lac. Cette petite 
excursion peut se faire commodé- 
ment en un jour. Le coteau de 
Boisy , qui n'a que 1,1 1 G pieds d'é- 
lévation au dessus du lac , a 1 lieue 
7 2 de long sur Va de large : il 
présente une multitude de points 
de vue magnifiques et prodigieuse- 
ment variés, surtout à l'extrémité 
occidentale de la grande allée qui 
traverse la forêt. On y voit tout ce 
qu'il y a de villes et de villages sur 
la rive de la Suisse. Du côté du 
S.-O., on descend dans un petit 
vallon dont les prairies sont cou- 
pées de bosquets. Au pied des Voi- 
rons , on aperçoit le château de 
Cervens. Sur la rampe de cette 



54 



FERNEY. 



montagne on jouit , au dessus du 
château de Boisy , sur les hauteurs 
de Châtelard , d'une vue superbe 
du côté de Genève. C'est sur cette 
colline que croît le vin de Crépi , le 
meilleur de tous ceux que produit 
la rive gauche du lac. 

4° Sur la Dôle. C'est une des 
sommités les plus élevées du Jura ; 
elle a 3,948 pieds au dessus du lac, 
et s'élève à 5 ou 600 pieds au dessus 
de l'arête du Jura. Pour s'y rendre , 
on va en voiture de Genève à Bon- 
mont , 2-3 1. De là on parvient au 
sommet au bout de 3 heures de 
montée. Un chemin plus long , 
mais moins fatigant , passe par 
Coppet, Nyon et St-Cergue, G 1. 
Depuis ce village , on atteint le 
sommet de la montagne en 1 
heure i / 2 de marche : en prenant 
cette route , on peut aller en voi- 
ture jusqu'à 3 /4de 1. au-delà de St- 
Cergue. Comme c'est principale- 
ment le matin et le soir que la vue 
dont on y jouit se montre dans 
toute sa magnificence , il faut con- 
sacrer deux journées pour ce petit 
voyage. 

5° Sur le mont Thoiry. Cette 
montagne du pays de Gex passe 
pour la plus élevée de toute la 
chaîne du Jura ; elle est située au 
dessus du village de Thoiry , à 4 1. 
de Genève : la hauteur de son som- 
met , connu sous le nom de Re- 
cule!, est de 4,0G2 pieds au dessus 
du lac , et de 5,196 pieds au dessus 
de la mer , selon les mesures les 
plus récentes que l'on doit à M. le 
professeur Pictet. La vue du 
Thoiry a beaucoup de rapport avec 
celle de la Dôle. 

0° Au Fort de l'Ecluse , célèbre 
dans l'histoire , 3 1. De là jusqu'à la 
perte du Rhône , 2 1. Le fort de 
l'Ecluse ferme absolument le pas- 
sage ; le Rhône y forme , d'après le 
dernier traité de Paris , les limites 
entre la France et la Savoie. L'en- 
trée de cette gorge sauvage, hé- 
rissée de rochers affreux, a quelque 
chose de très-imposant ; et la vue 
nouvelle qui se développe au S.-E. 
sur la chaîne des Alpes est d'une 



grande beauté. Rien de plus fort 
que l'impression que fait sur les 
voyageurs qui viennent de Lyon > 
ou des tristes solitudes du Jura du 
côté de Bourgogne , le tableau su- 
blime que leur représente la con- 
trée délicieuse dont ils se voient 
environnés , et la ehame majes- 
tueuse des Alpes au sortir du fort 
de l'Écluse. 

Malgré tout ce qu'on débite d'ex- 
traordinaire sur la perte du Rhône, 
elle n'offre à des yeux accoutumés 
aux sublimes beautés des Alpes 
qu'un accident mesquin et de nul 
effet. La jonction du Rhône et du 
torrent de la Valscelline ou Valse- 
rine dans une gorge profonde et 
sauvage , au pont de Bellegarde , 
non loin de Vauchy , forme un ta- 
bleau bien plus remarquable ; on 
voit un moulin au fond de ce 
gouffre. [V. pour plus grands dé- 
tails le Guide en France,) Cepen- 
dant cela ne vaut pas la peine d'un 
voyage. 

7° Aux verreries de la vallée de 
Torrens , à quelques lieues de 
Genève. On peut, pour s'y rendre, 
passer la vallée d'Annecy. Un autre 
chemin plus commode , quand on 
est en voiture, y conduit par la 
petite vallée de la Roche. Le village 
des Verreries est situé presqu'à 
l'extrémité de la vallée. Le verre 
que l'on y fait est très-bon , et ne 
le cède guère à celui de Bohême. 
Au sortir de cette vallée , on peut 
retourner à Genève par le mont de 
Sion , où l'on trouve des points de 
vue admirables. 

8° A Ferney, 2 1. HABITATION 
de Voltaire*. Quand Voltaire fit 
l'acquisition de ce village, en 1759, 
il était composé de 8 chaumières ; 
à sa mort, en 1778, on y comptait 
80 maisons et 1 ,200 habitants. A 
cette époque , on accourait en foule 
de tous les pays à Ferney , pour 
entendre l'illustre écrivain, objet de 
l'admiration générale. De nos jours, 
Ferney est encore chaque année le 

* A chaque instant , on trouve des voi- 
tures pour Ferney , place du Bel-Air. 



FERNEY. 



55 



rendez- vous d'un grand nombre 
d'étrangers , qui viennent visiter le 
château et l'église, sur la façade 
de laquelle on lit cette inscription : 
Deo erexit Voltaire. M. le comte 
de Laliy-Tollendal a fait, comme 
tant d'autres , le voyage de Ferney. 
Voici comment il raconte ce pèle- 
rinage littéraire : 

« L'excursion à Ferney a excité en 
nous des sensations pénibles. D'a- 
bord nous avons été plus que sur- 
pris quand nous avons vu le cabi- 
net où Voltaire a écrit la Défense 
de Calas, le Siècle de Louis XIV, 
et les Fragments sur l'Inde, changé 
aujourd'hui en une chambre de 
domestique , où Ton nettoie les 
bottes. Cependant la chambre à 
coucher et le petit salon particulier 
qui la précède sont encore dans le 
même état où les habitait l'auteur 
de la Henriade et de Zaïre, C'est 
toujours ce qu'on a décrit cent fois. 
Dans la chambre , un très-beau 
portrait de Voltaire à quarante 
ans; un autre de madame du Châ- 
telet; un du grand Frédéric , 
envoyé par lui à Voltaire , quand le 
prince voulut regagner les faveurs 
du poète après lui avoir retiré les 
siennes ; un de la reine Catherine , 
fait en tapisserie de sa main impé- 
riale ; Calas et Sirven , Franklin et 
Delille; enfin! le petit monument 
pyramidal élevé par la marquise de 
Villette, pour recevoir le cœur de 
son père adoptif , avec l'inscription 
qu'on y lit encore , quoique le cœur 
n'y soit plus : 

Son esprit est partout, mais son cœur est ici. 

» Une partie de ce monument 
est brisée , comme une partie des 
rideaux du lit est hachée : nous 
avons su positivement que c'étaient 
les dévots à Voltaire qui avaient 
voulu en emporter chacun un 
morceau. 

» Dans le salon , j'ai demandé à 
voir ce dernier excès de l'adulation 
de la puissance envers le génie, ce 
buste de Voltaire en porcelaine , 
premier ouvrage sorti de la manu- 



facture royale de Berlin , a \ 
seul mot écrit au bas , en lettres 
d'or, de la main du grand Frédé- 
ric : immortalis. On m'a répondu 
que ce buste n'était plus à Ferney , 
mais à Paris. J'ai avisé alors, au 
dessus d'une des portes , un tableau 
bien étrange , et dont je suis éton- 
né qu'aucune des relations n'ait 
encore parlé, d'autant plus que 
Voltaire lui-même en aurait donné 
le sujet, en aurait dirigé la com- 
position , au dire du cicérone qui 
nous le montrait , et qui ne cessait 
de répéter : Cest son ouvrage. Si 
cela est vrai, Horace n'eût sûre- 
ment pas trouvé dans cette compo- 
sition son précepte : Ut pictura 
poesis ; et, fort heureusement pour 
nous, la poésie de Voltaire n'au- 
rait pas été comme ses peintures. 
Dans celle dont il s'agit , le sujet est 
double, et ce double sujet c'est 
Voltaire , et encore Voltaire. A 
gauche, Henri IV, la Henriade à 
la main , présente son chantre au 
dieu du Parnasse, et sollicite pour 
lui les honneurs du triomphe; le 
dieu accorde au roi sa requête. En 
conséquence , le même Voltaire y 
qu'on vient de voir pétitionnaire 
d'Apollon et-client de Henri IV dans 
le côté gauche du tableau , on le 
voit dans le côté droit conduit en 
triomphe au temple de Mémoire. 
par le chœur des Muses et par des 
groupes de Génies. On voit ses 
ennemis et ses envieux oser pré- 
tendre à lui fermer ce temple. Ils 
gravissaient déjà la roche escarpée 
qui en est le fondement ; mais , 
tous tant qu'ils sont , les La Beau- 
melle, les Patouillet, etc., etc, 
sont renversés pieds par-dessus tête, 
et dégringolent l'un sur l'autre 
avec des grimaces effroyables , 
grinçant des dents, et cherchant 
à retenir dans leurs mains quelques 
restes de leurs diatribes, dont les 
feuilles déchirées volent au gré du 
vent. Shakespeare, auquel le poète 
de Ferney a tant reproché de vio- 
ler dans ses pièces l'unité d'action , 
n'a pas du moins fait paraître à la 
fois, dans la même scène, deux 



5G 



FERNEY. 



représentations du même person- 
nage. Une idée aussi bizarre , si elle 
est sortie du cerveau de Voltaire , 
n'a pu y naitre que du désordre 
de la colère; et l'on sait que le 
genus irritabile valutn n'a jamais 
éclaté avec plus d'explosion que 
dans celui qui avait tant de raisons 
pour ne pas même honorer d'un 
regard de tels détracteurs. 

» Voltaire s'entendait mieux en 
jardins qu'en tableaux , ai-je dit 
en entrant dans ses jardins et dans 
son parc, en voyant ses plantations 
devenues superbes, ses bois percés 
admirablement, les sublimes points 
de vue qu'il s'était ménagés dans 
la distribution de son terrain,. enfin 
la terrasse élevée au niveau de son 
cabinet , sur laquelle il marchait 
à grands pas dans le feu de sa com- 
position, et où les hauteurs de 
son génie s'exaltaient encore à la 
vue de ce mont Blanc qu'il a ce- 
pendant fini par accuser de ses 
rhumatismes. 

» Après avoir été un peu épar- 
pillée par la promenade , notre so- 
ciété se réunissait sous l'ombrage 
de la belle futaie voisine du châ- 
teau, lorsque nous avons vu arri- 
ver â nous un vieux jardinier qui 
aujourd'hui se vante , la larme à 
l'œil , d'avoir longtemps servi l'au- 
teur de Méropeet de Tancrède , 
et qui autrefois s'est effrayé ou mo- 
qué de lui, les jours où'il venait 
commander à ses ouvriers, habillé 
dès le matin en barbas ou en 
Argyre , pour en jouer le rôle 
dans la soirée , et pour ne pas faire 
deux toilettes en un jour. Ce bon- 
homme nous a d'abord donné une 
note imprimée des principaux bien- 
faits que son maître avait répan- 
dus dans Ferney ; et nous nous 
sommes rappelé ce vers, charmant 
d'expression , parce qu'il l'est de 
vérité : 

J'ai fait un peu de bien , c'est mon meilleur 
[ ouvrage. 

h Le bon vieillard , ayant cru 
voir que nous sympathisions avec 



lui, nous a priés d'attendre un in- 
stant, en nous disant qu'il allait 
nous apporter quelque chose que 
nous serions certainement bien ai- 
ses de voir. Il est revenu tenant 
en main un petit in-folio relié 
en parchemin , un plus petit 
cahier aussi relié , et une étoffe 
qui renfermait quelque chose 
qu'on ne voyait pas. L'in-folio con- 
tenait une collection faite par Va- 
gnière , secrétaire de Voltaire , des 
sceaux et des cachets de tous les 
souverains et des plus illustres 
personnages en tout genre et de 
tous pays , qui avaient été en cor- 
respondance avec l'ancien maître 
de Ferney i an dessus de chaque 
cachet était le nom du correspon- 
dant. Cette première revue faite , 
le vieux jardinier , en nous pré- 
sentant le plus petit cahier , nous 
a dit : « Vous allez voir l'écriture 
de M. de Voltaire. » L'intérêt allait 
croissant. Nous avons ouvert le ca- 
hier , et nous avons vu en effet l'é- 
criture de Voltaire , mais c'était 
son compte d'un mois ou d'une 
année avec son valet de chambre. 
On y lisait : « J'ai reçu de monsieur 
tant , de madame Denis tant. » Et 
au dessous de ces mots était écrit 
de la main de Voltaire i « 11 redoit 
47 livres 10 sols. — On lui doit 30 
livres , etc. » Il ne nous restait plus 
à connaître que le mystère de l'en- 
veloppe. Le bon vieillard l'a ou- 
verte avec une impression de res- 
pect plus forte : il nous a montré 
un bonnet à rebords x de soie grise, 
brodé partout en or et en argent , 
avec une houppe de même; et d'un 
ton plus qu'emphatique , il nous 
a dit : « Voilà le bonnet que. M. de 
Voltaire portait en été, quand il se 
promenait en faisant des gestes sur 
la terrasse. » 

» Nous avons demandé à voir le 
théâtre ; il n'existait plus , il a été 
détruit ainsi que la bibliothèque; 
et du moins mieux remplacé 
qu'elle, il est devenu une fort belle 
serre. 

« Et l'église érigée à Dieu par 
Voltaire , avons-nous dit ; est-elle 



BOftDS DU LAC DE GENEVE. 



détruite aussi? Elle est conservée, 
nous a-t-on répondu : elle est res- 
tée la paroisse du lieu. » Une es- 
pèce de sacristain aussi vieux que 
le jardinier s'est alors emparé de 
nous, et nous a montré cette église 
en détail. Il nous a dit que Voltaire 
y venait régulièrement trois fois par 
an. les jours de Pâques, de la Pen- 
tecôte et de la Fête-Dieu. 11 nous a 
montré le banc où s'asseyait le sei- 
gneur de Ferney , et sur lequel 
peut-être il avait fait son beau 
vers : 

Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer. 

» Le vieux sacristain nous a 
montré enfin le tombeau pour le- 
quel Voltaire avait fait prendre sa 
mesure , et qu'il s'était fait, con- 
struire en même temps que l'église, 
à laquelle il était attenant. « Mais 
il n'est ni dehors ni dedans , » di- 
sait une femme de beaucoup d'es- 
prit. En effet, l'ouverture du tom- 
beau était bien dans l'église , mais 
tout le corps du monument était et 
est encore en dehors. 

» Après avoir examiné longue- 
ment le château et toutes ses dé- 
pendances, je n'ai pu que jeter un 
coup d'œil sur la ville , qu'on peut 
dire avoir été bâtie par les mêmes 
mains que le château. Les rues 
m'ont paru désertes; beaucoup de 
fenêtres fermées , beaucoup de 
maisons vides ; nul indice , au 
moins extérieur , du commerce 
d'horlogerie que son fondateur y 
avait crée et y faisait croître de jour 
en jour. Enfin , j'ai emporté la 
crainte que Ferney ne fût plus au- 
jourd'hui qu'une belle terre , après 
avoir été une petite ville, jolie , peu- 
plée et commerçante : Voltaire n'v 
est plus. » 



LAC DE GENEVE. 

Que le chantre flatteur du tyran de< 
Romains , 

L'auteur harmonieux des douces Ge r- 
giques , 

Ne vante plus ces lacs et leurs bords 
magnifiques , 

Ces lacs que la nature a creusés de se- 
ma ins 

Dans les campagnes italiques : 
Mon lac est le premier. 

Voltaire. 

Le lac de Genève , ou lac Lé- 
man, est situé, selon le chevalier 
Schuckburgh , à 1,134 pieds au 
dessus de la mer ; sa plus grande 
longueur est de 19 lieues environ ; 
sa plus grande largeur, entre Rolle 
et Thonon , est de 3 lieues et Vs* 
À Nyon , cette largeur est d'une 
lieue' seulement. Elle va toujours 
en diminuant jusqu'à Genève, où 
elle n'est plus que de trois à quatre 
cents pieds. Sa surface a près de 
26 lieues carrées. Il a G20 pieds de 
profondeur à une lieue d'Evian , 
312 pieds près du château de Chil- 
lon , et 950 aux environs de Meil- 
ierie. C'est là, dit-on, sa plus 
grande profondeur. On a comparé 
Fa forme du lac de Genève à celle 
d'un croissant, mais cette ressem- 
blance n'est point exacte , et se 
trouve plus dans l'imagination que 
dans la réalité. Les bateliers nom- 
ment petit lac la partie étroite qui 
s'étend du cap d'Yvoire à Genève, 
et grand lac la partie plus large 
d'Yvoire à Villeneuve. Non loin de 
Villeneuve, le Rhône vient se jeter 
par trois bras dans lelac; il en res- 
sort à l'extrémité opposée et tra- 
verse la ville de Genève. 

Le lac Léman a de tout temps 
passé pour le plus beau lac de l'Eu- 
rope méridionale. On lui a com- 
paré a tort les lacs de Zurich et de 
Constance , dont les rives sont 
moins variées ; mais la limpidité 
des eaux du lac de Genève, la gran- 
deur de son bassin , découpé 
comme en festons ; la forme gra- 
cieuse de ses îivages, bordés de 



58 



BORDS DU LAC DE GENEVE, 



golfes et de promontoires ; les Alpes 
majestueuses dont il est encadré à 
l'orient et au midi ; l'immense va- 
riété d'aspects , pris soit des hau- 
teurs qui le dominent , soit des 
bords et des divers points de sa sur- 
face; les effets superbes que pro- 
duisent sur cette humide nappe , 
et les tempêtes bruyantes qui l'a- 
gitent quelquefois, et le calme qui 
lui prëie le brillant d'un miroir, 
où les paysages environnants se 
reflètent avec une vérité parfaite; 
les reflets lumineux dont la lune 
argenté ses eaux pendant les belles 
nuits d'été ; tout enfin donne au 
Léman un charme inexprimable 
et qu'on ne saurait rencontrer en 
d'autres lieux. 

Le Léman est comme encaissé 
par trois chaînes de montagnes : 
les Alpes, le Jura et le Jorat. Les 
Alpes l'entourent depuis Genève, 
par la côte de Savoie , jusqu'à 
Vevey , et se reflètent dans les 
temps calmes dans le miroir de ses 
eaux, avec autant de vérité que 
de grandeur. Les pics voisins les 
plus élevés sont : le mont Salève, 
près de Genève , qui est à 3,072 p. 
au dessus du niveau du lac ; le co- 
teau de Boisy, la Dent-de-Morcle , 
à 7,824 p.; la tour d'Aï, qu'on 
aperçoit au dessus de Villeneuve, 
à 5,688 p.; la Dent-de-Jaman, au 
dessus de Vevey ; et le plan de Ja- 
man, sur le point îe plus élevé de 
la route du pays d'en haut, qui est 
de 3,450 pieds supérieur à la sur- 
face du Léman. 

Le Jura , qui commence au fort 
de l'Écluse , s'éloigne insensible- 
ment du lac, à mesure qu'il court 
du sud au nord. Ses plus hauts 
sommets sont : le Thoiry, dans le 
pays de Gex; la Dole, au dessus de 
Bonmont (3,948 p.); le mont Ten- 
dre un peu plus bas, entre la vallée 
du lac de Joux et le pays de 
Vaud ; la Dentde-Vaulion , au des- 
sus du village de ce nom (3,342 p.). 
Le Jorat est cette chaîne de col- 
lines , plus basse que les Alpes et le 
Jura, qui s'étend des premières au 
second , depuis la Veveyse aux 



sources de la Venoge , en formant 
une pente plus adoucie , dont les 
eaux vont grossir celles du Léman. 
Un de ses plateaux les plus élevés , 
auprès du Chalet-à-Gobet , entre 
Lausanne et Mont-Preveyre , est à 
1,620 p.; la pointe que couronne 
l'antique tour de Gourze , et d'où 
l'on a une des plus belles vues du 
pays de Vaud, est à 1,630 p., et le 
mont Pèlerin , au dessus de Char- 
donne, à 2,710 p. 

L'eau de Léman offre générale- 
ment à l'œil une teinte bleuâtre ou 
verclàtre , selon le reflet d'un ciel 
plus ou moins serein. Elle est 
claire , limpide , transparente , et 
laisse voir le fond jusqu'à la pro- 
fondeur de dix ou douze pieds. L'a- 
gitation fréquente de ses ondes re- 
pousse vers ses rives ou précipite 
dans sa vase tout ce qui pourrait la 
troubler. Elle a un goût agréable ; 
aussi , à Genève , on ne boit pres- 
que partout que de l'eau du Rhône 
à sa sortie du lac. Dans certains 
endroits peu profonds , et quelque- 
fois assez près des terres , on dis- 
tingue des sources intérieures. Un 
grand nombre de rivières et de ruis- 
seaux grossissent le Léman de leurs 
ondes; ce sont, du côté de la Suisse : 
le Rhône, la Morge, le Vengeron, 
la Versoye , l'Asse , le Cordon , la 
Promenthouse , l'Aubonne , la 
Dalive, la Venoge, la Chamberonne, 
la Vachère , la Lautrive , la Salence, 
la Veveyse , la baie de Clarens et la 
Tinière. Ses affluents , du côté de 
la Savoie , se réduisent à la Dranse , 
le Trelon, le Redon, le Leucon, 
le Thonon , le Foron , le Vion , 
l'Hermance et la Vierse. 

Rive gauche du làc. — De Ge- 
nève au Boveret. 

Dislances. 

Cologny , s/» l- 

Corsier , 5 /g 

Vczenaz , 1 / 2 
Hermance (2 1. de Genève), V* 
Douvaines , 1 

Massongier , Va 

Sciez, 7 /a 



BORDS DU LAC DE GENÈVE. 



&9 



8 /«l. 






Jussy en Chablais , 
Marclaz, 

Thonon (6 1. Vs de Genève) , 
Pont de Ja Dranse , 
Amphion , 

Evian (8 1. de Genève), 
Maxilly, 

La Tour-Ronde, 
Meillerie , 1 

Bret, 

St-Gingolph , 
Boveret(l2 1. V* de Ge- 
nève ) , 



Deux routes, à peu près égale- 
ment belles et également commo- 
des , conduisent le long des deux 
rives du lac de Genève et du Rhône 
supérieur, depuis Genève jusqu'à 
la petite ville de St-Maurice , dans 
le Valais, où elles se réunissent. 
Celle qui se présente à droite, lors- 
qu'on prend Genève pour point de 
départ, suit avec quelque déviation 
la rive orientale et méridionale du 
lac au travers du Chablais, entre 
le canton du Valais , à peu de dis- 
tance des bouches du Rhône , et 
côtoie de là , en remontant , la rive 
valaisane de Ge fleuve. La route 
qui se présente à gauche, plus 
longue de trois à quatre lieues, 
parce qu'elle parcourt , le long du 
lac , l'arc d'un segment de cercle 
dont la précédente serait à peu près 
la corde, entre à deux lieues de 
Genève dans le canton de Vaud, 
qu'elle ne quitte que pour aller re- 
joindre la première au pont de St- 
Maurice, où elles se confondent 
pour former de ce côté des Alpes 
Favenue du Simplon. La première 
portion de notre route , qui com- 
prend un espace de six grandes 
lieues à peu près en ligne droite de 
Genève à Thonon, traverse un pays 
d'un aspect agréable , mais médio- 
crement varié. De la colline de Co- 
logny, dont le point culminant est 
à une certaine distance au-delà du 
village de ce nom , la vue s'étend 
sans obstacle , d'un côté , sur le 
mont Blanc et la première ligne des 
Alpes ; de l'autre , sur le mont 
Jura et cette lisière de jolies habi- 



tations qui borde sans interruption, 
sur un espace de deux lieues , la 
rive droite du lac. Mais à peine est- 
on arrivé au sommet de cette col- 
line, qu'on voit la route se perdre 
au travers d'une plaine aride et 
monotone qui sépare l'ancien terri- 
toire de Genève de la grande vallée 
du Chablais. A une lieue, on arrive 
au village de Dou vaines , premier 
poste des douanes sardes. 

Douvaines, séparé du lac par 
une plaine de trois quarts de lieue 
couverte d'arbres , adossé de l'autre 
côté au coteau de Boisy , ne jouit 
d'aucune vue. La route continue 
pendant quelque temps encore à 
longer le coteau de Boisy, sans offrir 
ni mouvement bien sensible de ter- 
rain, ni aucune variété intéressante 
dans le paysage , jusqu'au village 
de Massongier, où on arrive par 
une courte montée. Parvenu au 
haut de cette éminence , le voya- 
geur repose agréablement sa vue 
sur la belle et large vallée qui se 
déploie aux regards. 

Massongier, situé à une demi- 
lieue de celui de Douvaines , est 
coupé pai la grand'route en deux 
parties très-inégales. 

Sciez est sur la droite, à quel- 
ques pas de distance de la route. 
On longe ce village par un chemin 
de descente assez raide , mais large 
et bien soigné , bordé à gauche d'un 
ravin profond où coule un torrent 
qui met en jeu quelques usines. A 
quelques minutes au-delà de Sciez, 
on trouve le hameau de Bonatrix , 
qui appartient à la même com- 
mune. La campagne n'offre plus 
jusqu'à Thonon, pendant l'espace 
de trois quarts de lieue, qu'une 
plaine continue d'un aspect riant , 
animée par une population nom- 
breuse et le tableau d'une culture 
variée. On arrive à Thonon par une 
longue avenue rectiligne, ombragée 
de beaux arbres. 

Thonon , ville ancienne et irré- 
gulièrement bâtie sur le bord orien- 
tal du golfe de ce nom, se divise 
en haute et basse ville. Celle-ci est 
baignée par le lac et forme le port. 



BORDS DU LAC DE GENÈVE. 



La haute ville, beaucoup plus con- 
sidérable , a quelques édifices qui 
méritent d'être remarqués , parmi 
lesquels nous nous bornerons à ci- 
ter la principale église , le collège 
et le nouvel hôtel-de-ville. Outre la 
grand'route, deux autres chemins 
moins directs conduisent de Ge- 
nève à Thonon. L'un côtoie le lac 
de fort près ; il s'écarte de la grand'- 
route à gauche, au village de Cor- 
sier, pour venir la joindre à une 
lieue et demie en-deçà de Thonon. 
Hôtel de l'Europe , tenu par Jac- 
ques Genoud. 

Distances. 

Corsier , 1 s/ 4 1. 
Ànière , 3 / 8 
Chevrans , */♦ 
Hermance , % 
Château de Beauregard , d /l 
Messery, % 
Yvoir , Va 
Excénevex , Vl 
Filly, % 
Coudre , Vs 
Thonon (7 1. % de Ge- 
nève), i v 2 

Hermance , village cédé en 
1816 au canton de Genève. Il est 
dominé par une vieille tour dont le 
sommet a été voûté et d'où l'on jouit 
d'une vue admirable. Cette tour , 
dont la construction remonte à l'épo- 
que romaine, faisait partie des mu- 
railles qui entouraient cette petite 
ville. Ou trouve dans le voisinage 
une source d'eau ferrugineuse. 
Population : 500 habitants. 

L'autre chemin , plus intéressant 
par la variété de ses points de vue, 
et entièrement distinct de la route 
directe , laisse celle-ci à gauche à la 
sortie de Genève, traverse les vil- 
lages genevois de Chêne et de Jussy, 
s'engage dans les forêts du pied dès 
Voirons , suit la vallée qui sépare 
cette montagne du coteau de Boisy, 
et, longeant de là le pied de la mon- 
tagne des Alinges, jusqu'au village 
de ce nom, se contourne insensi- 
blement vers le lac j usqu'à Thonon, 
où il vient aboutir. 



Distances. 

Chêne-Thonex , % \ t 
Puplinge , % 
Jussy, 3/ 4 
Monia , 3/ 4 
Machilly, i/ 2 
Langin , 3/- 
Bons , 1/4 
Vignier, 1/4 
Ayully, V* 
Aligny, 1/4 
Château de la Rochette , V 4 
Gérigny , Va 
Alinge , 1 7 4 
Collonge , V â 
Thonon (7 1. % de Ge- 
nève), 1/4 

Le premier de ces chemins n'est 
guère praticable qu'à pied ou à che- 
val. Le second est parfaitement bon 
dans toute son étendue. Au sortir 
de Thonon, on entrevoit sur la 
gauche, et à une certaine distance 
de la route , la ci-devant chartreuse 
de Ripaille. A une grande demi- 
lieue au-delà de Thonon , on tra- 
verse le torrent de la Dranse sur un 
pont long de 4 à 500 pas, soutenu 
par 24 arches. En quittant les bords 
arides de la Dranse , au pied des 
ruines du château de Publier , des- 
tiné jadis à la garde de ce passage, 
on s'élève doucement sur le pen- 
chant d'une colline ombragée d'ar- 
bres arrondis en berceau au dessus 
du chemin. Ici commencent ces 
superbes châtaigniers du Chablais, 
les plus beaux peut-être qui exis- 
tent de ce côté des Alpes. A une 
faible demi-lieue au-delà du pont 
de la Dranse , la route passe à Am- 
phion , joli village connu par ses 
eaux ferrugineuses et toniques , 
dont la source sort de terre au bord 
du lac , sous un hangar qui sert 
d'abri contre la pluie et le soleil. 
Une terrasse sablée et plantée d'ar- 
bres , un bâtiment assez élégant et 
entouré d'un portique , ajoutent à 
l'agrément du lieu et facilitent l'u- 
sage des eaux. D'Amphion , en sui- 
vant la pente légèrement inclinée 



BORDS DU LAC DE GENÈVE. 



Ci 



de la rive du lac , on arrive en trois 
quarts d'heure de marche à la pe- 
tite ville d'Evian, la seconde du 
Chablais , peuplée de 1 5 à 1 ,600 ha- 
bitants , fréquentée dans la belle 
saison par des étrangers qu'attire 
Ja beauté de sa situation. 

Evian est peut-être le point le 
mieux placé de toute la rive gau- 
che pour contempler la rive oppo- 
sée. La côte de Suisse s'y développe 
aux regards sur une étendue de 
douze lieues. D'Evian on suit sans 
interruption de très-près la rive du 
lac, pour ne la plus quitter que 
vers l'embouchure du Rhône. Une 
route bordée d'arbres se prolonge 
presqu'à fleur d'eau , pendant l'es- 
pace d'une grande lieue , au pied 
d'un plateau de plus en plus rétréci 
et incliné qui lie les bords du lac aux 
hautes montagnes du Chablais. A 
1 1. d'Evian est la Tour-Ronde ; on 
ne tarde pas à arriver aux premiers 
rochers de Meilîerie 

Meillerie , jadis composée 
d'une vingtaine de misérables ca- 
banes entassées au pied d'une 
pente rapide, à une lieue de la 
Tour-Ronde ,. est devenue , depuis 
qu'une grand'route la traverse, un 
endroit assez agréable.. Au-delà de 
Meillerie , le paysage devient cha- 
que moment plus imposant et plus 
agreste; toutes les proportions 
grandissent. On ne tarde pas à ar- 
river au pied des fameux rochers 
que la poudre à canon a mutilés, 
sans leur ôter leur àpreté primi- 
tive. Quand la vue, attristée par 
l'aspect sauvage de ces rochers , se 
reporte sur le bassin du lac et sur 
ses rives, on découvre à peu de 
distance devant soi le joli promon- 
toire où est situé Saint-Gingolph , 
avec ses vergers qui s'abaissent en 
pente douce jusque vers la grève, 
et les embarcations dont le vent 
agite les banderoles dans ce petit 
port. Avant d'y arriver , on passe 
par un hameau appelé Bret, sur 
l'emplacement que paraît avoir 
occupé l'antique Taurtunum, 
bourg florissant au temps des Ro- 
mains , anéanti l'an 663 de notre 



ère , par la chute d'un partie de la 
montagne voisine. 

Saint-Gingolph , situé à 3 1. et 
demie d'Evian , et à 11 et demie de 
Genève par la route du Chablais, 
est partagé par un profond ravin en 
deux portions , dont la plus grande 
appartient à la Savoie , et la plus 
petite au canton du Valais. On y 
trouve des fours à chaux , une mine 
de houille et de belles forêts dans 
les environs. Popul. 600 habit. On 
compte 3 /^ 1. de Saint-Gingolph au 
Boveret , hameau peu considéra- 
ble , situé à quelques minutes de 
distance en ligne droite de l'entrée 
du Rhône dans le lac. Le Boveret 
est bâti en partie au bord du lac , 
auprès d'une espèce de rade for- 
mée par un dernier contour de la 
rive. On y voit des ruines assez cu- 
rieuses d'un vieux château , un 
magasin pour l'entrepôt des mar- 
chandises , et un débarcadère. 

Bassin du Rhône. — Du Boveret 
a Villeneuve, par Saint-Maurice. 

Distances. 

Du Boveret à Port- Valais , 1 / 9 L 

Les Ivettes , */* 

La Porte de Sex , 3 / 8 

Vauvrier, %j k 

Vionnaz , 5 /s 

Muraz, 3 / 4 

Petit-Colombay, V* 

Monthey, y 2 

Massongy, % 
St- Maurice (5 1. du Bo- 
veret , 17 lieues 7 2 de 

Genève), y. 

Bex, % 

Aigle, 1 V 2 

Yvorne , 3 / 8 

Roche, s / 8 

Rennaz , 3 / 8 
Villeneuve (4 1. de St-Mau- 

rice, 9 1. du- Boveret), 8 / 8 

Du Boveret au Port-Valais , on 
perd tout-à-fait de vue le lac. lia- 
route est de temps à autre encais- 
sée entre des rochers verticaux 
taillés régulièrement, et formant 



C2 



BORDS DU LAC DE GENÈVE. 



comme des murailles de chaque 
côté du chemin. La végétation 
change de nature et de nuances. 
On arrive , au bout d'environ 3 /* 
d'heure de marche, au défilé delà 
Porte de Sex, renfermé entre le 
Rhône et une saillie de rochers qui 
s'avance comme une citadelle au 
bord de la route. Ce passage est 
gardé par un vieux château fort. 
Les personnes qui n'ont pas le 
temps de faire le tour par St-Mau- 
rice, peuvent abréger leur course 
de près de C lieues , en traversant le 
.Rhône à la Porte de Sex pour aller 
regagner les rives du lac à Ville- 
neuve. 

Distances. 



Du Boveret à la Porte 

de Sex, 
Chessel, 
Roche , 
Villeneuve (31. Va du 

Boveret), 

On peut abréger , mais en cou- 
rant risque, de s'engager dans les 
fondrières. 



1 



1 



Ce déûlé passé , la vallée s'élar- 
git. Une vallée latérale s'ouvre sur 
la droite ; elle aboutit, par une 
pente assez rapide , derrière la cime 
de la Cornette, la plus orientale 
du groupe des Dents d'Oche. Au bas 
de cette vallée est le village de 
Vauvrier ou de Vouvray , situé sur 
la route , à un quart de lieue de 
la Porte de Sex. Ce village , re- 
bâti presque en entier depuis un 
incendie qui le consuma en 1805 , 
est aujourd'ui dans un état floris- 
sant. L'église, reconstruite en 
1822, est une des plus belles du 
Valais. On y remarque un autel en 
marbre et un bel orgue. Vauvrier 
possède des papeteries et des sour- 
ces ferrugineuses. On voit près de 
Vauvrier l'erpbouchure d'un canal 
indiqué sur les cartes sous le nom 
de Stolkalper , du nom d'un riche 
propriétaire du Valais , qui le fit 
creuser il y a un siècle. 

Vionnaz , village situé à une 
grande demi-lieue au-delà de Vau- 



vrier, et à plus d'une lieue du 
Rhône , a un relais de poste inter- 
médiaire entre ceux de Saint-Gin- 
golph et de St-Maurice. 

Muraz , qu'on traverse 8 / 4 de 
lieue plus loin , n'offre rien de re- 
marquable. A une demi-lieue au- 
delà de Muraz , la route passe par- 
le village du Petit-Colombey ou 
Haut-Colombey , où l'on remarque 
une fort belle église et un couvent 
de bernardines rétabli depuis quel- 
ques années. La tête du canal de 
Stolkalper est près de ce village. 
De Colombey on compte un peu 
plus d'une demi-lieue jusqu'à 

Monthey , le premier endroit un 
peu considérable du Valais, que 
son haut clocher en obélisque an- 
nonce de loin , au milieu des bois 
de châtaigniers qui ombragent le 
paysage. Ce bourg , assez bien bâ- 
ti, et qui présente l'aspect d'une 
petite ville , est agréablement situé 
au débouché du val d'Illiers ou de 
Lie. Le château qui le domine était 
avec ses dépendances un apanage 
de Marguerite de Savoie , femme 
du comte Hermann de Kybourg. 
Un beau pont, construit en 1809, 
conduit à Outre-Vièze. Monthey est 
à 16 lieues de Genève par la grand'- 
route du Chablais, et à 17 par le 
chemin du Col-d' Abondance. Pop. 
1,900 hab. Hôtel du Cerf. 



Distances. 




Pont de Dranse , 


W 


Marin , 


V* 


Larringe , 


3 /4 


Vinzier , 


% 


Chevenox , 


8 /s 


Chez-Galland , 


V* 


Taverolle , 


% 


Vacheresse , 


l h 


La Baume , 


% 


Fertles , 


3 A 


Notre- Dame-d' Abondance , 


5 / 8 


Péseguet , 


î' 8 


Chapelle-d'Abondance , 


1? 


La Pantia , 


\fk 


La Voraz , 


% 


Châtel, 


K« 


Onney , 


% 



BORDS DU LAC DE GENÈVE. 



63 



Col-d'Abondanca , frontière 
de Savoie ( 9 lieues Vs de 
Thonon), % 1. 

Morgin , 7 4 

Monthey (10 1. 7 / 8 de Tho- 
non, 17 de Genève), 1 tys 

De Monthey , la route se dirige 
vers les bords du Rhône. En sor- 
tant du bourg par le pont de la 
Viége , la vue se porte sur un mas- 
sif de hautes montagnes qui se pré- 
sentent en face sur la rive droite , 
et qui croissent en élévation et en 
âpreté à mesure qu'elles s'appro- 
chent de l'extrémité de la vallée 
que leurs bases vont bientôt fer- 
mer. Après avoir parcouru pendant 
l'espace de trois quarts de lieue 
une jolie plaine ouverte , entre la 
Viége et les dernières collines du 
val de Lie , et laissé à notre droite 
le hameau de Choëx, élevé sur la 
pente d'un coteau, au milieu d'un 
bois épais de châtaigniers, nous 
arrivons à Massongy, village situé 
auprès du Rhône , à une demi-lieue 
en-deçà de St-Maurice. On y voit 
une inscription romaine. Il y a là 
un bateau stationné pour le pas- 
sage de la rivière. Quand les eaux 
sont basses, on aperçoit les restes 
d'un pont qui a été remplacé par 
un bac. De Massongy à St-Mau- 
rice , la grande vallée se rétrécit à 
chaque moment davantage : on 
suit de près le lit du Rhône encais- 
sé de plus en plus entre les corni- 
ches de rochers , qui forment les 
derniers gradins des Dents de Mor- 
de et du Midi , et qui ne laissent 
bientôt sur la rive gauche qu'un 
passage étroit battu par l'onde écu- 
mante du fleuve. 

Saint-Maurice est une ville de 
près de 1,500 habitants, chef-lieu 
d'un dizain qui porte le même nom 
(Valais). La rue principale, paral- 
lèle au Rhône, est régulièrement 
alignée, et a quelques maisons as- 
sez bien bâties. On y remarque 
l'abbaye et son église, reconstruite 
après un grand incendie arrivé en 
1693 ; l'église paroissiale, surmon- 
tée, ainsi que la précédente, d'un 



clocher en pyramide couvert de 
pierres plates; l'hôtel-de-ville; un 
vieux château où est établie une 
belle fabrique d'acier; le couvent 
des capucins; une grande collec- 
tion de reliques. Deux vases d'aga- 
te, présent de Charlemagne , se 
trouvent dans l'abbaye. Enfin, le 
pont du Rhône , en pierre et d'une 
seule arche, bâti en 1482. Hôtels : 
de l'Union , de l'Écu , du Valais. 
A peine sortis de St-Maurice par la 
route de Martigny, nous trouvons 
à notre droite l'ermitage de Notre- 
Dame-du-Sex , bâti sur une étroite 
corniche , à une hauteur considéra- 
ble, au milieu des assises de rochers 
qui forment la base de la Dent du 
Midi. Cette singulière retraite mérite 
d'être visitée pour sa situation extra- 
ordinaire et pour les aspects qu'on 
a de cette esplanade, élevée de 600 p. 
au dessus du Rhône. En redescen- 
dant de l'ermitage , nous allons re- 
joindre la grand'route un peu plus 
loin , en nous dirigeant vers la cha- 
pelle de Véroliez, élevée en mé- 
moire du massacre de la légion 
thébaine. La chapelle et ses mau- 
vaises peintures à fresque nou3 
arrêteront peu de moments ; nous 
sommes pressés d'aller voir, à 1 1. 
3/4 de là , une des cascades les plus 
admirées de la Suisse. 

Le Pisse-Vache. Un ruisseau 
qui , dans certains temps , devient 
une petite rivière , s'échappe d'un 
profond ravin creusé entre deux 
rochers couronnés d'arbres , et 
taillés absolument à pic du côté de 
la vallée du Rhône. Il tombe pres- 
que perpendiculairement de la 
hauteur de 280 p. sur un tertre 
adossé à la montagne , où il a ex- 
cavé un bassin profond. Quand ses 
eaux sont peu abondantes, elles se 
développent en nappes brillantes 
sur la surface unie des rochers ; 
mais , lorsqu'elles sont grossies à la 
suite des fortes pluies , elles se pré- 
cipitent avec un mugissement ef- 
frayant, et sont revomies du fond 
du*gouftïe en tourbillons de pous- 
sière. Le moment le plus favorable 
pour voir la chute est dans les pre- 



64 



BORDS DU LAC DE GENÈVE. 



mières heures de la matinée. A 
moitié chemin de St-Maurice , au 
lieu d'où nous venons, on passe au 
village ù'Evionnaz , remarquable, 
non par sa position assez mélanco- 
lique au milieu d'une plaine à peu 
près inculte et dévastée par les tor- 
rents, mais pour être bâti, à ce qu'il 
paraît , sur l'emplacement de 1 an- 
cienne ville d'Epauna ou d'Epau- 
num. Nous sortons enfin de St- 
Maurice, nous quittons la rive 
gauche du Rhône , et nous entrons 
dans le canton de Vaud , à quelques 
pas au-delà du pont; car le pont 
apppartient tout entier au Valais. 

Une large avenue ombragée d'ar- 
bres, et bordée presque partout de 
petits murs de clôture qui ne déro- 
bent rien de la vue de la campagne, 
nous conduit à 

Bex, grand et beau village du 
canton de Vaud , sur la grand'- 
route de Pontarlier au Simplon , à 
1,328 p. au dessus de la mer, à 10 
1. de Lausanne, 6 de Vevey et 10 
de Sion. On y remarque une belle 
église bâtie en 1813 , une bibliothè- 
que populaire contenant 400 vol. 
Pop. 2,800 habitants , 9 hameaux, 
3 auberges, parmi lesquelles l'U- 
nion , à laquelle on a joint une 
pension et des bains. Tous les jours, 
diligence pour Vevey, Lausanne et 
le Valais, et service régulier d'une 
bonne voiture (Dame-du-Lac), qui 
correspond avec le départ et l'arri- 
vée du bateau à vapeur à Ville- 
neuve , pour la commodité des 
voyageurs qui partent et qui arri- 
vent par ce bateau. Hôtels : de 
l'Ours , l'Union. 

Objets remarquables des envi- 
rons. A une lieue , travaux souter- 
rains ou mine d'eau et de roche 
salée; galerie du Bouillet, G, 700 p. 
de longueur; puits de 800 p. de 
profondeur ; escalier taillé dans le 
roc, de 725 marches; nombre d'ex- 
cavations de plus de 200,000 p. de 
vide . provenant de l'exploitation 
de la roche salée ; grands réservoirs 
et salles de dessalement; plus de 
25,000 p. de galeries , puits et es- 
caliers poussés dans le rocher en 



différentes directions; roue de 3G 
pieds de diamètre, à 400 p. sous 
terre. 

A une demi-lieue , saline du Bex- 
Vieux , et celle des Devons, chacune 
avec un bâtiment de gradation et 
une maison de cuite. On fabrique 
annuellement 25 à 80 quintaux 
de sel. Au dessus de Bex et à l'est , 
on voit les ruines d'un vieux châ- 
teau démantelé par les Bernois en 
1465 ; il porte le nom de Tour de 
Duin. Ces ruines , placées dans un 
lieu retiré et couvertes de lierre , 
sont pittoresques et majestueuses. 

sîux Devens, le jardin de plan- 
tes rares de la Suisse et du Pié- 
mont , de M. Emile Thomas , qui 
vend à de justes prix des miné- 
raux et des plantes de la Suisse , 
du Piémont et de la Sardaigne. 

A une lieue et quart de Bex et 
une demi-lieue du village de La- 
vange , construction hardie de 
l'encaissement d'une source ther- 
male, découverte depuis quelques 
années dans le lit même du Rhône , 
à 36 p. de profondeur, et, lorsque 
le Rhône est à ses hautes eaux , à 
42 pieds au dessous de la surface 
de la rivière. Température de 46 
degrés centigrades : volume d'un 
demi-pied par minute. Principes, 
sulfate de soude , chlorure de so- 
dium (très-peu de sulfate et car- 
bonate de chaux), gaz hydro-sul- 
furique , acide carbonique et beau- 
coup d'azote ; c'est à ce dernier 
gaz qu'on attribue en grande partie 
l'effet merveilleux de ces eaux dans 
nombre de maladies ; établissement 
provisoire de bains ; logements et 
pensions ù Bex , à Savay et à St- 
Maurice ; facilité de conduire en 
char les baigneurs , à des heures 
fixes , aux eaux. 

Promenades en char , aux sa- 
lines, à St-Maurice, et aux carrières 
de marbre de St-Triphon ; courses 
à cheval dans la vallée pittoresque 
de Prégnière et des Plans , aux 
montagnes de Javernaz, Bavonaz 
et Enzeindaz , toutes fort riches en 
plantes rares des Alpes , et offrant 
de beaux points de vue ; chars , 



BORDS DU LAC DE GENÈVE. 



te 



chevaux et guides à l'auberge de 
l'Union. 



Distances. 




Du Bouillet à Villy, 
Aigle (1 1.8/4), 
Du Bouillet à Bex, 
Aigle (2 LV4), 


8 /*l. 

1 

1 \U 
1 x h 



A une lieue de Bex, nous laissons 
à notre droite le village d'Ollon, 
situé sur un plateau élevé, en 
face d'une vaste prairie nue et ma- 
récageuse qui s'étend sans inter- 
ruption du bord de la route jus- 
qu'au Rhône. On voit dans l'église 
un milliaire trouvé du côté de St- 
Triphond et portant le nom de 
l'empereur Licinius. La biblio- 
thèque contient 500 vol. A quel- 
que distance la vallée s'élargit de 
nouveau, et l'on ne tarde pas à 
arriver à 

Aigle, grand et beau bourg 
situé à une demi-lieue du Rhône , 
environné de hautes montagnes , 
et sur la rive droite de la Grande- 
Eau , lieu renommé par la 
beauté de ses environs et ses ma- 
gnifiques points de vue. C'est le 
centre des excursions les plus agréa- 
bles , soit pour les salines du De- 
vens, soit pour les montagnes de 
Chamossaire , la Tour d'Aï, la 
Dent du Midi , la Dent de Mor- 
des , le Grand Moëveran, les 
Cornettes et la cascade de Pisse- 
vache. Aigle, avec son climat doux 
et tempéré, est une contrée déli- 
cieuse, surtout pour les personnes 
qui ont la poitrine faible; ses rai- 
sins, les meilleurs de la Suisse, 
sont très-recherchés par les per- 
sonnes qui désirent en faire une 
cure en automne. Sa fondation re- 
monte au-delà de l'époque ro- 
maine; population 1871 habitants. 
— XYIJôtel de la Croix- Blanche, 
qui est le meilleur et le plus beau 
de la contrée , on trouve des bains 
de propreté , des jardins , une ter- 
rasse d'où l'on jouit de la plus 
belle vue sur les montagnes; de 
vastes remises et de bonnes écu- 



ries , ainsi que des voitures pour 
conduire les voyageurs dans les 
Ormonds , à Martigny , aux 
bains de Louësch, etc., etc. Les 
voyageurs qui arrivent le soir par 
la 'route du Simplon , du St-Ber- 
nard, de Louësch, de Ghamounix 
ou des Ormonds , trouveront tous 
les matins , devant l'hôtel , des 
Omnibus y des voitures particu- 
lières qui les conduiront en une 
heure de temps au bateau à va- 
peur du lac Léman. — Il y a à 
Aigle un bon médecin , M. le doc- 
teur Bezancenet. 

Une route remarquable par la 
hardiesse de sa construction sur 
les flancs d'énormes rochers , con- 
duit du bourg d'Aigle dans la 
pittoresque vallée des Ormonds. 
Aux pieds du voyageur coule 
avec fracas la Grande-Eau ! D'af- 
freux précipices bordent continuel- 
lement la route; et le Contour 
Bleu , ouvrage immense , com- 
posé de trois longues et hautes 
murailles sur lesquelles passe la 
route , à travers le flanc d'un pré- 
cipice, augmente l'aspect gran- 
diose de la vallée. — Dans le loin- 
tain, du côté d'Aigle, brillent les 
neiges de la Dent du Midi, qui 
contrastent avec les sombres forêts 
des Ormonds. — La Dent de Cha- 
mossaire élève sa cime grise et 
dentelée au dessus de charmantes 
prairies, et bientôt, d'une gorge 
de la vallée, apparaît le village du 
Sepey avec ses chalets épars sur 
le penchant de deux collines. Au 
dessus de ce village, on voit une 
colline boisée et les ruines du fa- 
meux château d' Aigremont. Les 
habitants de ces contrées ont con- 
servé la franchise et la simplicité 
des anciens Suisses. Sur la façade 
de la plupart de leurs chalets , sont 
gravés quelques passages de la 
Bible. 

Du Sepey, on suit la vallée 
d y Ormond-Dessus jusqu'au village 
de V Eglise , où l'on prend dés 
mulets jusqu' à Gsteig. A deux 
lieues de l'église, près du village 
appelé le Pïan-des-Iles, on dû- 



66 



BORDS DU LAC DE GENÈVE. 



couvre les superbes glaciers des 
Diablerets dans toute leur beauté. 
Ils sont soutenus par une longue 
paroi de roches perpendiculaires 
d'où s'élancent plusieurs belles 
cascades. Arrivé à Gsteig , on prend 
des chars jusqu'à Thun ou Inter- 
laken. — Le voyage d'Aigle à cha- 
cune de ces deux villes s'effectue 
en l jour V*« 

On a découvert au printemps 
de 1835, dans un petit vallon nom- 
mé Verchi, du côté d'Ollon , une 
centaine de tombes en dalles de 
pierres remplies d'ossements ayant 
tous appartenu à des adultes. 

Non loin du Sepey, avant d'y 
arriver, est le pont de la Tinne, 
remarquable par son antiquité et 
sa construction sur un gouffre pro- 
fond que forme la Grande-Eau. 
Les ruines du château d' Aigre- 
mont sont dignes aussi d'être vi- 
sitées. Après avoir quitté Aigle, 
nous arrivons, au bout de vingt 
minutes de marche, au pied du 
coteau où est le village d'Yvorne. 
Il est formé des éboulis d'une 
montagne voisine , dont la cime 
s'écroula en 1684 , à la suite d'un 
tremblement de terre et ensevelit 
en un instant sous ses décombres 
Yvorne et tout ce qui se trouva 
sur le passage de ce fleuve de 
rochers. Laissant ce village sur la 
hauteur, et continuant à suivre 
de près les montagnes de la rive 
droite, nous passons, une demi- 
lieue plus loin , à côté d'une belle 
carrière de marbre, où les voya- 
geurs ont ordinairement la curio- 
sité de s'arrêter. A un demi-quart 
de lieue au-delà, la route traverse 
le village de Roche , moins remar- 
quable encore par sa position pitto- 
resque au pied de la pente escar- 
pée d'une montagne , par ses allées 
de marronniers et par ses jardins , 
arrangés dans le goût qui régnait 
en France au xvn e siècle , que 
pour avoir été pendant six ans la 
résidence du savant et respectable 
Haller , alors directeur des salines 
de Bex. Roche est à peu près en 
face de la porte de Sex. Ce petit 



village renferme des scieries de 
marbre qui méritent d'être visi- 
tées. Population : 27 5 habitants. En 
poursuivant notre route , nous 
voyons insensiblement l'horizon 
s'agrandir ; les deux chaînes de 
montagnes qui renfermaient la 
vallée du Rhône s'écartent à droite 
et à gauche , et laissent entre elles 
un bassin toujours plus ouvert , à 
l'extrémité duquel nous ne tardons 
pas à découvrir le lac et ses rives. 
L'effet de cette belle vue est un peu 
diminué par l'aspect monotone de 
la plaine qu'il nous reste à traver- 
ser pour sortir de la vallée. C'est 
dans cette plaine marécageuse que 
Divicon , chef d'une armée helvé- 
tienne, défit, l'an de Rome 645, 
une armée romaine commandée 
par le consul Lucius Cassius , qui 
perdit la vie dans cette journée. Le 
joli village de Rennaz , situé sur la 
route à moitié chemin de Roche à 
Villeneuve , dans un emplacement 
assez aéré, marque en quelque 
sorte la limite de la vallée du Rhône 
et du Léman. Villeneuve portait 
anciennement le nom latin de Peni- 
lucus. On y a trouvé des monnaies 
et des restes d'inscriptions romai- 
nes , des fragments de mosaïques , 
et d'autres monuments qui attes- 
tent son antiquité. Au pied du 
mont Arvel sont des eaux sulfu- 
reuses , dans un lieu nommé 
Barnia. 

Hôtels à Villeneuve. La Croix 
Blanche. — Le Lion-d'Or. 

ROUTES PARTANT D'AIGLE , DANS 
DIFFÉRENTES DIRECTIONS. 

Route d'Aigle au Valais» 



D'Aigle à Bex, 


2 1. 


— à St-Maurice, 


3 


— à Martigny , 


6 


— à Sion , 


12 


— à Sierre, 


H 


— à Tourtemagne , 


16 



— aux bains de Louësch, 17 
— • à Brigue , 22 

— à Chamouny , 14 

— àSt-Bernard, 14 



BORDS DU LAC DE GENÈVE. 



Route d'Aigle à Genève, par la 
Savoie, 

D'Aigle à Monthey par le lac , 2 1. 

— àSt-Gingolph, 2 

— à Evian , 4 

— à Thonon , 7 

— à Dovaine , 9 

— à Genève, 12 

Route d'Aigle à Thun , par les 
Ormonds. 

D'Aigle à Sepey, 2 1. 

— à Ormond-Dessus , 4 

— à Gsteig , 6 

— à Saanen , 8 

— à Zweisimen , 1 1 

— àlnterlaken, 18 

— à Thun , 20 

Route d'Aigle à Genève , par le 
canton de Vaud. 



D'Aigle à Villeneuve , 

— à Chillon , 

— à Vevey , 

— à Lausanne, 

— à Morges , 

— à Rolle , 

— à Nyon , 

— à Genève , 

Route d'Aigle aux bains de 
Lavey, 

— — au Château 

d'Oex , 

— — à Moudon , 

— — à Payerne , 

— — à Morat , 

— — à Berne , 

— — à Bulle , 

— — à Fribourg , 



21. 

2 Vi 

4 

8 

10 
13 
16 
20 



3 1. 

7 

10 
14 
17 
23 
10 
1G 



RiVE DROITE DU LAC. — De VIL- 
LENEUVE a Genève. 



Distances, 
Chillon , 


41. 


Montreux , 
Clarens , 

La Tour-de-Peilz , 
Vevey , 
St-Saphorin , 





Cully , l 

Lutry , 

Pully, 

Lausanne (6 1. 1 / 2 de 
Villeneuve) , 

Vidi, 1 

Prévérenges , 1 

Morges , 

St-Prex , 1 

Allaman , 

Perroi , 

Rolle (5 1. de Lausanne) , 

Bursinel, 

Dulit , 

Prangins, 1 1. 

Nyon, 

Celigny , 

Copet , 

Frontière du canton de Ge- 
nève ( 9 1. Vë de Lau- 
sanne) , 

Versoix-la-Ville , 

Pont-de-Versoix , 

Genthod , 

La Pierrière, 

Sécheron , 

Genève ( 1 1 1. de Lausanne , 
16 1. Va de Villeneuve , 
20 1. Va de St-Maurice) , 



67 
Va 



V* 






y* 
y« 

V* 

% 



% 



En sortant de Villeneuve , nous 
suivons de près le bord du lac, 
que nous ne devons presque plus 
quitter jusqu'à Genève. Aux 
paysages mélancoliques de la vallée 
du Rhône succède un vaste et 
brillant tableau. Le lac ne se pré- 
sente , il est vrai , qu'en profil ; 
mais sa largeur est considérable, 
et sa longueur , visible en ligne 
droite , est de plus de 12 1. A V* 
de 1. de Villeneuve , on passe au- 
près du château de Chillon , 
assis sur un rocher isolé , à gauche, 
du chemin , au pied d'un coteau 
qui commence à quelque distance 
de là , et continue à suivre les con- 
tours du lac entre les montagnes et 
la rive. C'est dans un caveau ob- 
scur de ce château que François 
Bonnivard, l'héroïque défenseur 
de la liberté de Genève , languit 
pendant six ans, enchaîné à un 
pilier. On montre encore aujour- 
d'hui l'anneau de fer auquel il 



68 



BORDS DU LAC DE GENÈVE. 



était attaché , et le pilier est em- 
preint du frottement de sa chaîne. 
Le château renferme d'autres ca- 
chots plus profonds encore et plus 
ténébreux , où les prisonniers 
étaient ensevelis vivants , et sans 
autre communication avec leurs 
gardiens que par une ouverture 
percée dans la voûte. Aucun esca- 
lier n'y descend ; mais on conduit 
les curieux au haut d'un couloir 
étroit , d'où l'œil plonge , non sans 

Quelque difficulté , jusqu'au fond 
e cet Érèbe. L'édifice forme dans 
son ensemble une masse de bâti- 
ments assez irrégulière , que do- 
mine un grand donjon carré , placé 
au centre et muni d'un beffroi. 
Charlemagne le fit fortifier en 
1248 , et quelques années plus tard 
remporta dans ses environs, sur 
les troupes de l'empereur, une vic- 
toire qui lui assura la conquête du 
pays de Vaud. 

En quittant Chillon, nous entrons 
dans la belle paroisse de Montre ux , 
composée de plusieurs villages 
épars sur le penchant d'un co- 
teau d'environ une lieue d'éten- 
due. Ce quartier jouit d'une des 
expositions les plus heureuses du 
canton de Vaud , et pour la beauté 
des aspects et pour la température. 
Montreux , ou , pour parler plus 
exactement , la baie de Montreux , 
qui traverse le chemin au dessous 
du village des Planches , està 7 /sd e 
1, de Villeneuve , et a une 1. Vs de 
Vevey. Hôtel et pension de la Cou- 
ronne, tenu par F. L. Vidinand. 
On a , de cet hôtel , une des plus 
belles vues de la Suisse. Du haut 
d'un belvédère nouvellement con- 
struit, l'on découvre à la fois les 
Alpes et le Jura , qui bordent les 
rives du lac Léman. Excellente 
maison. De Montreux la route con- 
duit à Vernex, si heureusement 
situé que le laurier et le grenadier 
y portent des fruits en pleine terre,- 
hôtel du Cygne ; et de Vernex a 
Clarens , dont le nom s'associe au 
souvenir de Rousseau et aux scènes 
passionnées de la Nouvelle Héloïse. 
Le plus beau point de vue des en- 



virons est sur la hauteur où est 
le château de Ghâtelard, édifice 
du xv e siècle , placé à l'entrée de 
la vallée qui aboutit au col de Ja- 
man. A quelques pas du village de 
Clarens , en continuant à cheminer 
le long du lac, nous avons à tra- 
verser la rivière ou baie de Clarens. 
Le château de Blonay, qui cou- 
ronne une colline éloignée d'une 
demi-lieue des bords du lac , attire 
de loin les regards par sa masse im- 
posante. De Clarens à Vevey il y a 
3 / 4 de lieue. La Tour-de-Peilz, 
qu'on traverse un demi - quart 
d'heure avant d'arriver a Vevey, est 
une petite ville située, comme cette 
dernière, au bord du lac, qui a 
des restes de fossés et de murs 
d'enceinte , un ci-devant château 
bâti par Pierre de Savoie en 1239, 
et tout ce qui constitue une cité du 
moyen-âge. Pop. : 944 hab. Une 
promenade plantée d'arbres occupe 
le reste du chemin de la Tour a 
Vevey. 

Vevey (voyez à la table). 

Saint-Saphorin, que nous tra- 
versons à 3 / 4 de 1. au-delà de Ve • 
vey, est un ancien bourg peu 
considérable , situé à une certaine 
hauteur au dessus du lac. On y ar- 
rive, tant du côté de Vevey que 
de celui de Lausanne, par une 
montée assez raide. On voit en- 
châssé dans le mur occidental de 
l'église un milliairede Claude trou- 
vé dans le voisinage. Population : 
380 habitants. Le vin rouge que 
l'on récolte dans les environs passe 
pour le meilleur du canton de Vaud. 
A peu de distance au-delà de St- 
Saphorin, la route passe sous les 
murs tapissés de lierre de l'antique 
château de Glérolles , bâti au bord 
du lac, sur une esplanade de ro- 
chers avancée en promontoire. Un 
peu plus loin est une cascade 
dont l'effet est très-agréable dans 
la saison des pluies. Elle est formée 
par le torrent du Forestay , qui sert 
d'écoulement à un petit lac, nom- 
mé le lac de Bret , situé dans un 
vallon élevé du Jorat , à une petite 
lieue au dessus de la cascade. Les 



BORDS DU LAC DE GENÈVE. 



60 



voyageurs qui ne craignent pas la 
fatigue feront bien de monter sur 
ce plateau , d'où l'œil embrasse 
sans obstacle un horizon fort éten- 
du. Il est couronné par les ruines 
de la tour de Gourze, débris d'une 
forteresse du x e siècle , qui forme 
une saillie visible de très-loin sur 
la crête nue du Jorat. Cette excur- 
sion peut se faire de différentes 
manières. La plus simple, lors- 
qu'on vient de Vevey , est de quit- 
ter la grand'route avant St-Sapho- 
rin , pour prendre un chemin qui 
se présente à droite, et conduit, 
par le village de Chexbres , au bord 
du lac de Bret, d'où il ne reste 
qu'un quart d'heure de marche 
pour arriver au pied de la tour de 
Gourze. 

Cully, bourg assez ancien, à 1 1. 
et 7/, de St-Saphorin , et à la moitié 
du chemin de Vevey à Lausanne, 
est bâti au bord du lac , au fond 
d'un petit golfe. C'est à peu près Je 
centre du vignoble de la Vaux. Les 
clos les plus renommés sont dans 
son voisinage. Cully a des restes 
de murailles. Une inscription ro- 
maine, qu'on lit sur le piédestal 
d'une statue de métal trouvée en 
cet endroit , constate l'antiquité de 
ce bourg , dont il paraît que les ha- 
bitants se livraient déjà dans des 
temps fort reculés à la culture de 
la vigne. De Cully il y a 5 /s (le *• 
par la grand'route jusqu'à Lutry, 
petite ville située au bord du lac, 
qui se compose d'une rue fort 
longue et étroite. Sa population est 
de 1,683 habitants. 

En sortant de Lutry par la 
route de Lausanne, on voit une 
belle pelouse entourée d'arbres , 
appelée le Grand-Pont. Cette jolie 
promenade, qui sert aussi de place 
d'armes et de tir , reçoit beau- 
coup de monde à la fête du Papegay , 
dans les premiers jours de mai. 
Le district de la Vaux cesse un peu 
au-delà de Lutry,. Pully , village 
qu'on traverse à une 1 I 2 !• delà, 
appartient déjà au district de Lau- 
sanne. Pully est tout proche du lac. 
On y remarque un ancien prieuré 



de bénédictins, transformé au- 
jourd'hui en auberge , et que la 
reine Berthe donna en 961 à l'ab- 
baye de Payerne. Population : 1 ,087 
habitants. Quand les eaux ne sont 
pas très-hautes , on peut continuer 
à suivre le rivage, et , se dirigeant 
vers le village d'Ouchy , aller re- 
joindre la grand'route de Genève , 
à 3 / 4 del. au-delà de Lausanne. Ce 
chemin n'est praticable qu'à pied 
ou à cheval. La première lieue qu'on 
fait en sortant de Lausanne n'est 
guère qu'une suite de descentes, 
à partir de la belle promenade du 
Montbenon , que la route de Ge- 
nève traverse dans sa^plus grande 
longueur, jusqu'à la plaine de 
Vidy , au bord du lac , où finit la 
colline, et où nous quittons le dis- 
trict de Lausanne pour entrer dans 
celui de Morges. Le nom de Vidy 
ne désigne aucun village, ni même 
aucun hameau ; c'est celui d'une 
vaste plaine inhabitée , baignée et 
quelquefois submergée par le lac , 
où Ton a cru reconnaître l'empla- 
cement de l'ancien Lausonium. A 
une J /2 1» de Vidy , laissant à droite 
du chemin le village de Saint-Sul- 
pice , bâti sur un des saillants 
de cette rive , on traverse la ri- 
vière de la Venoge, l'un des af- 
fluents les plus considérables que 
le Léman reçoive du côté du canton 
de Vaud. La route passe de là à 
Préverenges , village distant de 2 
1. de Lausanne, et d'où il ne reste 
plus qu'un grand quart de 1. à 
faire pour arriver à Morges. Une 
allée de peupliers sert d'avenue à 
cette jolie ville. 

Morges n'a guère plus de 2,800 
habitants. Morges a l'élégance et 
presque le mouvement d'une 
grande ville. Ses rues sont larges , 
régulières et bien pavées ; ses mai- 
sons , dont un grand nombre sont 
élégamment bâties, se ressemblent 
toutes par un air général de pro- 
preté. Son église , bâtiment mo- 
derne élevé au milieu d'une jolie 
place à Fcxtrémité orientale de la 
ville, en décore agréablement l'en- 
trée. Ses promenades sont belles. 



70 



BORDS DU LAC DE GENÈVE. 



Elle a une bibliothèque publique et 
une bibliothèque populaire de 
600 vol. Bon hôtel : la Couronne. 

Une immense ceinture de mon- 
tagnes enferme l'horizon et s'ar- 
rondit autour de la rive opposée. 
Le mont Blanc élève majestueuse- 
ment son triple sommet couvert de 
neige au dessus des Alpes du Cha- 
blais. Un long glacis de la plus 
belle verdure s'abaisse du pied des 
montagnes jusqu'aux bords du 
lac. Un antique monument cou- 
ronne le plateau au pied duquel est 
assise la ville de Morges. C'est le 
château de Wufflens, contempo- 
rain de toutes les époques de l'his- 
toire de l'Helvétie, et sur lequel 
l'aimable auteur des Châteaux 
Suisses a su répandre tant d'in- 
térêt. De Morges à Rolle, la route 
est excellente ; elle longe la rive du 
lac. A une petite lieue de Morges , 
nous laissons sur la gauche, et à 
quelque distance au dessous de 
nous , le village de St-Prex , placé 
à l'extrémité d'un promontoire 
qui termine à l'occident la baie de 
Morges. Ce village paraît occuper 
remplacement d'une ancienne 
ville nommée tantôt Lisus , tantôt 
Basugii, qui fut submergée et 
anéantie l'an 5G3 de notre ère , à la 
suite de la chute de la montagne 
de Tauretunum. Des médailles 
d'argent et de bronze et une in- 
scription votive gravée sur le pié- 
destal d'une petite statue de Bae- 
chus , trouvée en 1744, semblent 
attester que cet endroit était ha- 
bité au temps des Romains. Une 
source d'eau minérale se voit assez 
près du lac, à côté d'une source 
abondante d'eau douce qui sert 
de fontaine. Population : 410 hab. 
A trois quarts de lieue de Saint- 
Prex , on traverse la petite rivière 
de l'Aubonne, au fond d'un large 
ravin couronné au couchant par 
un bois de haute futaie , dont on 
suit la lisière jusqu'au village d' 

Allamân. On a trouvé dans ses 
environs, en construisant le che- 
min neuf, quelques antiquités gau- 
loises et romaines, telles que serpes 



à couper le gui sacré , haches , 
marteaux de sacrificateur , lances 
de bronze , etc. Sa proximité d'Au- 
bonne , l'ancienne Alpona , fait 
présumer qu'il servait de port à 
cette ville romaine. 

A une demi-lieue au-delà d'Alla- 
man , la route , se rapprochant de 
nouveau du lac , laisse sur la gau- 
che le beau village de Perroi , situé 
à mi-côte , centre de la région du 
vignoble. Une descente presque 
continue, mais peu rapide, nous 
conduit de là, en un quart d'heure 
de marche, à la ville de 

Rolle , distante de 2 lieues et 
5 / 8 de Morges , et de 6 lieues de 
Lausanne. Hôtels : la Couronne , 
la Tête -Noire. C'est une petite 
ville d'un aspect agréable, bâtie 
au bord du lac , vers le milieu 
d'une baie qui fait face au golfe 
de Thonon. Elle a été fondée vers 
le milieu du treizième siècle; sa 
population n'est que de 1,500 ha- 
bitants. Elle se compose d'une rue 
fort large et fort propre. On y voit 
une belle promenade publique sur 
l'emplacement occupé autrefois 
par le parc du château. Ce der- 
nier, bâti en 1261, est assez remar- 
quable. Les bains de cette ville 
jouissaient d'une grande réputa- 
tion dans le siècle passé. La mu- 
nicipalité a fait restaurer en 1818 
tous les établissements qui y ont 
rapport , afin de leur rendre* leur 
ancienne célébrité. L'eau minérale, 
essentiellement ferrugineuse , est 
apéritive , tonique et fortifiante. 
De Rolle à Nyon on compte 2 lieues 
et 74- Une route large, unie et 
presque en ligne droite, joint ces 
deux villes. Elle présente peu 
d'objets intéressants. Nous nous 
bornerons à remarquer à une demi- 
lieue de Nyon la forêt de Prangins , 
qui couvre la plus grande partie 
de la presqu'île de Promenthoux , 
entre le grand chemin et le lac. 
Elle a appartenu longtemps, ainsi 
que le château et la terre de Pran- 
gins, à Joseph Napoléon, qui en 
fit un parc magnifique. — Le vil- 
lage renferme une bergerie où l'on 



BORDS DU LAC DE GENÈVE. 



fabrique des fromages façon de 
Brie , qui sont très-recherchés. Au 
lieu dit la Fontaine, il y a une 
source d'eau sulfureuse, et aux 
environs, des ruines qui annoncent 
qu'il était autrefois plus considé- 
rable. On y a trouvé quelques anti- 
quités romaines. Population : 385 
habitants. 

Nyon , Hôtel de la Couronne , 
ville de 2,300 habitants , à 7 
lieues l l k de Lausanne , et 3 
lieues 3 / 4 de Genève , est bâtie en 
partie au bord du lac , en partie 
sur un plateau relevé en terrasse 
au dessus de la rive. Son origine 
remonte à l'époque de la conquête 
de l'Helvétie par les Romains. On 
y remarque un beau château go- 
thique , une église très-ancienne , 
de charmantes promenades , des 
restes d'un mur d'enceinte dont 
la construction remonte à l'époque 
romaine. Nyon possède un collège, 
des écoles primaires , des salles 
d'asile , un comité de bienfaisance 
qui a établi en 1827 une caisse 
d'épargnes ouverte seulement aux 
ouvriers ou artisans , et une bi- 
bliothèque religieuse. De Morges à 
Nyon , on a le choix entre la route 
ordinaire qui passe par Rolle, et 
un autre chemin moins fréquenté, 
quoique parfaitement bon , qui 
traverse la partie supérieure du vi- 
gnoble de la Côte , d'où l'œil se 
porte alternativement sur le lac et 
les premières vallées du Jura. Cette 
route , plus longue que la précé- 
dente de cinq à six quarts de lieue , 
parce qu'elle l'enveloppe d'un bout 
à l'autre , est connue dans le pays 
sous le nom de chemin de l'Etraz. 
Un de ses embranchements abou- 
tit à la sortie de Morges du côté de 
Genève , et conduit de là à la petite 
ville d'Aubonne , où l'on trouve la 
route principale , qui se dirige sur 
Nyon avec quelques sinuosités. 



Distances. 



Tolochenaz , 

Lavigny, 

Aubenne, 



y 2 i. 

1/4 



Féchy , 

Mont-Dessous , 
Bursin , 
Loins , 
Vie, 

Prangins , 
Nyon, 
Morges , 



V, 

ï> 

1* 
6 j/a 



71 
1. 



De Nyon à Copet on compte à 
peu près une lieue et demie. La 
route laisse successivement adroite 
les villages de Crans , qui possède 
un beau château moderne, et de 
Céligny , placés à peu de distance 
l'un de l'autre, sur les hauteurs 
qui bordent le chemin. 

Copet , hôtels : Treize-Cantons , 
FAnge, la Croix-Blanche; la plus 
petite des villes yaudoises de la 
vallée du Léman, est située au 
bord du lac , et peuplée de 5 à 600 
habitants. Elle se compose d'une 
seule rue courte et étroite, formée 
de maisons de peu d'apparence. 
On y remarque un magnifique 
château , habité successivement 
depuis une quarantaine d'années, 
par M. Necker , Mme de Staël et 
son fils le baron de Stael-Holstein. 
Dans les jardins à l'ouest du châ- 
teau est un bâtiment qui sert de 
sépulture aux membres de cette 
famille célèbre. La frontière du 
canton de Vaud est à une petite 
demi-lieue de Copet. Quelques mi- 
nutes avant d'y arriver , on ren- 
contre la dernière pierre milliaire 
vaudoise, marquant neuf lieues de 
Lausanne et deux de Genève. Peu 
d'instants après avoir passé la fron- 
tière, on voit les premières mai- 
sons de Versoix, commune ci-de- 
vant française , réunie au canton 
de Genève depuis 1816. La partie 
appelée Versoix-la-Ville , qui se 
présente la première quand on 
vient de Copet, a un port, une 
grande place publique , et des rues 
tirées au cordeau , auxquelles il 
ne manque que des maisons. Cette 
plaisanterie de Voltaire est encore 
aussi fondée aujourd'hui que de 
son temps. 

Vef.soix-le-Village est situé à 



72 



BORDS DU LAC DE GENEVE» 



dix minutes de Versoix-la-Ville. En 
quittant Versoix , on passe la petite 
rivière du même nom, qui se jette 
dans le lac à deux cents pas du 
chemin , et l'on entre presque 
immédiatement après dans la com- 
mune de Genthod , qui formait 
anciennement une enclave gene- 
voise , cernée par le territoire de 
France. Le village est sur une 
hauteur à quelque distance de la 
route. De Genthod à Genève, la 
route, sans traverser aucun village, 
présente un coup d'œil aussi riant 
qu'animé. 

La Pierrière et Sécheron ne 
sont que des réunions de maisons 
qui ne méritent pas même le nom 
de hameaux. Le bâtiment le plus 
apparent de Sécheron est l'hôtel 
d'Angleterre, une des meilleures 
auberges de la Suisse. De Sé- 
cheron à Genève, les glaciers de la 
Savoie se montrent encore pendant 
quelques instants avec beaucoup 
d'éclat. 

Différentes manières de faire 
la course. On peut faire le tour du 
lac , soit à pied , soit à cheval , soit 
en voiture , soit en partie à pied , 
en partie en voiture , en profitant 
à volonté des voitures publiques 
qui desservent les deux routes , soit 
enfin par la voie des bateaux à va- 
peur. 

Les calèches et les chars à la po- 
lonaise , appelés chars en face, bien 
suspendus et garnis d'un couvert 
avec des rideaux, sont préférables 
à toute autre espèce de voitures. 
Les chars de côté ont l'inconvénient 
de faire tourner le dos au lac , sui- 
vant la manière dont on y est assis, 
et la direction selon laquelle on 
chemine. Le prix d'un bon cheval 
de louage attelé varie de 6 à 9 francs 
de France par jour, le salaire du 
cocher non compris. Si l'on se sert 
de la poste , dont le service est au- 
jourd'hui établi sur les deux gran- 
des routes de Genève à St-Maurice, 
le prix est partout de 1 fr. 50 cent. 
( argent de France ) par poste pour 
chaque cheval , et 75 cent, pour le 
postillon. 



TABtEAU DES POSTES. 



Rive gauche. 






De Genève à Dou vaines , 


2 


v 2 p. 


Thonon , 


2 




Evian , 


1 


Va 


St-Gingolph , 


2 


vî 


Vionnaz , 


2 




Saint-Maurice , 


2 






12 


"vT 


Rive droite» 






De Genève à Gopet , 


1 


3 AP. 


Nyon, 


1 


Vi 


Rolle , 


1 


l A 


Morges , 


1 


"il 


Lausanne , 


1 


Vi 


Vevey , 


2 


V 


Aigle , 


2 


3 /4 


Bex, 


1 




St-Maurice , 




3 A 



15 

Hôtels. Genève ( au Sécheron , 
les Bergues). Douvaines (leLion- 
d'Or, la Ville-de-Genève). Thonon 
( la Balance , hôtel de l'Europe ). 
Èvian (la Poste, l'hôtel du Nord). 
Saint-Gingolph-Valaisan (la Poste). 
Monthey ( le Grand-Cerf ). Saint- 
Maurice ( l'Union ). Bex ( l'U- 
nion ). Aigle ( la Croix-Blanche). 
Villeneuve (le Lion-d'Or ). Vevey 
( les Trois-Couronnes , l'hôtel de 
Londres , la Croix-Blanche). Lu- 
try ( le Lion-d'Or ). Lausanne ( le 
Lion-d'Or, le Faucon, d'Angleterre). 
Morges ( la Couronne ). Aubonne 
(Couronne). Allaman (la Charrue). 
Rolle (la Tête-Noire, la Couronne). 
Nyon (la Fleur-de-Lis), la Couron- 
ne ). Copet ( l'Ange , la Croix-Blan- 
che, les Quatre-Cantons ). Versoix 
(le Lion-d'Or). Sécheron (l'hôtel 
d'Angleterre). 

Dépenses. A Genève, à Rolle, à 
Lausanne, à Vevey, à Bex et à 
Saint-Maurice , le prix ordinaire 
d'un dîner à table d'hôte dans les 
meilleures auberges est de 3 fr. de 
France par tête ; celui d'un souper 
à table d'hôte , avec la couchée, est 



GENÈVE. 



de 4 fr. à 4 fr. 50 c. ; celui d'un 
déjeuner composé de café ou de thé, 
de pain et de neutre, est de 1 fr. 25 
à 1 fr. 50 c. par personne. Dans 
les auberges d'un ordre inférieur et 
sur le reste de la route, les prix sont 



en général plus bas; mais ils varient 
trop pour qu'il soit possible de rien 
indiquer à cet égard , et de fixer 
même approximativement cette 
partie de la dépense du voyage. 
(M. Manget.) 



TARIF DES MONNAIES AYANT COURS A GENEVE. 



NOM 

DES ESPÈCES. 



Louis d'or vaut... 
Pièce de 20 francs 
L'écu de s francs. 

La piastre 

L'ëcu de Brabant. 



i 

Arg. français 


Florins. 




Argent cour 


— 


— 












fr. 


c. 


flor. 


sous. 


den. 


liv. 


sous . 


23 


3$ 


SI 


H 


» 


14 


10 


20 


» 


43 


4 


» 


12 


7 


S 


» 


10 


10 


» 


3 


1 


S 


30 


1 1 


G 


» 


3 


5 


a 


70 


il 


4 


6 


3 


10 



den. 



Monnaies étrangères, 



Le franc de France vaut 

Le demi-franc 

Le quart de franc 

La demi-piastre 

Le demi-écu de Brabant 



fl. 


S. 


2 


2 


» 


6 


g 


9 


6 


» 



Monnaies genevoises. 



La genevoise ( 12 fl. 9 s. )....,... 
La demi-genévoise ( 6 fl. 4 s. 6 d. ) 
La pièce de 21 sous vaut 

— is 

— «o % 

— 6 

— 3 

~ | V2 



fr. 



La livre courante de Genève est de 3 florins 6 sous. 
La livre de Suisse vaut 3 florins 2 sous de Genève. 
La livre de Suisse vaut 10 batz. — Le batz vaut 4 creutzers. 

2 rappes et demi. 
La livre de Piémont vaut 2 florins 6 sous de Genève. 



Le crcutzcr v;aut 



74 



GENÈVE. 



ITINERAIRES. 



Avec indication des relais de 
poste des cinq grandes routes 
qui partent de Genève ( centre 
de l Europe ) , pour 

Paris, par les Rousses. 

Postes. Lieues. 

Ferney,b. ) r 1 % 

Gex, pet. ville , ( « ) 2 V» 

La Faucille ( z ) 

(3,970p. m.) ' V> 2 V 2 

La Vattay, aub. 2 1 Va 

Les Housses, v< 1 g /i 3 Va 

Morez,b. 1 V 2 3 

Saint-Laurent , v. 1 Va 3 

Raison-Neuve, aub. 1 Va 3 

Champagnolles, b. 1 Va 3 

Montrond , v. 1 Va 3 

Poligny, pet. ville, 1 Va 3 
Mont- sous -Vau- 

drey, v. 2 V* 4 Vi 

Dôle , ville , 2 % 5 

Auxonne, pet. ville, 2 4 

Genlis , b. 1 3 / 4 3 Va 

Dijon, \ille, 2 4 

Pont-de-Pany , v. 2 1 / 2 & 

La Chaleur, v. 1 Va 3 

Vitteaux,b. 1 3 / 4 3 V 2 
La Maison-Neuve , 

auberge, 2 4 

Rouvray, b. 2 4 

Avallon, pet. ville, 2 V* 4 Va 

Lucy-le-Bois, t 2 

Vermanton,b. 2 V& 4 Va 

Saint-Brie , b. 2 4 

Auxerre , ville , 1 2 

Bassou, v. 2 4 

Joigny, pet. ville, 1 Va 3 

Yillevallier, v. 1 2 

Villeneuve-le-Roi,b. 1 2 

Sens, ville, 1 % 3 V 2 
Pont-sur- Yonne, 

petite-ville, 1 l / 2 3 
Villeneuve - la - 

Guyard,b. 1 Va 3 

Fossard , v. 1 2 

Panfou , v. 1 V4 3 Va 

Le Châtelet, v. 1 2 

Mekin, pet. ville, 1 V* 2 Va 

Lieursaint , v. 1 3 A 3 % 



Villeneuve-Saint ■ 

Georges , b. 
Charenton , b. 
Paris , 



Postes . 



lieues. 



1 % 


3 


V, 


1 74 

1 


2 
2 


Vi 



G4 Va 129 



Lyon , par Pont-d'Ain. 



Saint-Genix, aub. 
Gollonges,, v. 
Fort-de-rËcluse 
Bellegarde , v. 
Chàtillon -de-Mi 

chaille,b. 
Saint-Germain-de- 

Joux, b. 
Nantua, pet. ville, 
Maillac , v. 
Cerdon , b. 
Poncin, b. ( 

Pont-d'Ain, b. | 
Bublanne , v. 
Loyes , b. ) 

Meximieux , > 

petite ville , * 
Montluel, pet. ville. 
Miribcl , b. 
Lyon, ville, 



Va 



3 A 

i 



3 Va 
3 



1 Va 
1 Va 

1 Va 



y* 

Va 

Va 



20 V 2 41 



Turin , par le mont Cenis. 

Carouge, pet. ville, 
Saint-Julien , b. 
Le Luiset , ville , 

Frangy,b. 2 4 

Mionnaz,v. 1 Va 3 

Rumilly, pet. ville , 1 Va 3 

Albins , v. \ V 4 2 

Aix, petite ville, 1 V 2 3 
Cbambéry, ville 

(820 p. mer). 2 4 

Montmélian, p. v. 2 4 

Maltaverne , v. 1 Va 3 

Aiguebelle , p. v. 1 Va 3 

Grande-Maison, 2 d /l 5 
Saint-Jean-de-Mau- 

rienne , p. v. 2 4 

Saint-Michel,b. 2 4 

Saint-André , b. 2 V* 5 

Modanc , p. v. 1 2 



Villarodin , v. 
Verney, 
Lans-le-Bourg , b. 
La Ramasse , 
Col du mont 

Cenis , 
Hospice , 
La Grande-Croix 

auberge , 
Le Mollaret , v. 
Suze, p. v. 
Saint-Jouard , 
Saint-Antonm , 
Saint-Ambroise , 
Rivoli , p. v. 
Turin , ville, 



Postes. 
2 
2 



GENÈVE. 

Lieues . 



} ■ (s 



2 

i Vi 

i V* 
1 

1 3 /4 

1 % 



3 

2 Vi 
2 

3 Vt 
3 V* 



46 V* 92 V 8 



Milan , par la Suisse. 



Douvaines, 
Thonon , 
Bains d'Amph ion, 
Evian, pet. ville, 
Meillerie , v. 
St-Gingolph , v. 
Boveret , aub. 
Yionnaz, v, 
La Mura , v. 
Monthex , b. 
Saint-Maurice , p 

ville , 
Chapelle des Mar- ^ 

tyrs, 
Cascade Pisseva - f 

che , l 

Verney , aub. j 

Martigny, p. ville/ 
Charaz, v. 
Sasson, v. 
Riddes, v. 
Saint-Pierre, v, 
Ardon, v. 
Vettroz, v. 
Sion, petite ville 

(1,750 p. mer) 
St-Léonard, v. j 
Sierres, v. i 

Souste, v. 
Tourtemagne, v. 
Viége,b. 
Brigue , b. 
Bérisal , v. 



2 7* 
2 

1 % 

2 Vi 

2 7 4 

2 V» 



2 V* 

2 V* 
3 
2 V, 



>lon, v. \ 

lo,v. \ 



■■! 



k 
4Vi 



2 V* 4 V, 



2 V* 4 V, 



2 74 *Vi 



4V 2 

6 
5 



Col du Simplon ) 
(6,040p. mer), > 
Simplon, v. \ ) 
Gondo 
Isella 

Crevoïa, v. 
Domo-d'Ossola 

pet. ville, 
Villa, b. \ 

Pallanzeno , v. > 
Vogogna , ) 

Ornavasso , b. j 
Baveno , 1 

Belgirate , b, \ 
Arone, pet. ville, S 
Dorme letto aub. ) 
Sesto-Calende, b. i 
Sonia , v. 
Cascina del buon 

Gesu , aub. 
Legnano, v. 
Rho,b. 
Milan, ville, 



Postes. 
3 

2 74 



n 

Lieues. 
6 

4 74 



2 74 4 7 2 



i 74 

2 

1 

1 

1 



1 74 

40 



2 V. 

4 

2 

2 
2 



2 

2 % 



98 



Bale , par Lausanne et Soleurc. 
2 % 



Sécheron , aub 
Versoix, b. , 
Copet,b. 
Nyon , pet. ville, 
Rolle , pet. ville , 
Allaman, v. I 
M orges, pet. ville, S 
Prévérenges, v. j 
Lausanne , ville > 

(1,600 p. mer),) 
Chalet-à-Gobet , 

aub. 
Montpreveyres , v. 
Bressonnaz , v. 
Moudon, pet. ville, 
Lucens , b. ) 
Marnand , v. j 
Payerne, pet. vil., 



1 74 

1 



i 7 4 



rayerne, pei. vu., \ 
Dompierre, v. \ 3 /4 
Avenches,pet.vil., ) 



Faoug, v. 

Morat, pet. vil. ) 

Biberé, v. \ 

Gummené, v. F 

Ka pelle , v. > 

Berne , ville I 

(1,680p. m.) / 



2 74 



2 

2 7 2 

2 

< 74 

II./, 

2 
5", 



76 

Sanil , aul). 
Fraou-Broune ; 

Y. 

Better-Kinnde, 

ville. 
Soleure, 
Néu-Haous, aub. J 
Wiet-is-Bach, p. ) 

ville, ) 

aub. \ 

Stall. b. > 



Postes . 



1 V* 



GENEVE 

Lieues 

1 



■} 



2 

i V* 



4, 



Postes 
Langue-Brouck,v. ï 
Walde-Bourg, pet. ? 

ville, J 

Boube-Dorf, bains, j 
Liestall, pet. ville, j 
Roth-Haous,aub. ) 
Bâle, ville (810 \ 

p. mer), * 



i V* 

i V. 
i V» 



Lieues. 



22 V» 45 



CANTON DE VAUD. 



77 



CHAPITRE IL 



§ 1. De Genève a Lausanne*, 




H L'/i* 


Nyon , 


h. m. 


Prangins , 


Sécheron , 20 


Lignières , 


Genthod , 1 


Rolle , 


Versoix , 30 


Allamand , 


Copet, 30 


Morges , 


Founex, 40 


Lausanne, 



h. 




I 


25 




\h 




50 




65 


1 


20 


1 


45 


2 


15 



CANTON DE VAUD. 



Situation , Population. Le 
canton de Vaud est borné au nord 
par les cantons de Neuchâtel et de 
Fribourg ; à l'ouest par la France ; 
au sud par le canton de Genève , la 
Savoie et le canton du Valais , dont 
il est séparé par le Léman et le 
Rhône ; à l'est par les cantons de 
Berne et de Fribourg. Sa surface est 
d'environ 120 1. carrées, et sa popu- 
lation de 183,582 habitants, dont 
14,931 Suisses d'autres cantons, et 
3,965 étrangers. 

Il a été reçu comme canton dans 
la Confédération en 1798. Aupara- 
vant il faisait partie du canton de 
Berne. 

Histoire. Dès l'an 1273 , ce can- 
ton, connu alors sous le nom de pays 
de Vaud, avait passé sous la domi- 
nation des ducs de Savoie , qui lui 
accordèrent différents privilèges et 
le possédèrent jusqu'en 153G, épo- 
que où les Bernois en firent la con- 
quête, et y introduisirent peu après 
la réforme religieuse. L'évêque de 
Lausanne se retira à Fribourg. Les 



* Diligences pour Lausanne , rue du 
Rhône , au bas de l'hôtel du Grand-Aigle, 
no 9i. prix : s a r> fr. On reste 6 heures 
en route environ. 



biens du diocèse, ceux des couvents 
du pays, les richesses de l'église 1 , 
cathédrale et du chapitre de Notre- 
Dame de Lausanne , allèrent grossir 
le trésor de Berne. En 1798 , il de- 
vint indépendant sous le nom de 
canton du Léman. En 1803 , il prit 
celui de Canton de Vaud. 

Langue, Religion. La langue 
française est partout en usage ; ce- 
pendant le peuple se sert d'un idio- 
me fort ancien , dérivé du celtique 
et du latin, appelé patois roman. 
La religion réformée est celle de, 
toute la population, à l'exception 
de quelques villages du district d'E- 
chalcns où la religion catholique est 
professée. 

Climat. Le climat est fort varié. 
Les localités riveraines du Léman , 
dans sa partie orientale , sont les 
plus chaudes et les plus abritées. 
La douceur du climat de Mon 
treuxy en hiver, rappelle celui de 
la Provence, tandis qu'à quelques 
lieues de distance , à Savigny ou à 
Ormonts , Pâpreté du froid fait son- 
ger à celui qu'on éprouve en R ussie. 
Malgré les variations de la tempé- 
rature, le pays est généralement 
sain ; l'air est pur , élastique , toni- 
que, sauf dans quelques localités 
marécageuses. Les orages sont assez 



78 



CANTON DE VÀUD. 



fréquents , et quelquefois dévasta- 
teurs. 

Lacs. Outre le Léman , le lac de 
Neuchàtel et celui de Morat qui 
le limitent , on trouve dans l'inté- 
rieur du canton : le lac de Joux , 
dans la vallée de ce nom; il a 2 1. 
de long et communique avec le lac 
Brenei; tout auprès du premier, le 
petit lac de Ter ; le lac de Bret , 
dans le district de Lavaux , et une 
douzaine de petits lacs de monta- 
gnes qui sont alimentés par les eaux 
des neiges , parmi lesquels on dis- 
tingue le lac temporaire de Moe- 
hausaz , les lacs Jaman, Rond et 
fflervaux. Le plus pittoresque est 
celui de Lioson, d'où sort i'Hon- 
grin. 

Les deux lacs de Joux et de Bre- 
net s'écoulent par des trous ou 
entonnoirs qui existent dans les 
rochers à l'extrémité nord de ces 
lacs ; l'Orbe s'y engouffre et ressort 
à 680 p. au dessous , de l'autre côté 
de la montagne , avec un volume 
d'eau assez considérable. 

Rivières. Le canton de Vaud ne 
compte point de grandes rivières , 
à l'exception du Rhône qui le borde 
en partie au sud. Les cours d'eau 
les plus remarquables sont : 

VAvançon , dont la source est 
au glacier d'Anzeindaz, et qui verse 
ses eaux dans le Rhône au dessous 
de Bex. 

La Grionne , qui descend delà 
montagne de la Croix et se jette 
dans le Rhône près de Bex. 

La Grande-Eau , dont la source 
est au glacier des Diablerets , et qui 
se perd dans le Rhône , au dessous 
d'Aigle. 

h Eau- Froide , qui a sa source 
au pied des rochers d'Aï , et vient 
se jeter dans le lac de Genève à Vil- 
leneuve. 

La Veveyse , torrent parfois im- 
pétueux , qui sort des Alpes du 
canton de Fribourg, et se jette dans 
le lac de Genève près de Vevey. 

La Venoge , qui surgit de terre 
près de l'Isle, met en mouvement 
une belle papeterie à la Sarraz , et 
vient se perdre dans le lac de Ge- 



nève entre Lausanne et Morges. 
L' Aubonne , qui se jette dans le 
lac de Genève près d'Allaman. 

Tous ces divers affluents ont leur 
cours du nord au sud. Les suivants, 
au contraire , coulent du sud au 
nord. 

La Sarine, qui sort de l'Ober- 
land bernois , et traverse le district 
du Pays-d'Enhaut. 

La Tourner esse et l' Hongrin , 
qui vont grossir la Sarine. 

La Broyé, qui a sa source au 
canton de Fribourg. Elle arrose les 
districts d'Oron , de Moudon , de 
Payerne et d'Avenches, et va se 
perdre dans le lac de Morat. 

La Mantua , qui sort du Jorat , 
traverse les districts de Moudon et 
d'Yverdon> et se jette dans le lac 
de Neuchàtel près d'Yvonand. 

Le Talent , qui sort du Jorat et 
se jette dans le IV or on , dont la 
source est au pied de la dent de 
Yaulion , et qui se perd dans l'Orbe 
au dessous d'Orbe. 

UArnon, qui descend du Chas- 
seron pour entrer dans le lac de 
Neuchàtel près deGrandson. Quel- 
ques autres rivières qu'il est inutile 
de nommer , ne sont pour la plu- 
part que des torrents ou des ruis- 
seaux. Les cascades de l'Orbe , du 
Noyon , du Forestay et d'Oi mont- 
Dessus , méritent d'être visitées. 

Montagnes. Le Jorat est une 
chaîne de monts qui traverse une 
partie du canton de l'ouest à l'est, 
et s'étend depuis le Jura jusque 
dans le canton de Fribourg. Son 
plus haut sommet est le mont Pè- 
lerin , au dessus de Chardonne , à 
2,706 p. du niveau du Léman. Les 
montagnes renferment un grand 
nombre de grottes naturelles , par- 
mi lesquelles nous citerons celles 
du Riibli , des Ormonts , de Naye , 
de Bonaudon , de Corjeon, de Mon- 
treux dans les Alpes; et dans le 
Jura , les Beaulmes de l'Abîme , de 
la Génollière, de St-Georges, des 
Loges et du Creux , les Chaudières- 
d'Enfer , la Grotte aux Fées , etc. 
Toutes les rivières et autres cou- 
rants qui se trouvent sur le ver- 



CANTON DE VAU1). 



79 



sant nord de cette chaîne , sont 
portés par la Sarine , la Broyé , la 
Mantua , l'Orbe , l'Aar et le Rhin 
dans l'Océan, tandis que ceux du 
versant sud vont aboutir au Léman 
et au Rhône qui les entraîne dans 
la Méditerranée. 

Exploitation. On exploite du 
charbon de terre dans les districts 
de Lausanne et d'Oron ; du fer sur 
les flancs du Jura, du plomb à la 
Dent-de-Morcles et au Mont-d'Or, 
et du sel dans le district d'Aigle , 
où se trouvent les seules salines 
qui existent en Suisse, et dont nous 
parlerons à la description de ce dis- 
trict. On trouve du grès et des 
pierres meulières dans le Jorat. Des 
marbres de différentes couleurs se 
voient dans le Jura et surtout dans 
les Alpes. Çà et là se rencontrent 
des cristaux , des grenats , des ché- 
lidoines , etc. La houille et le lignite 
y sont assez communs. 

Archéologie. Le canton de 
Vaud est le plus riche de tous en 
antiquités. Sur environ 180 in- 
scriptions romaines connues en 
Suisse jusqu'à ce jour, il en compte 
pour sa part plus de 60 , parmi les- 
quelles 12 colonnes milliaires plus 
ou moins bien conservées , et nom- 
bre d'ex-voto , d'épitaphes , de mo- 
numents aux bienfaiteurs de la 
patrie , etc. 

Productions du sol. Les vallées 
et les collines sont fertiles en grains 
et en fourrages. La plus grande 
partie du vignoble s'étend sur le 
versant méridional du Jura , du 
Jorat et des Alpes. Les montagnes 
sont couvertes de prairies et de 
pâturages. Le vin doit être placé 
au premier rang de ces produc- 
tions : sur environ 13,000 poses de 
vignes que renferme le canton , on 
en récolte , en moyenne, 18 à 
20,000 chars de Berne annuelle- 
ment. Viennent ensuite le tabac, 
les fruits, la betterave, les pommes 
de terre, le lin , le chanvre et le 
colza. 

RÈGNE ANIMAL. L'OUI'S , le loup 

et le lynx se trouvent dans le Jura 
et les Alpes. Le sanglier habite les 



forêts inférieures du Jura , le cha- 
mois les A lpes, le chevreuil le Jura, 
l'hermine 1 e voisinage des glaciers , 
et la taupe blanche les environs de 
Lausanne. Parmi les oiseaux de 
passage, nous citerons plusieurs 
flamands , le phalérop , l'oiseau des 
tempêtes, Foie à duvet , le pélican, 
le héron pourpré , le court-vite- 
isabelle. Il y a aussi 33 espèces de 
poissons , quelques amphibies , la 
vipère , l'aspic , et de nombreux in- 
sectes. Parmi les animaux domes- 
tiques , on compte 70,000 bêtes à 
cornes , 22,500 chevaux , 65,000 
moutons , 18,000 boucs et chèvres, 
et 21,000 porcs. 

Industrie. L'industrie des ha- 
bitants consiste dans la culture de 
la vigne , la fabrication du froma- 
ge, l'éducation des bestiaux et des 
chevaux, l'exploitation des forets. 
Les arts et les manufactures : dans 
l'horlogerie , la mise en œuvre des 
matières d'or et d'argent , l'impri- 
merie , le tissage de quelques étof- 
fes , et des établissements de fon- 
deries et de forges , de papeteries , 
de tanneries et de chamoiseries. La 
navigation et la pêche offrent aussi 
des ressources. 

Commerce. Le commerce s'ali- 
mente principalement de l'expor- 
tation des vins et de quelques au- 
tres produits de l'agriculture et de 
l'industrie, ainsi que du transit des 
marchandises entre l'Allemagne, 
la Suisse, la France, la Savoie, le 
Piémont et l'Italie. 

Division. Le canton de Vaud est 
divisé en 19 districts, qui sont ceux 
& Aigle, du Pays-d' Enhaut , de 
Vevey , d'Oron, de Lavaux, de 
Lausanne y de Morges , ftAu- 
bonne , de Rolle , de Nyon, de la 
Vallée du lac de Joux,de Cosso- 
nay , d'Echalcns, de Moudon, 
d' Orbe , d' Vverdon, de Grandson , 
de Payerne, et celui ftAvenches, 
entièrement enclavé dans le canton 
de Fribourg. Ces districts sont sub- 
divisés en 60 cercles. (Abrégé de 
la Géographie de la Suisse , in-12. 
Vevey , chez Loertscher. ) 



m 



LAUSANNE. 



LAUSANNE. 



Hôtels, Hôtel Gibbon , tenu par 
Bachoffner. Cet hôtel est sans con- 
tredit le premier de la ville , tant 
par sa bonne ten ue que par la beauté 
de sa construction ; il vient d'être 
construit sur remplacement qu'ha- 
bita longtemps le célèbre Gibbon. 
De la terrasse et des appartements 
on jouit d'une superbe vue. 

Hôtel du Faucon , tenu par B. 
Hund, situé en vue de la promenade 
du Casino, vue étendue sur la cam- 
pagne, le lac et les montagnes de la 
Savoie, reconstruit à neuf en 1S&5. 
Bonne maison ! 

Hôtel d'Angleterre, rue St-Pierre, 
24 , avec écurie et remise ; table 
d'hôte à 1 heure et 4 heures, sou- 
per à 8 h.; grands et petits appar- 
tements, belvédère d'où l'on jouit 
de beaux points de vue. 

Hôtel du Lion-d'Or, très-bonne 
maison , avec beaux appartements, 
vaste écurie, terrasse, jardin ayant 
issue sur la promenade du Ca- 
sino, bains dans l'hôtel, les seuls 
qui existent dans la ville, table 
d'hôte ; soins et attention pour tous 
les voyageurs. 

Hôtel de France , place St-Lau- 
rent , sur la route de France , Neu- 
châtel , Berne et Genève ; écurie , 
remise , cour couverte. 

Hôtel de la Couronne, rue du 
Bourg , près de la poste , avec écu- 
rie, remise; fréquenté du voyageur 
de commerce ; dîners à midi V 2 et 
à 4 h., soupers ta 8 h. 

Position. Lausanne , chef-lieu 
du cercle et du district de ce nom 
et capitale du canton de Vaud , est 
située sur le revers méridional du 
Jorat, à 450 p. au dessus du Léman, 
sous le 40° 31' 5" de latitute bo- 
réale, et le 24° 27' 4" de longitude. 
Cette ville est à 1,772 pieds au des- 
sus de la mer. 

L'emplacement de Lausanne la 
rend fort irrégulière : presque tou- 
tes ses rues, généralement étroites, 
sont montueuses et pénibles. Cette 
irrégularité fait que , de quelque 



point qu'on la contemple , elle se 
présente sous un aspect différent. 
Les traces du moyen- âge et des 
siècles suivants ont presque com- 
plètement disparu. 

La position élevée de cette ville, 
à vingt minutes du Léman , lui 
donne , depuis ce lac et ses envi- 
rons, l'aspect le plus pittoresque; 
l'élévation imposante de sa cathé- 
drale , la riche végétation et la va- 
riété de ses campagnes , dominées 
au nord par le bois de Sauvabelin 
et le sommet du Jorat , frappent 
surtout dans ce magnifique ta- 
bleau. 

Le premier établissement connu 
qui ait existé dans le lieu qu'oc- 
cupe maintenant Lausanne, fut un 
ermitage fondé par saint Protais 
au commencement du vi e siècle, à 
peu de distance d'une ancienne 
ville appelée Lausonium , qui était 
située dans les plaines de Vidy. 

Division. On compte dans la 
ville de Lausanne au moins soi- 
xante rues , ruelles et places publi- 
ques ,, qui comprennent environ un 
millier de maisons particulières. 
Elle est divisée en six quartiers 
qu'on va parcourir successivement, 
en indiquant les objets dignes d'at- 
tention qu'on y remarque. Ces 
quartiers sont ceux de la Cité , de 
Bourg, de St-François , du Pont, 
de la Palud et de Si-Laurent. 

Château. En choisissant, pour 
faire ses premières observations, 
l'endroit le plus élevé de la ville, 
qui est le château, on voit cet an- 
tique et vaste bâtiment , fondé vers 
le milieu du xm e siècle par l'évê- 
que Jean de Cossonay, et achevé 
par un de ses successeurs, Guil- 
laume deChalîand, au commence- 
ment du xv e siècle. Il présente une 
très-grande masse carrée , con- 
struite en pierres de taille, flan- 
quée à ses quatre angles de tou- 
relles en briques, ainsi que la ga- 
lerie percée de mâchicoulis qui 
règne tout à l'entour du bâtiment. 
Une partie de la cour du château 
forme une petite terrasse ombragée 
d'acacias , d'où l'on a un très-beau 



LAUSANNE. 



Si 



point de vue qui embrasse une 
grande partie de la ville , du Jura 
et du Léman. 

En face de l'entrée principale du 
château est l'un des plus anciens 
bâtiments de la ville. C'était autre- 
fois une église consacrée à saint 
Maire , et qui , après avoir servi 
longtemps de grenier depuis la ré- 
formation , est actuellement la ca- 
serne de l'école cantonale. 

Depuis la petite place qui est 
devant la caserne , deux rues à peu 
près parallèles , la Cité-Devant et la 
Cité-Derrière, conduisent au col- 
lège et à la cathédrale. 

Collège. Le premier de ces édi- 
fices, qui est assez vaste, a été 
construit en 1587 ; il est précédé 
d'une grande cour plantée d'arbres. 
Le rez-de-chaussée est occupé par 
les classes du collège académique, 
et les deux étages supérieurs par 
le conseil académique , par l'acadé- 
mie , ses auditoires , la bibliothè- 
que cantonale , celle des étudiants 
et le musée cantonal. 

Bibliothèque. L'académie dispose 
de deux cabinets de physique et de 
chimie qui servent à la démonstra- 
tion de ces sciences , et , de plus , 
de la bibliothèque cantonale qu'elle 
fonda en 1549. Cette bibliothèque 
très-considérable renferme beau- 
coup de livres précieux et de ma- 
nuscrits rares; elle s'est accrue, 
surtout en 1758 , par l'héritage 
qu'elle fit des livres d'un savant 
espagnol nommé Hyacinthe Ber- 
nai de Quiros , qui était professeur 
d'histoire ecclésiastique à l'acadé- 
mie de Lausanne. On évalue le 
nombre de ses volumes à 33,000. 

11 faut encore mentionner la bi- 
bliothèque des étudiants , celle du 
cercle littéraire , et la bibliothèque 
religieuse et populaire qui date de 
1831 , et la collection de minéralo- 
gie du docteur Struve, mort en 
1836. 

Musée. Le musée cantonal , au- 
quel sont destinées trois grandes 
salles du bâtiment du collège , ren- 
ferme beaucoup de richesses natu- 
relles et autres. Les tableaux, parmi 



lesquels se trou vent ceux de Ducros, 
passent en grande partie dans le 
musée des beaux-arts. Les cabinets 
de physique et de chimie font l'ad- 
miration des amateurs. 

A peu de distance du collège est 
un petit bâtiment construit récem- 
ment pour l'école publique de des- 
sin : don d'un habitant de Lau- 
sanne à sa ville natale. 

Cathédrale. La cathédrale de 
Lausanne , qui passe pour une des 
plus belles églises gothiques de 
l'Europe , a été fondée vers l'an 
1000 par l'évêque Henri , et sacrée 
en 1275 par le pape Grégoire X. 
Cette grande et superbe église, si- 
tuée sur une hauteur qui domine 
la ville , est aperçue de fort loin et 
présente un aspect imposant. Son 
plan , qui forme une croix latine , 
occupe une surface de 454 toises , 
mesure vaudoise. Elle est surmon- 
tée de deux grandes tours dont 
l'une sert de clocher , et l'autre , 
construite au dessus du chœur, pré- 
sente une flèche élégante et très- 
déliée qui s'élève à plus de 230 p. 
au dessus du sol. 

On entre dans l'église par deux 
superbes portiques ornés d'un 
grand nombre de statues et de 
sculptures , et par trois petites 
portes. La longueur de l'église dans 
œuvre est de 31 G p. ; sa largeur 
dans le chœur est de 120 p., et sous 
la grande nef et ses bas côtés de 
67.CettenefesthautedeG2et 67 p., 
et Ja coupole du chœur de 102. 
L'intérieur de l'église est orné de 
deux étages de galeries et renfer- 
me plus de mille colonnes, entre 
lesquelles on en distingue un grand 
nombre à cause de leur extrême 
délicatesse. Le chœur, séparé jadis 
par un jubé de marbre noir et 
maintenant par une grille , pré- 
sente une fenêtre ronde appelée la 
Rose, de trente pieds de diamètre 
et garnie de vitraux de diverses 
couleurs qui représentent des su- 
jets de l'histoire sacrée. Parmi plu- 
sieurs tombeaux, quelques-uns se 
font remarquer par leur belle exé- 
cution. On y voit entre au-tres celui 

4* 



*.2 



LAUSANNE. 



du pape Félix V, qui , en 14 il), ab- 
diqua la tiare dans l'église de Si- 
François ; ceux de plusieurs évê- 
ques , du chevalier Othon de Grand- 
son , d'une princesse russe de la 
famille Orlow, d'une duchesse Ca- 
roline de Courlande, d'une com- 
tesse de Wallmoden Cimbron, et, 
le plus récent , celui de dame Hen- 
riette Ganning, épouse de Strat- 
ford Ganning , ambassadeur d'An- 
gleterre en Suisse. Ce monument , 
qui porte la date de 1817, est un 
très-bel ouvrage du fameux Ca- 
no va. Le souvenir d'un grand évé- 
nement historique se rattache à la 
cathédrale; en octobre 153G il s'y 
tint pendant une semaine une dis- 
pute religieuse en présence de 
commissaires bernois ; Farel, Viret 
et Calvin y assistaient. 

Evôché. Du haut du clocher de 
la cathédrale, et depuis la terrasse 
voisine qui est ombragée de deux 
rangées de marronniers , on jouit 
d'une des plus belles vues de la 
Suisse. Tout auprès de cette terras- 
se sont plusieurs rampes d'escaliers 
en bois et recouverts, qui établissent 
un moyen de communication assez 
prompt mais fort pénible entre le 
quartier de la Cité et celui de la 
Palud. Un bâtiment très-ancien , 
appelé l'Evêché , et qui a son entrée 
sur la terrasse , renferme les pri- 
sons du tribunal de district de Lau- 
sanne ; on a converti une partie de 
ce bâtiment en une école d'ensei- 
gnement mutuel. 

Hospice cantonal. Une rue fort 
rapide appelée St-E tienne conduit 
à la Cité-Dessous , où l'on voit 
l'hospice cantonal et une chapelle 
construite récemment au dessus 
de la Mercerie , dans l'emplacement 
qu'occupait autrefois l'arsenal de 
la ville. Cette chapelle sert , à des 
heures différentes , pour le culte 
réformé allemand , le culte catho- 
lique et le culte anglican. 

On voyait encore , il y a une 
vingtaine d'années , au dessus de 
la Mercerie, une grande porte qui 
fermait cette rue , et séparait la 
ville du quartier de la Cité, où les 



évêques exerçaient leur autorité 
temporelle. Chaque évêque était 
tenn, en passant sous cette porte 
pour prendre possession de son 
siège , de prêter serment sur l'hos- 
tie qu'il respecterait les droits et 
les franchises des bourgeois de 
Lausanne. A leur installation , les 
baillis bernois y prêtaient le même 
serment , avec une grande pompe , 
en présence du conseil et du bourg- 
mestre. 

L'hospice cantonal est un très- 
beau bâtiment construit en 1766 
pour remplacer celui qui avait été 
fondé en 1282. Il est tout en pierres 
de taille , et décoré à l'extérieur , 
clans son pourtour , de grands pi- 
lastres toscans. 

La rue qui passe devant l'hospice 
cantonal est la Cité-Dessous , dont 
une des extrémités aboutit à la 
porte de Couvalou , où l'on voit en- 
core d'anciens murs à créneaux 
construits par les évêques. 

Le quartier de la Cité est séparé 
de celui de Bourg par une vallée 
très-profonde, mais peu large, qui 
forme la rue du Pré , où coule un 
ruisseau appelé le Flon ; aussi , 
pour communiquer le plus directe- 
ment de l'un de ces quartiers à 
l'autre, il faut descendre l'une des 
deux rampes d'escaliers très-lon- 
gues et fort raides , appelées les 
escaliers de la grande et de la petite 
Roche, qui aboutissent aux deux 
extrémités de la rue du Pré. De 
cette rue on peut se rendre à celle 
de Bourg en gravissant la montée 
de St-François ou le chéneau du 
Bourg. 

Théâtre. Les escaliers de la comé- 
die , qu'on trouve à gauchexle cette 
dernière rue, conduisent près du 
théâtre qui a été bâti en 1804, sur 
la place appelée la Caroline , dans 
le faubourg de Martheray. Il a été 
restauré il y a quelques années. 

A l'extrémité du faubourg de Mar- 
theray est le domaine cantonal du 
Champ-de-l'Air, hospice très-vaste, 
destiné, depuis 1810, à recevoir les 
malheureux alïïigés d'aliénation 
mentale. De l'autre côté de la route, 



LAUSANNE. 



te 



l'Etat a fait construire une maison 
de force très-vaste, dont l'organi- 
sation est basée sur celle du fameux 
pénitentiaire de Philadelphie. 

Calvaire. En continuant à s'a- 
vancer sur la route de Berne , jus- 
qu'à ce qu'on ait dépassé un en- 
droit qui a conservé , depuis le 
temps delà catholicité, le nom de 
Calvaire, on trouve un vaste cime- 
tière qui ressemble plutôt à un beau 
jardin. 

Cimetières. L'un d'eux, celui de 
Pierre-de-Plan , est choisi spéciale- 
ment par les Anglais qui décèdent 
à Lausanne; le célèbre acteur 
Kemble y est enseveli. 

Terrasse St-Pierre. Après être 
redescendu dans le faubourg de 
Martheray, on arrive sur la terrasse 
de St-Pierre , d'où la vue embrasse 
le Léman et les Alpes majestueuses 
qui l'encadrent. En se retournant , 
on a à sa droite le faubourg d'Es- 
traz , qui conduit aux belles et dé- 
licieuses campagnes de Villamont, 
de la Rosière , des Toises , de Mon- 
repos , de Beausite , des Mousqui- 
ries , etc. On voit dans la première 
un petit monument fort simple , 
mais intéressant , consacré h rap- 
peler la mémoire du grand Haller. 
Monrepos, célèbre par le séjour 
qu'y fit Voltaire , est remarquable 
aussi par ses nouveaux embellisse- 
ments. 

Rentré en ville , on trouve d'a- 
bord la rue St-Pierre, attenante à 
celle de Bourg qui donne son nom 
à tout le quartier qu'on vient de 
parcourir. On sait qu'autrefois les 
propriétaires de cette rue de Bourg 
avaient le droit de haute justice 
criminelle sur toute la ville. C'est 
dans cette rue et dans celle de St- 
Pierre que se trouvent les princi- 
pales auberges , telles que le Lion- 
d'Or, le Faucon , la Couronne , 
l'hôtel d'Angleterre et les Balances. 

Le bas de la rue de Bourg aboutit 
à la place de St-François et à la rue 
fort rapide du même nom qui con- 
duit à la petite place du Pont. 

La place de St. - François est 
bornée au midi par une vaste église 



à laquelle elle doit son nom , et 
qui était desservie par des fran- 
ciscains dont le couvent lui élait 
attenant. 

A l'extrémité de la place de St- 
François et dans le même aligne- 
ment que l'église , on voit la maison 
des postes, construite.il y a une 
vingtaine d'années sur l'emplace- 
ment d'un ancien manège. C'est 
dans cette maison que la régie des 
postes et messageries du canton â 
ses bureaux et tient ses séances. 

Fontaine St-François. A peu 
près au milieu de la place est une 
belle fontaine à quatre jets qui sor- 
tentdu piédestal d'une colonne com- 
posite placée au centre du bassin. 
On trouve sur cette même place , 
la plus belle de Lausanne par l'é- 
légance de ses bâtiments , le cercle 
du Commerce et le cercle Litté- 
raire. 

Maison de Gibbon *. En pas- 
sant à côté de l'église de St-Fran- 
çois , sous la porte de ville dont on 
a parlé, on trouve à droite l'em- 
placement de la maison où le cé- 
lèbre Gibbon composa son grand 
ouvrage philosophique sur l'empire 
romain. La bibliothèque précieuse 
de cet historien se voit encore dans 
la rue de Bourg , dans la maison 
de M. de Cerjat. De l'autre côté et 
au dessous du Casino, est la mai- 
son de la Grotte , renommée par 
ses jardins, par la beauté de ses 
appartements , et par «elle d'une 
petite salle de théâtre , dont la dé- 
coration principale consiste en de 
superbes colonnes ioniques en 
stuc. 

A l'extrémité occidentale de la 
place de St-François , une rue 
formée par une seule rangée de 
maisons , et nommée le Petit- 
Chêne , conduit , par une descente 
rapide, aux campagnes de Cour. 
Une autre rue , appelée le Grand- 
Chêne , aboutit aux belles prome- 
nades de Montbenon. A l'extrémité 



* Cette maison a été remplacée , il y a 
deux ans, par un magnifique hôtel a l'u- 
sage des voyageurs : Vhvttl Gibbon. 



M 



LAUSANNE, 



de cette rue , on trouve d'abord à 
gauche une petite élévation nom- 
mée le Belvédère , de laquelle on 
domine sur une grande partie de la 
ville, deMontbenon, des environs, 
vi même sur le lac et une vaste éten- 
due de pays, ce qui forme un ma- 
gnifique panorama. Tout auprès 
de cette terrasse est la maison de 
la Société de l'Arc , avec un char- 
mant jardin , où les membres 
^'exercent souvent au tir de cette 
arme , et s'y disputent des prix en 
vaisselle d'argent. 

Montbenon. Les allées d'arbres, 
les terrasses, les bosquets, les 
vastes pelouses , et plus encore les 
points de vue admirables et souvent 
magiques que présentent le lac , 
les montagnes et les superbes en- 
virons de Lausanne, font des pro- 
menades de Montbenon un lieu de 
délices pour les admirateurs de la 
belle nature. 

Le quartier du Pont , le plus 
bas de la ville , en est aussi le 
moins beau et le moins agréable. 
Le ruisseau du Flon , qui le tra- 
verse en partie sous de grandes 
routes , y a attiré les boucheries , 
des moulins, des tanneries et d'au- 
Ires fabriques de ce genre. 

La rue appelée la Descente-du- 
Pont conduit au quartier et à la 
place de la Palud, sur laquelle se 
tiennent les deux marchés du 
mercredi et du samedi. 

A l'extrémité orientale de cette 
place , on voit une assez belle fon- 
taine à quatre jets, du milieu de 
laquelle s'élève sur un piédestal 
une espèce de cippe très-orné, por- 
tant la date de 1585, et surmonté 
d'une Thémis. A peu près au centre 
de la Palud et du côté où l'aligne- 
imement est le mieux gardé , on 
remarque l'hôtel-de-viile, construit 
en 1454 , qui est d'une assez belle 
exécution. 

On observe dans un des murs de 
la grande salle des pas perdus une 
pierre antique portant une inscrip- 
tion latine , et qui a été découverte 
eu 1739 à Vidy, où elle formait le 
t'êté d'un cercueil. 



Cercles. Il y a plusieurs cercles 
sur la place de la Palud , tels que 
celui dit de la Palud , celui du 
Grand-Conseil , ceux des Amis , 
des Étudiants , des Arts , etc. En 
face de la maison de ville est la 
rue de la Madeleine , dans laquelle 
on observe , entre les numéros 5 et 
6, la place encore vacante qu'oc- 
cupait la maison du bourgmestre 
Isbrand d'Aux , qui fut rasée à la 
suite de la tentative que ce magis- 
trat fit, en 1588, pour remettre 
le pays de Yaud sous la domina- 
tion du duc de Savoie. 

Langue. Le français est géné- 
ralement en usage dans le canton , 
c'est-à-dire dans les villes : les 
paysans parlent un patois presque 
inintelligible. La plupart des mots 
sont dérivés du latin ; quelques- 
uns du grec, du celtique. M. de 
Waish en a trouvé qui appartien- 
nent au patois bourguignon. 

Secte. 11 y a quelques années que 
le gouvernement a proposé et que 
le grand conseil a adopté une loi 
contre les momiers ( méthodistes ) , 
loi que le même M. de Walsh re- 
garde comme un monument d'in- 
tolérance religieuse digne du xvi* 
siècle. 

Promenades. A la Solitude , aux 
Eaux, aux maisons de Montmeil- 
lan , à la forêt de Sauvablin , au 
Signal , vues magnifiques ! ! ! aux 
campagnes de Rovéréaz, Béthusi, 
BeJlevue , Venues ! ! l'Ermitage du 
Jardin , du Petit-Chàteau. 

Curiosité. On construit à Lau- 
sanne un pont soutenu par plu- 
sieurs étages d'arcades en pierre , 
d'un style analogue à celui du 
célèbre pont du Gard. 

11 est destiné à mettre en com- 
munication les deux crêtes oppo- 
sées du profond ravin dont cette 
ville occupe les bords , et chevau- 
chera par dessus le quartier bas 
intermédiaire. On espère qu'il 
pourra être livré à la circulation 
avant la fin de l'année 1841. On 
aura vu, jusqu'à présent, peu de 
constructions aussi hardies , et 
surtout d'un effet plus pittoresque. 



LAUSANNE. 



Bains du Lion-d'Or , rue du 
Bourg; de la place de la Riponne; 
du Vallon ; à Chailly. 

Banquiers. Delessert-Will et 
comp. , place St-François , 17. De 
Molin et comp. , k la Grotte, 2. 

Poste aux lettres , place St- 
François , de 8 h. à midi; de 3 h. 
à 8 h. du soir. 

Diligences , au même établisse- 
ment, 1 er bureau à droite en en- 
trant. 

Poste aux chevaux, rue Mar- 
theray , 57. 

Bibliothèque cantonale , bâti- 
ment du Collège, mercredi à 2 h. ; 
samedi à 10 h. 

Libraires. MM. Rouiller, Doy , 
Lacombe ; M Ile Hignoux. 

Librairie de M. Corbaz, près la 
cathédrale, livres anciens et mo- 
dernes. 

Bazar Vaudois , rue du Che- 
min-Neuf, 4; exposition perma- 
nente de toute espèce de produits 
de l'industrie , des sciences , des 
arts, journaux, librairie. 

Police pour les étrangers. Bu- 
reau de la préfecture , derrière 
l'église de St-François ; visa des 
passe-ports ; bureau de la police , 
place de la Palud , pour le permis 
de séjour. 

Bateaux à vapeur. Le Léman , 
le Winkelried , arrivée à Ouchy 
sur les 10 h. du matin , pour Ge- 
nève : pour Villeneuve , départ à 
3 h. de l'après-midi d'Ouchy. 

Campagnes à louer. Château 
de Vennes , à 20 min. de Lausanne, 
15 pièces. — Clos de Bulle , mai- 
son d'éducation , 3 min. N.-O. — 
Jolimont , jolie campagne meublée, 
s'adresser rue St-Pierre, n° 11 , au 
2 e étage. — Le Faux-Blanc , à 20 
min. de la ville, appartement 
composé de deux salons, salle à 
manger, etc.; s'adresser chez M. 
Blonay, à Villamont. — Le Petit- 
Château , à cinq min. de Lausanne : 
appartements meublés , belle expo 
sition. — Malley, Monlot, Mont- 
Alègre, Renens-sur-Roche , Rose- 
Villa. 

Dépenses. Les mémos à peu 



près qu'à Genève : diner, 3 fr. ; 
déjeuner, 1 fr. 50 à 2 fr.; cham- 
bre , 1 fr. à 1 fr. 50 c. , aux bons 
hôtels. Aux maisons du deuxième 
ordre , quelque chose de moins. 
Cafés : GO c. le déjeuner au café à 
l'eau; les glaces, 50 c. Pour G 
francs par jour le voyageur peut 
vivre très-confortablement. 

CERCLE DE LAUSANNE. 

Au dessous de Lausanne et sur 
les bords du Léman , est 

OiiCHY , village avec une tour 
qu'on appelait jadis la tour de 
Rivaz, un port, une douane et un 
bureau de péage. La jetée, con- 
struite de 1791 à 1793 par l'ingé- 
nieur français Céard , a coûté 
40,000 fr.La contrée environnante, 
nommée Cour , est parsemée des 
plus belles maisons de campagne, 
et présente des points de vue "ma- 
gnifiques. Hôtel estimé : l'Ancre. 

Vidy, grande plaine où l'on 
suppose qu'existait l'ancien Lau- 
sonium des Romains , détruit par 
les eaux du lac à la suite d'une 
chute de montagne sur la rive 
opposée; des médailles et des 
fragments d'antiquités , trouvés en 
cultivant les terres , viennent à 
l'appui de cette conjecture. La 
campagne du Bois-de-Vaud , célè- 
bre aussi par les antiquités qu'on 
y a découvertes à plusieurs re- 
prises, est dans le voisinage; il 
est probable qu'elle était comprise 
dans l'enceinte de L.ausonium. 

Au dessus de Lausanne , près la 
route de Berne, la paroisse des 
Croisetles où existe le h&raj can- 
tonal. 

§ 2. ITINÉRAIRES. 

De Lausanne a Chamoini, par 
St-Jean-d'Auips et Sixt, 33. h. 5 m. 

Ouchy, , 20 m. 

Par le lac à Évian , 3 h. 
Larringes , v. 1 

Feterne , à droite , 15 

Vinzier,v. 30 



se 


LAUSANNE. 




^Forelas-Dessus , h. 


45 






Forclas-Dessous , h. 


15 


De Lausanne a Berne, par 


leSim- 


Pont de la Dranse , 


45 


men thaï, 36 1. 


1 


La Vernaz, v. 


30 




1 


St-Jean-d'Aulps, 3 b 


. 5 


Vevev , 


4 


Mont-Rion, v. 1 




Bulle, 


6 


Morzine , 


45 


Château d'Oex , 


6 


Unter-Onnex , v. 


30 


Sweysimmen , 


G 


Prairies, 


45 


Weissen bourg, 


3 


Col de Joux-Piane ; 1 


15 


Thun, 


5 


Bains, 1 


30 


Berne , 


G 


Samoens , b. 


45 






Vallon , v. 


20 


De Lausanne a Pontarlier, l 


Sougex , h. 


15 






Balme , h. 


10 


Prilly , v. 


30 m. 


Les Tines , V. 


15 


Grissier , v» 


45 


Chute du Bauget, 


15 


Mex , v. 


45 


Sixt , v. 


15 


Benthaz , v. 


40 


Salvagny , v. 


45 


Bournens, v. 


10 


Pont, 


10 


Pont de Venoge, 


15 


Chute du Rouget, 


20 


Cossonex, p. v. 


15 


Le Fardelet , v. 


30 


Pont de Venoge , 


55 


Le Lignon , v. 


15 


La Sarraz , b. 


15 


Pelly de Sales , v. 


15 


Pont de Nozon , 


5 


Fontaine Sopha, 


35 


Pompaples , v. 


5 


Prairies, 


45 


Arnex , 


15 


Prés Anter ne , 


45 


Orbe , p. v. 1 l 


. 


Lac d'Anterne , 1 


25 


La Russille, v. 


50 


Sortie d'Anterne , 


45 


Ligne roi les , 


45 


Ghemin de Yilly , 1 




Balaigues , 


40 


Prés de l'Ecuelle, 


45 


La Jougne , 1 


15 


Lac de Pormenaz , 


45 


Fontaine-Ronde, 


10 


Nant du Pont de 




Les Hôpitaux-Neufs , v. 


15 


Croce , 1 


5 


Mijoux , v. 1 




l pr , 2 e , 3 e pont, 1 


5 


Ch.deJoux, 1 




Le Mont , v. 


30 


St Pierre , v. 


5 


Fonderie du Bouchet 


45 


La Cluse, h. 


15 


A Chamouni , 2 


45 


Pontarlier (France), 


45 


[V. Promenades à Cha- 








mouni, page 94.) 




De Lausanne a Château- 

14I.V 3 . 


d'Oex, 






Bulle par Vevey, 9 1. */i 


x ; Chà- 


De Lausanne a Bale, 


37 1. 


teau-d'Oex, 5. Voyez BulleâChâ- 






teau-d'Oex, à la table des 


outes , 






fin de l'ouvrage. 




Vevey à Mou don , 


G 






Payerne , 


4 


De Lausanne a Vverdon 


, G h. 


Morat , 


4 






Berne , 


5 


Mezery , v. 


40 


Fraubrunnen , 


3 


Rpmanel, V. 


15 


Soleure, 


3 


Cheseaux, v. 


25 


Balstal, 


4 


Etagnières, v. 


15 


Waldehbourg, 


3 


Assens, v. 


20 


Bàle, 


5 


Echaltens , b. 


45 



PAYERNE, 



87 



Villars-ie-Terroir , v. 
Vuarens, v. 
La Robelas, h. 
Essertines, v. 
Valeyres , 

Chemin de Moudon , 
Yverdon, p. v. 



10 
45 
16 
30 
35 
35 
30 



De Lausanne aux Dents-d'Oche, 
9 h. y 4 . 

Ouchy,v. 20 m. 

Parle lac à Evian , 3 h. 
St-Paul,v. 45 

Bernex , 1 

Prairies , 1 30 

Dents-d'Oche , 2 40 

Ou par St-Gingolph, 4 h. 3 /4î 
Novel, V* ; Prairies, Vsî ^ a Mon- 
tagne, 2 h. ViV— W h. 

§ 3. De Lausanne a Fribourg, 
12 h. 25 m. 



Friedhof, 


10 m 


Les Groisettes , 


30 


Mont Preveyres, en 




haut , 


1 h. 5 


Mont Preveyres , 


20 


Ca rouge, 


40 


Bressonay , 


1 30 


Moudon , 


25 


Pré-Briant , 


15 


Lucens , 


50 


Henniez, 


1 


Marnand , 


25 


Trey-Dessous , 


30 


Payerne , 


40 


Montagny , 


45 


L'Echelle , 


35 


Grolley , 


45 


Bel faux, 


30 


Givisier , 


20 


Fribourg, 


45 



Moudon (en allemand Milden), 

petite ville du canton de Vaud, si- 
tuée sur le grand chemin de Berne 
à Lausanne. On y remarque l'an- 
cien château des d'Estavayer de 
Moudon , la nouvelle place servant 
de marché. La ville haute, sur- 
nommée Bourg, renferme les châ- 
teaux de Carouge et de Rochefort -, 



ce dernier est surmonté d'une 
grande tour carrée en ruines, dont 
la construction est attribuée à Pé- 
pin le Bref. 

La Bibliothèque publique pos* 
sède3,000vol.Pop.2,300habitants. 
— auberges : la Maison-de-Vilie, 
le Cerf. — La Broie coule dans un 
lit très-profond à côté de ses murs; 
cette rivière prend sa source , non 
loin du Moléson , dans les monta- 
gnes du canton de Fribourg. 

Histoire , antiquités romaines, 
Moudon est Je Minidunum des 
Romains. Au dessus delà porte de 
la maison de ville, on lit une in- 
scription romaine qui faisait partie 
d'un autel trouvé en 1732 dans les 
fondements d'une maison. L'in- 
scription porte que Quintus 
JElius , prêtre d'Auguste , a élevé 
à ses frais cet autel en l'honneur 
de Jupiter Optimus , Maximus , 
et de Juno liegina , et qu'il donna 
à la ville 750,000 sesterces (75,000 f. 
de Suisse ) pour la construction 
d'un gymnase , mais sous condition 
que , si cette somme n'était pas 
appliquée à cet usage, elle retom- 
berait à la ville d'Aventicum. 

Payerne ( en allemand Peter- 
lin g en) y jolie ville du canton de 
Yaud , située sur le grand chemin 
de Berne à Lausanne. On attribue 
sa fondation à un Romain nommé 
Paternus. Détruite parles barbares, 
elle fut rebâtie en 595 par l'évêque 
Mari us qui y fonda une église : cette 
église paroissiale renferme depuis 
1818 le tombeau de la reine Berthe, 
retrouvé l'année précédente sous 
la voûte de la tour St-Michel de 
l'ancienne église abbatiale. Le sar- 
cophage avec les os qu'il contenait 
est recouvert d'une table de mar- 
bre noir portant une inscription 
qui rappelle cet événement. Des 
fouilles subséquentes faites dans 
le chœur de la même église ont 
fait découvrir d'autres tombeaux , 
renfermant aussi des squelettes 
assez bien conservés. — Auberge : 
l'Hôtel-de- Ville , maison estimée, 
bien servie et achalandée ; relais 
de poste pour l'arrivée et le départ, 



88 



PAYERNE. 



deux fois par jour diligence du nord 
et du midi. 

Curiosités. On montre à Payerne 
la selle de la reine Berthe : la partie 
antérieure de cette selle est pourvue 
d'un trou destiné à recevoir la 
quenouille dont la reine se servait 
quand elle montait à cheval. — On 
observe sur le pont de Peim, non 
loin de la ville , une inscription ro- 
maine. — Les environs sont remplis 
de champs d'une fertilité remar- 
quable ; on y cultive beaucoup de 
pois fort estimés, et quantité de 
tabac que l'on prépare dans la ville 
à l'usage des gens des dernières 
classes. — On voit àPraberg, près 
de Payerne , une source d'eau fer- 
rugineuse. 

Crissier , village de 500 habit. 
On y trouva , il y a environ 40 ans , 
une* tortue pétrifiée dans une car- 
rière de grès à 40 pieds de profon- 
deur , et en 1813 une belle médaille 
en or de Philippe. 

Arnex, village de 500 habitants. 
En 1822 on a trouvé dans ses en- 
virons des tombeaux renfermant 
divers objets qui sont déposés au 
musée cantonal. 

Echallens, bourg de 800 hab. 
On y remarque un château , an- 
cienne résidence des baillis ; l'église 
qui sert aux deux confessions , une 
auberge, et plusieurs jolies maisons 
de campagne. 

Essertines, village de 400 hab. 
Ce village, dont les environs four- 
nissent de bonne marne , appar- 
tenait jadis au chapitre de Lau- 
sanne. On voit sur une hauteur 
un ancien château , et on a trouvé 
dans un bois de ses environs une 
cassolette en cuivre parmi des dé- 
bris de constructions romaines. 

Lucens , bourg de 800 habitants. 
Son église est fort ancienne ; on y 
remarque sur un rocher très-élevé 
un vaste château bâti en 1 159 , par 
Landry, évêque de Lausanne, brûlé 
en 1192 par le comte Thomas de 
Savoie, et rebâti en 1195 par l'é- 
véque Roger. Il y a dans le voisi- 
nage une source d'eau sulfureuse 
assez abondante. 



Henniez, village de 300 habitants. 
Il y a des bains d'eau sulfureuse , 
connus au moins depuis cinq 
siècles , et très-efficaces contre les 
affections rhumatismales. 

Chemins. De Payerne à Moudon, 
2 1. A Avenches ,2 1. On se rend 
en un petit nombre d'heures à 
Fribourg, au sud-est, et à Esta- 
vayer, petite ville avantageusement 
située sur le lac de Neuchâtel, à 
l'ouest. 

Il y a deux autres routes de Lau- 
sanne à Fribourg : 1° par Vevey , 
15 1. l / 4 ; 2° par Yverdon, 14 h. 5 m, 
La route jusqu'à Yevey est décrite 
page 89 ; celle de Yevey à Fribourg 
est indiquée à la fin du chapitre 
IV , canton du Yalais. 

La route par Yverdon est indi- 
quée aux itinéraires. 

§ 4. D'Yverdon a Fribourg, 8 h. 
5 m. 



Cîendy , h. 


20 m 


Cheseaux , h. 


10 


Foret , 


10 


Mordagne , h. 


35 


Pont, 


10 


Y von and , v. 


5 


Cheyry , v. 


25 


Le Chablc , v. 


20 


Foret , 


10 


Pont, 


15 


Montet, v. 


20 


Pont, 


15 


Eugy, v. 


20 


Payerne , p. v. 


50 


Gouset, h. 


35 


Montagny , v. 


19 


L'Échelle, v. 


35 


Groley, v. 


45 


Pont ; 


25 


Bel faux, v. 


5 


Givisier , v. 


20 


Hauteur , 


25 


Fribourg , 


20 



Yvonànd , village vaudois sur le 
lac de Neuchâtel. Le musée possè- 
de une petite collection de fossiles, 
recueillis dans la contrée par feu le 
pasteur Chatelanat. On a trouvé 
en 17T8, du côté de Cheyres, un 



VEVEY. 



89 



pavé à la mosaïque , de 264 pieds 
carrés , et beaucoup de médailles 
romaines. Pop. 800 hab. 

§ 5. De Payerne a Estavayer , 
2 h. 5 m. 



Bussy , 
Sivaz , 
Estavayer , 



1 h. 



35 m. 
30 



§ 6. De Lausanne a Vevey , 4 1. 
environ. 



Les Mousiquines , 


10m 


La Peraudette , 


10 


Puily, 


15 


Paudex , 


15 


Lutry, 


15 


Yilette , 


25 


Cully, 


25 


Trois-Torrents , 


20 


Rivaz , 


20 


Glérolles , 


5 


Saint-Saphorin , 


10 


Vevey , 


45 


VEVEY. 





Omnibus pour Vevey, plusieurs 
fois la journée. Route qu'on ne doit 
pas faire à pied , car elle est mono- 
tone. On est enfermé presque tou- 
jours entre deux murs ; la chaleur 
y est très-grande en été. Ebel , se- 
lon la remarque de M. de Walsh , 
vante beaucoup trop cette route. 

Hôtels. Les Trois-Couronnes , 
bonne maison agrandie tout récem- 
ment , et ayant un belvédère d'où 
l'on jouit d'une vue magnifique ; 
écuries, remises; la table est bien 
servie , et la cuisine fort bonne. 

La Croix-Blanche , près de la 
poste, table d'hôte à midi , à 4 h. 
et à 8 h. du soir : nombreux appar- 
tements , bonne maison. — De 
Guillaume Tell , rue du Casino, n. 
141, avec grandes écuries, remise, 
table d'hôte à diverses heures. 
— Du Faucon. — La F leur -de- Lis. 

Situation, Histoire. Vevey, si- 
tué sous les 46° 25' 30" de latitude, 
et les 24° 31* de longitude, est le 
chef-lieu du district et la seconde 



ville du canton par son étendue et 
sa population. Elle occupe le fond 
d'une vallée très-pittoresque qui 
conduit de Vevey à Bulle , et dans 
le pays de Gruyère. Ici commence 
le district de Lavaux et le vignoble 
de ce nom , chef-d'œuvre d'indus- 
trie agricole , qui occupe un espace 
de plus de 3 lieues le long du lac, 
et se termine aux portes de Lau- 
sanne. Cette petite ville était con- 
nue des Romains sous le nom de 
Vibiscum , ayant été fondée déjà 
par les Celtes ou Gaulois , ce qui est 
prouvé par le grand nombre d'an- 
tiquités qu'en y a trouvées. En 
1476, elle fut saccagée et en partie 
brûlée par les montagnards de l'O- 
berland , lors de la guerre de Bour- 
gogne. En 1556 , elle passa sous la 
domination bernoise , et resta enfin 
attachée au canton de Vaud , lors- 
qu'il acquit son indépendance. 

Curiosités. Les principaux édi- 
fices publics qui décorent cette ville 
sont : le temple de Sainte-Claire , 
l'hôpital , l'hôtel-de-ville , la Gre- 
nette ou halle au blé ornée de 18 
colonnes en marbre , le pont con- 
struit , en 1807, sur la Veveyse , 
plusieurs fontaines publiques , dont 
l'une est ornée d'un obélisque por- 
tant une inscription latine qui 
apprend que cette fontaine a été 
consacrée par un citoyen à l'utilité 
de ses concitoyens. Elle est due à 
M. Perdonnet, à qui appartient 
Monrepos près de Lausanne. La 
place du Marché , auprès de la- 
quelle est cette fontaine , a 600 p. 
de long sur 400 de large. Trois de 
ses côtés présentent de beaux bâ- 
timents , tandis que le quatrième , 
ombragé de plusieurs rangées d'ar- 
bres , est baigné par le lac, ainsi 
que l'agréable promenade dite 
Derrière -l'Aile , d'où l'on jouit 
d'une vue délicieuse. 

Saint-Martin, "Tombeaux. A 
quelques cents pas au dessus de la 
ville , on trouve l'église de Saint- 
Martin, environnée d'une terrasse 
plantée d'arbres , d'où l'on a une 
des vues les plus imposantes et les 
plus riches qu'on puisse imaginer. 



90 



VEVEV. 



A gauche , on voit dans le lointain 
les montagnes du Valais et les gla- 
ciers de Saint-Bernard ; plus près , 
les montagnes d'Aigle, la Dent de 
Jaman et de belles Alpes rappro- 
chées et semées de chalets ; à 
droite se présentent des monts et 
de fertiles coteaux ; enfin on a de- 
vant soi ce magnifique Léman , ces 
rochers de Meillerie , toutes ces Al- 
pes majestueuses du Chablais et le 
long rideau du Jura. L'église de 
Saint-Martin est un vaste édifice 
peu élégant , avec une tour carrée 
terminée par une galerie et par 
quatre petites tourelles rondes à ses 
angles : on lit sur son portail la date 
de 1498. Parmi ses tombeaux, on 
remarque ceux du général Ed- 
mond Ludlow , l'un des juges de 
Charles I er , roi d'Angleterre, et 
d'André Brougton qui lut la sen- 
tence de mort à ce prince infor- 
tuné. 

L'église de Saint-Martin renfer- 
me de plus la tombe du voyageur 
Matte, qui se retira à Vevey, après 
avoir parcouru l'Asie , l'Afrique et 
l'Amérique. On aime aussi à y 
trouver celle de B. Martin Gouvreu, 
mort en 1738 à l'âge de 93 ans. Il 
avait comblé la ville de ses bien- 
faits , et ses concitoyens reconnais- 
sants élevèrent ce monument à sa 
mémoire. C'est en été seulement 
que l'on célèbre le culte dans l'église 
de Saint-Martin ; en hiver il a lieu 
dans l'église de Sainte-Claire, située 
dans la ville même. 

Hôtel-de- Ville. On remarque à 
l'hôtel-de-ville , rebâti en 1755, la 
rampe en fer du grand escalier, et 
dans un des angles de la salle des 
pas perdus , un fragment d'autel 
en marbre blanc , qu'on a trouvé 
en 1777, en creusant dans la cour 
du collège. Ce monument, dont 
l'inscription apprend qu'il était 
consacré au dieu Sylvain, a été 
déposé à l'hôtel-de-ville par feu le 
docteur Levade , savant naturaliste 
et antiquaire, qui possédait à Vevey 
un très-beau cabinet, riche surtout 
en minéraux de la Suisse et en mé- 
dailles antiques et modernes , trou- 



vées à Vevey même , ainsi que 
beaucoup d'autres antiquités dé- 
couvertes dans le reste du canton. 
Ce cabinet est maintenant au 
musée de Lausanne. 

Hôpital. L'hôpital , construit en 
1734, renferme la bibliothèque pu- 
blique fondée en 1806 au moyen de 
souscriptions particulières. Elle est 
riche de 12,000 volumes. La biblio- 
thèque populaire en compte 700. 

Hommes célèbres. Vevey s'ho- 
nore d'avoir produit plusieurs 
hommes remarquables, tels que 
Charles Labelye , célèbre architecte 
qui a construit le pont de West- 
minster à Londres, et Brandoin , 
peintre célèbre en aquarelle , qui 
séjourna en Hollande et en Angle- 
terre. La plupart des fontaines de 
Vevey ont été exécutées d'après les 
dessins de ce dernier. 

Commerce. On fait ici des affaires 
en vins blancs , rouges , mousseux, 
en commission , en banque, et en 
fromage de Gruyères dont il y a des 
dépôts considérables. Les foires de 
Vevey et son marché du mardi sont 
très-fréquentés. 

Société de bienfaisance. Vevey 
a un collège et une société de bien- 
faisance qui fournit des secours 
aux pauvres , et préserve leurs en- 
fants des maux de la mendicité en 
leur faisant apprendre à travailler. 

Coutume. 11 existe à Vevey une 
société connue sous le nom d'Ab- 
baye des Vignerons , qui surveille 
depuis les temps les plus anciens 
les travaux de la vigne , et qui a 
pour devise , ora et labora, prie 
et travaille. Des experts choisis 
par elle font au printemps et en 
été, chaque année, la visite des 
vignobles de la commune ; et , d'a- 
près l'état où ils ont trouvé chaque 
vigne , la société distribue des pri- 
mes , consistant en médailles et en 
serpes d'honneur , aux vignerons 
qui se sont le plus distingués par 
leur application et la fidélité de 
leur travail. 

Fête de V Abbaye des Vigne- 
rons. Elle attire , quand on la célè- 
bre , une immense quantité de 



VEVEY. 



91 



voyageurs. Celle de 1833 a été fort 
brillante. C'est un mélange de cé- 
rémonies païennes et religieuses. 
(Voir la description avec figures 
qu'on trouve chez les libraires. ) 

Librairies. Michod , cabinet de 
lecture; Blanchod, Lœrtscher, li- 
braire et papetier; Mack , articles 
de dessin. 

Cafés. Sur la place : 2 à 3 jour- 
naux étrangers et du pays , au 
plus. 

Bains. Au bout de la promenade, 
sur les bords du lac. 

Points de vue, Promenades. 
Les environs de Vevey offrent une 
variété inépuisable des plus belles 
et des plus ravissantes vues , de 
paysages romantiques et pittores- 
ques, et de scènes naturelles, tan- 
tôt sauvages et tantôt gracieuses. 
Les souvenirs de la nouvelle Hé- 
loïse donnent encore un charme 
particulier à cette contrée aux yeux 
des personnes sensibles. 1° La pro- 
menade Derrière-l'Aile , située au 
bord du lac, dont le vaste bassin , 
bordé par l'amphithéâtre des Al- 
pes , présente un spectacle magni- 
fique , soit lorsque le temps est cal- 
me et serein , soit au milieu de la 
plus violente tempête. Sur la rive 
opposée on voit vis-à-vis de soi les 
sombres rochers de Meillerie des- 
cendre jusque dans les ondes, et 
les hautes montagnes de la Savoie, 
du Valais et du district d'Aigle et 
de Bex , s'accumuler en demi-cer- 
cle autour du lac jusqu'au nord- 
est, où la Dent de Jaman , qui s'é- 
lève au dessus de Montreux, se 
fait remarquer par sa forme parti- 
culière. On aperçoit à gauche la 
petite ville de la Tour-de-Peil , si- 
tuée à quelques pas de Vevey, au 
bord du lac ; le hameau de Clarens, 
le château de Châtelard , le village 
de Montreux, l'antique Chillon et 
Villeneuve. Sur la rive opposée on 
reconnaît Saint-Gingolph et Meil- 
lerie. A l'ouest , les regards errent 
sur la surface du lac jusqu'à la 
distance de 1 1 à 12 lieue? , et se re- 
posent sur le? terrasses délicieuses 
qui forment les rives du pays de 



Vaud jusqu'à Nyon. 2° Sur la ter- 
rasse du ci-devant château Bailli- 
val , où l'on découvre une superbe 
vue ; 3° sur la terrasse et le clocher 
de l'église Saint-Martin ; 4° à la 
maison de campagne de Cheminin; 
5° au pavillon de Richevue, dans 
les vignes ; 6° sur la terrasse du 
château de la Tour-de-Peil; 7 e à 
Clarens et près du Châtelard , édi- 
fice construit en 1441, par Jean de 
Gingins, qui avait eu cette terrasse 
de son épouse, née de Lassara ; 8° la 
terrasse du château deBlonay, d'où 
l'on découvre une des plus belles 
vues de tout le pays de Vaud ; 9° à 
la tour de Gourze;10° au Pèlerin , 
à 2 à 3 lieues de Vevey : on y décou- 
vre le lac tout entier , et, du côté 
du nord , les contrées sauvages que 
parcourt la Veveyse depuis le Mo- 
lesson ; le chemin le plus commode 
pour s'y rendre passe par les villa- 
ges de Chardonne et de Corsier : 
avant d'arriver sur la hauteur , on 
traverse un petit vallon dans lequel 
il y a un chalet; 11° au village de 
Montreux ; 1 2° dans tout le trajet de 
Vevey à Villeneuve ; 1 3° au château 
de Chillon. ( V. cet art. à la table. ) 
C'est une promenade des plus in- 
téressantes que le petit trajet de 
Vevey à Montreux : on passe au 
dessus de la ville et au dessous du 
château de Blonay, par le Basset , à 
côté du Châtelard. Au dessus du 
village de Bren , on voit , sur la 
montagne de Thomai, une caverne 
remarquable, connue sous le nom 
de Séquepliau , et remplie de sta- 
lactites. L'eau qui découle sans 
cesse de ses voûtes forme sur la terre 
ces espèces de concrétions qu'on 
appelle des confitures de Tivoli. 

Chemins. A Villeneuve, 2 lieues. 
On traverse d'abord la petite ville 
de Tour-de-Peilz; puis on rencontre 
le torrent de la Baie de Clarens , 
qui descend de la montagne de 
Thomai , dont les glaciers occupent 
une grande étendue de terrain , et 
qui causent quelquefois de terribles 
inondations ; on laisse de côté les 
villages de Clarens et de Montreux, 
et l'on passe sous les murs du chà- 



92 



VEVEY. 



teau de Chillon , une demi-heure 
avant d'arriver à Villeneuve. De 
Vevey à Bulle , au canton de Fri- 
bourg, 5 1. 3 /v Le grand chemin 
qui y mène va d'abord en montant 
pendant l'espace de 2 1., le long de 
la Veveyse, et, en suivant de pro- 
fonds précipices , on passe par Bos- 
sonens et Chàtel-Saint-Denis, où la 
plaine commence. Ce trajet offre 
une grande variété de sites sauva- 
ges et romantiques et de points de 
vue superbes. De Vevey à Moudon 
(par où passe la grande route de 
Vevey à Berne ) , par l'auberge de 
Chèvres, située à une 1. de Vevey, 
sur une hauteur d'où l'on découvre 
une vue superbe ; à côté du lac de 
Bré, bassin très-poissonneux d'en- 
viron une lieue de tour ; on y pè- 
che des écrivisses d'une grosseur 
extraordinaire près du ruisseau de 
Grenet. Sur les rives de ce lac était 
situé le Bromagus des Romains , 
dont il n'existe plus de traces. Par 
Essertes et Mézières , où l'on aper- 
çoit à l'est , ou sur la droite , les 
châteaux d'Oron et de Rue. De 
Vevey par le col de Jaman à Mont- 
bovon , au canton de Fribourg , et 
de là au château d'Oex et à Sanen; 
on ne peut faire cette route autre- 
ment qu'à pied ou à cheval ; on 
passe d'abord par Clarens, à côté 
du Chàtelard ; puis à Charney, où 
l'on prend à gauche pour aller 
passer la baie de Montreux. On ar- 
rive sur le col de Jaman au bout 
de 6 heures de marche. De là on 
descend en 2 heures à Montbovon. 



De Vevey a la Dent de Jaman, 
4 heures. 



La Tour-de-Peilz , v. 10 m. 

Le Chàtelard, v. 50 

Charmey, v. 45 

Les Frères , h. 45 

H*-.| nu»» 

Cime de la Dent , 15 
Jaman (la Dent de ), eu allemand 



Sommen , montagne limitrophe 
entre les cantons de Fribourg et de 
Vaud. On y passe pour se rendre 
de la partie méridionale du canton 
de Fribourg et du pays de Sanen à 
Montreux et à Vevey. De Mon- 
treux on' atteint le point le plus 
élevé du passage au bout de 3 
heures Va de montée. Le chemin 
par où l'on passe à cheval ne sau- 
rait se manquer. Le voyageur à 
pied peut prendre des sentiers 
agréables et plus courts ; mais , 
pour cet effet , il faut se pourvoir 
d'un guide que l'on garde jusqu'à 
1 lieue Vs au dessus de Montreux. 
Le chemin n'est ni fatigant ni 
dangereux, même pour ceux qui 
le font à cheval , et il y passe assez 
souvent des femmes. Le col de la 
montagne a 3,450 pieds de hauteur 
au dessus du lac de Genève , et 
4,572 pieds au dessus de la mer. 

Points de vue. Sur le revers de 
la montagne qui regarde le S.-O. , 
c'est-à-dire du côté de Montreux , 
le voyageur jouit pendant toute sa 
route des plus beaux points de vue. 
Sur le sommet de la Dent, que 
l'on gravit depuis les hauteurs du 
sommet du col en 1 heure de 
montée très-raide, on découvre 
tout le lac de Genève , le canton de 
Vaud , la Savoie, le Bas-Valais , les 
lacs de Neuchâtel et de Morat. Du 
col à Montbovon , au canton de 
Fribourg, 2 lieues V 2 - Le chemin 
est pierreux , mauvais , solitaire , 
très-monotone , excepté dans un 
petit valon fort agréable arrosé 
par le Hongrin ; on y rencontre 
une auberge. Le voyageur qui part 
de Montbovon pour passer la Dent 
de Jaman se ménage une surprise 
du plus grand effet; car ce n'est 
qu'au moment où l'on atteint le 
sommet du col , qu'au sortir d'une 
contrée uniforme et dépourvue de 
toute espèce d'intérêt , on aperçoit 
tout d'un coup , dans tout son 
éclat , une des contrées les plus 
magnifiques que l'œil puisse voir. 
Ceux qui , en descendant la mon- 
tagne , ne veulent point passer par 
Montreux , peuvent se rendre en 



VEVEY. 



93 



droiture à Vevey, en quittant le 
chemin du village quand ils auront 
atteint le ruisseau nommé Baie de 
Montreux, et en suivant à droite 



le pied du mont Gubly , et de là 
par le village de Charmey , et par 
le château de Châtelard", à Cla- 
rens. 



94 



CHAMOUNI. 



CHAPITRE III. 



PROMENADES A CHAMOUNI \ 



Directions pour les voyageurs. 
Les voyageurs , principalement 
ceux qui veulent aller en Piémont, 
feront bien de se munir de passe- 
ports en règle. Ces passe-ports , 
s'ils sont délivrés par une autorité 
étrangère, doivent être visés par 
un ministre ou consul sarde. 

Chars de S t- Martin , Sallen- 
ches et St-Gervais à Chamouni. 
Le gouvernement a soumis les 
conducteurs des chars-à-bancs qui 
doivent transporter les voyageurs 
de St-Martin ou Sallenches au 
Prieuré de Chamouni , à une sur- 
veillance et à un règlement parti- 
culiers**. 

Course de St-Martin ou Sallen- 
ches à Chamouni , 14 francs de 
France pour un char à trois places 

* Les distances sont indiquées d'après 
Lutz ; elles ne sont pas officielles comme 
elles pourraient l'être dans un pays où le 
gouvernement publie un livre de postes. 

** Les voyageurs peuvent cependant se 
faire conduire par leurs propres chevaux. 

On trouve , rue du Rhône à Genève , 
en été , un grand nombre de voituriers 
pour Chamouni. Nous conseillons aux 
voyageurs de marchander. 

MM. Briquet et Dubois ont à Genève 
une belle collection d'estampes représen- 
tant les merveilles de la vallée de Cha- 
mouni. 

A Lausanne , M. Rouiller vend , sous 
le titre de Souvenirs de Chamouni , une 
collection de petites vues. 

Dépense. Dans une vallée retirée comme 
celle de Chamouni , on doit s'attendre 
nécessairement à une dépense un peu pins 
forte que celle des grandes villes où tout 
abonde. Toutefois , cette dépense n'est 
pas excessive. On sera très-bien aux meil- 
leurs hôtels , et ils sont presque tous bons , 
à 7 à 8 fr. par jour. 5 fr. pour dîner ; i fr. 
à 2 fr. pour déjeuner ; i fr. h 2 fr. pour 
coucher. 



et à 2 chevaux; à cheval ou à 
mulet, 8 francs par bête; les re- 
tours , 4 francs par place ; si on 
retient les conducteurs , on leur 
paie 8 francs par jour d'arrêt. 

GUIDES DE LA VALLÉE DE CHA- 
MOUNI. 

Tronchet (Anselme). 
Tairraz (Pierre). 
Tournier dit l'Oiseau. 
Coutet dit l'Allemand. 
Payot (Pierre). 
Dévouassoux (Michel). 
Paccard dit le Doyen. 
Carrier (Michel). 
Paccard dit le Jeune. 
Coutet (Joseph). 
Coutet (Jean-Marie). 
Simond (Jacques). 
Despland (François). 
Balmat (Michel). 
Favret (Michel). 
Dévouassoux (Julien). 
Payot (tourneur). 
Dévouassoux (Alexis). 
Cachât (Jean-Michel). 
Cupellin (Eugène). 
Simond (Pierre-Joseph). 
Tournier (Simon). 
Folliquet (David). 
Coutet (Pierre). 
Coutet (Michel). 
Desailloud (Mathieu). 
Simon (Mathieu). 
Coutet (David). 
Balmat (Judion). 
Simond (Victor). 
Tairraz (Jean). 
Coutet (Auguste). 
Gérine (Joseph). 
Coutet (Pierre). 
Balmat (Gédéon). 



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CHAMOUNi. 



35 



Charles (Juiien). 
Meugnier (Jean-Pierre). 

Règlement. Les guides de la 
vallée de Chamouni sont soumis , 
depuis l'année 1823, à un règle- 
ment qui oblige les voyageurs à se 
servir des guides qui leur sont dé- 
signés par le guide-chef. Le voya- 
geur qui a quelques motifs de 
préférence pour tel ou tel guide 
peut le choisir, en payant 3 francs 
par jour en sus du salaire fixé. Le 
prix des guides pour les courses 
ordinaires est de 7 francs par jour. 
Il est de 10 francs pour les courses 
extraordinaires. 

u II y a deux espèces de courses : 
les courses extraordinaires , et les 
courses ordinaires. 

La première espèce comprend 
celles , 
1° Sur la cime du mont Blanc; 
2° Au Jardin ; 

3° Sur les glaciers (excepté ceux 
qui descendent dans la vallée de 
Chamouni) , et également sur ces 
derniers, si le voyageur veut dé- 
passer la ligne où cesse la végéta- 
tion ; 
4° Sur les glaciers de Buet. 
La seconde espèce comprend 
toutes les autres courses dans les 
autres endroits dont il n'est pas 
fait mention dans les quatre nu- 
méros ci-dessus. 

Le prix des guides pour l'ascen- 
sion au mont Blanc est fixé à qua- 
rante francs par jour pour chaque 
guide , et il ne pourra y avoir 
moins de quatre guides pour cha- 
cun des voyageurs qui voudront 
l'entreprendre, quel que soit leur 
nombre. 

Un guide seul ne suffira jamais 
pour accompagner un voyageur 
quoique seul ; il devra y avoir tou- 
jours deux guides au moins pour 
les courses ci-dessus ; et le nombre 
des guides sera toujours égal à 
celui des voyageurs , si ceux-ci 
sont plus de deux. 

Pour les courses ordinaires, un 
seul guide pourra suffire. 
L'obligation sur le nombre des 



guides que les voyageurs doivent 
avoir ne peut être considérée 
comme imposée aux voyageurs , 
puisqu'ils peuvent toujours aller 
seuls , s'ils le jugent convenable. » 

Outre les guides , on trouve à 
Chamouni et sur la route du grand 
St-Bernard des porteurs, ayant 
des chaises ou palanquins , pour 
les personnes faibles ou craintives. 
Le prix à Chamouni est de 6 francs 
par porteur. 

Cabinets d'histoire naturelle. 
A Servos, Joseph-Marie Deschamps. 
Collection des minéraux qui se 
trouvent à Pormenaz , Vaudagne 
et dans les environs de Servos. — 
Au Prieuré, Marie Carrier , Mi- 
chel Carrier , Joseph Couttet , 
Joseph Terraz , etc. , peuvent 
fournir aux voyageurs une collec- 
tion des minéraux , des plantes , 
des insectes et d'une partie des 
animaux qui se trouvent dans les 
environs du mont Blanc. 

§ 1 er . De Genève a Bonne ville , 

i 4 h. a5 m. 

Chesne, 30 m. 

Pont de Menoge , 1 h. 25 

Nangi , 35 

Contamine , 45 

Bonneville, 1 h. 20 

Belle route , partout praticable 
en voiture. 

Boute. La route se dirige au 
S.-E. droit au mont Blanc. Chesne 
est un beau et grand village , ap- 
partenant au canton de Genève. 
Un ruisseau qui coule à l'extré- 
mité sépare la Savoie du territoire 
de la république. Contamine est 
situé entre l'Arve et une colline 
appuyée contre le pied du Môle. 
On voit à quelque distance, sur 
un tertre élevé , à gauche du che- 
min , les ruines du château de 
Faucigny. La route depuis ce vil- 
lage jusqu'à Bonneville passe entre 
l'Arve, qui est à droite , et les ro- 
chers escarpés des bases du Môle , 
qui sont à gauche. 

La route nous présente sur la 



96 



CHÀMOUNI. 



droite le Salève et les montagnes 
calcaires qui vont joindre le Brezon; 
sur la gauche , les Voirons et les 
montagnes qui s'étendent jusqu'à 
Taninge. 

Aspects et Points de vue. La 
vue des montagnes offre des aspects 
variés et fort intéressants sur 
cette route; mais , si le temps est 
serein , j'invite le voyageur à con- 
sidérer celui qui se présente en 
face de lui , avant de descendre au 
fond de la Menoge. 

Trois montagnes principales oc- 
cupent le devant, du tableau. Le 
Môle au milieu , à droite de Brezon ; 
à gauche et sur un plan un peu 
plus reculé , on voit s'élever au 
dessus de Taninge la haute pointe 
de Marcheli. 

Hauteurs. Bonneville , 327 t. Le 
Môle , 962 t. Les Voirons ,747 t. 

Châteaux. On découvre sur un 
monticule appartenant au petit 
Salève les châteaux de Mornex et 
d'Esery. 

Bonneville, jolie petite ville , 
d'un aspect agréable , et peuplée 
de 1,500 hab. — Hôtel des Trois - 
Maures. Elle n'était , dans le trei- 
zième siècle , qu'un simple châ- 
teau , autour duquel se trouvaient 
quelques habitations qui sont 
nommées, dans les anciennes 
chartes, bourg du château. Béatrix, 
dame de Faucigny, donna à ce 
bourg des privilèges et des fran- 
chises, l'an 1289^ et voulut qu'il 
s'appelât Bonneville. On y trouve 
plusieurs belles manufactures et 
de bonnes auberges , telles que la 
Ville-de-Genève , la Couronne, 
la Balance , etc. 

§ 2. De Bonneville a Cluse, 3 h. 

l r * Route par Siongier. 



Vaugier, 


1 h. 30 m 


Siongier , 


1 10 


Cluse , 


20 



Au sortir de Bonneville on tra- 
verse un pont sur l'Arve, en se 
dirigeant droit contre le Brezon. A 



l'extrémité du pont est une co- 
lonne surmontée de la statue de 
Charles-Félix, érigée en mémoire 
des digues entreprises pour conte- 
nir l'Arve. Sur la face du piédestal 
qui regarde la rivière est un bas- 
relief où l'Arve est représenté en- 
chaîné ; on lit : 

ARVAM 

Agros effuse vastantem 

BËX CAROLUS FELIX 

Descripto alveo, oppositis aggeribus 

COERCU1T 

Anno MDCCCXXIV 

Optimo et ProvidentissimoPrincipi 

Focunates. 

On tourne à l'E. , et c'est la di- 
rection que l'on suit jusqu'à Cluse; 
l'Arve coule sur la gauche. 

Le premier hameau que l'on 
trouve est situé sur le penchant de 
la montagne ; il est entouré de 
prairies et caché dans les arbres : 
comme il est sur la hauteur , on y 
jouit de la vue de la vallée. Le vil- 
lage de Vaugier partage le chemin 
en deux moitiés presque égales. 
La route, bien unie jusqu'à cet en- 
droit, devient inégale et tortueuse. 

Siongier, situé dans la plaine, 
est un grand village où les char- 
treux du Reposoir avaient une 
grande maison. La végétation des 
environs y est magnifique. Les 
noyers, les châtaigniers et les 
chênes atteignent les plus grandes 
proportions. Avant d'arriver à 
Cluse , et à la porte de cette ville , 
on repasse l'Arve sur un pont d'une 
seule arche. La vallée de Bonne- 
ville , étroite à son entrée , entre le 
Môle et le Brezon , devient fort 
large ensuite , et se resserre si fort 
à Cluse, que les chaînes opposées 
paraissent se toucher. L'Arve et la 
petite ville de Cluse opposent le 
seul espace qu'elles laissent entre 
elles. 

Cluse. Cette petite ville n'a 
presque qu'une rue; sa position 
est peu riante. On y trouve quel- 
ques bons hôtels, la Parfaite- 
Union , VEcu-de-France. La tour 



CHAMOUNI. 



91 



ruinée du château de Mussel, situé 
sur une colline très-élevée , pré- 
sente un aspect fort pittoresque. 
Le pont mérite aussi d'être re- 
marqué. 

Commerce. Horlogerie. 

Population. 2,280 h. 

Aspects et Points de vue. Ceux 
qui ne sont pas accoutumés aux 
vues des Alpes, et dont l'àme est 
faite pour sentir les beautés de 
la nature , seront vivement frappés 
du magnifique tableau qui s'offrira 
à leurs regards , s'ils partent de 
Bonneville avant le lever du soleil. 

Hauteurs. Cluse, 255 t. au des- 
sus de la mer ; le montSaxonet, 850 
t. ; le Brezon , 960 t. 

§ 3. DE BONNEVILLE A CLUSE , 

3 h. 50 m. 
2 e Route par le Brezon. 



Au village de 

Thié, 
Au Brezon , 
Aux Granges de 

Solaison , 
Au sommet , 



1 h. 
1 h. 



50 
30 



30 



La route que nous venons de dé- 
crire pour aller à Cluse est la seule 
praticable en voiture; mais elle n'est 
peut-être pas la plus intéressante 
ni la plus variée , et les personnes 
qui voyageront à pied ou à mulet , 
et qui" n'étant pas pressées d'arri- 
ver à Sallenches, pourront coucher 
le premier jour à Cluse, devront , 
en passant , visiter le Brezon et le 
Saxonet, les deux premières mon- 
tagnes que l'on trouve sur la droite 
en entrant dans la vallée de Cluse. 

Dans ce cas , on sort de la Bon- 
neville par le pont de pierre sur 
l'Arve , et on suit pendant près 
d'une heure le grand chemin rec- 
tiligne dont nous avons parlé ; mais 
au bout de ce temps on se détourne 
à droite, et on arrive au village de 
Thié, situé au bas de la montée 
du Brezon. Presque tous les habi- 
tants de ce village ont des goitres 
comme les Valaisans. 



C'est dans ce village que l'on 
commence à monter le Brezon par 
un chemin partout praticable à 
mulet , et très-pittoresque dans 
quelques endroits. Un peu au des- 
sus des premiers chalets, on pourra 
observer, sur la gauche d'un petit 
torrent formé par les eaux qui s'é- 
coulent du Brezon au village de 
Thié, des couches» extrêmement 
contournées. Un peu plus loin on 
passe par une espèce de gorge sur- 
montée par de grands bancs de 
rochers , et on entre alors dans une 
petite vallée étroite et tortueuse , 
dont les angles saillants, engrenés 
dans les angles rentrants , y sont 
extrêmement sensibles. Cette vallée 
conduit au village du Brezon, qui 
est situé derrière la montagne de 
ce nom *. 

Au dessus de ce village sont de 
grands et beaux pâturages, avec 
des chalets qui ne sont habités 
qu'en été et que l'on nomme les 
Granges de Solaison. 

Depuis les Granges de Solaison 
il reste encore à faire une montée 
assez rapide avant de parvenir à 
la cime du Brezon; à droite, le 
sommet est taillé à pic du côté de 
Bonneville et à une très-grande 
hauteur, de manière à former un 
précipice effroyable qu'on ne peut 
se hasarder de contempler qu'en 
suivant la méthode de Saussure , 
qui consiste à se coucher a plat 
ventre et à avancer sa tète jusqu'à 
ce qu'elle dépasse assez le bord du 
précipice pour pouvoir l'observer 
sans danger. On est bien dédom- 
magé , lorsqu'on arrive sur cette 
sommité, de ce qu'il en a coûté de- 
peines pour l'atteindre. La vue y 
est ravissante. 

Du village du Brezon on va à 
celui de Saxonet, en suivant une 

* On trouvera dans ce village de très- 
bons guides , les frères Moineloc ( Claude- 
Marie , Timothée et Joseph). Ils con- 
naissent parfaitement bien le Brezon , le 
Saxonet , le Reposoir et le Vcrgi ; ils ap- 
portent toutes les semaines à Genève , 
pendant la belle saison , un grand nombre 
de plantes alpines. 

5 



CHAMOUM. 



petite plaine bien cultivée. Du vil- 
lage de Saxonet on peut descendre 
immédiatement à Siongier, ou bien 
on peut prendre un sentier plus 
doux, mais un peu long, parce 
qu'il revient du coté de Bonne- 
ville; on rejoint alors la grand'route 
a 3 /4 de 1. en deçà de Siongier. On 
trouve , en descendant par ce sen- 
tier, des huîtres pétrifiées dans un 
roc calcaire puant. 

Le Brezon est une montagne très- 
riche pour l'histoire naturelle. 

§ 4. De Cluse a Sallenches et 
a St-Gervais, environ b h. 

De Cluse à Maglans, 1 h. 30 m. 
Le Nant d'Arpenas , 1 
Saint-Martin , 30 

Sallenches, 15 

De Sallenches à 
St-Gervais , 2 

aspects et Points de vue. Cette 
vallée étroite, tortueuse et bordée 
de hautes montagnes , dont les 
couches sont inclinées en divers 
sens et dégradées en plusieurs en- 
droits , doit présenter des aspects 
infiniment variés et sauvages : 
mais, comme le dit M. de Saus- 
sure, « elle n'offre pas seulement 
» des tableaux du genre terrible ; 
» on en voit d'infiniment doux et 
» agréables : de belles fontaines , 
» des cascades, de petits réduits 
» situés au pied de quelque roc 
» escarpé, ou au bord de la ri- 
» vière, tapissés d'une belle ver- 
» dure et ombragés par de beaux 
» arbres. » 

Montagnes. La nature des 
montagnes qui bordent la vallée 
est calcaire. 11 en est peu qui pré- 
sentent plus souvent, et d'une 
manière plus marquée , ce phéno- 
mène des couches inclinées, per- 
pendiculaires, contournées, con- 
centriques et fléchies en divers 
sens. Les principales sont le mont 
Douran, les montagnes du Four 
et du Levant. Vues du chemin , 
elles paraissent inaccessibles. 

CavemG de Balme. La caverne 



de Balme se présente à une petite 
lieue de Cluse ; pour y aller , il faut 
monter au village de Balme. Cette 
caverne, dont l'ouverture a 10 
pieds de haut sur 20 de large, pé- 
nètre à une profondeur de G40 pas; 
sa hauteur varie. A 340 pas de 
son entrée , on trouve un puits 
très-profond; si on y fait éclater 
une grenade, elle produit un eii'et 
prodigieux *. 

A V* de I. de la caverne, source 
d'eau vive qui sort de terre auprès 
du chemin, et forme une petite 
rivière qui va se jeter dans l'Arve. 
M. de Saussure croit que c'est l'é- 
coulement du lac de Flaine qui est 
situé au dessus. 

On arrive aux délicieux bosquets 
de Maglans , qu'il faut visiter long- 
temps avec soin. A . y k de 1. , de 
belles sources. 

Maglans, joli village situé au 
milieu d'une riante vallée. Ses ha- 
bitants sont presque tous aisés. Les 
environs sont remarquables par la 
beauté des bois , des prairies et des 
vergers , qui sont arrosés par d'a-r 
boudantes eaux. 

Beaux échos. Un peu au-delà de 
Maglans , les guides qui conduisent 
les voyageurs aux glaciers leur 
font tirer des grenades pour en- 
tendre des échos d'une très-grande 
beauté. 

Nant d'Arpenas. Le Nant d'Ar- 
penas , à une lieue de Maglans , est 
une belle cascade de 800 pieds ; 
lorsqu'il a plu dans les montagnes 
supérieures, elie est très-forte et 
produit un bel effet. Ce torrent 
s'élance du haut d'énormes ro- 
chers et tombe à leurs pieds pres- 
que en poussière. 

Après avoir dépassé cette cascade 
on aperçoit le mont Blanc. On 
arrive ensuite au pied de la haute 
montagne de IVarens, située à 
gauche de la route. 

Avant d'arriver à St-Martin , on 



* On se procure des guides pour monter 
à la grotte. Convenir du prix pour se 
faire conduire , du prix pour faire tirer 
les grenades, canons, etc. 



CHAMOUNI. 



voit les premières ardoises ; elles 
sont mêlées de marbre noir, et 
forment un monticule à gauche 
du chemin. 

St-Martin est un petit village 
où on peut loger à l'hôtel du Mont- 
Blanc. Les voyageurs y passent 
ordinairement la nuit, lorsqu'ils ne 
veulent pas se rendre à Ghamouni 
le même jour. 

On traverse un pont de pierre 
sur l'Arve, et on arrive dans un 
quart d'heure à Sallenches. 

Hauteurs, Caverne de Balme , 
700 pieds sur l'Arve. 

Le haut de Véron, 1,172 toises 
au dessus de la mer. 

Salle.nches. Cette petite ville 
de Savoie, située sur le grand che- 
min de Genève à Ghamouni , a été 
presque entièrement détruite par 
l'incendie du 19 avril 1840. On y 
trouvait deux bonnes auberges : 
celle de Bellevue et celle de St- 
Martin. Sa population était en 1839 
de 2,000 habitants. Sallenches est 
à 540 pieds au dessus du lac de 
Genève, et 1,674 pieds au dessus 
de la mer. La haute aiguille calcaire 
de JVarens, située de l'autre côté 
de l'Arve , vis-à-vis de la ville , s'é- 
lève à 7,200 pieds au dessus de la 
mer. A un quart de lieue de Sal- 
lenches , on voit deux gorges ; de 
chacune débouche un torrent ; les 
deux portent le même nom que la 
ville. Dans l'une et l'autre la na 
jture offre des scènes également 
affreuses et pittoresques. Du haut 
du mont Bosset , au dessus de 
l'auberge de Bellevue, on distingue 
avec beauconp de netteté toutes 
les formes du dôme du Goûté. Le 
bassin de Sallenches est très agré- 
able et très-animé. C'est au fond- 
côté du Bonhomme , et sous la 
naissance des collines couronnées 
du mont Blanc , qu'on a découvert 
des sources thermales et minérales 
dont la température est de 31 à 33 
degrés Béaumur. Elles sont main- 
tenant connues sous le nom des 
bains de St-Gervais , distants d'une 
lieue de la ville. Les étrangers y 
vont voir l'établissement et le 



monde qui s'y rencontre. Il y a 
derrière les bâtiments une cascade 
très-curieuse : on la visite pendant 
qu'on se fait préparer à déjeuner 
ou à dîner. 

Bains de St-Gervais. En quit- 
tant Genève pour se rendre à Gha- 
mouni , le voyageur va coucher 
aux bains de St-Gervais ; il y sé- 
journe même quelque temps pour 
en visiter les environs. C'est le che- 
min le plus direct pour Chamouni, 
par la Forclaz et la Prarion; ce 
chemin est beaucoup plus intéres- 
sant à parcourir que la grande 
route. Le panorama du Prarion est 
célèbre à juste tire: on y jouit de 
la vue du mont Blanc, de plu- 
sieurs glaciers, de la vallée de Cha- 
mouni'dans toute sa longueur , 
et d'un grand nombre d'aiguilles 
gigantesques qui s'élèvent de 
toutes parts à l'horizon , comme 
une rangée circulaire d'énormes 
pyramides. Pour faire ce trajet, on 
trouve aux bains de St-Gervais 
des guides et des moyens de 
transport de toute espèce , tels 
que mulets , chevaux , chars , etc. 

Depuis que cet établissement est 
devenu la propriété d'un habile 
médecin de la faculté de Paris , M. 
le docteur de Mey, qui ne cesse 
de l'agrandir et de le perfection- 
ner , ce lieu est devenu un rendez- 
vous très- fréquenté , non-seule- 
ment pour les malades , mais même 
pour les voyageurs que la seule 
curiosité conduit dans les Alpes. 
Depuis le mois de mai jusqu'à la 
fin de septembre, la température 
y est douce et chaude pendant la 
journée; seulement, vers le soir, il 
s'y élève des vents un peu frais 
comme partout ailleurs dans les 
montagnes; néanmoins ces chan- 
gements de température sont infi- 
niment moins brusques et moins 
fréquents à Saint -Gervais qu'en 
beaucoup d'autres endroits , qu'à 
Louësche , par exemple. 

On arrive aux bains de St-Ger- 
vais par une bonne route qui tra- 
verse Sallenches. Pendant le trajet, 
qui est d'une heure et demie, on 



100 



CHAMOUNI. 



admire devant soi la masse nei- 
geuse du mont Blanc, colorée , vers 
le coucher du soleil , de reflets 
magnifiques ; à gauche , les coteaux 
de Passy chargés de vignes , et 
couronnés par les hautes pyrami- 
des de Warens ; à droite les hau- 
teurs de Domency et de Comhloux, 
couvertes de pâturages et de ver- 
gers. Enfin on franchit un pont 
de pierre sous lequel se précipite 
le Donnant; et en remontant ce 
torrent , on entre dans un vallon 
étroit, encaissé entre des rochers 
de six cents pieds d'élévation , 
tantôt nus et ta pic, tantôt incli- 
nés , revêtus de gazon , et ombra- 
gés de hauts sapins qui s'étagent 
les uns au dessus des autres. Au 
fond de ce vallon si pittoresque, 
à [l'endroit où ces deux escarpe- 
ments latéraux se joignent et 
semblent fermer le passage, la 
maison des bains se présente avec 
ses tourelles, ses balcons et ses 
galeries. Dans la bonne saison, 
un mouvement continuel anime ce 
séjour : ce sont des voitures qui 
arrivent ou qui partent , des visi- 
teurs qui parcourent l'établisse- 
ment , des pensionnaires qui se 
promènent dans le jardin , au bord 
du torrent , ou sur les pentes ra- 
pides, ou qui se réunissent en 
aaravanes pour faire des excur- 
sions dans les environs. 

Les bains de St-Gervais sont ef- 
fectivement, parleur position, un 
point central pour beaucoup de 
promenades charmantes. Toutes 
les qualités pittoresques des Alpes 
s'y rencontrent : la "majesté des 
montagnes, l'horreur des ravins 
et des torrents , les recoins gra- 
cieux et verdoyants, l'abondance 
des fleurs alpestres , les sources, 
les cascades. Dans l'enceinte même 
de la propriété , tout près des 
tains, au fond du vallon, vous 
trouverez une cascade qui peut 
passer pour l'une des plus remar- 
quables des Alpes , non par sa hau- 
teur, mais par la masse de ses 
eaux, par le tumulte de ses chutes, 
et par le caractère grandiose et 



sauvage des rochers du milieu 
desquels elle se précipite. Du haut 
de ces rochers, des tilleuls, des 
sapins , des noyers et d'autres 
grands arbres se penchent sur l'a- 
bîme, comme pour en aspirer la 
fraîcheur et l'humidité; en bas, 
l'eau brisée rejaillit en poussière 
fine et blanche, et lorsque, vers 
trois heures de l'après-midi , le so- 
leil l'atteint de ses rayons , cette 
poussière d'eau décompose la lu- 
mière, réfléchit les couleurs de 
l'arc-en-ciel , et semble alors un 
nuage d'or qui se joue sur le fond 
le plus sombre du ravin. Un écho, 
sourd comme un tonnerre loin- 
tain et continu , sort du creux des 
rochers, et accompagne le bruit 
de la chute; de sorte qu'il ne 
manque rien à cette cascade pour 
lui donner un caractère imposant, 
tout-à-fait en harmonie avec la 
majesté des Alpes. C'est le Donnant 
qui la forme ; ce torrent volumi- 
neux descend des environs du col 
du Bonhomme , à dix ou douze 
lieues de St-Gervais ; la couleur de 
ses eaux est blanche; mais pen- 
dant leur course si longue et si 
tourmentée, elles ont été tant 
battues, brisées, pulvérisées par 
les chutes, qu'elles ont absorbé 
une grande quantité d'air , et qu'on 
les préfère pour boisson à celles 
des sources les plus claires. 

A une lieue des bains , la cascade 
de Ghède mérite aussi qu'on la 
visite. Moins majestueuse que celle 
de St-Gervais, elle est plus haute , 
plus limpide , p!us gracieuse à 
voir. Non loin de là , les chutes de 
l'Arve étonnent par leur violence 
et par l'aspect terrible des rochers 
escarpés et noirs qui les entourent. 
C'est en ce lieu que la vallée de 
Sallenches finit par une gorge 
étroite qui la sépare de celle de 
Chamouni : cette gorge , qui ne 
donne passage qu'à la rivière , est 
obstruée de blocs énormes tombés 
des hauteurs voisines , ou trans- 
portés du mont B)anc jusque-là par 
d'anciennes révolutions du globe ; 
la rivière franchit ces obstacles, 



CHAM0UN1. 



101 



et roule en mugissant de chute en 
chute, jusqu'à ce qu'elle ait at- 
teint le fond de la vallée. 

Tous les points élevés qui en- 
tourent les bains offrent des pano- 
ramas sublimes : par exemple à 
Gombloux, on jouit d'une vue 
très-belle du mont Blanc et des 
principales aiguilles qui en conti- 
nuent la chaîne. Mais si l'on veut 
jouir d'un spectacle unique, il 
faut faire l'ascension du mont Joly. 
Une journée suffit, en partant des 
bains , pour visiter cette vaste py- 
ramide isolée , que la nature sem- 
ble avoir placée là tout exprès pour 
servir de belvédère au milieu d'un 
tableau gigantesque. Tous ceux 
qui ont fait cette course s'étonnent 
qu'elle ne soit pas aussi renommée 
qu'elle le mérite. De ce sommet, 
élevé de plus de huit mille pieds 
au dessus de la mer, et pourtant 
facile à gravir , on voit dans pres- 
que toute leur étendue les vallées 
de Ghamouni, de Sallenches, de 
Maglans , de Mont-Joie , de Mégève 
et du Grésivaudan ; le Jura au- 
delà du lac Léman ; les pics nom- 
breux des montagnes du Four, de 
Warens , des Fis, de la Pormenaz , 
du Buet ; le sommet du Prarion : 
et ce spectacle immense est encore 
agrandi et complété par la masse 
colossale du mont Blanc , et des 
nombreuses et inaccessibles pyra- 
mides qui en dépendent , depuis 
l'aiguille du Tour jusqu'au col 
du Bonhomme , c'est-à-dire sur 
une longueur de plus de vingt 
lieues. On voit, du même coup 
d'œil, une rangée de treize glaciers 
effroyables , qui descendent tous 
le long des pentes rapides du 
mont Blanc; on entend gronder, 
d'une distance de trois lieues , les 
fréquentes avalanches de glace 
qui tombent en se brisant ; on voit, 
à l'aide d'une lunette ordinaire, 
les principaux accidents des gla- 
ciers , leurs pyramides, leurs 
escarpements de glace, et leurs 
horribles crevasses. Le glacier de 
Trélatète , vu de ce point, ne le 
cède pas à la mer de glace que 



tout le monde va voir à Chamou- 
ni ; mais un avantage qu'on n'a 
point à Ghamouni, et que le mont 
Joly peut seul offrir dans ces en- 
virons, c'est d'être placé sur une 
pointe absolument isolée de toutes 
parts , et qui permet de parcourir 
des yeux , sur tout le cercle de l'ho- 
rizon , un ensemble de montagnes 
d'une incroyable majesté. Le fa- 
meux panorama qu'on voit du 
haut du Bigi est moins grandiose , 
dans l'opinion de beaucoup de per- 
sonnes qui ont vu l'un et l'autre, 
que celui du mont Joly. 

Tous les environs de St-Gervais 
n'ont pas le même caractère. Il y 
a des sites plus doux , plus riants : 
on les trouve en parcourant les 
chemins à mi-côte , les sentiers 
qui courent d'un village à l'autre , 
parmi des pâturages, des vergers, 
des bois , des champs , des fermes , 
des chalets , sur les croupes arron- 
dies qui forment comme le premier 
échelon de ces montagnes. Des 
sources y jaillissent , des troupeaux 
y paissent; les fleurs, si variées, 
si nombreuses et si belles dans les 
Alpes, y font la décoration du 
paysage , la distraction du prome- 
neur, l'admiration du botaniste. 
Les villages de St-Gervais, de 
Combloux , de Domençy , des 
Plagnes , de Chède , offrent un 
grand nombre de promenades de 
ce genre. Les environs du Donnant 
au dessus de la cascade ; le pont 
du Diable dont l'arche élégante et 
hardie s'élance légèrement de l'un 
à l'autre bord du ravin , à 80 pieds 
au dessus du torrent; le tour des 
Râteaux , les abords du torrent de 
Jaspe ; la pyramide des Fées , sin- 
gulière colonne taillée et arrondie 
par la nature; tous ces lieux qui 
font l'entourage immédiat des bains 
varient sans lin les points de vue , 
et fournissent des promenades tou- 
jours nouvelles et toujours inté- 
ressantes. 

Nous ne pouvons nous dispen- 
ser de dire aussi quelques mots des 
eaux thermales qui ont fait créer 
cet établissement. 



102 



CHAMOUNÎ. 



11 y a à St-Gervais neuf sources 
minérales, dont quatre grandes, 
ou sources-mères , et cinq petites. 
Leur température , constante pour 
chacune d'elles, est de 18°, 29°, 
35°, 37°, 39°, 42° C. Ces eaux sont 
de nature saline ( sulfate de soude 
en grande proportion et hydro- 
chlorate de soude et de magnésie) ; 

GÉLATINEUSE et SULFUREUSE (g!ai- 

rine , substance végéto-animale , 
en grande abondance, mêlée de 
soufre); gazeuse (gaz d'azote, 
acide sulfurhydrique et carboni- 
que , de l'air plus pur que l'air 
atmosphérique). On y trouve aussi 
du pétrole dissous à l'aide de sels 
terreux , et plusieurs autres sub- 
stances en moindre quantité, telles 
que carbonate et sulfate de chaux, 
etc. En outre, comme le chlorhy- 
drate de soude qui s'y .trouve en 
assez grande quantité contient 
ordinairement de l'iode , il est plus 
que probable que ces eaux en con- 
tiennent aussi. 

Ces eaux ont donc l'avantage 
remarquable de réunir en grande 
quantité dans une même source 
thermale ces trois substances mi- 
néralisatrices principales, le soufre, 
le sel purgatif et la substance végé- 
to-animale. Ce fait n'a pas encore 
été observé ailleurs; les autres 
eaux minérales ne contiennent 
d'ordinaire qu'une, ou tout au 
plus deux de ces substances en 
quantité notable. 

C'est d'après ces principes que 
les eaux de St-Gervais sont toni- 
ques , stimulantes , diurétiques , et 
qu'elles sont efficaces dans les af- 
fections et les engorgements chro- 
niques dépendant de la faiblesse soit 
du système nerveux ou muscu- 
laire , soit du système sanguin ou 
lymphatique. Quant à leur appli- 
cation aux diverses maladies , St- 
Gervais présente aussi une réunion 
d'avantages qu'on ne trouve point 
ailleurs. Les autres établissements 
se renferment dans une spécia- 
lité, pour ainsi dire; les uns se ser- 
vent principalement de la piscine ; 
les autres n'ont que des bains ou 



des douches. A St-Gervais , grâce 
aux améliorations que M. le doc- 
teur de Mey ne cesse d'introduire, 
tous ces modes d'application sont 
également pratiqués ; et en outre 
on y trouve des courants d'eau 
continus pour le traitement des 
organes internes , des courants ou 
douches de vapeurs , etc. 

Les bains de St-Gervais sont si- 
tués à 130 lieues de Paris; c'est à 
peu près la distance de Paris à 
Lyon ; à 12 lieues est-sud-est de Ge- 
nève , et à 5 lieues ouest-sud-ouest 
de Chamouni. Deux diligences 
partent tous les jours de Paris 
pour Genève ; l'une des deux con- 
tinue sa route jusqu'aux bains de 
St-Gervais. Outre ce moyen de 
transport de Genève aux bains , la 
poste royale et un grand nombre 
de voitures particulières parcou- 
rent cette route. Le prix de la pen 
sion est de huit francs par jour, 
y compris l'usage des eaux , en 
bains, douches, etc. La table est 
excellente , et les logements com- 
modes et agréables. 

On trouve une notice plus dé- 
taillée sur les bains de St-Gervais 
et les environs , chez Camus , li- 
braire , rue Cassette , 21 . 

§ 5. De St-Martin a Servoz , 

3 h. 

Passy , 45 m. 

Chède , 1 h. 

Lac de Chède , 20 

NantNoir, 15 

Servoz , 30 

Au Bouchet , 10 

Route. On entre, au sortir de 
Saint -Martin , dans une route rec- 
tiligne dirigée au sud , qui suit le 
fond de la vallée jusqu'à Chède; 
elle est souvent détruite par les 
débordements de l'Arve. Ce che- 
min est preque partout inégal et 
tortueux. 

Passy, qu'on laisse sur la gau- 
che , est un beau et grand village 
bâti sur les ruines d'une ville ro- 
maine ; on n'en voit que le clocher, 
qui sort du milieu des arbres. Ses 



CHAMOUNl. 



103 



vins bîàncs sont les meilleurs de la 
côte de l'Arve; ses fruits secs sont 
fort estimés. On montre dans l'é- 
glise quelques inscriptions ro- 
maines bien conservées. 

Chède est un hameau situé au 
pied de la montée de ce nom , non 
loin de TArve; la cascade de Chède 
est à gauche du chemin, un peu 
avant d'arriver au village. Elle est 
moins haute , mais bien plus 
abondante que celle d'Arpenaz ; 
un joli sentier y conduit. On dirige 
sa marche à l'est , et l'on gravit 
une vallée étroite et sauvage qui 
conduit à Servoz ; la route tra- 
verse les lits de plusieurs torrents, 
et des forêts de sapin et de hêtre. 

Servoz et le Bouchet se trou- 
vent chacun à une des extrémités 
d'une plaine qui les sépare. Le 
Bouchet renferme l'église et l'au- 
berge. Des deux endroits on a une 
magnifique vue sur le mont Blanc. 
Il y a aux environs des mines de 
cuivre, de plomb et de fer, dont l'ex- 
ploitation a été abandonnée comme 
d'un trop faible rapport. Cette con- 
trée est riche en beaux cristaux. 

Aspects et Points de vue. Plus 
on pénètre dans ces vallées , plus 
les contrastes sublimes que pré- 
sentent les masses colossales qui 
entourent le voyageur l'intéressent 
et le frappent. 

Lac de Chède. Mille beautés de 
détail se présentent sur cette route; 
mais le joli lac de Chède, dont les 
eaux limpides reproduisaient le 
mont Blanc et les montagnes d'a- 
lentour, n'existe plus. Il a été 
comblé par une avalanche de 
pierres survenue en 1837. Le che- 
min passe maintenant au milieu 
de son lit; un petit filet d'eau en 
fait reconnaître la place. 

JYants. On traverse plusieurs 
nants ou torrents qui descendent 
des montagnes ; ils grossissent 
quelquefois avec une telle rapidité, 
en entraînant une boue noire pro- 
venant des débris des ardoises 
décomposées, qu'on court souvent 
risque de périr avant de pouvoir 
les éviter. 



JYant IVoir. A environ 8 /* 
d'heure de Chède , on traverse le 
JYant Noir , qui creuse une ravine 
profonde, et dont le passage est 
quelquefois très-difficile. Ce torrent, 
ordinairement peu considérable , 
grossit et se déborde après les fortes 
pluies, et intercepte les communi- 
cations pendant des jours entiers ; 
l'aridité de ses rives atteste ses 
ravages. On traverse ensuite une 
forêt dont le fonds est de tuf jau- 
nâtre. 

Hauteur. L'aiguille de Varena , 
à 1,388 toises sur la mer. 

Archéologie. Le portail de l'é- 
glise de Passy offre un monument 
qui peut intéresser la curiosité des 
antiquaires. Ce sont deux ex-voto , 
qui sont gravés sur le marbre , et 
qu'on a trouvés en bâtissant l'é- 
glise. 

N°l. 

MARTI 

AYSVG1US AF 

VOLTVATVRVS 

FLAMEN AVGy 

II. V1R AERARI 

EX YOTO. 

C'est un prêtre qui, chargé de 
l'intendance du trésor , rend grâce 
au dieu Mars. 

MARTI AVG 

PRO SALVTE 

IAVIBI. Ly FIL 

FLAVI1VI 

LUIBIVS VESTINVS 

PATER 

II. V1R. 1VR. D1C 

III. VIR. LOC. PP 
EX YOTO. 

C'est un ancien gouverneur qui 
rend grâce au dieu Mars de ce qu'il 
a sauvé son fils d'un grand danger. 

M. Bourit interprète ainsi l'in- 
scription : 

1° Marti Aulus Isugius, Auli 
films flamen Augustati II, vif 
œrari ex voto. 



104 



GHAMOUNI. 



2° Marti Augusto pro salute 
Luc il Vibii, Lucîi filii Flavini 
Lucius Vibius f^estinus pater 
duumvir loco publico posait ex 
voto. 

§ G. De Servoz ad Prieuré de 
Ghamouni , 3 h. 

l re Route. 

Du Bouchet à rétablissement des 

Mines, 10 m. 

Pont Peiissier, 25 

Nant de Nayin , 45 

Aux Ouches , 10 

Pont de Perolata, 1 h. 

(Ghamouni , 30 

De Seryoz au Prieuré , 3 h. 30 m. 

2 e Route. 



Foully, 


1 h. 30 m 


Pont de Perolata » 


1 30 


Prieuré, 


30 



l re Route. On traverse le torrent 
de Dioza sur un pont de bois , près 
duquel s'élève le monument élevé 
à M. Escher > mort le 7 avril 1800, 
en gravissant le Buet, faute d'avoir 
suivi les directions de son guide. 
Sur ia droite on aperçoit les ruines 
du château de St-Michel. Le pont 
Peiissier est à l'extrémité méridio- 
nale de la vallée de Servoz et près- 
que au commencement de celle de 
Ghamouni. Les montagnes que 
l'on suit à gauche en y allant sont 
les bases des rochers de Salles ; cel- 
les de Pormenaz, qui bornent la 
vallée au N., puis la montagne de 
Fer, qui forme l'extrémité 0. de la 
chaîne du Breven ; on décrit en les 
suivant une portion de cercle dont 
l'Arve est la corde. Après le pont 
on gravit un chemin rapide, appelé 
les Montées , laissant l'Arve à 
gauche. La vallée est fort étroite 
jusqu'à ce que l'on ait fait le pas- 
sage des Montées , pendant lequel 
on se dirige au S. On tourne en- 
suite, et on entre seulement alors 
dans la vallée de Ghamouni , diri- 



gée du S.-O. au N.-E. Le Nant de 
Nayin , que l'on passe , a creusé 
une profonde ravine qui est quel- 
quefois dangereuse à traverser. Les 
Ouches sont une des trois paroisses 
de la vallée. Ge village , dont les en- 
virons sont bien boisés et fertiles, a 
une assez bonne auberge. De cet en- 
droit on aperçoit le haut clocher 
de l'église du Prieuré. Le premier 
torrent que l'on traverse ensuite 
s'appelle la Cria-, il vient du gla- 
cier de Gria , que l'on voit à droite 
à une grande hauteur. Une demi- 
heure plus loin , on traverse le 
torrent du Taconay , qui descend 
du glacier de ce nom : c'est le se- 
cond glacier que l'on voit à sa 
droite , et qui descend plus bas que 
le premier. Un */ 4 de lieue plus 
loin , le torrent des Bossons des- 
cend du beau glacier de ce nom , 
qui vient encore plus bas dans la 
vallée que les autres. Dans le loin- 
tain , au-delà du Prieuré, on dis- 
tingue le superbe glacier des Bois. 
On traverse ici de nouveau l'Arve 
pour suivre sa rive gauche jusqu'au 
Prieuré. Après le pont sur l'Arve , 
on trouve de belles sources qui 
sortent de la chaîne du Breven , et 
qu'on dit être l'écoulement du lac 
de ce nom. 

Le Prieuré , plus connu sous 
le nom de Chamoum , est le chef- 
lieu de cette vallée ; c'est un grand 
bourg bien bâti , qui présente l'as- 
pect de l'activité et de l'aisance ; il 
est situé au pied du Breven et sur 
la pente d'un coteau provenant des 
débris de cette montagne , qui le 
domine au N.-O. Ghamouni est au 
bord de l'Arve. 

Eglise. L'église de Ghamouni 
est clans la plus heureuse position: 
placée à l'extrémité supérieure de la 
place publique , elle domine le 
bourg et ne l'est elle-même que par 
le Breven. Sans être régulière , elle 
est jolie, avec son petit clocher 
élancé et aigu ; elle vient d'être 
complètement restaurée :1e maître- 
autel est du en partie à la compa- 
gnie des guides, qui a fait don 
d'une somme de deux mille francs 



CHAMOUNL 



iù5 



pour son érection ; sa grandeur , 
son luxe de dorure et les petites 
statues qui le décorent le rendent 
fort remarquable. Cette église est 
dédiée à saint Michel-Archange , 
patron de Chamouni. 

Nous devons les renseignements 
qui suivent à l'obligeance de ma- 
demoiselle d'Angeville , qui, en 
1838, entreprit, avec un courage 
vraiment héroïque , l'ascension si 
périlleuse du mont Blanc. Notre 
aimable et intrépide compatriote 
quitta Chamouni le 3 septembre, 
exécuta son ascension le 4 et le 5 , 
et supporta les fatigues extraordi- 
naires de ce voyage avec une force 
au dessus de son sexe. Mademoi- 
selle d'Angeville est la première 
Française qui ait eu la gloire de 
réussir là où nombre de touristes 
réputés intrépides avaient échoué. 
Cette ascension remarquable lit épo- 
que. Une seule femme jusqu'alors 
l'avait entreprise et exécutée : c'est 
Marie Paradis , qui est fort âgée 
maintenant et habite Chamouni. 
Ajoutons que mademoiselle d'An- 
geville se propose de publier inces- 
samment une relation complète de 
son intéressant voyage. 

Hôtels. On lit dans les écrits 
de M. de Saussure , qu'à l'époque 
où il alla pour la première fois à 
Chamouni (1760), et même quatre 
à cinq années plus tard , il n'y 
avait encore point d'auberge logea- 
ble, mais seulement un ou deux 
misérables cabarets semblables à 
ceux qu'on trouve dans les villages 
les moins fréquentés. Depuis lors , 
quels progrès ! Plusieurs beaux 
hôtels se sont successivement éle- 
vés et offrent aux voyageurs tout 
ce qu'ils peuvent désirer sous le 
rapport des logements, du service, 
du confortable et des prix; un coup 
d'œil sur chacun de ces établisse- 
ments ne sera pas sans utilité poul- 
ies étrangers k qui visitent Cha- 
mouni. 

L'Hôtel de V Union est le pre- 
mier qu'on voit en arrivant du 
côté des (Juches • c'est un grand 
et vaste bâtiment tourné au levant, 



et dont les fenêtres de la principale 
façade ont la vue du mont Blanc 
et de toutes les aiguilles. 

Cet hôtel (élevé en 1817) appar- 
tient à MM. Charlet et Simond , et 
il est l'un des plus renommés de la 
vallée de Chamouni. 22 personnes 
y sont attachées à titres divers : 
on pourrait peut-être désirer que 
dans le nombre il se trouvât une 
habile femme de chambre, à même 
de faire un service leste et régulier 
auprès des dames ; mais à part 
cela , on est parfaitement servi. Les 
chambres bien tenues, des salles a 
manger à chaque étage , des dî- 
ners de table d'hôte à 1 , & et 
9 heures. La facilité de faire ses 
repas chez soi , au moment où il 
convient , en prévenant quelques 
instants d'avance. Salle de billard; 
journaux français et anglais; des 
sommeliers parlant plusieurs lan - 
gués afin de pouvoir s'entendre 
avec les étrangers qui ne sauraient 
pas celle du pays. Enfin , tous ceux 
qui ont logé dans cet hôtel (moi 
compris) se louent des soins qu'on 
y reçoit et même de la carte finale. 

Outre les avantages que je 
viens d'énumérer, l'hôtel de l'U- 
nion en a un très-appréciable , 
surtout dans la belle saison : c'est 
celui de posséder dans le jardin 
même de l'hôtel un établissement 
de bains d'eau minérale sulfureuse. 
L'analyse qui en a été faite a prouve 
que cette source pouvait rivaliser 
avec les eaux les plus réputées; et 
les observations de plusieurs mé- 
decins constatent l'efficacité de son 
emploi , soit à l'extérieur , soit à 
l'intérieur. La réputation de ces 
eaux est destinée à s'étendre de 
manière à appeler un jour à Cha- 
mouni , non-seulement les ama- 
teurs des beautés de la nature , 
mais encore des malades qui vou- 
dront chercher la santé dans celte 
belle et pittoresque vallée. 

L'Hôtel de Londres et d'An- 
gleterre était jadis l'un de ces ca- 
barets dont parle M. de Saussure; 
il fut érigé en hôtel il y a soixante 
ans environ , et passa en 1819 
6* 



100 



CHAMOUNI. 



entre les mains de M. Victor Tair- 
raz, propriétaire actuel, qui lui a 
donné un très-grand développe- 
ment. Pendant mon séjour à Cha- 
mouni , j'ai visité ce bel hôtel; il 
a cour, jardin, superbes dépen- 
dances , est situé sur le bord de 
l'Ane et dans la position la plus 
avantageuse , ayant quatre faces 
chacune sur des vues différentes. Il 
y a près de quarante chambres , 
toutes parfaitement aérées et te- 
nues avec une exquise propreté. 
(Vue magnifique du mont Bianc.) 

Les personnes qui aiment les 
souvenirs peuvent demander à 
voir la chambre où ont logé succes- 
sivement les deux impératrices 
Joséphine et Marie -Louise , la 
reine-mère de JYaples , le prince 
héréditaire de l'Autriche devenu 
empereur, le roi de Bavière , et la 
grande-duchesse Constantin. 

Le propriétaire de cet hôtel ayant 
été guide lui-même , peut donner 
aux voyageurs tous les renseigne- 
ments désirables; il a fait l'ascen- 
sion du mont Blanc avec la pre- 
mière femme qui parvint à le gra- 
vir (nommée Marie Paradis). Les 
prix sont modérés, le service par- 
fait. Les employés parlent diffé- 
rentes langues. 

L'Hôtel de la Couronne , élevé 
en 1832, et tenu par M. Joseph 
Tairraz , ex-guide chef , est situé 
sur la place de Chamouni , au cen- 
tre des bureaux du guide-chef, de 
la poste, des cabinets d'histoire 
naturelle , et près des bains. Il 
peut contenir quarante à quarante- 
cinq voyageurs. De son belvédère, 
le seul qui existe à Chamouni , on 
jouit des points de vue les plus 
beaux et les plus variés. On y dé- 
couvre le panorama entier des gla- 
ciers du mont Blanc et des aiguilles. 

Le service s'y fait avec célérité 
par des personnes parlant plusieurs 
langues; il y a table d'hôte à trois 
heures différentes, de petits et 
grands salons pour les personnes 
qui désirent être servies en parti- 
culier. Prix modérés. 

Hôtel du IVord ( autrefois hôtel 



d'Angleterre), tenu par MM. Char- 
let et Simond, propriétaires de 
l'hôtel de l'Union , auquel il sert de 
succursale. Cet hôtel se recom- 
mande spécialement aux familles 
et aux personnes qui veulent faire 
à Chamouni un séjour prolongé. Il 
jouit de la plus belle exposition. 

Hôtel de la Tour. Belle exposi- 
tion. 

On trouve des guides à chacun de 
ces hôtels. 

Salon pour les étrangers. Une 
chose manquait k Chamouni , 
c'était un lieu de réunion pour les 
voyageurs de tous les hôtels. MM. 
Charlet et Simond ont eu l'heu- 
reuse pensée de créer un établisse- 
ment de ce genre , avec salle de 
billard , vaste salon , cabinet de 
lecture. Cet établissement aura 
l'avantage d'offrir aux étrangers 
les plaisirs de la société , au lieu 
d'être solitairement reclus les jours 
de pluie , ou même pendant les 
heures inoccupées qui suivent une 
course. C'est une amélioration bien 
notable, pour l'agrément des voya- 
geurs , que la création de ce salon. 

Compagnie des Guides. Une 
partie très-importante de l'admi- 
nistration est sans contredit la for- 
mation de la compagnie des guides. 
Jusqu'en 1823, il n'y avait aucun 
règlement à ce sujet; était guide 
qui voulait. Chaque voyageur choi- 
sissait, à la réputation ou au hasard, 
celui qui devait l'accompagner dans 
des courses souvent périlleuses. 

Le gouvernement sarde inter- 
vint, et , dans l'intérêt même des 
voyageurs , il établit un système 
régulier dans ce service , en créant 
une compagnie des guides divisés 
en classes , et en fixant les attribu- 
tions et les devoirs par un règlement 
en date du 9 mai 1823. Comme il a 
subi beaucoup de modifications de- 
puis cette époque, je ne parlerai 
que de l'organisation actuelle. 

La compagnie se compose de 
quarante guides de première 
classe , reconnus expérimentés , 
instruits , et d'une bonne moralité; 
et de trente guides de seconde 



CHAMOUNI. 



107 



classe , nommés porteurs , qui , 
sans avoir atteint le même degré 
d'expérience, sont pourtant jugés 
capables de conduire les voyageurs 
sur les divers points de la vallée 
et les glaciers ; c'est dans cette 
seconde catégorie des guides que 
se recrute la première. Pour être 
admis dans l'une ou dans l'autre, 
il n'est pas nécessaire d'être de 
Cliamouni même, il suffît d'être 
habitant de la commune» La com- 
pagnie a un guide-chef dont la 
résidence fixe est à Cliamouni , et 
le service tout sédentaire ; il con- 
siste à procurer sans retard aux 
voyageurs les guides dont ils ont 
besoin , à surveiller la conduite de 
ceux-ci vis-à-vis des étrangers 
qu'ils accompagnent , et à diriger 
le service conformément aux règle- 
ments. Les courses sont divisées en 
trois catégories : la première com- 
prend les courses ordinaires , telles 
que le Montanvert, la {légère, le 
Breven , et elles sont rétribuées à 
raison de six francs par jour, sans 
que la nourriture du guide soit à la 
charge du voyageur ; la seconde 
comprend les courses extraordi- 
naires, telles que le Buet , le 
Jardin , le Col du Géant , et géné- 
ralement toute excursion dans la 
région des neiges éternelles. Cette 
espèce de course se paie dix 
francs par jour; et toutes les fois 
qu'il y a lieu de porter des vivres , 
la nourriture du guide est à la 
charge du voyageur qu'il accom- 
pagne. La troisième catégorie est 
l'ascension du mont Blanc , qui a 
des règlements à part. Dans les 
courses ordinaires et extraordi- 
naires , les guides sont obligés de 
marcher d'après l'ordre progressif 
du rôle ; dans l'ascension , le 
voyageur choisit sur toute la com- 
pagnie ceux dans lesquels il a 
confiance : il ne peut en avoir 
moins de quatre , et presque tou- 
jours il y en a cinq ou six, sans 
compter les porteurs de bagage. Le 
premier jour ces guides ont droit 
d'acceptation ou de refus , sans 
encourir l'amende portée contre 



ceux qui intervertissent leur tour , 
ou les graves punitions de ceux 
qui refuseraient de faire leur ser- 
vice lorsqu'ils en sont requis. 

2 e Route. On peut, depuis Chè- 
de, prendre une autre route pour 
aller à Cliamouni. On descend au 
Pont-aux-Chèvres, situé au dessous 
de Chède , et qui offre un point de 
vue infiniment pittoresque; de là 
on entre dans le vallon du Chàte- 
lard , que l'on suit jusqu'au pont 
Pelissier. 

aspects et Points de vue. La 
gorge étroite des Montées offre les 
plus beaux aspects dans le genre 
sauvage. Ce chemin rapide, taillé 
dans le roc ; les rochers perpendi- 
culaires qui le dominent à droite; 
l'Arve coulant sur la gauche , et se 
précipitant avec fracas au milieu 
des sapins et des méièzes qui crois- 
sent dans cet étroit défilé ; la coupe 
presque verticale de la montagne 
de Fer , teinte çà et là de couleur 
métallique , et dont l'Arve ronge et 
dégrade le pied : tout cet ensemble 
rend ce passage aussi sauvage que 
sublime. Tout-à-coup la vallée de 
Cliamouni s'élargit et s'ouvre à vos 
regards. Les aiguilles neigées sur 
la droite semblent être les appuis 
colossals du mont Blanc ; en face , 
l' Aiguille-Verte, à laquelle l'aiguille 
du Dru est appliquée; à gauche, le 
Breven. Ces glaciers descendent la 
vallée jusqu'au pied des maisons; 
cette vallée est riche et peuplée. 

Hauteurs. L'établissement des 
mines, 428 toises au dessus de la 
mer. 

La plus haute pointe de Porme- 
naz , 1,147 toises. 

Les mines de Pormenaz , 1,028 
toises. 

Cliamouni , 525 toises. 

Le mont de Lachen , au S.-O. de 
Cliamouni, 1,077 toises. 

VALLÉE DE CHAMOUNI. 

CHAMOUNI ( la vallée de) , située 
dans la Savoie. Elle est éloignée de 
tous les grands chemins, isolée et 
pour ainsi dire séparée du reste du 



JOS 



CHAMOUNÏ. 



monde; elïe forme une vallée lon- 
gitudinale clans la direction du N.- 
E. au S.-O. de 4 à 5 1. de longueur 
sur une largeur de 15 à 30 m. 
L'Arve la parcourt d'un bout à 
l'autre. Elle est barrée au N,-E. par 
le col de Balme , et au S.-O. par les 
monts de Lâcha et de Vaudagne, 
Le mont Brève n et la chaîne des 
Aiguilles-Rouges régnent au nord 
de la vallée. Au sud on voit s'élever 
les groupes gigantesques du mont 
Blanc, de la base duquel quatre 
énormes glaciers ( ceux des Bossons, 
des Bois , d'Argentière et du Tour) et 
deux glaciers moins considérables 
(ceux de Gria et de Taconnay) des- 
cendent jusque dans la vallée. 

Découverte de cette vallée. Cette 
vallée, si singulièrement intéres- 
sante, dans laquelle on voit la 
montagne la plus élevée de l'an- 
cien monde , est demeurée entière- 
ment inconnue jusqu'en 1741. Ce 
fut alors que le célèbre voyageur 
Pocock et un autre Anglais nommé 
Windham la visitèrent, et don- 
nèrent à l'Europe et au monde en- 
tier les premières notions d'une 
contrée qui n'est qu'à 18 lieues de 
distance de Genève. 

Curiosités et Productions. Cha- 
mouni est à 2,040 p. au dessus du 
lac de Genève, ou à 3,150 p. au 
dessus de la mer. L'hiver y dure 
depuis le mois d'octobre jusqu'en 
mai. On y volt communément trois 
pieds de neige pendant cette sai- 
son ; mais au village du Tour (le 
plus haut de la vallée ) la neige 
s'accumule à 12 p. de hauteur. En 
été le. thermomètre est à midi en- 
tre 14 et 17° ; il est très-rare qu'il 
s'élève à 20. Le matin il est com- 
munément à 9° , de sorte qu'il y 
fait très-frais. Au milieu de l'été il 
survient souvent des jours si froids 
que l'on ne saurait se passer de 
feu. L'air est généralemont sain. 
La vallée contient des champs , des 
prés , des pâturages alpestres , des 
bois et quelques vergers plantés 
d'arbres fruitiers robustes , tels 
que le cerisier à fruit noir. On y 
recueille en grande quantité des 



fraises , des framboises et des gro- 
seilles. Ce pays produit aussi un 
miel délicieux, remarquable par sa 
blancheur parfaite et son parfum 
aromatique. Les montagnes nour- 
rissent des chamois, des bouque- 
tins, et , dans les parties les plus 
élevées, des marmottes, des coqs 
de bruyère et plusieurs autres es- 
pèces d'oiseaux très - recherchés 
comme gibier. 

On peut faire le voyagea cheval 
de Chamouni au pied méridional 
du mont Blanc. On peut même 
faire huit lieues en char , en pas- 
sant par les bains de Saint-Gervais, 
les Contamines jusqu'à Notre-Dame 
de la Gorge, C'est ici qu'on peut 
entreposer les chars ; les guides at- 
tachés aux bains se munissent de 
selles pour hommes et pour femmes, 
pour s'en servir à volonté. 

Vue du mont Blanc et des mon- 
tagnes voisines. Du Prieuré on 
voit au sud la chaîne du mont 
Blanc ; d'abord on distingue tout-à- 
fait au S.-O. l'aiguille du Goûté; 
puis au S.-E. de cette pointe le 
dôme du Goûté et le sommet du 
mont Blanc, qu'on nomme ajuste 
titre la Bosse de Dromadaire. Cette 
sommité est tellement reculée vers 
le sud, que l'on prend volontiers 
le dôme du Goûté pour le vrai 
sommet du mont Blanc : ce n'est 
que sur le mont Breven , ou sur le 
col de Balme, que l'on se trouve 
à portée de se détromper à cet 
égard, A l'est du mont Blanc on 
aperçoit les aiguilles du Midi, du 
Plan , de la Blaittière, de Charmoz , 
de la Fourche et du Dru. Ces ai- 
guilles granitiques ont à peu près 
toutes 8,232 p. au dessus du village, 
et 11,400 p. au dessus de la mer; 
le sommet du mont Blanc est à 
1,432 p. au dessus du Prieuré, et 
14,700 au dessus de la mer, selon 
M. de Saussure. 

Botanique. Cette vallée offre une 
foule de belles plantes : on en trouve 
surtout près de la source de l'Ar- 
veyron , au Montanvert, à St-Ger- 
vais, à la Forclaz, au Prieuré, à 
Cluse , à Servoz, 



*w*nr of fJmm 



CHAMOUNÎ. 



Ï00 



§ 7. De Chamouni au sommet du 
Breven, 5 heures. 

Chalet de Plîampra , 3 h. 

Au Couloir, 1 

Sommet du Breven , 1 

Le Breven , qui appartient à la 
chaîne des Aiguilles-Bouges dont 
il est une des "sommités les plus 
élevées, est situé à peu de distance 
au N.-O. du Prieuré. Sa cime nue 
et complètement isolée est coupée 
à pic du côté de la vallée. Son 
flanc présente plusieurs étages 
d'escarpements , avec des traces 
d'éboulements dans sa partie infé- 
rieure; la structure de cette mon- 
tagne fait craindre que ces écoule- 
ments ne soient pas encore arrivés 
à leur terme. 

Le Breven est entièrement dé- 
garni de bois ; quelques pâturages 
se voient seulement sur un petit 
terre-plein, situé à peu près au 
milieu de la montée. 

On n'y rencontre presque pas de 
sources. La plus grande partie des 
eaux produites par les pluies et les 
neiges s'y échappe par torrents sans 
pénétrer le sol. L'ascension du Bre- 
ven, quoique exempte de danger, 
est une course fatigante qui ne 
peut être conseillée indistincte- 
ment à tous les voyageurs. 

Route. On monte d'abord pen- 
dant les trois quarts du chemin de 
Pliampra , sur les débris tombés et 
roulés de la tête du Breven; on 
gravit ensuite une montée rapide 
et herbeuse, qui mène à Pliampra, 
chalet situé au milieu d'une grande 
prairie en pente douée. Au bout 
d'une heure, depuis Pliampra, on 
arrive au pied d'un rocher de 40 
à 50 p. de haut , où il faut gravir 
par un couloir ou cheminée ouver- 
te. Ce passage est assez mauvais ; 
mais à un demi-quart de lieue plus 
au N. on en trouve un plus com- 
mode. Ce rocher escaladé, il y a 
une pente douce jusqu'au sommet. 

aspects et Points de vue. La vue 
du Breven est une des plus belles 



que l'on puisse trouver , et il est 
impossible d'avoir une idée de 
l'ensemble de la vallée de Chamou- 
ni et de la chaîne du mont Blanc , 
si on n'y a pas été. 

Celle de Pliampra n'est pas aussi 
belle ; mais ceux qui ne pourront 
pas monter jusqu'au Breven doi- 
vent au moins s'élever jusque-là. 
On trouve au chalet placé dans 
cet endroit de l'eau fraîche, du 
laitage , un abri contre l'ardeur du 
soleil ou le mauvais temps , et 
même un gîte , lorsqu'on est obligé 
d'y passer la nuit. 

Minéralogie. Les débris sur les- 
quels on monte pendant long- 
temps sont des rochers feuilletés . 

Les Aiguilles-Rouges , rochers 
situés à une demi-lieue au N. de 
Pliampra , sont d'un granit veiné. 

Le sommet du Breven est aussi 
composé d'un granit dont les cou- 
ches ont la direction de l'aiguille 
aimantée et sont verticales. 

Tout le sommet du Breven est 
couvert de blocs et de débris en- 
tassés , de la nature même de la 
montagne. 

Hauteurs. Le chalet de Pliampra, 
1,061 toises au dessus de la mer. 

Le Breven, 1,306. 

Pour redescendre du Breven on 
peut prendre le chemin par lequel 
on est monté , et qui est également 
pénible clans les deux sens. 11 y en 
a un autre moins fatigant, mais 
plus long de deux heures et demie 
de marche ; il suit le revers de la 
montagne , et ramène au Prieuré 
par la "vallée de Servoz. On passe 
auprès du petit lac de Breven, 
produit de la fonte des neiges qui 
s'accumulent près de la cime. De 
cet endroit on gagne le hameau de 
Chaillod, le village de Coupeau, 
les Ouches et le Prieuré. 

§8. De Chamouni au Montanvert, 
2 h. 30 m. 

La Fontaine, 1 h» 15 m. 

Le Montanvert , 1 15 

Route. Du Prieuré on traverse 



110 



CHAMOUNI. 



l'Arve sur un pont de bois, et on 
va joindre à travers les prairies le 
pied de la montagne : on entre 
dans une forêt de sapins et de mé- 
lèzes , et l'on monte par un sentier 
plus ou moins rapide ; on trouve 
à moitié chemin une fontaine ap- 
pelée Caiilet, qui sort du pied des 
rochers. A une petite lieue de 
marche depuis la fontaine , on tra- 
verse une ravine qui a été creusée 
par les avalanches , et tout de suite 
après on trouve deux sentiers pour 
aller au Moutanvert : l'un à droite, 
étroit et scabreux; l'autre à gau- 
che , large et sûr, qui est plus long. 
Des améliorations considérables 
faites à ce chemin permettent de 
se servir de mulets jusqu'au som- 
met de la montagne. Au haut de 
la pelouse qui domine le Moutan- 
vert, est un pavillon aujourd'hui 
dégradé, et qu'en 1795 éleva M. 
Jacquet, sculpteur distingué de 
Genève , aux frais du résident de 
France 2 M. Félix Desportes. Le 
château de Blair, ainsi nommé de 
l'Anglais qui le construisit, est un 
peu au dessous , et sert maintenant 
d'écurie aux vaches. Une auberge 
ouverte durant la saison des cour- 
ses aux montagnes, reçoit les voya- 
geurs, qui sont bien hébergés, eux, 
leurs guides et leurs montures. 

Le pâturage est situé précisé- 
ment au pied de l'aiguille d 3 Char- 
moz, et au dessus de la partie in- 
férieure de la mer de glace, appe- 
lée glacier des Bois; on descend 
sur la glace par un sentier étroit 
et scabreux. 

Depuis le Montanvert , on peut 
suivre le glacier , et venir , par une 
descente nommée la Féiia, à la 
source de l'Arveyron ; mais elle est 
fatigante et difficile. 

Aspects et Points de vue. Lors- 
qu'on s'élève sur le Montanvert, 
on jouit , à travers les échappées 
du bois , de la vue de la vallée de 
Chamouni. En y arrivant , la scène 
change tout-à-coup : on a à ses 
pieds une vallée immense de glace, 
et , vis-à-vis , des montagnesélan- 
cées, nues et arides. 



L'obélisque le plus apparent, et 
qui se présente en face du Mon- 
tanvert, est l'aiguille du Dru, que 
sa grande hauteur, sa ligure coni- 
que et sa position font aisément 
reconnaître. Sur la gauche du Dru, 
on voit l'aiguille du Bochard , 
moins élevée : plus loin et plus à 
droite, vers le fond de la vallée, 
s'élève l'aiguille du Couvercle; au 
dessous , on voit le glacier qui dans 
sa partie inférieure porte le nom 
de glacier des Bois , parce qu'il va 
se terminer dans la plaine, près 
du hameau des Bois. Au S.-E., au 
fond du glacier, on découvre les 
Périades, au pied desquelles cette 
vallée de glace se divise en deux 
branches : l'une va droit joindre 
le Tacul , l'autre forme le glacier 
de Léchau. 

Cette immense vallée ressemble 
de loin à une mer de glace qui au- 
rait gelé au moment d'un orage. 

Hauteurs. Le Montanvert est à 
954 toises au dessus de la mer. 

L'aiguille du Dru, à 1,422 toises 
sur la vallée , mesurée trigonomé- 
triquement. 

Guide. M. Walhs vante beau- 
coup Michel Paccard pour faire ' 
cette ascension. 



§ 9. Descente du Bzieven a 
Chamouni, G h. 20 m. 



Du sommet du Bre- 
ven au lac , 40 m. 

Chaiïloux, 1 h. 35 

Au Coupeau , 1 35 

Aux Ouches , 1 

Au Prieuré , 1 30 

Pour redescendre à Pliampra , 
on peut, en tirant un peu au nord, 
passer par un couloir moins rapide 
queleprécédent; et pour revenir de 
Pliampra au Prieuré , on peut en- 
core varier la route en en prenant 
une au N.-E. plus longue et plus 
pénible. 

Dans cette descente, on ne trouve 
"Hitére^sant qu'un rocher situé 



CHAMOUNI. 



111 



au dessus du chalet de la Parse. 
C'est un grand bloc qui ne tient 
point au terrain, mais qui est roulé 
du haut de la montagne , et s'est 
arrêté au milieu d'une belle prai- 
rie. Sa hauteur est d'environ 30 
pieds (10 mètres), son diamètre 
de 20 pieds ( 6 mètres). Du côté 
sud-est , il est revêtu d'une espèce 
d'écorce , composée de couches ar- 
quées et concentriques d'une roche 
de corne noirâtre assez dure , mê- 
lée de schorl et couverte d'une 
rouille ferrugineuse (amphib alite). 
Ce rocher, dans cet endroit, a tout- 
à-fait l'apparence d'une énorme 
boule basaltique. (Pictet.) 

§ 10. De Chamouni au Chapeau, 
2 h. Va- 

C'est une tournée de cinq heu- 
res , qui peut se faire en grande 
partie à dos de mulet. 

Haute. On suit le fond de la val- 
lée jusqu'aux Tines; de là on monte 
du côte du sud pour s'élever sur 
le Chapeau , qui est au pied de l'ai- 
guille à Bochard , et sur la rive 
droite du glacier des Bois. Ce ro- 
cher est presque vis-à-vis de Mon- 
tanvert , mais il est moins élevé. 
Les personnes qui craindront la 
fatigue du sentier de Montanvert 
peuvent d'ici jouir de la vue du 
glacier , de celle du mont Blanc et 
de ses aiguilles. 

§ 11. De Chamouni a la source 
de l'AuveyrO-ï , 1 heure. 

Du Prieuré au hameau des 
Prés , 30 m. 

Hameau des Bois , 15 

Source de l'Arveyron , 1 5 

Il y a une petite heure de dis- 
tancé du Prieuré à la source de 
l'Arveyron. La route est belle. 

On passe par le hameau des 
Bois, qui est près de Chamouni. 
La route est toujours en plaine et 
suit le fond de la vallée; elle traverse 
de belles prairies et de beaux, bois. 

Caverne de Glace. L'Arveyron 



sort du pied du glacier des Bois , 
qui forme l'extrémité de la vallée 
de glace. Il sort , en bouillonnant , 
d'une caverne qui a quelquefois 
cent pieds d'élévation , mais qui 
varie de forme et de grandeuivCette 
source contient des objets les plus 
dignes delà curiosité du voyageur. 

Les grands blocs de granit qui 
ont été charriés par le glacier, du 
haut duquel s'élève l'obélisque du 
Dru , la situation sauvage des en- 
virons , donnent à cet endroit un 
aspect pittoresque. 

11 y a quelque danger à s'enfoncer 
dans la caverne de glace , à y tirer 
des pistolets , des armes à feu. 

§ 12. De Chamouni au Jardin, par 
le couvercle le Talèfre , 7 h. 1 / 4 . 



Montanvert , 


2 h. 30 m 


Aux Ponts , 


15 


Eux Egralets , 


3 


Au Couvercle, 


30 


Au Jardin , 


1 



Cette excursion , qui est*très-pé- 
nible , n'est pas non plus exempte 
de dangers. Les touristes qui l'entre- 
prennent couchent ordinairement 
au Montanvert , d'où ils partent le 
lendemain matin à la pointe du 
jour. Il est prudent , pour cette 
course , de se munir de bâtons fer- 
rés , de chaussures à crampons et 
de lunettes à verres coloriés , pour 
se préserver la vue de l'action trop 
vive de la lumière. 

Monte, ployez route jusqu'au 
Montanvert , où on couche le pre- 
mier jour. Depuis le Montanvert, 
on se dirige au sud , en suivant la 
rive gauche du glacier , mais fort 
au dessus et le long des bases des 
aiguilles de Charmez et de Crépon. 
Au bout d'un quart d'heure,, on 
trouve le passage des Ponts , ro- 
chers inclinés que l'on doit traver- 
ser. Le secours de guides vigoureux 
et expérimentés est ici très-néces- 
saire. On passe ensuite auprès 
d'une caverne naturelle fort élevée, 
et où découle une eau limpide et 
pure. Si le glacier est ici prati- 



112 



CMAMOUNI. 



cable , or y entre, et on le traverse 
obliquement en suivant le sud-est 
et passant par dessus quatre mo- 
raines ou plutôt quatre arêtes de 
glace recouvertes de pierres. 

Les moraines traversées, on se 
trouve précisément à la réunion de 
trois grands glaciers à droite : celui 
de Tacul devant soi, et un peu sur 
la gauche celui de Léchait , qui va 
se terminer au pied des Jorasses ; 
enfin , à gauche , on est au pied de 
la chute du Talèfre, On gravit au 
niveau du plan de ce glacier par 
un passage nommé les Égralets, et 
on arrive au Couvercle. 

Le Couvercle est situé à peu près 
au même niveau que le plan du 
glacier de Talèfre. C'est une espèce 
de plaine qui se trouve au pied d'un 
rocher dégradé fort élevé ; elle est 
semée d'immenses quartiers de gra- 
nit qui se sontclétachés de ce rocher. 

En demi-heure ou trois quarts 
d'heure, on s'élève, par une pente 
gazonnée , depuis le Couvercle au 
dessus du rocher qui le domine, et 
qu'on nomme le Plan , sur le Cou- 
vercle. On suit une partie de ce 
ehemin pour aller au Jardin ; mais 
quand on est élevé à peu près à la 
hauteur du rocher du Couvercle , 
on prend à droite à l'est; on mar- 
che sur le plan du glacier du Ta- 
lèfre , dans la partie qui descend 
des Rouges , et au bout d'une heure 
on parvient au Jardin. Au reste, 
cette route varie suivant l'état du 
glacier. 

Le Courtil , ou Jardin , est situé 
dans le côté nord du glacier du Ta- 
lèfre ; il forme la partie la plus 
basse des hautes pointes de mon- 
tagnes appelées les Rouges. Sa fi- 
gure est celle d'un triangle dont la 
base est sur le plan du glacier , et 
le sommet au pied des Rouges : 
cette base peut avoir une demi- 
lieue de long , et la hauteur trois 
quarts de lieue. 

La vue du Jardin présente un 
aspect aussi sauvage , mais un peu 
moins étendu que celui du rocher, 
sur le Couvercle. Au S. on a l'ai- 
guilla de Léchau et les revers de 



cette aiguille ; à l'O. les aiguilles 
des B'aitières , celles du Midi et le 
mont Blanc. Entre le S. et l'O. , on 
voit s'élever les grandes Jorasses , 
et au devant les Périades : la Noire, 
plus reculée et placée sur le Tacul 
à t'E. , domine sur le Talèfre , les 
deux Droites, hautes et grandes 
pointes , et les Courtes , qui sont 
à côté , et qui ne se distinguent que 
par leur moindre hauteur : puis 
au dessous le Rognon, à Chenavié, 
entre l'O. et le N. ; il est borné par 
l'aiguille du Couvercle ( autrement 
nommée du Talèfre ) , qui va se 
joindre aux Rouges. 

Hauteurs, Plan du Talèfre , 
1,334 toises au dessus de la mer. 

Plan du Léchau , 1,167 toises. 

Jardin , 1,414 toises. 

Le grand Jorasse , 2,004 toises. 

Le petit Jorasse , 2,000 toises. 

Botanique. Le Jardin est riche 
en plantes rares , ainsi que le Cou- 
vercle. Recouvert de terre végétale, 
ce plateau, quoique élevé de 8,000 
pieds , et malgré son entourage de 
glaces éternelles , se tapisse en été 
d'un gazon d'une fraîcheur admi- 
rable , relevé par une grande va- 
riété de jolies Heurs des Alpes. 



§ 1 3. De Chamouni a Courmayeur, 

par le col du Géant , la mer de 
glace , 14 à 15 1. 

Cette route est difficile i et ne 
peut se faire que par des personnes 
exercées a ces sortes de voyages. 

Route. On suit la route du Jar- 
din jusqu'à la réunion des trois 
glaciers , le Tacul , le Léchau et le 
Talèfre ; alors on prend à droite 
pour s'élever sur le sommet du Ta- 
cul , en suivant la rive droite de ce 
glacier, et on marche toujours sur 
la glace ou la neige jusque sur le 
sommet du Tacul. Depuis là on 
descend à Courmayeur. 

On couche la première nuit au 
Tacul : c'est ainsi qu'on appelle un 
fond couvert de gazon , au bord 
d'un petit lac renfermé entre l'ex- 
trémité du glacier des Bois et le 



CHAMOUNI. 



na 



pied du rocher du Tacul , à la réu- 
nion des trois grands glaciers. 

Le sommet du Tacul , par où l'on 
passe, a été nommé par M. de Saus- 
sure le col du Géant. 

La première partie de la des- 
cente du côté de Courmayeur , que 
l'on fait sur des rocs incohérents , 
est rapide et pénible, mais sans 
danger. Du pied de ces rocs, on 
entre dans des prairies au dessous 
desquelles on trouve des bois et 
des champs cultivés par lesquels 
on arrive à Courmayeur. 

Aspects et Points de vue. La 
structure du mont Blanc ne se 
manifeste nulle part aussi distinc- 
tement que du côté qui regarde le 
col du Géant. On voit jusque sous 
sa cime les coupes des tranches 
verticales de granit dont cette 
masse énorme est composée; et 
comme ces tranches se montrent 
là de profil et coupées par des plans 
qui leur sont perpendiculaires , 
leur régularité , qui ne se dément 
nulle part dans le nombre immense 
que l'œil en saisit à la fois , ne per- 
met pas de douter que ce ne soient 
de véritables couches. 

On ne passe pas une heure sans 
voir ou sans entendre quelque ava- 
lanche de rochers se précipiter avec 
le bruit du tonnerre, soit des flancs 
du mont Blanc , soit de l'aiguille 
du Midi , soit de l'arête même sur 
laquelle on s'établit. 

Hauteurs. La cabane ou col du 
Géant, 1,763 toises sur la mer. 

Le Géant , 2,174 toises. 

§ 14. De Chàmouni aux Aiguilles 
et aux Glaciers qui se trou- 
vent A LEURS PIEDS , 2 1. Va» 

Du Prieuré au chalet de Blai- 
tière-dessous, 2 1. V?; de là, une 
bonne Va n » jusqu'au chalet de 
Blaitière-dessus. 

Aiguille de B laitière. De ce cha- 
let , on se dirige du côté du cou- 
chant vers le pied de l'aiguille de 
Blaitière , puis on va au N.-E. tou- 
jours en montant les bases de celte 



aiguille et marchant sur des dé- 
bris qui recouvrent le glacier de 
Blaitière. 

Aiguille du Plan. Du chalet 
de Blaitière-dessus , pour aller à 
l'aiguille du Plan , on se dirige en- 
core plus à l'O. Dans % d'heure , 
M. de Saussure parvint au chalet 
de la Tapie , au pied du glacier des 
Nanti lions ; V* de neue P lus loin > 
au lac du Plan de l'Aiguille. De là , 
en suivant des débris et faisant des 
détours , on peut s'élever à une 
certaine hauteur sur l'aiguille. M. 
de Saussure en revint en tirant au 
N.-O. pour passer sur la sommité 
de la Croix. 

Aiguille du Midi. Depuis le 
chalet de la Blaitière-dessus, M. de 
Saussure côtoya la montagne un 
peu au dessus de la hauteur de 
Blaitière, puis il passa sous la 
sommité de la Croix , puis dans 
les débris au dessous du glacier des 
Pèlerins , et de là, en montant 
obliquement, il parvint à un roc 
saillant , nommé le Gros-Bérard , 
près du glacier des Bossons. De- 
puis cet endroit il se dirigea contre 
le pied de l'aiguille. Pour y arri- 
ver, il aurait fallu prendre à droite 
du côté du M.; mais les neiges 
fraîches ne le lui permirent pas : 
il dirigea donc sa route à gauche, 
du côté de l'E. ; il mit une heure 
pour aller au glacier du Midi , et 
24 pour le traverser et arriver sur 
le pied de l'aiguille. 

Aspects et Points de vue du 
pied de V aiguille du Plan. On a 
une vue de la plus grande beauté. 
D'abord , au S. , la belle et haute 
pyramide de l'aiguille du Midi , qui 
cache à la vérité ht cime du mont 
Blanc , mais qui laisse voir ce 
qu'on appelle à Chàmouni le se- 
cond mont Blanc, ou le dôme nei- 
gé de l'aiguille du Goûté ; puis 
l'aiguille même de ce nom; puis 
un entassement de montagnes se- 
condaires situées entre Sallenches, 
Anneci et Montmélian. 

Hauteurs. Le pied de l'aiguille 
des Blaitières, 1,332 t. au dessus 
de la mer. 



114 



CHAMOUNL 



Le pied de l'aiguille du Plan, 
1,316 toises. 

Le pied de l'aiguille du Midi , 
1,368 toises. 

L'arête au bord du glacier de 
l'aiguille du Midi, 1,313 toises. 

L'aiguille du Midi est élevée de 
2,009 toises. 

Chalet de Blaitière-dessus , 980 
toises. 

§ 15. De Chamouni au sommet du 
mont Blanc , 17 h. 

Au chalet du Part, 2 h. 

A la Pierre-à-1'Echelle , 2 30 m. 

Aux Grands-Mulets , 4 30 

Au premier plateau , 3 
Aux Rochers-Rouges , 

au fond du grand 

plateau , 2 

Aux Petits-Mulets , 1 30 

Au sommet , 1 30 

Route. Cette route est périlleuse 
et très-fatigante, et il faut être 
bien favorisé du temps pour l'en- 
treprendre*. 

Ceux qui voudront se former 
une idée de ces solitudes et des 
beaux spectacles que présentent 
les Hautes-Alpes , pourront aller 
jusqu'aux Grands-Mulets ; cette 
course, qui ne présente guère plus 
de fatigue et de danger que celle 
du Jardin , peut oli'rir un grand 
intérêt : cependant , comme nous 
l'avons déjà dit, toute personne 
qui n'est pas très- sûre de ses forces 
et de son sang-froid dans le dan- 
ger ne doit pas entreprendre 
même cette partie de la course. 

De 1787 à 1827 , dix-huit voya- 
geurs, y compris M. de Saussure , 
ont atteint la cime du mont Blanc; 
neuf étaient Anglais. Je ne con- 
seillerai à personne , dit le capi- 
taine Sherwil, qui a laissé une in- 
téressante relation de sou voyage 



* On couche , le premier jour , aux 
Grands- Mulets ; le deuxième , on fait 
l'ascension, et on revient coucher aux 
Grands-Mulets ; le troisième , on redes- 
cend à Chamouni. 



au mont Blanc , de tenter une as- 
cension qui ne peut amener aucun 
résultat assez important pour con- 
tre-balancer les dangers que court 
le voyageur. 

En 1834, M. de Tilly , qui est 
parvenu à gravir le mont Blanc , a 
eu les pieds gelés. Une femme a eu 
la gloire, d'en gravir le sommet: 
c'est Marie Paradis , qu'on appelle 
aujourd'hui Marie du mont Blanc. 

L'ascension du mont Blanc et le 
retour se font en trois journées. 

Première journée. On part de 
bonne heure du Prieuré. Après 
avoir traversé l'Arve et s'être di- 
rigé un peu à droite du pied du 
Montanvert, on arrive au hameau 
des Pèlerins. On traverse la forêt 
du même nom, et le chalet de la 
Part que l'on aperçoit précède un 
grand rocher appelé la Pierre- 
Pointue. Jusque-là on peut se ser- 
vir de mulets : le reste de l'ascen- 
sion ne peut se faire qu'à pied. 
Une montée très-rapide et dange- 
reuse vous amène, au bout d'une 
heure , au bloc de granit appelé 
P 1er re-à-V Echelle , où l'on fait 
une halte. La détonation d'une 
arme à feu produit en cet endroit 
un retentissement très-remarqua- 
ble. On trouve en abondance le 
rhododendron et quelques baies 
sauvages agréables au goût. 

Après s'être reposé , on se remet 
en route et l'on arrive au glacier 
des Bossons. Quand les crevasses 
sont trop larges pour être enjam- 
bées en sautant , on les franchit 
avec des échelles posées d'un bord 
à l'autre en guise de ponts. 

Après avoir marché environ pen- 
dant trois heures , on arrive aux 
Grands-Mulets. C'est la station 
que l'on choisit pour y passer la 
nuit. 

Ces rochers sont à plus de 300 
pieds au dessus des Bossons. 

On jouit des Grands- Mulets 
d'une vue imposante. Une colonie 
de souris blanches y a établi son do- 
micile. Le coq des rochers, le pin- 
s jn des neiges , l'aigle et d'autres 
oiseaux de proie se montrent jus- 



CHAMOUNI. 



115 



que sur les cimes les plus élevées. 

Deuxième journée. Des Grands- 
Mulets se dirigeant à l'O.-S.-O. vers 
le dôme du Goilté, on traverse le 
glacier de Taconnaz : on com- 
mence alors à ressentir fortement 
les eiïets de la raréfaction de l'air; 
ils se manifestent par une respi- 
ration pénible , une accélération 
marquée du pouls, une soif ar- 
dente et une disposition presque 
invincible au sommeil. On parvient 
à un escarpement de neige appelé 
les Petites-Montées , qu'on gravit 
en zigzag. 11 a 300 pieds de hau- 
teur. Sur son sommet est une 
plaine appelée le Petit-Plateau. 
Cette ascension dure à peu près 
une heure. A l'extrémité du pla- 
teau est une seconde rampe qui 
aboutit au second plateau. De là 
une troisième rampe ou mur in- 
cliné de neiges, appelée les Gran- 
des-Montées, est couronnée par 
le Grand-Plateau, immense plaine 
de neiges presque horizontale et 
terminée par les Rochers-Rouges , 
au pied desquels périrent , en 
1820, trois guides qui accompa- 
gnaient le docteur Hamel dans 
sa malencontreuse tentative pour 
parvenir au sommet du m'ont 
Blanc. Une avalanche les entraîna 
dans une immense crevasse où ils 
trouvèrent la mort. 

On traverse obliquement le 
grand plateau, laissant à droite 
les Rochers-Rouges pour se diriger 
à gauche et à l'est vers le pied du 
mont Maudit. 

On gagne une gorge étroite et 
profonde appelée la Petite- dallée, 
qui conduit aux Petits-Mulets, les 
derniers rochers que l'on rencontre 
avant d'arriver à la cime. 

Cette montée est très-fatigante 
et la plus dangereuse de l'ascen- 
sion ; on y observe le plus grand 
silence, attendu que le moindre 
bruit , par l'agitation qu'il occa- 
sionnerait dans l'air, pourrait suf- 
fire pour provoquer une avalanche 
dans cet étroit couloir. 

Après avoir passé les Petits-Mu- 
lets , on se dirige à l'O. vers un 



dernier escarpement de neige nom- 
mé le mur de la côte ; on ne met 
guère que 40 minutes pour le gra- 
vir. Le reste de la montée jusqu'au 
sommet est comparativement peu 
rapide ; mais la difficulté de respi- 
rer, jointe à la lassitude , y rend 
la marche tellement lente , qu'il 
faut encore une heure pour arriver 
à la cime. 

Le sommet du mont Blanc est 
une crête arrondie en dos d'àne , 
qui va en se rétrécissant de l'est à 
l'ouest. Sa coupe horizontale figu- 
rerait un triangle à peu près iso- 
cèle , dont la base serait de 15 à 20 
pieds et la hauteur d'environ 200. 
Vu de profil du côté de l'ouest , il 
présente l'aspect d'un auvent fai- 
sant saillie au nord. Son point cul- 
minant est situé près de l'extré- 
mité occidentale de la crête. 

La vue de cette sommité est im- 
mense lorsque le temps est pur. 

Le mont Rosa attire les regards 
vers l'orient. Au midi on découvre 
la chaîne des Apennins , et la plus 
grande partie du bassin du Pô. Au 
N. et à l'O. un horizon sans bornes 
s'étend par-delà la chaîne du Ju- 
ra et celle des montagnes qui sé- 
parent la Savoie et le Dauphiné des 
plaines de la France centrale. Plus 
près de soi , l'œil plane sur les in- 
nombrables sommités qui se 
pressent autour du mont Blanc. Le 
voyageur, tout entier à cette con- 
templation , oublie ses fatigues et 
les nouveaux périls qui l'attendent 
au retour. 

Le mont Blanc a été le théâtre 
d'intéressantes observations météo- 
rologiques. La hauteur moyenne 
du baromètre a été trouvée de 15 à 
1G pouces. Le thermomètre de 
Réaumur y descend la nuit à 10 
degrés au dessous de zéro, et à 4 
après le coucher du soleil. Dans le 
milieu de la journée et au cœur de 
l'été , il ne monte pas au dessus de 
G à 7 degrés. 

La descente de la cime est plus 
dangereuse et présente encore plus 
de difficultés que la montée. Il faut 
calculer sa course de manière à 



11G 



CHAMOUNI. 



faire sa seconde station de nuit aux 
Grands-Mulets. 

Troisième journée. Retour au 
Prieuré; même route que précé- 
demment, sauf quelques change- 
ments de direction au travers du 
glacier des Bossons , d'après ceux 
qui ont pu survenir dans l'état de 
ce glacier*. 

§ 16. De Chamouni a Martigny, 
par le col de Balme , 9 h. f 5 m. 

De Chamouni à Argen- 
tière , 2 h. 

Le Tour, 1 

Chalet de Charamillan, 45 m. 

Limites de la Savoie et 
du Valais, 1 

Chalets des Herbagères , 30 

Vallée de Trient, 1 30 

La Forclaz, 30 

Martigny, 2 

Route. On suit le fond de la 
vallée de Chamouni jusqu'à Ar- 
gentière ; elle devient étroite et 
montueuse , depuis les Tines , pe- 
tite chapelle sur la route, l'Arve à 
gauche; on laisse à main droite le 
glacier d'Argentière; village du 
Tour au fond d'une impasse for- 
mée par les montagnes , à l'extré- 
mité la plus élevée de la vallée. A 
droite est le glacier du Tour , qui 
descend aussi fort bas. Avant d'ar- 
river à Tour on passe la Buisme , 
torrent qui sort du glacier. Depuis 
Tour on monte aux chalets de 
Charamillan, que l'on laisse à 
droite ; puis on descend dans le lit 
de l'Arve , qu'on traverse. On 
monte aux chalets de Balme. De- 
puis le col de ce nom , il faut s'é- 
carter un peu de la route pour aller 
sur la haute limite du Valais et de 
la Savoie, afin de jouir d'un très- 
beau point de vue. On redescend 
ensuite au col , et on continue à 
descendre par une pente rapide 



• Cette description est tirée en partie 
de l'ouvrage de M. J. L. Manget , intitulé 
Chamouni, le mont Blanc et les deux 
St-Bernarci. Un petit vol. Genève , 1040. 



jusqu'au fond de la vallée du 
Trient , en laissant le village à gau- 
che et le glacier de ce nom à droite. 
On traverse le torrent du Trient 
qui sort de ce glacier, et on monte 
au col de la Forclaz. 

Aspects et Points de vue. La 
plupart des voyageurs passent par 
le col de Balme pour jouir du beau 
point de vue que présente la vallée 
de Chamouni. 

La vue du Breven offre le mont 
Blanc , sa chaîue et ses glaciers en 
face et dans toute leur étendue; 
celle-ci au contraire les prend de 
profil et en raccourci. 

Hauteurs. Aiguille d'Argentière 
ou Aiguille-Verte, 1,902 toises au 
dessus de la mer. 

Col de Balme , 1,181 toises. 

La Forclaz, 778 toises. 

§ 17. De Chamouni a Martigny, 
par Valorsine , 8 h. 20 m. 

Pont sur l'Arve , 1 h. 30 m. 

Chapelle des Tines, 20 

Argentière, 1 15 

Valorsine , 30 

Tète-Noire , 2 

Trient , 30 

Martigny, 2 15 

Route. On suit d'abord le fond 
de la vallée de Chamouni jusqu'au- 
delà d'Argentière; ce chemin jus- 
qu'à cette petite ville est en partie 
ombragé par des bois d'aunes et 
de mélèzes ; on rencontre aussi 
des champs bien cultivés et de 
belles prairies. On passe au pied 
du glacier des Bois, qu'on laisse à 
droite ; un chemin inégal et rocail- 
leux conduit des Tines à Argen- 
tière. On trouve dans ce village une 
assez bonne auberge. On tourne 
alors au N.-O., et on gravit par un 
chemin rapide et pierreux une 
gorge extrêmement sauvage et in- 
culte , qui se nomme les Montets , 
et qui conduit dans la vallée de 
Valorsine. Au plus haut point de 
ce passage, les eaux se partagent; 
celles du côté du N. vont joindre 
le Rhône, et celles du M. se jet- 



Of THE 



CHAMOUNÎ. 



in 



tent dans l'Arve. Valorsine est si- 
tué au pied d'une haute monta- 
gne couverte de forêts nommées le 
Gros-Perron. Son église, exposée 
à être ensevelie par les avalanches , 
a été mise en état de défense au 
moyen d'un retranchement exté- 
rieur , en forme de contre-garde , 
tourné vers la montagne. 11 y a une 
auberge dans ce village. 

Depuis Valorsine on suit la vallée 
de ce nom jusqu'à la Tête-Noire. 
Le chemin côtoie l'Eau-Noire , 
torrent qui va se réunir à celui 
du Trient ; on le passe trois fois 
sur des ponts de bois. La Téte- 
Ncire est le passage qui se trouve 
à l'angle que forment les deux val- 
lées du Trient et de Valorsine en 
se réunissant. Le chemin qui des- 
cend de la Tête-Noire au village de 
Trient est tracé sur une roche 
feuilletée et est assez difficile : il 
l'est tellement à un endroit, qu'on 
l'a surnommé le Maupas (mauvais 
pas). On se dirige au S.-S.-E. pour 
venir au Trient. Du Trient on suit 
la route indiquée dans le numéro 
précédent. 

Lorsqu'on a passé les Montets , 
on voit à gauche s'ouvrir la gorge 
du Bérard qui conduit au Buet. 
Les montagnes à l'ouest sont la 
suite des Aiguilles-Rouges ; cette 
prolongation s'étend jusqu'à la 
gorge du Bérard ; viennent ensuite 
les montagnes de la Barberine. On 
va visiter dans les environs la belle 
cascade de ce nom. Les montagnes 
que l'on suit à droite sont celles 
de Balme. 

Hauteur. Les poudingues de 
Valorsine sont à 954 toises au des- 
sus de la mer. 



§ 18. De Valoksine au Blet , 
Mortine , 8 h. 



OU 



LaPoya, 45 m. 

La Cou le raye, 15 

La Pierre-à-Bérard , 2 h. 
La Table-au-Chantre , 2 
La xMortine , 3 

Route. Depuis la Couteraye on 



côtoie le torrent appelé Eau-du- 
Bérard , qui fait une très-belle 
chute au fond d'une profonde cre- 
vasse. Bientôt après on entre dans 
la vallée étroite et sauvage du Bé- 
rard , dirigée de l'E.-N.-E. à l'O.- 
S.-O. Elle est flanquée à son en- 
trée par deux hautes montagnes : 
l'une, au midi, forme l'extrémité 
de la chaîne des Aiguilles-Rouges ; 
l'autre, au nord, se nomme le 
mont de Loguin. On traverse en- 
suite l'Eau-du-Bérard , et on gravit 
une montée rapide. Vient ensuite 
une petite plaine ovale de 10 m. de 
longueur , après laquelle on tra- 
verse une forêt de mélèzes située 
sur le penchant de la montasne. 
Au sortir de cette forêt, on trouve 
à sa droite une pente rapide et 
couverte d'herbe, qui offre une 
route plus courte, mais que l'on 
doit faire à pied. A droite on a le 
mont Oreb. On traverse une pente 
de neige, et on voit la Pierre-à- 
Bérard , qui est un grand rocher 
détaché de la montagne, sous le- 
quel on a pratiqué une écurie pour 
vingt vaches. On laisse ici les mu- 
lets , et on gravit par des pentes 
herbeuses jusqu'à la Table -au- 
Ghantre. D'ici jusqu'au sommet 
on monte toujours, soit en suivant 
de longues arêtes de rochers cal- 
caires , détruits et brisés à leur 
surface, ou en marchant sur des 
neiges qui remplissent les inter- 
valles de ces arêtes. 

Hauteurs. Le chalet de la Para , 
1,108 toises au dessus de la mer. 
La montagne de la Côte à la ca- 
bane de Saussure, 1,319 toises. 

La station au haut du Grand- 
Mulet, 1,773 toises. 

Le second plateau où coucha M. 
de Saussure le second jour de son 
ascension, 1,995 toises. 

§ 19. De Seiwoz a la Mortlne , 
ou Blet, 10 h. 

Aux Avères, 1 h. 30 m. 
Aux Baraques de 

Pormenaz. 2 30 
Aux chalets de 31oède , 30 



118 



CHAMOUNI. 



Aux chalets de Wully, 1 h. 30 m. 
Salenton , 1 30 

Le Buet, 2 30 

Route. Depuis Servoz on se dirige 
presqu'au nord pour aller aux Ayè- 
res , en s'éievant par des côtes 
basses , cultivées et peuplées , qui 
sont au dessous des rochers de 
Salles et d'Anterne. Des Avères, 
on tourne au sud pour venir aux 
Baraques de Pormenaz : ce petit 
détour est nécessaire, si l'on veut 
voir les mines de cette montagne. 
Un sentier plus court passe par la 
montagne de la Crosse et conduit 
aussi aux Baraques. 

Au lieu de revenir sur ses pas 
jusqu'au lac de Pormenaz , on fera 
mieux de s'élever sur la pointe du 
Rossy, d'où l'on jouit d'une belle 
vue : de là en demi-heure on re- 
vient au lac de Pormenaz. 

On entre alors dans le vallon, 
qui conduit à la Mortine , ou Buet ; 
à gauche, la chaîne de Salles se 
dirige à l'E.; à droite celle du Bre- 
ven court au N.-E. 

De là on gravit le passage de 
Salenton , qui est au dessus de la 
gorge du Bérard , et on s'élève en- 
suite sur des pentes neigées jusque 
sur le Buet. 

aspects et Points de vue. L'en- 
ceinte circulaire des montagnes 
que l'on découvre forme un hori- 
zon immense. Depuis le Buet, qui 
est à l'est, jusqu'aux montagnes 
du Dauphiné, où l'œil se perd à 
l'ouest , on voit , en portant ses 
regards sur le demi-cercle méri- 
dional, les plus hautes montagnes 
neigées de l'Europe. 

Hauteur. Le Buet, 1,538 toises 
au dessus de la mer. 

§ 20. Du Buet au Breven. 

On peut aller du Buet à Cha- 
mouni, sans revenir à Servoz, en 
passant par le Breven. On suit par- 
tout un chemin à mulets. De 
Wully on va aux chalets de la Bar- 
me , qui sont à une lieue de dis- 
tance; des chalets de la Barme à 



ceux d'Arlevais il y a une autre 
lieue, et de ceux-ci au lac de Bre- 
ven on compte une lieue et demie; 
et depuis cette montagne on des- 
cend aux Ouches par le chemin 
indiqué ci-après. 

§ 21. De Servoz au Breven et 
a Chamouni , tournée de 10 à 11 h. 

De Servoz à Mont-Vauthier, demi- 
heure; de là aux Potets , une 
lieue ; puis une lieue et demie jus- 
qu'à la montagne de Chailloux ; 
de là , en une heure et demie au 
lac du Breven ; puis trois quarts 
d'heure jusqu'au sommet. 

Du Breven on revient sur ses 
pas jusqu'à Chailloux, puis on 
prend la route du village de Cou- 
peau , où l'on descend depuis 
Chailloux , en un quart d'heure 
de temps , au travers des bois. 
Depuis là aux Ouches on compte 
trois quarts de lieue : on se trouve 
alors dans la Vallée de Chamouni, 
et on arrive au Prieuré en une 
heure et demie, par la route or- 
dinaire. 

Le hameau de Mont-Vauthier est 
situé sur le penchant de la mon- 
tagne de Fer , sur une pente rapide. 
Toute la route est boisée et agréa- 
ble ; on y trouve de beaux pâtu- 
rages. 

§22. De Chamouni au hameau du 
Glacier, par le Bonhomme, et 

A COURMAYEUR , 14 h. i / 2 . 

Blonnay , 5 h. » m. 

Contamines, 1 15 

Chalets du Nant-Bou- 

rant, 1 15 

Plan du mont Jovet , 1 15 

La Croix du Bon- 
homme, 1 45 

Le Chapiu , 2 

Hameau du Glacier, 2 

Pour aller du prieuré de Cha- 
mouni à Courmayeur par l' Allée- 
Blanche , il faut deux jours entiers. 
Si l'on désire avoir du temps pour 
examiner les glaciers de l'Allée- 



CHAMOUNI. 



119 



Blanche , avant d'arriver à Cour- 
raayeur , et si l'on ne craint pas 
de coucher deux nuits dans de 
misérables hameaux ou chalets , 
on doit aller le premier jour à 
Bionnay ou à Contamines, le se- 
cond au Chapiu ou hameau du 
Glacier, et le troisième on vient 
à Courmayeur. Mais si on désire 
y arriver le second jour, il faut 
venir coucher le premier soir aux 
chalets du mont Jovet, au pied du 
col du Bonhomme, d'où en par- 
tant de bonne heure le lendemain , 
on peut arriver le soif h Cour- 
mayeur. Cette course est prati- 
cable en grande partie à dos de 
mulet; seulement il ne faut l'en- 
treprendre qu'après la saison des 
neiges et par un très-beau temps. 
11 importe de se pourvoir de bons 
guides et de déférer implicitement 
à leurs avis. 

De Chamouni on se dirige vers 
le village de Bionnay. Le village de 
St-Nicolas, placé à mi-côte, est fort 
pittoresque. On traverse Conta- 
mines , près duquel s'écoulent les 
eaux du glacier de la Frasse. On 
arrive au village de Notre-Dame 
de la Gorge. Ensuite on prend à 
gauche un sentier très-rapide qui 
vous oblige à mettre pied à terre 
de temps à autre. Il s'élève sur le 
faîte de la montagne , à gauche , 
une espèce de tour carrée; tout à 
côté, au levant , est un autre rocher 
assez semblable, appelé la Femme 
du Bonhomme. On arrive bientôt 
à un plateau arrondi, c'est ce 
qu'on appelle le plan du mont 
Jovet. Le sol est couvert de pâtu- 
rages d'un beau vert, au milieu 
desquels sont quelques chalets. On 
sort de cette plaine par un sentier 
rapide qui conduit au plan des 
Dames. Une ancienne tradition 
porte qu'une dame et sa suivante, 
surprises par un orage dans ce 
désert, y trouvèrent la mort. On 
indique comme leur tombeau un 
amas de pierres grossièrement 
assemblées au milieu de la plaine. 
On arrive au Col du Bonhomme, 
rapide défilé; à une lieue de ce 



col on se trouve à la Croix du 
Bonhomme , point culminant du 
passage. Le péril est grand lors- 
qu'on est surpris dans cet endroit 
par un ouragan accompagné de 
tourbillons de neige , si fréquents 
dans ces hautes régions, même au 
cœur de l'été. 

Le passage de droite, plus long, 
mais beaucoup plus facile que 
celui de gauche, conduit au hameau 
de Chapiu. La situation de ce 
pays est triste ; le soleil ne l'éclairé 
que pendant quelques heures du 
jour. On y trouve deux auberges 
assez bonnes. 

Hauteurs. La Forclaz , 7G5 
toises au dessus de la mer. 

Bionnay, 478 toises. 

Contamines , 512 toises. 

Notre -Dame -de -la-Gorge , 543 
toises. 

Nant-Bourrant , 707 toises. 

Le rocher du Bonhomme, 1,545 
toises. 

Le col du Bonhomme , 1,253 
toises. 

Le Chapiu, 778 toises. 

Le hameau du Glacier, 912 t. 

§ 23. Descente a Courmayeur, 

7 h. 

Au chalet du Motet , 30 m. 

Col de la Seigne, 1 h. 15 

Courmayeur, 5 15 

Route. Arrivé au col du Bon- 
homme , à cette hauteur le voya- 
geur a le choix entre deux che- 
mins différents. L'un descend en 
trois heures à Chapiu , village 
habité seulement pendant l'été , et 
de ià remonte au Glacier, hameau 
plus chétif encore que le premier, 
où l'on arrive en traversant un 
vallon sauvage, 2 lieues. Le se- 
cond , plus court , continue de 
monter pendant une heure entière 
depuis le col du Bonhomme jusque 
sur celui des Fours; il redescend 
en deux heures par une pente ex- 
trêmement roide au Glacier , 
village non loin duquel le glacier 



120 



CHAMOUNI. 



de l'aiguille du Glacier descend 
dans la vallée. 

Col de la Seigne. Le village du 
Glacier est situé au S.-O. du col 
de la Seigne ; l'on y voit au N.-E. 
l'aiguille du même nom et le gla- 
cier qui en descend ; au N.-N.-E. 
s'élève l'aiguille de Bellaval. De- 
puis ce hameau , on monte en Va 
heure jusqu'au grand chalet du 
Motet , d'où l'on atteint le sommet 
de la montagne au hout d'environ 
deux heures de montée. De là on 
a encore 5 lieues jusqu'à Cour- 
mayeur ; le chemin qui y mène 
suit la gorge de l'A liée-Blanche , 
passe à coté du glacier et du 
chalet qu'on y trouve; puis, entre 
le lac Gombal et Je mont Suc , 
près du Glacier de Miage , qui est 
caché derrière un rempart de dé- 
bris entassés à 150 pieds de hau- 
teur. De là on entre dans la riante 
vallée de Veny qui s'étend au sud 
du mont Péterel et du mont 
Rouge , et ensuite dans une forêt 
de mélèzes , au travers de laquelle 
on jouit de l'aspect du magnifique 
glacier de la Brenva, dont les py- 
ramides descendent jusqu'au fond 
de la vallée , et forment un pont 
naturel sur la Doire : la descente 
du col dans FAllée-Blanche r où 
l'on trouve souvent de la neige au 
fort de l'été, est très-roide. Les 
chalets de Yen y et le hameau de 
Frénay, à quelque distance, offrent 
un gîte supportable aux personnes 
qui voudraient y passer la nuit. 

Vue du mont Blanc , depuis le 
col de la Seigne. La nature se 
montre sous des formes excessive- 
ment sauvages dans F Allée-Blan- 
che, et l'on peut dire que la vue 
de cette gorge , comme en général 
des vallées qui se succèdent jus- 
qu'au col Ferret , et principalement 
celles des reveis du S. et du S.-O. 
du mont Blanc et de toutes les 
aiguilles voisines , envisagées du 
haut du col de la Seigne , offre des 
beautés uniques ; l'ensemble forme 
un tableau ravissant. 

Hauteurs. Le chalet du Motet , 
939 loises au dessus de la mer. 



Le col de la Seigne , l,2G3 
toises. 

Le chalet de r Allée-Blanche , 
1,005 toises. 

Chalets de Miage , 9f>0 toises. 

Lac de Gombal, 903 toises. 

COURMAYEUR. 

Courmayeur, gros bourg situé 
dans la vallée d'Entrèves en Pié- 
mont , au pied méridional du mont 
Blanc , et à peu de distance du 
confluent des deux Doires. L'un 
de ces torrents descend du col 
Ferret, et l'autre du col de la 
Seigne et de FAllée-Blanche. Cour- 
mayeur est renommé pour ses 
eaux thermales. La source de la 
Victoire contient de la magnésie , 
de l'acide carbonique et du fer. Le 
nombre des étrangers qui viennent 
prendre les eaux est considérable 
pendant la belle saison. 

Ce joli bourg , grâce à sa posi- 
tion méridionale , jouit , malgré 
son élévation , d'un climat plus 
doux que celui de Chamouni. La 
végétation est beaucoup plus belle , 
et les denrées de toute espèce y 
abondent. 

Hôtels de l'Ange , des Trois- 
Rois, du Mont-Blanc, de l'Union, 
et des Bains de la Saxe. Les prix y 
sont les mêmes que dans les prin- 
cipales auberges de Chamouni. On 
peut se procurer des guides, des 
chars , des mulets , et des chevaux 
de selle. 

Bains y Glaciers -, le Cramont; 
Vues magnifiques du Mont 
Blanc. Ce bourg est fameux à 
cause de ses bains .et de ses eaux 
minérales. A la distance d'une de- 
mi-lieue du côté S.-O. , est la 
source de la Victoire , et la source 
de la Marguerite dont les eaux sont 
plus estimées. La principale de 
leurs propriétés , c'est d'être laxa- 
tives. Près du Village de la Saxe on 
trouve une source dont les eaux 
exhalent une forte odeur de sou- 
fre; mais on n'en fait pas usage. 
La source du pré Saint-Didier est 
à une lieue du bourg. Courmayeur 



COURMAYEUR. 



121 



intéresse principalement le natu- 
raliste , en ce qu'il y trouve l'occa- 
sion d'observer le revers méridio- 
nal de la chaîne du mont Blanc , 
comme on en observe le revers 
septentrional à Chamouni. Les 
deuxvallées, qui s'étendent depuis 
la gorge de r Allée-Blanche jus- 
qu'au col Ferret , ont ensemble 8 
ou 9 lieues de longueur. Ou y com pte 
dix glaciers , dont quelques-uns 
sont d'une grandeur et d'une ma- 
gnificence extrêmes. Les environs 
offrent divers sites pour étudier 
les couches pyramidales du mont 
Blanc et tous les glaciers qui en 
descendent; tels sont, entre autres, 
le col de la Seigne ( voyez cet ar- 
ticle, p. 120 ), le Cramont (5 1. Va), 
et les hauteurs situées entre Goiïr- 
mayeur et le val d'Entrèves , à l / 4 
de lieue du fond de la vallée , du 
côté de la chaîne du mont Blanc. 
On y trouve une station où les 
feuillets pyramidaux de cette énor- 
me montagne se présentent de la 
manière la plus avantageuse; on y 
découvre en même temps le col de 
la Seigne, les pics calcaires qui 
l'avoisinent, et le Cramont. Pour 
s'y rendre, il faut coucher à Eli va, 
à 2 1. du bourg. Le lendemain , on 
a encore un trajet de 3 1., dont on 
peut faire la moitié à cheval. Sur 
le sommet de la montagne , qui 
est à 8,484 pieds au dessus de la 
mer, on se trouve en face du mont 
Blanc , et parfaitement à portée de 
reconnaître sa structure; on jouit 
en même temps de l'aspect de dix 
glaciers, et de dix chaînes de mon- 
tagnes du côté du sud. Au sud- 
ouest , on découvre le Ruitor , 
montagne granitique très-élevée, et 
couverte de neiges et de glaciers. 

On peut aller visiter près de là 
les grottes artificielles, nommées 
dans le pays « Trous des Romains ;» 
on passe dans les chalets de Cha- 
piu, 1 h.; de là, aux grottes. 

§ 24. De Courmaykur a Martï- 
Gny, par le col de Ferret. 

Cette course, qui fait naturelle- 



ment suite à la précédente, ne 
doit être entreprise que par des 
marcheurs exercés , car on ne 
peut s'y servir de mulets que dans 
une petite partie du chemin. 

On rencontre dans le trajet cer- 
tains passages où les personnes 
sujettes aux vertiges feront bien 
de ne pas se hasarder. 

On passe près de la source de 
Saxe (voyez article Courmayeur) ; 
on en Ire dans la vallée d'Entrèves, 
puis dans celle de Ferret. De là on 
découvre la vallée d'Entrèves et 
celle de Yeni qui s'étend a^ pied 
méridional du mont Blanc , clans 
la direction du S.-O. , et que ter- 
mine le col de la Seigne, montagne 
située à 9-10 1. de distance du'col 
de Ferret. Mais on n'y peut pas 
voirie mont Blanc, dont diverses 
autres pyramides dérobent la vue 
au spectateur. En revanche , deux 
glaciers très-grands descendent de 
la chaîne centrale jusque tout près 
du col ; l'un d'eux, nommé glacier 
du mont Dolent, a la forme d'un 
éventail ouvert. 

Parvenu au point culminant du 
passage, le voyageur s'arrête pour 
jouir de la double vue qui se pré- 
sente : devant lui le Valais, et der- 
rière lui le Piémont. 

En regardant au S.-O., on voit le 
mont Blanc qui étonne encore à 
cette distance par ses proportions 
gigantesques. A i'E. on aperçoit les 
monts Ferret , Dronaz et Velan ; 
ces deux dernières sommités ap- 
partiennent au massif du Saint- 
Bernard. 

Ce passage élevé est souvent ba- 
layé par des tourmentes aussi re- 
doutables qu'imprévues , contre 
lesquelles aucune force humaine 
ne peut lutter. 

Sur le revers du col , à droite \ 
on voit le torrent appelé Drame 
de Ferret ; le sentier passe alors 
le long d'une étroite corniche qui 
forme un précipice de quelques 
centaines de pieds. Ce passage, dif- 
ficile pour les mulets autan! que 
pour les hommes , est l'endroit le 
plus dangereux de tout le trajet de 

G 



i22 



MARTIGNY. 



Courmayeur à Martigny. Il serait 
très -imprudent de s'y aventurer 
lorsque le terrain est imbibé par 
les pluies. 

Des chalets de Ferret , on ar- 
rive à la grand'route qui conduit 
à Orsières , St-Branchier et Mar- 
tigny. 

Les chalets de Foliaz , à une 
heure de marche de ceux de Fer- 
ret, sont agréablement situés sur 
la lisière d'un bois. Le hameau de 
Praz-le-Fort, qui vient ensuite , 
a de beaux pâturages. On voit dans 
les environs à'Iserl des vergers 
parfaitement cultivés. 

Orsjères. Dans la vallée d'Entre- 
mont est un beau village situé à 
une lieue et demie d'Isert. Popu- 
lation , 2,000 habitants. 

Hôtel du Grand-St-Bemard et 
du col Ferret. M. Vernay, pro- 
priétaire de cet hôtel situé à l'en- 
trée d'Orsières , à peu près à moitié 
distance de Martigny au grand 
Saint-Bernard , et sur l'embranche- 
ment du col Ferret et du col Fe- 
netraz , recommande son établisse- 
ment à MM. les voyageurs. 

D'Orsières , par le col Ferret et 
le col Fenetraz , l'on va au grand 
Saint-Bernard par le chemin que 
parcourent les beaux chevaux de 
l'Hospice en y portant les bois d'af- 
fouage. Ce passage offre les sites 
les plus pittoresques , présente l'as- 
pect des pâturages les plus beaux, 
émeut l'âme par le luxe imposant 
de nombreux glaciers qui corres- 
pondent à ceux de Chamouni , par 
de jolis lacs , par la belle vue de la 
chaîne du mont Blanc et du mont 
Géant. De cette manière, MM. les 
voyageurs peuvent se rendre au 
grand Saint-Bernard par la vallée 
de Liddes , et revenir à Orsières par 
les cols de Fenetraz et de Ferret , 
sans éprouver l'ennui d'aller et re- 
venir par la même route. On peut 
aussi , par la même vallée de Fer- 
ret , se rendre facilement d'Orsières 
à Courmayeur, ou de Courmayeur 
à Orsières dans un jour; par cette 
route l'on passe tout-à-fait à côté 
de l'énorme glacier de Prodebaz , et 



des rochers habités par les chamois 
et les bouquetins. 

Le lac de Champé , à une lieue et 
demie d'Orsières , offre une char- 
mante promenade. De ce lac on va 
au mont Catogne , si remarquable 
par sa belle vue , d'où l'on aperçoit 
le lac de Genève , le canton de 
Yaud , la chaîne du Jura , etc. 

M. Vernay reçoit aussi des pen- 
sionnaires , et fournit des mulets 
pour les courses de montagnes , à 
des prix fort modérés. 

L'hôtel du Lion-d'Or est assez 
estimé. 

Saint-Branchier. Ce village , 
situé à une lieue un tiers d'Or- 
sières , est un des endroits qui ont 
le plus souffert de l'inondation de 
1818, causée par le grossissement 
extraordinaire de la Dranse de 
Bagne. Son territoire est assez fer- 
tile. La route du grand Saint-Ber- 
nard anime Saint-Branchier , en 
dessus duquel commencent les 
noyers et les vignes quand on vient 
de ce passage des Alpes. Sur le 
haut d'un rocher très-escarpé s'é- 
lève le château de Saint- Jean, et 
sur un autre se voient les ruines 
d'un autre château qui fut assez 
vaste pour recevoir, en 1444, l'em- 
pereur Sigismond et 800 gentils- 
hommes de sa suite. 

De l'autre côté de la Dranse se 
trouvent les ruines du château- 
fort d'Estier, célèbre dans les an- 
nales du Valais. Population, 800 
habitants. 

En quittant Saint-Branchier , le 
chemin passe sur la rive droite de 
la Dranse, et un peu après sur la 
rive gauche. 

Après avoir traversé Baver nier 
et Valette , on arrive à 

Brocard, village situé à 2,150 
pieds au dessus du niveau de la 
mer. On trouve dans ses environs 
les restes d'un ancien aqueduc qui 
fournissait d'eau Octodurum. 

MABTIGNY. 

Martigny (en allemand Marti- 
nach , et en" latin Octodurus ) , 



M A RTWi\'V 



Ot 1HE 
BMIVEPf'TY D? ILUNOB 



®%^2i& Wâ se* '%w&^* ^ Mà* wt&&tt$ 




/ /W/^..v^ C/uf/eau ,/,■ /„ /j,)//<- ? .!/,;,/ //, 






MARTIGNY. 



petite ville du bas Valais; à peu de 
distance, on trouve un peu plus 
haut , dans la vallée de la Dranse , 
un bourg et deux villages qui por- 
tent aussi le nom de Martigny. La 
ville est située à 336 pieds au des- 
sus du lac de Genève , et à 1,724 p. 
au dessus de la mer. 

Hotels. Grand hôtel de la Tour, 
entièrement réparé et augmente en 
18 iO ; beaux appartements et sa- 
lons particuliers. Table d'hôte à 6 
heures , et dîners particuliers à 
toute heure. Journaux anglais et 
français ; écuries et remises. On 
trouve à cet hôtel des mulets et 
des guides, ainsi que des instruc- 
pour le trajet du grand 
Saint-Bernard et la vallée de Cha- 
mouni. Voitures pour la route. 
La -Poste, le Cygne , Y Aigle, la 
Grand-Maison. 

Curiosités. L'ancien prieur Mu- 
rith a laissé une belle collection de 
minéralogie, de plantes et de mé- 
dailles. La magnifique cascade de 
Pisse-Vache [v. p. G3), et la gor- 
ge remarquable d'où l'on voit sortir 
le Trient au travers d'une énorme 
paroi de rochers, sont situées près 
l'une de l'autre, a une lieue de 
Martigny, sur le chemin de Saint- 
Maurice. Le climat de cette contrée 
est fort chaud : il y croit des vins 
spiritueux, dont les plus esti- 
més sont ceux de la Marque et de 
Goquembin : le miel qu'on y re- 
cueille passe pour être ^\v> plu- ex- 
quis qu'on ait en Suisse. Vis-à-vis 
«If Martigny, on voit sur l'autre 
ri\e du Rhône les villages de Fouiy, 
Braneon et Nasimbre, ou il y a une 
multitude de crétins. On y trouve 
un nombre prodigieux de plantes 
rare- et curieuses, de même que 
sur le mont Fouly. On découvre 
une vue magnifique du haut de la 
colline, dont les ruines de l'ancien 
château de Martigny ou de la Ba- 
thia occupent le sommet 

S 25. De MARTIGNY au grand 
^unt-Beknaiid, 8 h. 10 m. 



Orsières , 
Liddes , 
Alève, 
St-Pierre, 
Sommet du Prau , 
Hôpital , 
Couvent, 



1 h. 



l 



123 

25 m. 
15 
30 
30 

30 



St-Branchier, 



2 h. 



Chemin de Martigny à Saint- 
Pierre. On peut faire cette partie 
du chemin en petit char. Du hourg 
de Martigny on traverse le village 
du même nom; on laisse à droite 
le chemin qui mène au col de la 
Forciaz et à Chamouni , ensuite on 
passe par la Valette, Saint-Bran- 
chier, Orsières, Liddes, Alève et 
Saint-Pierre. De Saint-Pierre ( en 
Allemand St-Petersburg) , on at- 
teint l'hospice du Saint-Bernard 
au milieu d'une contrée couverte 
de rochers nus. A l / 8 1. du hourg 
on traverse une petite plaine nom- 
mée sommet de Prau , au dessus 
de laquelle on aperçoit le glacier de 
Menoue; c'est au dessus de ce 
glacier que s'élève le mont Vélan, 
la plus haute des sommités du 
Saint- Bernard. 

Route. Voir la route précédente 
de Courmayeur a Martigny 
( d'ORSiÈRES à Martigny en re- 
montant ). 

Liddes , grand village de la val- 
lée d' Entremont, situé à mi-chemin 
entre Martigny et l'hospice du 
grand St-Bernard. C'est l'endroit 
le plus agréable et le plus sain de 
la vallée. Les habitants sont labo- 
rieux et le sol très-fertile. On jouit 
d'une vue magnifique près de la 
chapelle St-Laiirent , élevée de 
3,600 pieds au dessus de la mer. 

Saint-Pierre, bourg de la vallée 
d'Lntremont. II se compose d'une 
rue très-escarpée, et est peuplé de 
400 habitants qui cultivent quel- 
ques céréales et se livrent à l'édu- 
cation du bétail. 

La route était autrefois fermée 
du côté de l'hospice par une mu- 
raille garnie d'une porte et de 
meurtrières. 

L'église, bâtie vers le ïl< siècle, 
par Hugues , évèque de Genève' 



124 



LE SAINT-BERNARD. 



présente une inscription en vers 
latins qui rappelle la dévas ation 
des Sarrasins dans la vallée du 
Rhône. Le miliiaire romain qu'on 
a trouvé à St-Pierre date de Con- 
stantin. Le pontSt-Charles porte le 
nom de Charlemagnequi Je fit bâtir. 

Curiosités. Les environs des 
moulins de la Valette sont remplis 
de gorges épouvantables, et les 
chutes d'eaux qu'on y voit près 
du pont de bois ont quelque chose 
d'extrêmement pittoresque. A St- 
Rranchier débouche le val de 
Bagnes , vallée de 101. de longueur, 
d'où sort le torrent de la Dranse. 
C'est à Orsières que vient aboutir, 
du côté droit, le vallon qui mène 
au col Ferret , et de là au Courma- 
yeur , au pied méridional du mont 
Blanc. A Liddes il y a un poêle 
dont le millésime est de l'an 1000. 

Glacier de la Vaisorey. Le 
ruisseau de la Vaisorey (autrement 
nommé Dranse de la Vaisorey ) 
forme près de St-Pierre une cas- 
cade d'une beauté extraordinaire. 
Les voyageurs descendent souvent 
jusque sous les voûtes que forment 
les rochers, pour contempler cette 
scène magnifique. 

Le grand Saint-Bernard est 
connu depuis un grand nombre de 
siècles. Au sommet du passage qui 
conduit dans le Piémont est bâti 
l'hospice célèbre qui sert d'asile 
aux voyageurs; tout auprès, du 
côté de l'Italie, se présente une pe- 
tite plaine où était autrefois le 
temple de Jupiter, ce qui a fait 
donner à la montagne le nom de 
mons Jovis, et ensuite celui de 
mont Joux. On regarde comme 
certain que saint Bernard de Men- 
thon, chanoine d'Aoste, fonda l'hos- 
pice et le couvent du Saint-Bernard 
dans l'année 902. Les religieux qui 
habitent ee couvent, et qui se dé- 
vouent au soin des voyageurs, 
possédaient autrefois de vastes do- 
maines, mais ils en ont été peu à 
peu dépouillés; il ne leur reste 
maintenant que quelques légers 
revenus fixes, et ils suppléent à ce 
ui leur manque par des collectes 



annuelles qu'ils font dans les can- 
tons voisins : ils vivent au milieu 
de privations de toute espèce ; en- 
tourés de neiges éternelles , ils ne 
connaissent point d'été, et n'ont 
autour d'eux ni arbres, ni buissons, 
ni légumes , ni aucuns de ces nom- 
breux animaux dont la présence 
anime les plaines. L'hospice est à 
7,542 p. au dessus de la Méditer- 
ranée; on le regarde en conséquence 
comme une des habitations les plus 
élevées de l'ancien monde : le mont 
Vélan , qui tient au Saint-Bernard, 
a 10,327 p. au dessus de la mer. 
Toutes les années, sept à huit mille 
voyageurs traversent le Saint-Ber- 
nard; quelques-uns meurent de 
froid dans ce passage; on range 
leurs corps dans une chapelle qui 
est construite à côté de l'hospice ; 
la rigueur du climat fait que les 
traits de leurs visages se conservent 
pendant deux ou trois ans ; après 
quoi leurs corps se dessèchent et 
deviennent semblables à des mo- 
mies. 

Des armées qui ont passé le 
Saint-Bernard. Depuis le temps 
d'Auguste, le chemin que pre- 
naient les légions romaines pour 
se rendre en Helvétie, dans les 
Gaules et dans la Germanie, passa 
par le Saint-Bernard. L'armée du 
féroce Aldus Cœcinna franchit 
cette montagne en 69 pour mar- 
cher contre l'empereur Othon , en 
Italie. Depuis le printemps de 1798, 
époque à laquelle les Français pé- 
nétrèrent en Suisse, jusqu'en 1801, 
plus de 150,000 soldats montèrent 
sur le Saint-Bernard , et le couvent 
eut pendant plus d'un an une gar- 
nison de 1 80 Français. En 1799 , les 
Autrichiens tournèrent l'hospice , 
et l'on se battit pendant toute une 
journée, au bout de laquelle , les 
Français demeurèrent maîtres de 
la montagne. Du 15 au 21 mai 
1800, l'armée de réserve française, 
forte de 30,000 hommes , et com- 
mandée par Napoléon , alors premier 
consul, passa le Saint-Bernard 
avec ses canons et de la cavalerie. 
On ht passer 20 canons , qu'il fallut 



LE SAINT-BERNARD. 



125 



démonter au village de Saint- 
Pierre; on employait G4 hommes à 
trainer chaque* pièce jusqu'au 
haut du passage. Au mois de juin 
cette armée combattit les Autri- 
chiens , commandés par le général 
Mêlas, dans les plaines de Marengo, 
où le général Desaix décida la vic- 
toire en faveur des Français, vers 
les 4 heures après midi. Son corps 
repose dans l'église du Saint-Ber- 
nard , où il lui a été érigé un monu- 
ment en 1 805. Cette église, petite et 
jolie, renferme quelques bons ta- 
bleaux. 

Situation du couvent. Cet hos- 
pice est situé au haut d'une gorge 
percée dans les rochers du nord-est 
au sud-ouest , sur le bord d'un 
petit lac. Il occupe à peu près le 
point éminent du passage. Le 
nombre des chanoines n'est pas fixé, 
il varie de 20 à 30; mais il n'y en 
a guère que 10 à 12 qui résident à 
Thospice. Leurs fonctions consis- 
tent à recevoir, loger et nourrir 
toutes les personnes qui passent 
sur le Saint-Bernard; ils doivent 
de plus , pendant les 7 à 8 mois les 
plus dangereux de l'année, par- 
courir journellement les chemins , 
accompagnés de gros chiens dressés 
à cet effet, porter*aux voyageurs 
qui peuvent être en danger les se- 
cours dont ils ont besoin , les sau- 
ver et les garder dans l'hospice 
jusqu'à leur entier rétablissement: 
le tout sans en recevoir aucune ré- 
tribution. Les voyageurs aisés trou- 
vent dans l'église un tronc destiné 
à recevoir leur offrande volontaire. 
Pendant les mois les plus froids de 
l'année , le thermomètre se tient , 
aux environs du couvent, à 20 ou 
22 degrés au dessous de glace ; au 
fort de l'été il gèle presque tous les 
matins; on n'y jouit guère qu'en- 
viron 10 à 12 fois par an d'un ciel 
pur et serein pendant toute une 
journée; l'hiver y dure 8 à 9 mois, 
et il y a tout près de l'hospice des 
places où la neige ne fond jamais. 
Une trentaine de chevaux ou mu- 
lets sont constamment occupés, 
pendant 3 ou 4 mois de l'année, à 



aller chercher du bois dans les fo- 
rêts situées à 4-G lieues du cou- 
vent. 

Environs du Saint-Bernard. 
Parmi les objets les plus curieux 
en lithologie qu'offrent les environs 
du Saint-Bernard, est un grand 
rocher d'une pierre très-dure, 
dont la surface exposée à l'air a 
reçu un poli vif des mains de la 
nature. Ce rocher est dans les 
montagnes qui dominent le cou- 
vent du côté de l'ouest. 

Pour y aller, on prend la route 
d'Italie, on passe au Plan de Jupi- 
ter , où l'on croit que les Romains 
avaient un hospice. On descend de 
là entre les rochers de différentes 
espèces. 

On descend encore pour aller à 
la Vacherie ; mais avant d'y arri- 
ver on tire sur la droite, et on 
monte sur un col élevé qui porte 
le nom de Col entre les deux fe- 
nêtres. 

Au pied de la cime la plus élevée 
de ce col, on trouve une mine de 
fer spéculaire. 

Cette cime est dominée par une 
autre beaucoup plus élevée, qui 
se nomme la Pointe du Brome. 

De là on passe auprès d'un petit 
lac, dont l'eau mêlée de neige a 
une teinte verte demi-transparente. 

En suivant toujours la même 
direction , on arrive à ce singulier 
rocher poli, qui forme la crête 
même de cette petite chaîne. Sa 
surface supérieure descend à l'est 
sous un angle de 45 degrés; c'est 
cette surface qui est polie , et d'un 
poli si vif que l'on s'y voit comme 
dans un miroir. 

§ 26. De Martigny a la cité 
d'Aoste, 15 h. environ. 



De Martigny à 






St-Pierre , 


5 h. 


40 m 


Hospice, 


2 


30 


Vacherie , 




45 


St-Remy , 


1 


15 


St-Oyen , 




50 


Etrouble, 




20 


La Cluse , 


1 


15 


Pignaud , 




45 



126 

Signays, 
La Cité , 



SAINT-MAURICE. 



1 h. 



30 m. 



A la^Vacherie, belles prairies : 
à Saint-Remy , remarquez sur la 
route les balaiements des avalan- 
ches ; \\sl forêt défend le village 
contre Je ur furie. Etrouble est un 
grand " village ; on passe devant 
unelpetite chapelle dédiée à saint 
Pantaléon. 

Aoste , AOUSTE (la cité d') , Au- 
gusla Prœtoria, ville de la vallée 
du même nom en Piémont , sur la 
Doire , au midi du grand Saint- 
Bernard, à 1,818 p. au dessus de 
la mer. 

Particularités. La cité d' Aoste 
offre plusieurs antiquités ro- 
maines, telles qu'un pont de 
marbre, caché en plus grande 
partie sous des maisons , un arc 
de triomphe et les restes d'un am- 
phithéâtre. En avant de Donas on 
remarque une chaussée de 12 p. 
de largeur sur 30 à 40 p. de hau- 
teur, percée dans le roc vif en 
manière de voûte ; on y voyait aussi 
autrefois une colonne milliaire , 
taillée en relief dans le rocher , et 
sur laquelle était inscrit le chiffre 
XXX. Le vulgaire attribue cet ou- 
vrage à Annibal , et les antiquaires 
à César ou à Auguste. Cependant 
il paraît qu'il est d'un temps bien 
plus ancien , quoique construit par 
les Romains. — A 3 1. de Saint- 
Marcel on rencontre un ruisseau 
dont les eaux sont teintes du plus 
beau bleu par la solution du cuivre 
qu'elles contiennent. — Mon t-Jovet 
et Chambave sont connus par leurs 
excellents vins, qu'on peut com- 
parer aux meilleurs de la France 
et de l'Espagne. 

Minéralogie. Le territoire du 
val d'Aoste est très-riche en di- 
verses espèces de minéraux. Il y a 
entre Courmayeur et la cité d'Aoste, 
en deux endroits différents, des 
bancs de mine de plomb qui con- 
tient de r argent. 

Faits géologiques. Toutes les 
montagnes du val d'Aoste et des 
vallées latérales qui y aboutissent , 



sont du plus grand intérêt pour le 
géologue ; elles n'ont point encore 
été suffisamment étudiées. 

Bernard (le petit Saint-), monta- 
gne du Piémont, située entre levai 
d'Aoste et la Tarantaise , dans les 
Alpes Grecques : c'est le passage le 
plus commode qu'il y ait dans toute 
la chaîne des Alpes. Sur le sommet 
du col est un hospice desservi au- 
trefois par deux prêtres de la Ta- 
rantaise, et aujourd'hui transformé 
en une sorte d'auberge. Son élé- 
vation est de G, 750 p. au dessus de 
la mer : de l'hospice on va en 13 
h. à la cité d'Aoste; il n'y a que 
2 1. de descente entre le col et la 
Salle, où l'on arrive au bout de 
8 h. de marche, du côté de la Ta- 
rantaise, par Saint-Germain et 
Villars-dessous à Scez , 3 1. De là , 
en suivant l'Isère à Moutiers et à 
Grenoble, en Dauphiné ; de Scez, 
le long de la Versoy , par Banoval , 
Glinettes, et Crèt à Chapiu, 4 \. f 
au pied du Bonhomme. 

§ 27. De Courmayeur a Aoste , 
7 h. i/«. 



Morgex , 


1 î 


!. 25 m 


La Salle , 




35 


Avise , 


1 


30 


Saint-Pierre, 


2 


15 


Aoste , 


1 


45 



§ 28. De Martigny a Saint- 
Maurice et A Bex , 3 h. 20 m. 

et 4 h. 20 m. 



La Bathia 






15 m. 


Verrière , 






20 


Vernayaz , 






10 


Pisse-Vache 


( casca- 






de ) , v. p. 


63, 




15 


Miville, 






20 


Barma , 






20 


Evionnaz , 






25 


St-Maurice , 




1 h. 


15 


Bex, 




1 





Maurice (St-j, Agaunum, pe- 
tite ville du bas Valais, située sur 
les bords du Rhône, entre la Dent 
du Midi et celle de Mordes. Sa 



BEX. 



127 



population se monte à 1,300 habi- 
tants. On y remarque l'église pa- 
roissiale , l'hôtel-de-ville , le pont 
de pierre d'une seule arche, et 
fermé à son extrémité par une 
porte , enfin un vieux château où 
est établie une belle fabrique d'a- 
cier. La situation de St-Maurice 
est avantageuse pour le commerce 
de transit. Depuis un demi-siècle 
l'agriculture y a fait de grands pro- 
grès ; le défrichement des marais 
environnants a contribué à rendre 
l'air plus sain , et à faire dispa- 
raître le crétinisme. — Auberges : 
l'hôtel de l'Union , très-bonne mai- 
son , la Maison-de- Ville , la Croix- 
Blanche. 

Curiosités. La bibliothèque pos- 
sède beaucoup de manuscrits inté- 
ressants. — Une abbaye , fondée en 
351 , qui prit le nom du chef de la 
légion thébaine, et qui le donna 
ensuite à la ville. Ce couvent pos- 
sède une belle et riche collection 
de reliques ; les amateurs y dis- 
tinguent deux superbes vases 
d'agate donnés par Charlemagne , 
et un reliquaire de prix donné par 
saint Louis. On remarque un cou- 
vent depères capucins, bâti enlG20. 
Près de la ville , on voit un ermi- 
tage situé à une élévation consi- 
dérable au milieu d'une haute 
paroi de rochers; l'on y découvre 
une jolie vue. 

Bex, grand et beau village du 
canton de Vaud, dans le district 
d'Aigle. ( Voyez à la table : Bex. ) 
Les environs de Bex sont très-pit- 
toresques *. 

Bains, logement et pension à 
Bex , canton de Vaud , tenus par 
Ls. Dùrr **. 

* Voyez la description des salines , 
pag. 128. 

** Cet établissement est placé dans une 
des plus riantes contrées du pied de nos 
Alpes occidentales. Les bâtiments , ré- 
cemment construits , sont d'une élégante 
simplicité, commodément distribués, pro- 
prement tenus , et bien servis ; mais ils 
seront insuffisants , si , comme on peut le 
prévoir , le nombre des baigneurs aug- 
mente ; en ce cas , on pourra s'établir 
tout à côté des bains, à l'hôtel de l'Union, 



Excursions aux environs. De 
Bex , en passant par le village de 
Grion , jolie excursion sur la mon- 
tagne de Taveyannaz , où l'on voit 
tout un Village de chalets ; on re- 
vient le même jour à Bex : ce_ tra- 
jet est remarquable par le grand 
nombre de belles vues de monta- 
gnes et de sites pittoresques qu'il 
présente. Une autre excursion in- 

l'une des meilleures auberges de la Suisse, 
ou se procurer des logements dans le vil- 
lage , dont les habitants , d'un caractère 
gai , prévenant et communicatif , ne 
manquent pas de chambres vacantes. 

Ce qui ajoute au mérite local des bains 

de Bex , c'est que le propriétaire a fait , à 

trois cents pas des bains, un établissement 

sous le titre de Chalet , pour les cures de 

i lait , petit lait de chèvre et de vache ; on 

1 aura aussi l'agrément d'y voir faire le fro- 

! mage matin et soir , comme cela se pra- 

: tique dans les montagnes suisses. 

Les établissements sont sur la grand '- 
i route de Suisse en Italie , par le Saint- 
j Bernard ou le Simplon. La diligence de 
i Saint- Maurice à Vevey , et de Vevey à 
! Saint-Maurice , passe matin et soir devant 
! leur porte ; et l'on n'y a point à craindre 
\ la disette des papiers-nouvelles , si fâ- 
i cheuse pour l'appétit politique d'une 
i certaine classe de gens. 

Nous pourrions dire encore au gastre- 
I nome que les truites du Rhône et le gibier 
: du Valais offrent à son palais les plaisirs 
d'une chère délicate ; et à l'homme qui 
calcule , que le séjour de ces bains n'est 
! point trop dispendieux , et ne dépasse pas 
! ce que l'économie appelle un prix raisonv 
i nable. 

L'ordinaire de la maison se compose 
\ ainsi : 

I Déjeuner , thé ou café ; dîner , à deux 
! heures , table d'hôte , à deux services , 
vin d'Yvorne et dessert ; à huit heures du 
soir, on sert au salon thé , vin, fruits, etc. 
i On peut prendre la pension au jour ou 
| au mois , même à l'année , à des condi- 
tions satisfaisantes. 
I L'établissement loue des chevaux de 
î selle , des calèches , des chars de prome- 
nade , etc. Il est pourvu d'écuries et de 
remise à l'usage des équipages particu- 
liers. 

Dans l'espace de trois journées , on 
peut aller visiter la vallée et les glaciers 
de Chamouni , le grand Saint-Bernard, et 
être de retour aux bains. 

Les bains d'eau minérale s'ouvrent or- 
dinairement le s de mai; ceux d'eau douce 
' sont ouverts toute l'année. 



128 



BEX. 



téressante à faire est celle qu'of- 
fre le val de Lie, ou val d'illiez, 
dans le bas Valais , sur la rive gau- 
che du Rhône. On va de Bex à 
Gsteig dans le pays de Sânen (Ges- 
senay ) par un sentier qui passe à 
Grion et Ormond-dessus. De Bex 
on peut prendre deux chemins 
pour se rendre à Sion par les 
montagnes. Le plus long et le 
moins pénible suit le cours de l'A- 
vançon , passe par Frenières et par 
la jolie vallée des Plans. Le second 
traverse Grion , village de mon- 
tagne , assis sur une colline, dans 
une situation extrêmement inté- 
ressante. Ensuite , après avoir tra- 
versé une petite plaine, et passé 
par-dessus des quartiers de ro- 
chers, on arrive à la montagne 
d'Anzeindaz , le long de laquelle 
on suit le pied de l'Argentine et 
des Biablerets. 

Glaciers situés au dessus de 
Bex, Il y en a quatre , savoir : 
ceux des Diablerets , de Panéro- 
sas , de Plan-Nevé et des Martinets. 

Plantes. Toute la contrée de 
Bex et d'Aigle est remarquable 
sous le rapport de la botanique et 
de la minéralogie. 

Bex {Salines de). Bex est en- 
core remarquable par les salines 
qui sont dans ses environs et qui 
datent de l'année 1554. Elles ap- 
partenaient à la famille Zobel 
d'Augsbourg qui, en 1G85, les 
vendit pour 104,000 livres au gou- 
vernement de Berne; depuis 1798 
elles sont devenues la propriété du 
canton de Vaud. Cet établissement 
comprend les mines ou travaux 
souterrains ayant pour but la re- 
cherche et l'exploitation des sour- 
ces et de la roche salées , et deux 
ateliers de graduation et de cuite 
pour la fabrication du sel. Jusqu'en 
1823 on n'exploitait que des eaux 
salées qui, par leur tendance à 
diminuer d'année en année , fai- 
saient craindre l'abandon total de 
cette industrie. Mais, cette année- 
là, sous l'habile direction de M. 
de Charpentier, directeur des 
mines , on fit la découverte d'une 



énorme masse de roche salée qui a 
assuré l'existence de l'établisse- 
ment et en a augmenté considéra- 
blement le produit. En 1822 la 
fabrication n'était que de 13,414 
quintaux 39 livres, et en 1834 
elle a été de 26,483 quintaux 47 
livres ; elle dépassa 30,000 quintaux 
en 1837. (La consommation totale 
du canton de Vaud est de 41,000 
quintaux. ) 

Les sources salées , aussi bien 
que le roc salé , se trouvent dans 
de l'anhydrite , soit chaux sulfatée 
anhydre, qui présente dans les 
environs de Bex une étendue qu'elle 
n'oil're dans aucune partie de la 
Suisse. Cette roche forme deux 
couches intercalées dans un cal- 
caire schisteux, noir et argileux; 
la couche inférieure , dont l'épais- 
seur est de plus de 1,000 pieds, 
est celle qui renferme la roche 
salée et les principales sources. La 
roche salée est un mélange de 
fragments anguleux d'anhydrite, 
de la grosseur d'un grain de sable 
jusqu'à celle de plusieurs toises 
cubes , et de quelques petits frag- 
ments de calcaire siliceux aggluti- 
nés par de l'anhydrite et du sel 
gemme également privé d'eau. La 
salure moyenne , évaluée sur une 
cinquantaine de milliers de pieds 
cubes, est de 30 livres par pied 
cube. Cette roche forme un filon 
presque vertical et à peu près 
parallèle aux couches de l'anhy- 
drite dans laquelle il est intercalé. 
Ce filon est maintenant connu sur 
une longueur de près de 4,000 
pieds et sur une hauteur de G00. 
Son épaisseur varie de 2 pieds à 
60. On est obligé d'exploiter cette 
roche au moyen de la poudre à 
canon. On transporte les pierres 
salées dans de vastes salles appe- 
lées dessaloirs et creusées dans 
l'anhydrite privée de sel ; on les 
concasse grossièrement , et on y 
introduit de l'eau douce pour en 
dissoudre le sel. On opère ordinai- 
rement trois lessivages : le premier 
et le second fournissent une eau à 
25 ou 2G pour cent de salure ; et le 



BEX. 



129 



troisième de 5 à G. Les pierres sont 
ensuite sorties des dessaloirs et 
transportées hors de la mine. L'eau 
salée des sources et des dessaloirs , 
lorsqu'elle est au dessus de 20 pour 
cent de salure , est immédiate- 
ment conduite aux chaudières ; 
celle dont la salure est au dessous 
est préalablement soumise au pro- 
cédé de la graduation. Le trans- 
port des eaux depuis les mines 
aux maisons de cuite s'opère par 
des conduits en mélèze. 

Les travaux souterrains les plus 
étendus, et en même temps ceux 
où se trouvent les principales 
sources et la roche salée , sont 
connus sous les noms de Mines 
du Fondement et du Bouillet. 
Leurs diverses entrées sont situées 
dans la vallée de la Gryonne, à 
une petite lieue N.-N.-E. de Bex , 
dans une contrée sauvage et pit- 
toresque. L'entrée principale de 
la mine du Fondement est à 484 
pieds au dessus de celle du Bouil- 
let. Ces deux mines forment ainsi 
deux étages de travaux, qui com- 
muniquent entre eux par un puits 
vertical de 476 pieds et par un 
escalier taillé dans le roc de 700 
marches. 

La mine du Bouillet consiste 
principalement dans une galerie en 
ligne droite de G,G3G pieds de lon- 
gueur, 7 Va de hauteur et 5 de 
largeur. Elle a été commencée en 
172G par l'ingénieur J. Gamaliel 
de Rovereaz , qui , par ses utiles 
et nombreux travaux, a si bien 
mérité et des mines et de toute la 
contrée. Suspendue en 1729 à 074 
pieds de son entrée , elle a été re- 
prise en 1811 et achevée le 17 avril 
1823. Les objets remarquables 
qu'on observe dans cette galerie 
sont : 1° à 400 pieds de l'entrée le 
Réservoir-Rond, vaste salie exca- 
vée dans le roc , d'une forme par 
faitement circulaire, de 80 pieds 
de diamètre et de 10 de hauteur. 
Le plafond n'est supporté par 
aucun pilier. Ce réservoir, fait en 
182G, sert d'entrepôt aux eaux 
faibles, à celles qui ont besoin de 



passer à la graduation. Il y a dan3 
cette pièce un écho fort curieux ; 
2° à peu de distance de là se voit 
un second réservoir d'une forme 
irrégulière , ayant 7,933 p. de sur- 
face carrée et 10 de hauteur , et 
dont le plafond est supporté par 
plusieurs piliers. Il sert d'entrepôt 
aux eaux fortes , à celles qui sont 
conduites immédiatement aux 
chaudières , leur salure dépassant 
2G pour cent ; 3° le Puits du 
Bouillet à 534 pieds de l'entrée; 
il s'abaisse de 88G pieds au des- 
sous du sol de la galerie, y com- 
pris un trou de sonde de 153. Ce 
puits fut creusé vers le milieu du 
siècle passé , dans l'espoir d'y ren- 
contrer des masses de sel; 4° les 
exploitations de la roche salée, 
dites de Sle-IIélène , Bonne-Idée 
et S t- Jacques ; 5° les dessaloirs de 
St - Victor , St - Pierre et St- 
Jacques. 

La mine du Fondement com- 
prend une multitude de galeries, 
dont plusieurs, de niveau diiïe- 
rent , communiquent entre elles 
par des puits, des escaliers et des 
rampes; elles ont été établies dans 
le but soit de découvrir de nou- 
velles sources salées, soit d'abais- 
ser celles qu'on avait déjà, soit 
aiin d'aérer la mine. La plupart de 
ces travaux , exécutés ancienne- 
ment et à une époque où l'on ne 
faisait pas encore usage de la 
poudre pour travailler sur la roche, 
procédé qui paraît avoir été intro- 
duit fort tard à Bex , seulement 
vers l'an 1775, sont généralement 
très-étroits. Néanmoins on y voit 
avec intérêt les longues galeries 
dites la Principale, celles du 
Quatrième-Côté, de Y Air, des 
Invalides; les galeries modernes 
de Bon- Espoir et de Bonne-At- 
tente ; le Puits-du-Jour de 400 
pieds de profondeur , et dont la 
continuation, le Puits-de-Provi- 
dence , établit une communica- 
tion avec les travaux du Bouillet, 
qui s'eiï'ectue aussi et d'une ma- 
nière plus commode par l'escalier 
de Grafenried; les vieux travaux 

G* 



no 



BEX. 



d'abaissement de la source de 
Providence', qui , dans leur en- 
semble, forment un véritable la- 
byrinthe de galeries , de puits , 
d escaliers et de rampes, connu 
sous le nom de Y Escargot. L'ex- 
ploitation de la roche salée y a 
donné lieu à de vastes excavations, 
telles que les exploitations de Gro> 
fenried, de la Récherèze et de 
Bon-Espoir ; les pierres salées 
sont lessivées dans les grands des- 
saloirs de Vieux-Réservoir el de 
St-Louis. On voit encore dans cette 
mine une roue de 36 pieds de dia- 



mètre qui faisait marcher jadis des 
pompes pour l'épuisement des 
eaux de Providence; mais, depuis 
qu'on a établi la communication 
entre les travaux du Fondement 
et ceux du Bouillet, les eaux s'é- 
coulent d'elles-mêmes. 

Voici les noms des diverses 
sources qui , outre la roche salée , 
alimentent les salines, ainsi que 
leur salure et leur produit en sel 
en 1834. ( Providence est la source 
la plus ancienne de la mine du 
Fondement. ) 



Gryonne 


1,4 


pom 


cent ; 


219 


Providence. . - . 


0,9 




— 


401 


Bouillet , n° 2. 


0,9 




— 


201 


Bon-Succès ,n<> i. 


. 23,9 




— 


126 


Bon-Succès, n° 2. 


, 23,1 




— 


5,195 


Espérance-Nouvelle. 


. 20,9 




— 


3,034 


Contre-galerie. . . 


. 22,3 




— 


82 



quintaux 94 livres. 



— 78 



— 18 



Outre les mines du Bouillet et 
du Fondement, il y en a encore 
trois autres : 1° la mine â' Entre- 
deux- Gr y onnes > dont les deux 
entrées sont sur la rive droite du 
torrent de la Gryonne , à environ 
dix minutes de l'entrée de la mine 
du Bouillet. Cette mine est petite , 
on n'y a pas travaillé depuis 
nombre d'années; c'est elle qui 
contient la petite source d'eau fai- 
blement salée dite la Gryonne ; 2° 
la mine des Vauds , située sur le 
territoire de la commune d'Ollon , 
à dix minutes au dessous du vil- 
lage de Ghessières. Elle présente 
une seule galerie de 6,000 p. de 
longueur, renfermant une masse de 
roc salé qui est peut-être la conti- 
nuation de celle du Fondement et 
du Bouillet ; 3° la mine de Panejc , 
située dans la vallée de la Grand'- 
Eau , à 1 V2 1- au dessus d'Aigle , 
près de la vaste maison de Sallin ; 
elle consiste en plusieurs galeries 
et un grand réservoir. La source 
d'eau salée que cette mine renferme 
est fort ancienne, ayant été déjà 
exploitée par la famille Zohel; à 
l'époque de sa découverte on la 
gradua à Sallin même, puis à la 



saline d'aigle, et, après la sup- 
pression de cet établissement en 
1T97, on la conduisit aux Devens 
par un conduit de près de 2 1. de 
longueur. Depuis quelques années 
on a renoncé à son exploitation , 
l'eau étant devenue extrêmement 
faible en salure. 

Les deux ateliers de graduation 
et de cuite se trouvent, l'un au 
Bévieux, l'autre aux Devens. 

La saline du Bévieux est située 
sur la rive gauche de l'Avançon, à 
V 2 1. en dessus de Bex , dans un 
vallon étroit mais fort pittoresque. 
Elle consiste en un bâtiment de 
cuite à deux grandes chaudières 
(Tune 21 p. sur 20, l'autre 28 sur 
19) et une petite; un second bâti- 
ment à deux petites chaudières 
pour l'extraction du sel des grou- 
pes ou résidus des cuites ; un vaste 
magasin ; un atelier de forge à deux 
feux , et une maison d'habitation 
pour le directeur des salines. Le 
bâtiment de graduation se trouve 
à peu de distance de la saline, 
sur la hauteur qui domine la rive 
droite de l'Avançon. Il a été con- 
struit il y a cent ans. La longueur 
de la paroi d'épines est de 650 p. 



LES DIABLERETS. 



sur une hauteur de 22 t / i . La roue 
des pompes qui élève l'eau sur les 
épines est située dans le bas de la 
vallée et communique avec elles 
par le moyen de longs tirants. On 
y gradue les eaux de Providence , 
de Gryonne et de Bouillet n° 2, 
depuis 1 V2P our cent jusqu'à 22, 
degré auquel elles sont livrées aux 
chaudières. Les conduits qui amè- 
nent l'eau salée depuis les mines 
ont 3 //> de 1. de longueur. On est 
occupé dans ce moment à con- 
struire au Bé vieux un second bà- 
timent de cuite à deux grandes 
chaudières et à trois petites. 

L'autre saline , appelée les De- 
vens , est située à V 4 de 1. de celle 
du Bévieux et à 3 /i au nord de Bex, 
dans une jolie plaine à peu de dis- 
tance de l'entrée du vallon de la 
Gryonne; on y jouit d'une belle 
vue sur la partie inférieure de la 
vallée du Rhône , le val d'illiez , la 
Dent du Midi , celle de Mordes , le 
Muveran et Chamossaire» Cette 
saline consiste en un bâtiment de 
graduation à double paroi d'épines , 
de 279 p. 1 /,, de long sur 29 p* 3 pouc. 
de haut, où on gradue les eaux 
faibles du troisième lessivage des 
pierres salées ; une maison de 
cuite à deux grandes chaudières 
(l'une 23 pieds sur 16, l'autre 26 
sur 24) et cinq petites; une se- 
conde maison à deux chaudières 
pour l'extraction du sel des 
groubes; un atelier de forge à 
deux feux et un fourneau à ré- 
verbère pour plier les plaques dont 
on construit les chaudières ; un 
atelier de charpentier; un magasin 
pour le sel; un magasin à poudre , 
et la maison d'habitation du direc- 
teur des mines, construite en 
1825. Les eaux salées parcourent 
une distance d'environ */, 1. dans 
des conduits de mélèze. 

Les salines de Bex fournissent 
le sel aux sauniers des districts 
d'Aigle y. de Vevey et du Pays- 
d'Enhaut , et aux factoreries d'Ou- 
ehy et de Morges. 

Diablerets (les) , hautes mon- 
tagnes situées au dessus de Bex , 



131 

dans la chaîne qui sépare le Valais 
du canton de Vaud. Le plus élevé 
de ces pics a 9,600 pieds au dessus 
de la mer. La base septentrionale 
des Diablerets est formée par une 
paroi de rochers presque taillés à 
pic, où se voit derrière la plaine 
des Isles une gorge sombre appelée 
le Creux des Champs; quelques 
cascades descendent de cette mu- 
raille gigantesque et donnent 
naissance à la Grand'Eau. 

Chemins pour descendre à 
Sion. Un sentier qui part de Bex 
passe immédiatement à côté des 
Diablerets, et de là descend droit 
à Sion. Au-delà du point le plus 
élevé du passage , on descend par 
une pente rapide dans la vallée de 
Cheville. Ensuite on fait 2 1. de 
chemin au travers des innom- 
brables débris accumulés dans 
cette contrée par la chute d'une 
des cimes des Diablerets ; au 
milieu de ces débris est situé le 
lac de Derborenze , dans lequel la 
Liserne verse ses eaux bouillon- 
nantes. Rien de plus varié que les 
formes et les groupes qu'offrent 
les débris des rochers dont on est 
entouré. Au dernier point que 
l'on passe, la Liserne se précipite 
dans un abîme effroyable. C'est là 
que l'on entre dans le chemin 
neuf , pratiqué sur les talus d'une 
paroi , au bord d'un précipice. Le 
pas qu'on nomme le Saut-du-Chien 
fait frémir le voyageur, obligé de 
suivre un sentier très-étroit, à 
côté duquel il voit sous ses pieds 
un abîme sans fond. Au bout de 
ce trajet périlleux est bâtie la cha- 
pelle de Saint-Bernard ; de là on 
descend par Aven à Sion en 3 h. 
Si l'on veut faire ce chemin en un 
joar, il faut partir de fort bonne 
heure de Bex. 

Chute des Diablerets. Il reste 
encore trois pics de ce nom sur 
pied; les.autres se sont écroulés. 
Deux chutes , accompagnées do 
circonstances très-remarquables f 
ont eu lieu pendant le cours du 
xvm e siècle ; la première arriva 
en 1714, et la seconde en 17 \d* 



134 



CANTON DU VALAIS. 



jusqu'en 1798, le Valais avait été 
allié des Suisses. Pendant les trois 
années qui suivirent, il fut admi- 
nistré sous l'influence de l'armée 
française qui l'occupait. En 1803, 
on le sépara violemment de la 
Suisse, et on lui donna une con- 
stitution particulière. Un décret de 
l'empereur Napoléon, du 12 no- 
vembre 1810, le réunit à la France 
sous le nom de département du 
Simplon. A la fin de l'année 1813 , 
i! recouvra son indépendance, et 
en 1815 il fut admis dans la Con- 
fé lération comme vingtième can- 
ton. La milice valaisanne se com- 
pose d'une garde nationale de 8,000 
hommes et du contingent fédéral, 
divisé en élite et réserve, l'une et 
l'autre de 1 ,200 hommes à peu près. 
Le canton est divisé en trois arron- 
dissements militaires; à la tête de 
chaque arrondissement est un 
commandant. 

Observations générales. Le 
canton du Valais forme la vallée la 
plus considérable de la Suisse. Le 
Rhône le parcourt dans toute sa 
longueur, qui est de 34 1. depuis 
la source de ce fleuve , au glacier 
de la Fourche , jusqu'à son embou- 
chure dans le Léman , et un litto- 
ral de 1 lieue sur les bords de ce 
lac. Il est entouré de tous les côtés 
de montagnes très-élevées et de 
glaciers qui n'en permettent l'a- 
bord que sur un certain nombre 
de points. Seize vallées habitées, 
partant de la grande vallée du 
Rhône , s'ouvrent sur les flancs 
des montagues; treize sur la gauche 
du fleuve , trois sur la droite; toutes 
traversées par une rivière ou un 
torrent, dont environ 80 se jettent 
dans le Rhône. Ce pays est exposé 
à toutes les convulsions de la na- 
ture : des torrents furieux et enflés 
de débris , des avalanches de neige, 
des chutes de glaciers , des écoule- 
ments de rochers portent fréquem- 
ment la désolation parmi ses habi- 
tants. 

Animaux. On trouve dans ses 
Alpes des ours , des loups , des 
lynx , des marmottes , des chamois 



et quelques bouquetins. Le nombre 
des espèces de poissons n'est pas 
grand, à cause de la rapidité des tor- 
rents et de la fraîcheur de l'eau des 
lacs. Le Rhône seul est poissonneux. 
La classe des reptiles n'est pas 
nombreuse ; elle n'offre de remar- 
quable qu'une espèce de tortue , 
le grand lézard vert qui atteint 
quelquefois la longueur de deux 
pieds , et la salamandre noire. On 
trouve quelques ophidiens et de 
nombreux insectes , entre autres 
une cinquantaine d'espèces rares 
de papillons. 

Minéraux. Le canton renferme 
de grandes richesses minérales. 
Nous citerons plusieurs espèces de 
chaux carbonatées et sulfatées, le 
quartz amorphe, le grenat, les tour- 
malines noire et verte, des amphi- 
boles, le graphite, l'or natif, le 
plomb sulfuré, des fers oxidulés, 
le zinc sulfuré , des cobalts , des 
titanes , etc. On exploite des mines 
de fer, de cuivre, de plomb et 
d'argent. 

Lacs. Il y a une quantité de pe- 
tits lacs dans les montagnes : les 
plus remarquables sont ceux de 
Saas , au pied du mont Rosa ; de 
Champriond , au fond de la vallée 
de Bagnes; du Grand-St-Ber- 
nard; de Vaquer est, dans la com- 
mune d'Iserabloz , dont le centre 
est un tournant qui engloutit tout 
ce qui en approche ; de Champs , 
que décore une petite ile ; de Der- 
b or anche , qui date de 1749; et de 
Tanney , au dessus de Vouxvri. 

Produits du sol. Peu de can- 
tons offrent autant de variétés dans 
leurs productions que le Valais. 
On y récolte des grains , des fruits, 
du vin, du mats, du safran, des 
grenades, des amandes et des fi- 
gues. La culture de la pomme de ter- 
re s'y répand de plus en plus. Les 
noyers sont magnifiques et donnent 
une huiie excellente. Les pommes 
et les poires produisent d'excellent 
cidre. Les prairies sont naturelles 
et artificielles; elles souffrent sou- 
vent de la sécheresse, et l'irrigation 
ne s'en fait qu'à grands frais et avec 



SION. 



135 



beaucoup de peine. Le canton nour- 
rit beaucoup de bestiaux; mais les 
bëtes à cornes sont d'une petite 
race. Suivant le dernier recense- 
menton compte 2,240 chevaux ou 
juments, 210 ânes, 1,500 mulets; 
47,000 tètes de la race bovine, dont 
la moitié de vaches laitières ; envi- 
ron 55,000 moutons et chèvres. Le 
fromage, dont la fabrication pour- 
rait s'améliorer dans quelques en- 
droits, s'exporte en partie en Italie. 
On engraisse aussi beaucoup de 
porcs , ce qui est un article d'ex- 
portation. L'éducation des abeilles 
est considérable. Les forêts donnent 
de beaux bois de construction, 
entre autres des mélèzes d'une 
grande dimension. 

Industrie. Il n'y a pas d'autre 
industrie que le soin du bétail et 
la culture des terres. Les habitants 
élèvent quelques chevaux, mais 
surtout beaucoup de mulets qu'ils 
emploient au transport des voya- 
geurs et des marchandises à tra- 
vers les passages difficiles de leurs 
montagnes. Quelques-uns sont 
chasseurs de profession ; d'autres 
récoltent des plantes médicinales 
et des résines, vont à la recherche 
des cristaux , et procurent des 
échantillons de minéraux rares aux 
divers cabinets d'histoire naturelle. 
11 existe deux papeteries dans le 
canton. Une verrerie a été établie 
depuis peu d'années à Monthey, 
ainsi que des forges et fonderies de 
fer à Ardon. On compte une fabri- 
que de draps à Octan près de Mar- 
tigny , une fabrique de tabac à 
Sion , une fabrique de cuivre à 
Brama, une clouterie et unetirerie 
de fer à St-Gingolph. 

Instruction purlique. Le can- 
ton possède un séminaire, trois 
collèges et des écoles primaires. 
Les collèges sont ceux de Brique , 
de Sion et de St-Maurice. Les deux 
premiers sont dirigés par les jésui- 
tes , et le troisième par les cha- 
noines réguliers de l'abbaye. Il 
passe pour le meilleur. 

11 n'y a pas de bibliothèque pu- 
blique. Celle de l'abbaye de St-Mau- 



rice , qu'on accroît par des achats 
annuels, possède encore de précieux 
manuscris, bien qu'en 1G27 on en 
ait vendu quelques quintaux à trois 
batz la livre. 

CoiMMERCE. Le commerce con- 
siste dans l'exportation des pro- 
duits du sol, particulièrement des 
bois et de la pelleterie ; dans le 
transit des marchandises entre 
l'Allemagne et l'Italie , par les 
routes du Simplon et du St-Ber- 
nard. 

Division. Le eanton du Valais 
se divise en 13 dizains, savoir : ceux 
de Conches, Brigues, Viège, Ra- 
rogne , Lœche , Sierre , Hérens , 
Sion , Conthay , Martigny , En- 
tremonty St-Maurice , Monthey. 

SION. 

Si on (en allemand Silten, et en 
latin Sedunum), capitale du can- 
ton du Valais , et résidence de l'é- 
vêque, compte 360 maisons et envi- 
ron 3,500 habitants. Elle est située 
dans la partie moyenne du pays , 
à 1,746 p. au dessus de la mer, 
sur la rive du Rhône et près de sa 
jonction avec la Sionne, rivière 
moins considérable, laquelle baigne 
les murs de cette ville. Auberges : 
le Lion-d'Or, avec la poste aux 
chevaux, située sur la place; la 
Croix-Blanche. Deux établisse- 
ments recommandables. 

Situation. Sion s'élève au dessus 
d'une plaine vaste et fertile, où 
les champs , les prairies , les ver- 
gers et les jardins olfrent le tableau 
le plus agréablement varié. Cette 
plaine est bornée au N. et au S. 
par des montagnes dont les bases 
sont couvertes de magnifiques vi- 
gnobles. Les maisons s'appuient 
à l'E. contre une petite montagne 
dont les deux parties, nommées 
Tourbillon et Valéria , offrent d'â- 
pres rochers couronnés de châteaux 
et d'autres habitations , et dont leâ 
bases sont ornées de vignes. La 
chaleur y est souvent intolérable 
en été. 

Rues. La ville est entourée d'un 



136 



SÏON. 



fossé profond , avec des remparts 
et de hautes murailles. Elle a six 
portes ornées de peintures emprun- 
tées à l'histoire sainte , et est divi- 
sée en quatre quartiers. Les rues 
sont en pente, étroites, elles mai- 
sons inégales, enfermées et con- 
struites comme si l'on s'était pro- 
posé d'intercepter les rayons du 
soleil, ce qui, pendant les chaleurs 
de l'été, donne lieu à des exhalai- 
sons désagréables et malsaines. 
Cependant la partie de la ville qui 
a été reconstruite à neuf est bâtie 
sur un meilleur plan , les rues 
étant fort larges et à peu près tirées 
au cordeau. 

Curiosités» L'église cathédrale 
dédiée à la sainte Vierge , avec un 
riche chapitre de chanoines : cette 
église , d'architecture gothique , 
est très-vieille ; elle contient quinze 
autels, plusieurs monuments funè- 
bres et des tombeaux de famille ; 
on voit un ossuaire sur les galeries, 
et en dehors plusieurs anciennes 
inscriptions romaines. L'église bâ- 
tie par le cardinal Matthieu Schin- 
ner , en l'honneur de saint Théo- 
dule , ancien évèque de Sion. Le 
collège, dont la situation est belle , 
et qui est aux jésuites. L'hôtel-de- 
ville , où l'on remarque aussi des 
inscriptions romaines , et son hor- 
loge; chef-d'œuvre de mécanique. 
Celui de la chancellerie , entière- 
ment neuf, la tour des Calendes 
dont la fondation est attribuée à 
Charlemagne. La tour des Chiens, 
située sur le sentier qui conduit à 
Tourbillon , et dans laquelle le 
comte de Savoie fit exécuter, en 
1308 , vingt patriotes valaisans. 
Du haut des rochers des deux col- 
lines on découvre de fort belles vues: 
celle de Tourbillon , située au N., 
est la plus haute et la plus escar- 
pée. Valéria, qui est au S., forme 
une masse plus considérable, et 
présente un plus grand nombre de 
bâtiments. On monte sur la pre- 
mière par un chemin taillé dans le 
roc. Le. château de Tourbillon, 
bâti en 1 492 , a été longtemps la 
résidence del'évêque; mais il tombe 



en ruines depuis l'incendie de 1788. 
Valéria est couronnée de tours et 
de hautes murailles; on y voit plu- 
sieurs maisons et une grande église 
fort ancienne , où l'on a enseveli le 
corps d'un saint personnage nom- 
mé Will , qui y attire encore au- 
jourd'hui des pèlerins et qui opère 
des guérisons miraculeuses. Cette 
église possède aussi des inscriptions 
romaines. Le château de Majorie , 
bâti au pied des deux collines, a 
été la résidence de l'évêque jus- 
qu'en 1788, qu'il devint la proie 
des flammes ; on en voit encore 
les ruines. Hors de la ville on re- 
marque un couvent de capucins 
admirablement situé , l'hospice 
desservi par des sœurs blanches, et 
la maison des tireurs. 

Environs. Les environs offrent 
quantité de promenades magnifi- 
ques. Rien de plus gracieux que 
les Mayens de Sion. Dans la ban- 
lieue se trouve le champ de bataille 
de la Planta , où les Haut-Valai- 
sans défirent, le 13 novembre 1475,- 
u ne armée de dix mille Savoyards. 
L'anniversaire de cette bataille est 
encore célébré aujourd'hui. Plus 
loin sont les forteresses ruinées 
de Sion et de Montorge qui embel- 
lissent un territoire déjà si varié. 
Une végétation d'une beauté sur- 
prenante attire les regards du 
voyageur. Le sol rapporte d'ex- 
cellents vins , des fruits pleins de 
saveur, de bon safran , des figuiers, 
des mûriers , et des amandiers 
d'une grandeur remarquable. 

Vues , etc. On découvre des 
vues magnifiques près des trois 
châteaux de la ville ; il y a d'agréa- 
bles promenades entre ses murs et 
le Pehone, ainsi que de l'autre côté 
du fleuve, sur les superbes coteaux 
qui s'étendent en face de Sion , et 
où l'on voit quantité d'habitations 
d'été et de sites pittoresques. Vis- 
à-vis de la ville , à Va lieue, on re- 
marque un ermitage curieux , à 
Lonseborgne ou Long-le-Borgne , 
composé d'une église, d'un cloître, 
et de plusieurs cellules, le tout 
taillé dans le roc vif. La situation 



LEUCK. 



137 



est pittoresque. On vend à Sion un 
bouillon aromatique , excellent 
pour la poitrine. 

§ 1 er . De Sion à Leuck ou Sus- 
ten, 4 h. 35 m. ( l re route. ) 



Pont de Raspille , 


GO m 


Saint-Léonhard , 


15 


Granges , à droite , 


30 


Grone , 


30 


Pont de Mendripi , 


15 


Siders , 


15 


Pont sur le Rhône , 


10 


Forêt de Pfyn , 


5 


Pfyn, 


35 


Villa , 


10 


Pont de Leuck, 


45 


Leuck ou Susten , 


5 



A pied ou en voiture , le chemin 
est beau , pittoresque. 

Si de b s , en français S terre , l'un 
des plus beaux bourgs du Valais. 11 
est bâti au bord du ruisseau de 
même nom , lequel descend du 
Steinbockhorn , sommité connue 
du côté du nord sous le nom de 
Ruziihorn , et située sur les contins 
du Simmenthal. On y remarque 
deux églises , quelques vieilles 
tours et de belles maisons. Popula- 
tion , 900 habitants. 

Curiosités. La vaste forteresse 
d'Alt-Siders et le château de Beau- 
regard, situé sur le haut d'un ro- 
cher au dessus de Cbippis, à l'en- 
trée de la vallée d'Anniviers, les- 
quels appartenaient à Guichard de 
Raron, furent détruits en 1414 par 
les Valaisans , pendant la proscrip- 
tion de ce seigneur. La tour gothi- 
que de Goubing et l'ancienne char- 
treuse de Géronde. Vis-à-vis de 
Sierre débouche la longue et fertile 
vallée d'Anniviers. 11 croît dans les 
environs de ce bourg d'excellent 
vin muscat et du vin de Malvoisie. 
Les habitants sont moins sujets 
aux goitres qu'autrefois. 

Chemins. Au sortir de Sierre on 
passe le Rhône, dont on suit dès 
lors la rive gauche ; on traverse la 
forêt et le village de Finges ou 
Pfyn, de même que le ruisseau de 



Grusille ; de là on voit en face le 
bourg de Leuck , derrière lequel 
s'ouvre la gorge de la Dala, et à 
une grande hauteur une partie du 
mont Gemmi. 

Leuck ou Loeghe (les bains de), 
en allemand Leukerbaden, et dans 
le pays simplement Baden , au 
canton du Valais, sont situés à 
4,404 p. au dessus de la mer, au 
S. de la Gemmi , qui s'élève pres- 
que verticalement au fond de la 
vallée , et au pied de plusieurs 
autres montagnes qui l'environ- 
nent de toutes parts. Le village , 
bâti dans une contrée couverte de 
belles prairies et de pâturages bien 
arrosés et couronnés de bois de 
sapins et de mélèzes , offre de loin 
un coup d'œil assez gracieux. 
Avant d'entrer dans Loëche et en 
se plaçant sur le pont du Rhône , 
on suit de l'œil la marche singu- 
lière du fleuve, entre des collines 
hautes de 150 à 200 pieds, et en- 
tièrement composées de rochers 
calcaires. Un peu plus bas est le 
précipice appelé Hœllengraben,qui 
présente un tableau effrayant de 
destruction. 

Loëche possède deux églises , un 
bel hôtel-de-viile et quelques jolies 
maisons particulières. Le pont sur 
la Dala, à 10 minutes de distance, 
s'appelle le Pont du Diable. 

11 y a plusieurs chemins qui 
mènent aux bains : celui du can- 
ton de Berne traverse la Gemmi , 
et a été entièrement taillé dans le 
roc du côté du Valais. Ceux de 
Sierre et de Loëche sont assez pé- 
nibles; ils sont pratiqués le long 
de la sauvage Dala , sur des préci- 
pices horribles , tout hérissés de 
rochers. La galerie ou corniche 
que l'on trouve entre les villages 
d'Inden et de Varone est remar- 
quable. C'est sur cette saillie sus- 
pendue au dessus de l'abîme , 
qu'en 1799 les Haut-Valaisans ré- 
sistèrent pendant plusieurs se - 
maines aux attaques des Français. 
Du bord de la corniche on aperçoit 
une vue incomparable. Sur une 
ligne de près de 18 lieues de Ion- 



138 



LEUCK. 



gueur , l'œil suit la vallée du 
Rhône depuis Viége jusqu'à Marti- 
gny, et y distingue une variété 
îï'objets sans exemple. Le cours 
incertain du Rhône anime tout le 
tableau : tantôt large , tantôt divisé 
en divers bras , tantôt rapproché , 
tantôt vu dans le lointain , il se 
montre et disparaît tour à tour. 
Nous empruntons ici quelques 
traits de l'excellente description 
qu'en a donnée M. Meissner dans 
X Alpenrose (année 1808, p. 15G) : 
i La quantité de bourgs et de 
villages , dit-il , que l'on voit dis- 
perses, soit dans la vallée, soit sur 
la pente des deux chaînes de mon- 
tagnes, dans une étendue de 11 à 
12 lieues de longueur; les châ- 
teaux, les chapelles et les ruines 
d'anciens donjons qui couronnent 
d'innombrables collines; les nuan- 
ces multipliées des forêts, des prai- 
ries , des groupes d'arbres, qui 
s'élèvent au milieu des moissons 
dorées ou des masses grisâtres des 
rochers; les formes mille fois va- 
riées des montagnes , leurs gradins, 
leurs innombrables crénelures, et 
la vapeur suave qui fond et amal- 
game doucement tant d'objets di- 
vers, forment un tableau d'une 
beauté si ravissante qu'on ne se 
lasse pas de le contempler , et qu'il 
faut se faire une véritable violence 
pour s'arracher de ce lieu en- 
chanté. » 

Les eaux thermales de Loëche 
sont du nombre des plus célèbres 
de la Suisse. Leurs effets sont ad- 
mirables dans les maladies de la 
peau ; prises intérieurement, elles 
font beaucoup de bien dans celles 
de l'estomac et du bas-ventre. 11 
existe une douzaine de sources , 
dont la plus abondante et la plus 
chaude ( la température de ses eaux 
s'élève à 41° du thermomètre de 
Réaumur ) porte le nom de Saint- 
Laurent. Elle forme une petite ri- 
vière dans le voisinage des auber- 
ges et du bâtiment des bains , 
qu'elle alimente tous. Ses eaux sont 
limpides et inodores; elles n'ont 
aucun goût particulier, et exhalent 



simplement une légère vapeur sul- 
fureuse. Celles d'une autre source 
provoquent le vomissement. La 
fontaine de Notre-Dame est froide 
et ne coule que depuis le mois de 
mai jusqu'au mois de septembre. 

Les hôtes sont aussi bien servis 
qu'il est possible de l'être dans un 
lieu si éloigné et d'un accès si dif- 
ficile. Il y a trois bons hôtels •• ce- 
lui de la Maison-B'anche , à la pro- 
ximité de tous les bains, tenu par 
C. -In. Albon ; l'hôtel de France, 
tenu par M. Bruttin-Vera , bonne 
maison; l'hôtel de Bellevue, tenu 
par Antoine Villa, ouvert en 1840. 
11 ae faut pas oublier que la grande 
élévation du lieu y rend les nuits 
froides , que même au cœur de l'été 
les grandes pluies sont fréquem- 
ment suivies de neiges ; et en con- 
séquence il faut se pourvoir de 
vêtements chauds. 

On commence par passer une 
demi-heure dans l'eau le premier 
jour; on augmente progressive- 
ment la durée des bains , et l'on 
finit par les prendre de huit heures 
par jour ; ensuite on rétrograde 
dans la même proportion. L'eau 
chaude coule sans cesse dans les 
bains. De petites tables couvertes 
de livres , de gazettes , de mou- 
choirs , de l'attirail d'un déjeuner , 
ou de tels autres objets, flottent 
devant les baigneurs. Depuis l'an 
1817 , il existe un nouveau bâti- 
ment entièrement en pierres , qui 
est plus beau que les autres , mais 
dans lequel on se baigne également 
en commun. Du reste, ceux qui 
le désirent peuvent prendre leurs 
bains dans une chambre particu- 
lière; ce que la longueur de leur 
durée rend excessivement en - 
nuyeux. ( Voyez pour les sources 
V article suivant.) 

§ 2. De Sion aux BalnS de Leuck 
( Leukerbaden) , G h. */r (2* 
route. ) 



Siders (i>. p. 137), 
Le Pont , 



2 h. 45 m. 
15 



LEUCK. 



139 



Salgetsch , 
Faren , 
Galerie, 
Inden , 
Baden, 



1 h. 



40 m. 

50 

30 

20 

10 



Tout ce trajet est remarquable 

Ear le nombre des scènes agréa- 
les, sauvages et effrayantes que 
la nature y déploie au milieu des 
Alpes. On traverse les villages de 
Salgetsch et de Faren (dans ce 
dernier on découvre , près des au- 
berges, une belle vue sur la vallée 
du Rhône). Le territoire de Sal- 
getsch renferme de belles prairies , 
un vignoble qui produit d'excellent 
vin rouge très-estimé, et une bonne 
pêcherie sur le Rhône , qui donne 
à cet endroit de belles écrevisses. 
L'ordre de Malte y avait autrefois 
une chapelle et quelques proprié- 
tés. Ermitage sur une colline, très- 
belle vue , V? lieue. On gravit la 
montagne de Faren , dont la pente 
est très-roide, et l'on gagne un 
bois de sapins d'où l'on aperçoit , 
à l'est , le bourg de Leuck , et au 
nord-est, au-delà de la gorge de la 
Dala , le village d'Albinen , qu'on 
distingue à sa position singulière 
sur la pente escarpée d'une mon- 
tagne verte. Après avoir dépassé la 
forêt de sapins , le chemin descend 
rapidement au dessous d'une haute 
paroi de rochers coupés à pic , et à 
côté d'un affreux précipice au 
fond duquel on n'entend que fai- 
blement les mugissements de la 
Dala. Ce passage , taillé en corni- 
che dans le roc , cause une sensa- 
tion d'effroi à la plupart des voya- 
geurs ; on le nomme la Galerie. — 
Pour garantir le chemin de la chute 
des pierres qui se détachent quel- 
quefois des rochers, on y a établi 
un toit dans Jes endroits les plus 
dangereux ; les diverses teintes 
dont la paroi calcaire est colorée 
offrent un aspect singulier. 

Loeciie ou Leuck. Les bains au 
pied de la Gemmi ont dans le pays 
le nom de Baden. 

Hôtels : de France , près des 
bains , chambres à feu ; la Mai-J 



son-Blanche; pensions de MM. 
Brunner, de Villa. 

Particularités des Bains. Ces 
bains célèbres sont recomman- 
dâmes par l'énergie toute particu- 
lière de leurs eaux. Les sources sor- 
tent de terre , à environ 5,000 p. 
au dessus de la mer. 

Sources. On trouve à Baden , 
dans un espace d'environ 1 1. i / % 
de circuit , 11 ou 12 sources d'eaux 
chaudes dont les 9 dixièmes se per- 
dent dans la Dala. La grande sour- 
ce, autrement nommée source de 
Saint-Laurent, sort de terre sur la 
place située entre les auberges et 
les bâtiments des bains. Elle forme 
un ruisseau considérable, et four- 
nit les bains des messieurs , des 
gentilshommes et des pauvres. Au 
dessus de la grande source , est si- 
tuée celle que l'on nomme Gold- 
brùnnlein , et au N.-E. du village 
on rencontre dans les prés, jusque 
sur les bords de la Dala , une mul- 
titude de sources dont les plus re- 
marquables sont celle qui excite le 
vomissement et celles des bains 
des lépreux et des bains de guè- 
rison. 

Bains publics à l'usage des 
deux sexes. Les deux sexes se bai- 
gnent ensemble , et la manière dont 
on est obligé de faire ce genre de 
cure est cause que les malades sont 
obligés de se réunir à cet effet. 

On est assis sur des sièges mo- 
biles ou sur des bancs qui régnent 
tout autour du carré, et, quand 
on va d'un endroit du bain à l'au- 
tre , on a soin de marcher dans la 
posture d'une personne assise. Un 
tuyau pourvu d'un robinet fournit 
incessamment à chaque carré de 
l'eau chaude propre , où chacun 
peut remplir son verre pour boire, 
et sert à entretenir la température 
convenable dans les bains. Plu- 
sieurs baigneurs tiennent devant 
eux une petite table flottante sur 
laquelle ils placent leur déjeuner, 
leur verre, leur mouchoir de po- 
che, leur tabatière , des livres, des 
gazettes , etc. Les jeunes dames va- 
laisannes ornent ces petites tables 



140 



LEUCK. 



d'une sorte d'autel garni de fleurs 
des Alpes , auxquelles la vapeur de 
l'eau thermale rend toute leur fraî- 
cheur et tout leur éclat , alors 
même qu'elles sont déjà presque 
fanées. Des allées régnent autour 
des compartiments , dont elles sont 
séparées par une légère balustrade. 
C'est dans ces allées que vont se 
placer les personnes qui , ne pre- 
nant pas de bains, veulent aller 
voir leurs amis et leurs connais- 
sances , et leur aider ta abréger le 
temps en s'entretenant avec eux. 
Il est plusieurs maladies chroni- 
ques de diverses espèces contre 
lesquelles ces bains sont extrême- 
ment efficaces. Des médecins de 
Sion ont coutume de passer à Ba- 
den la saison des bains. MM. Bon- 
vin et Gay sont des praticiens dis- 
tingués. 

Promenades , Points de vue, 
Chute d'eau. Le village est en- 
touré de pâturages alpestres et 
de prairies de la plus grande beau- 
té , dont l'aspect, joint aux mon- 
tagnes colossales, déchirées et che- 
nues , qui de toutes parts frappent 
les yeux, forme les tableaux les 
plus piquants. Les personnes qui, 
n'étant point obligées de prendre 
les bains, peuvent à leur gré par- 
courir les Alpes et les rochers du 
voisinage , trouveront tous les 
jours de nouvelles jouissances au 
sein de cette nature majestueuse 
autant que singulière. Au nord 
s'élève la Gemmi , dont on atteint 
le sommet , qui est à la distance de 

2 1. du village. 

A l'ouest on découvre le Lam- 
mernhorn, et à mi-côte une jolie 
cascade. A côté de la Gemmi , et 
au N.-O. , sont situés le Rinde- 
rhorn et le Balmhorn , duquel des- 
cend le glacier dont la Dala forme 
l'écoulement. On atteint au bout de 

3 heures de montée pénible le pied 
de ce glacier. A l'est, il y a plu- 
sieurs montagnes couvertes de pâ- 
turages; par où l'on peut passer 

Eour se rendre dans la vallée de 
oëche, dont les habitants, sépa- 
rés du reste de l'univers, méritent 



bien une visite. Du haut de ces 
montagnes de l'est on découvre 
des vues de la plus grande magni- 
ficence sur la haute chaîne de 
montagnes qui sépare le Valais du 
Piémont. On va des bains jusqu'à 
la cime la plus orientale en 4 ou 5 
h. de marche, en traversant pres- 
que toujours des montagnes fer- 
tiles dont la pente est assez douce,- 
mais on ne saurait se dispenser 
de se faire accompagner par un 
guide. 

Petites promenades. A V4 de 1. 
du village, du côté du N. , on voit 
deux grottes remarquables dans les 
rochers. A y 2 lieue de distance est 
une contrée plus sauvage où la Da- 
la forme une jolie cascade , sur la- 
quelle on voit briller les couleurs 
de l'arc-en-ciel entre 1 heure et 3. 
Pour s'y rendre, on va du côté du 
N. en traversant les prairies jusqu'à 
une porte à claire-voie, d'où l'on 
descend au bord de la rivière : on 
y observe quelques sources d'eau 
chaude; ensuite on gravit une col- 
line couverte de mélèzes et de sa- 
pins. Arrivé sur le sommet, on 
suit un sentier qui mène à gauche, 
le long d'une haie ; de beaux mé- 
lèzes ombragent ce chemin soli- 
taire, qui va aboutir près du pré- 
cipice dans lequel se jette la Dala. 
Les échappées de vue que l'on 
aperçoit au travers des arbres, sur 
les parois décharnées de la Gem- 
mi , font un eifet admirable. 

Le Chemin des Echelles. A une 
petite lieue des Bains , on arrive au 
pied des huit Echelles qui mènent 
au village d'Aibinen , situé sur les 
Alpes. Le chemin est agréable et 
traverse de belles prairies. Cette 
contrée, bordée d'énormes parois 
de rochers , et ces échelles qui for- 
ment un passage très-fréquenté , 
sont si remarquables , que tous les 
étrangers devraient faire cette pro» 
menade. Les hommes et les fem- 
mes d'Aibinen franchissent ces af- 
freux précipices au moyen de ces 
échelles , sur lesquelles ils grimpent 
d'un pas ferme et assuré. Il n'est 
pas rare qu'ils se hasardent à faire 



LA GEM^JI. 



141 



ce trajet périlleux pendant l'obscu- 
rité , dans l'ivresse , ou chargés 
d'un énorme fardeau, sans que ja- 
mais il leur arrive de malheur. 

ylspect extraordinaire des mon- 
tagnes au clair de lune. Les per- 
sonnes qui se trouvent à Baden 
lorsque la lune est en son plein , 
feront bien de profiter d'une belle 
nuit pour faire une petite prome- 
nade vers les 10 h. du soir, et jouir 
de l'aspect de cette nature sauvage, 
éclairée par les rayons de la lune. 

§ 3. Des Bains au sommet de la 
Gemmj , 1 h. 50 m. 

Pâturages, 20 m. 

Pied de la Gemmi, 10 

Grande galerie , 30 

Petite galerie, 30 

Chalet du Daube, 15 
Sommet de la Gemmi , 5 

Gemmi , haute montagne d'un 
aspect extrêmement sauvage , si- 
tuée entre le haut Valais et le can- 
ton de Berne. Le chemin qu'on y 
remarque est Incontestablement le 
passage de montagne le plus cu- 
rieux qu'il y ait dans toute la 
Suisse. 

Chemin taillé dans le roc. Le 
revers méridional de la Gemmi est 
coupé presque à pic ; c'est dans 
■ cette paroi escarpée qu'on a prati- 
qué un chemin accessible aux mu- 
lets. Cette route, unique dans son 
genre , fut construite par des Tyro- 
liens depuis 173G jusqu'en 1741. 
Partout elle monte en zigzag, de 
sorte qu'on ne peut apercevoir ni 
le chemin que l'on a fait , ni celui 
qui reste encore à foire. Arrivé au 
pied de la montagne, si l'on jette 
un regard sur l'énorme paroi dont 
on vient de descendre, on est sur- 
pris de n'y pouvoir découvrir au- 
cune trace de chemin. L'un des 
côtés de la corniche est partout 
bordé d'affreux précipices ; mais 
des murs secs , en manière de para- 
pet , servent à rassurer le voya- 
geur et à le mettre à l'abri du dan- 
ger. Cependant les personnes su- 



jettes aux vertiges feront bien de 
ne point se hasarder à descendre la 
montagne : il n'y a aucun danger 
à craindre quand il s'agit de la 
monter; on tourne toujours le dos 
aux précipices. 

Des bains aux chalets de la Gem- 
mi ,1 h. 50 minutes de marche. 
On évalue la longueur de ce trajet 
à 10,1 10 p. , et à 1,600 pieds la hau- 
teur verticale de la paroi de la 
Gemmi au dessus des bains. A peu 
près vers le milieu du chemin , Ja 
corniche passe comme sous une 
voûte au dessus des rochers qui 
surplombent d'une manière ef- 
frayante. Cette partie de la route 
se nomme la Grande-G alerie. Au 
dessus de cet endroit et à peu près 
aux deux tiers du chemin , on voit 
un sapin isolé, planté au dessus 
d'un précipice épouvantable. Du 
haut du passage on aperçoit une 
fort belle échappée de vue sur les 
Alpes méridionales qui séparent le 
Valais du Piémont, et dont on ne 
peut voir que celles qui sont en 
face de la Gemmi. 

Hauteur de la Gemmi. Du cha- 
let on ne tarde pas d'arriver au col 
de la Gemmi , nommé la Daube. 
Ce col a (>,985 pieds au dessus de 
la mer. A l'orient on voit deux 
sommités assez semblables l'une à 
l'autre, lesquelles ont vraisembla- 
blement donné lieu au nom de 
Gemmi que porte cette montagne 
( sans doute du mot latin geminus, 
double, jumeau) : à l'ouest le lar- 
ge et vaste glacier du Lammern ; il 
sert d'écoulement à une longue 
vallée de giace, laquelle s'étend au 
S. -0. jusqu'aux glaciers du Strubel 
et du Raezli , au dessus d'An-cler- 
Lenk dans le Simmenthal. L'accès 
des glaciers du Lammern n'est pas 
aisé. Le torrent de ces glaciers se 
jette dans le petit lac delà Daube, 
sur la rive orientale duquel passe 
la route. Ce lac, qui a environ une 
Vg lieue de longueur, demeure ge- 
lé pendant 8 mois de l'année, et 
n'a pas d'écoulement apparent. — 
A environ une ty 2 lieue du lac, est 
l'auberge de Schwarrenbach , qui 



142 



KANDERSTEG. 



n'est habitée que pendant l'été; en 
hiver il y tombe jusqu'à 18 pieds de 
neige. C'est là que le poëte Werner 
a placé la scène de son « 24 Fé- 
vrier. » 

§ 4. Des Bains de Leuck a Kan- 
dersteg, par la Gemmi, 5 h. 
20 m. 

Des bains au sommet 

de la Gemmi, 1 h. 50 m. 

Lac de Daube, 30 

Schw arrenbach , 25 

Ober-Wintereck, 35 

Unter-Wintereck, 30 

Grenzstein (borne), 40 

Wergweiser , 35 

Pont de Cander , 10 
Eggenschwand , 5 

Kandersteg , 30 

Lavange. Au-delà de Schwar- 
renbach, le chemin passe sur les 
débris d'une montagne renversée, 
puis traverse un plan couvert de 
pâturages alpins , où l'on retrouve 
encore, sur une ligne de 2 lieues 
de longueur, les traces des dévas- 
tations d'une grande lavange. Ce 
fut en 1782 qu'elle se détacha du 
Rinderhorn , montagne située à 
l'est. Plus loin l'on rencontre une 
alpe d'où l'on aperçoit à droite la 
vallée de Gastern, semblable à un 
abîme noirâtre, du fond duquel 
s'élève la montagne pyramidale 
d'Alt-Elz , dont les sommités sont, 
toujours neigées. Ensuite le che- 
min passe à côté de quelques cha- 
lets, et commence bientôt à des- 
cendre par une gorge resserrée en- 
tre une chaîne de débris de rochers 
qu'ombragent quelques jeunes sa- 
pins et les parois verticales du Gel- 
lihorn. Au sortir de ce défilé, on 
aperçoit tout d'un coup sous ses 
pieds la vallée de la Kander. On y 
descend par une pente très-roide ; 
et après avoir traversé le ruisseau de 
Nuschinen, qui sort à gauche delà 
vallée de même nom , on se trouve 
au pied de la Gemmi , d'où l'on n'a 
plus qu'une demi-lieue jusqu'à 
Kandersteg. 



KANDERSTEfr, village du canton 
de Berne ; c'est le seul qu'il y ait 
dans toute la vallée de Kander, la- 
quelle s'étend au N.-O. , depuis le 
pied septentrional de la Gemmi 
jusqu'à Frutingen et au montNie- 
sen : cette vallée a trois lieues de 
longueur. Il y a une bonne auberge 
dans le village. Le passage de la 
Gemmi commence à un quart de 
lieue au-delà de Kandersteg. On 
trouvera la description des parti- 
cularités de ce passage à l'article 
Gemmi. 

Beauté majestueuse de la na- 
ture dans les vallées d'Oeschen et 
de G aster. A une lieue V 2 au nord 
est de Kandersteg est situé l'Oes- 
chenthal (nommé aussi Geschen- 
thal) , vallée extrêmement roman- 
tique , mais inhabitée. Le sentier 
qu'on suit pour s'y rendre passe 
par une gorge étroite le long de 
l'Oeschenbach , qui descend dans 
la vallée de la Kander , et forme en 
chemin plusieurs cascades. La pe- 
tite vallée est entourée de tou- 
tes parts de montagnes affreuses 
couvertes de glaciers , dont les 
sommités se réfléchissent dans les 
eaux d'un lac situé au milieu du 
vallon et entouré de vertes prairies 
et de bouquets d'arbres. A l'est 
s'élève le Doldenhorn, dont la hau- 
teur est de 1 1 ,287 p., et la Blùmlis- 
Alpe, à 11,393 pieds au dessus de la 
mer. Au nord on aperçoit le Bi- 
renhorn et le Gvvyndehorn. Un si- 
lence profond , interrompu seule- 
ment par le murmure des cascades 
lointaines, règne dans ces beaux 
lieux. Sur le chemin de Kandersteg, 
au pied du mont Gemmi, on a- 
perçoit sur la gauche, au sud-est, 
une gorge étroite et obscure , du 
haut de laquelle on voit descendre 
la Kander. Cette gorge est l'entrée 
du Gasterthal , l'une des vallées les 
plus écartées et les plus sauvages 
qu'il y ait dans toutes ces monta- 
gnes ; elle est cependant habitée : 
on y remarque le magnifique gla^ 
cier de la Kander, lequel est une 
des ramifications du grand glacier 
de Tschingel. De Kandersteg, on 



UBRAKY 
OFTKE 




taJ&ade/ <%e/ c^i^^ziAe^boa^rAy . 



GWATT. 



143 



gagne en 4 heures de marche le 
bord de ce glacier. Jl est situé entre 
la Biùmlis-Alpe et le Tschingel, et 
s'élève très-pittoresquement entre 
le Doldenhorn et le Zackhorn , le 
long de la vallée. La Kander sort de 
dessous ses glaces. Au sud on voit le 
Lœtschberg, par où l'on peut passer 
pour se rendre dans le Lœtschtal 
en Valais, et le mont Alt-Els, dont la 
hauteur est de 11,432 pieds au des- 
sus de la mer. — De Kandersteg 
à Frutingen ,31. par un chemin où 
l'on peut aller en voiture , et de là 
à Thun , environ 5 1. Sur le che- 
min de Frutingen on voit à droite 
sur un rocher les ruines d'un châ- 
teau, et au milieu du terre-plein de 
la vallée plusieurs petites collines 
en pain de sucre qui ont la même 
origine que celles des bords du 
Rhône , entre Sion et Sierre en Va- 
lais. Avant d'arriver au château de 
Tellenburg , qu'on rencontre près 
de Frutingen, on découvre entre 
les rochers au nord deux hautes 
montagnes situées au-delà du lac 
de Thun. Ces deux montagnes , 
d'un aspect très-frappant , sont sé- 
parées par la petite vallée d'Ueschi; 
elles s'abaissent parallèlement àcôté 
l'une de l'autre , et olï'rent des for- 
mes et des dimensions exactement 
semblables. Elles sont connues sous 
les noms deRalligstochetdeWand- 
flue, et s'élèvent au dessus duBéa- 
tenberg.— A Frutingen la vallée de 
la Kander prend le nom de vallée 
de Frutingen. 

§ 5. De Kandersteg a Thun, 

1 h. V*. 



Bûld, 


15 m 


Mittholz , 


40 


Felsenburg , 


5 


Stutz, 


10 


Vutschen , 


25 


Pont de Kander, 


45 


Château de Tellenburg, 


5 


Frutingen, 


20 


Wenge , 


35 


Reudlen, 


20 


Reichenbach , 


25 


Mùhlinen, 


15 



Unter-Maur, 


25 m 


Ober-Maur , 


15 


Hondrich , 


25 


Wyler, 


15 


Lappigen, 


20 


Rutswald , 


20 


Gwatt ; 


20 


Dùrrenast, 


15 


Thun , 


35 



Mittholz, village bernois d'une 
vingtaine de maisons, dans la vallée 
de Kander. On aperçoit sur un ro- 
cher qui semble inaccessible, les rui- 
nes du château de Felsenbourg, an- 
cienne demeure des barons def h un. 

Frutingen . village du canton 
de Berne, auberges : le Landhaus- 
Supérieur, et le Làndhaus- In- 
férieur. Ce lieu est situé dans la 
vallée du même nom. La vallée est 
spacieuse, riante, fertile et remplie 
d'habitations. Frutingen est, de 
tous les villages des Alpes du can- 
ton de Berne, le plus grand, le 
plus riche et le plus beau. Les mai- 
sons sont couvertes en ardoises; 
l'église, fondée en 933 par Rodolphe, 
roi de Bourgogne, a été reconstruite 
après l'incendie de 17 26. Le chœur 
renferme un monument élevé en 
1824 au professeur Hochstetten , 
mort en 1811. Pop. 1,000 hab. 

Curiosités. Le château nommé 
ira Tellen, ou Tellenburg, ancien 
séjour d'un bailli, est situé à peu 
de distance de là. 

Scharnachtal. Entre Frutingen 
et Mullinen on voit s'ouvrir à l'est 
les vallées de Scharnachthal et de 
Kienthal. Du sein de cette dernière 
s'élève une énorme montagne nom- 
mée la Femme (dieFrau ou Bliim- 
lis- Alpe); elle est couverte de nom- 
breux glaciers. 

Reichenbach, village bernois, 
agréablement situé au pied de l'Eu- 
gelberg et à l'entrée d'un vallon de 
1 lieue Vs de longueur. Il contient 
70 maisons, deux moulins et une 
auberge. 

Gwatt , petit village bernois. On 
y trouve une auberge. Dans ses en- 
virons est leGwattstulz, ainsi que 
Belle-Rive, belle maison de campa 



146 

Vieil hospice, 
7 e refuge, 
Engloch , 

Pont de Kronbach , 
Pont de Sang , 
Simplon, village, 



LE SIMPLON. 



15 m. 
30 
15 
5 
30 
10 



Simplon (en italien Sempione, 
en latin Scipionis nions), mon- 
tagne située clans la chaîne des 
Hautes-Alpes , entre le Valais et le 
Piémont; on y trouve un grand 
passage pour entrer en Italie, et 
une fort bonne auberge à la poste. 
Le passage de cette montagne est 
du nombre des plus intésessants 
qu'il y ait dans toute la chaîne des 
Alpes. Le revers méridional sur- 
tout offre une multitude de sites 
sauvages , et porte partout les tra- 
ces des plus affreuses dévastations. 

Description du chemin. L'an- 
cienne route subsiste encore depuis 
Brieg jusqu'au col de la montagne 
que l'on passe un peu avant d'ar- 
river à l'hospice, et elle est de 
2 1. plus courte que la nouvelle. 

L'ancienne route. On com- 
mence à monter immédiatement 
en sortant de Brieg , d'où l'on 
gagne le mont de la Kanter en 1 
h. Va- De là aux Tavernettes (en 
allemand im Grund) , 1 1. 3 /4« Au 
pont de la Kanter, on trouve un 
sentier pour aller dans la vallée de 
même nom, laquelle est fort peu 
connue des étrangers. Entre le pont 
et les Tavernettes , le chemin est 
borné à gauche par des parois de 
rocher, et à droite par d'affreux 
précipices au fond desquels coule 
la Saltine. A peu de distance au 
dessus du pont, on arrivée une 
place qui fut autrefois le théâtre 
d'une épouvantable chute de mon- 
tagne. 

De là jusqu'aux Tavernettes , on 
trouve plusieurs endroits d'où l'œil 
plonge, au travers du défilé de la 
Saltine , sur le clocher de Brieg 
et sur une partie de la vallée dans 
laquelle on découvre le Rhône. 
Avant d'arriver aux Tavernettes, 
wn passe un pont construit sur la 
Saltine , laquelle descend du gla- 



cier de même nom que l'on laisse 
sur la gauche. Les Tavernettes 
sont à la hauteur de 3,890 p. au 
dessus de la mer; de là jusqu'au 
col il va 3 / 4 del. ou 1 1. de distance; 
on passe d'abord au travers d'une 
forêt où la montée est très-roide , 
et ensuite sur des surfaces sphé- 
roïdes d'un granit nu et poli. La 
hauteur absolue du col est de 
6,174 p. au dessus de la mer ; on y 
jouit d'un coup d'œil magnifique 
sur les montagnes et sur les gla- 
ciers dont on est environné de 
toutes parts, et notamment sur 
la chaîne des Alpes qui séparent 
le Valais du canton de Berne : quand 
le temps est clair , on y distingue 
les glaciers de la vallée de Lœtsch. 
Depuis le col jusqu'à l'ancien hos- 
pice fondé par le baron Stockalper 
de Brieg , et desservi par des ecclé- 
siastiques, V4 °*e 1- Ensuite on 
traverse une contrée couverte de 
marais et de bois , dont la pente 
est presque insensible, et, après 
avoir passé le Kron et le Senkel- 
bach , on arrive au village de Sim - 
peln , 5 1. 

Particularités du village de 
Simpeln et de ses environs. Ce 
village est situé à 4,548 p. au des- 
sus de la mer ; l'hiver y dure 8 
mois , et jamais le chemin n'est 
plus fréquenté que pendant cette 
saison, durant laquelle il y passe 
environ deux cents chevaux par 
semaine. La poste à cheval fait la 
route deux fois tous les huit jours. 
On compte à Simpeln une soixan- 
taine de maisons en pierre, deux 
auberges , un moulin et une forge. 
L'éducation du bétail et le transit 
des marchandises sont les princi- 
pales ressources de la population. 
Les cimes du Simplon sont char- 
gées de six glaciers: le premier, 
nommé glacier de Rosboden , n'est 
qu'à une 1. du village, et à Va 1- du 
chemin du côté de Brieg. On va 
d'abord jusqu'à une maison isolée 
qu'on appelle am Senk, et l'on 
passe le ruisseau de Senkelbach, 
au bout d'une Va b. de marche. 
Alors on se détourne à gauche , et 




&°«&> c/us Qfonffa* 



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OFTHE 

UNI*""' "' 



LE SIMPLON. 



147 



Ton arrive aussi en une i / 2 h. au 
bord du glacier qui descend du 
Fletschberg, au S.-O. duquel s'é- 
tend la vallée de Saas , du côté du 
Monté-Moro. Il faut prendre un 
guide à Simpeln , de peur de 
tomber dans quelque fente ; car le 
glacier est tellement couvert de 
débris, que l'on n'aperçoit pas les 
dangers qu'on y court. Les mo- 
raines ( gouffrelignes ) parallèles 
qu'on trouve à l'O. , sur le sommet 
du glacier , méritent l'attention 
de l'observateur; je n'en ai 
vu nulle part d'aussi grandes. 
Il en est de même de la belle 
glace d'un vert bleuâtre qu'on voit 
sous le tas de décombres , et qui 
ressemble à une énorme masse de 
cristal. 

La nouvelle route. Dès l'an 1801, 
l'empereur Napoléon a fait tra- 
vailler à la construction d'une 
chaussée magnifique qui va de 
Glyss à Domo-d'Ossola , en passant 
le Simplon , et qui fut terminée au 
mois d'oct. 1805. Cette route, qui 
rappelle les plus beaux ouvrages 
des Romains , a été construite aux 
dépens des gouvernements de 
France et du royaume d'Italie. Sa 
largeur est de 25 p.; elle n'offre 
nulle part plus de 2 pouces V2 de 
pente par toise : toutefois , en des- 
cendant le Simplon de l'un et de 
l'autre côté de la montagne, il est 
utile d'enrayer les voitures. Les 
travaux ont été exécutés du côté 
du Valais par des ingénieurs fran- 
çais , et ceux du revers méridional 
par des ingénieurs italiens ; ces 
derniers ont eu plus de difficultés 
à vaincre, obligés comme ils l'é- 
taient de travailler sans cesse sur 
les espèces de rochers les plus 
dures et les plus réfractaires. Cette 
magnifique chaussée , ces ponts , 
ces nombreuses galeries percées 
dans le roc vif , sont du nombre 
des constructions les plus remar- 
quables de ce genre. 

La nouvelle route commence à 
Glyss *, et laisse Brieg à la distance 

• Les voyageurs qui ont passé la nuit à 



de V4 de 1. On passe d'abord la 
Saltine sur un pont couvert, d'une 
hauteur et d'une beauté peu com- 
munes, puis on se rend au ha- 
meau de Ried , 1 1. Va ; on traverse 
une forêt de mélèzes dont la lon- 
gueur est de V2 1- î e t, après avoir 
côtoyé d'épouvantables précipices , 
on atteint la première galerie , 
dont la longueur est de 1 1. ; en- 
suite on passe la Kanter sur un 
pont de 80 p. de hauteur, et au 
l3out de Va h. de marche on arrive 
auprès de quelques maisons iso- 
lées que l'on appelle Persal. Au- 
delà de Persal, le chemin, toujours 
suspendu sur le bord de l'abîme , 
serpente en longues sinuosités 
jusqu'au pont de l'Oesbach , tyt 1. , 
et de là à celui de la Saltine , qui 
tous deux sont situés dans la con- 
trée la plus exposée aux lavanges ; 
après quoi l'on entre dans la 
seconde galerie , dont la longueur 
est de 30 pas. On laisse à gauche le 
glacier de Kaltwasser, duquel on 
voit descendre quatre cascades 
dont les eaux traversent la route 
dans des aqueducs d'une fort 
belle construction , et vont se pré- 
cipiter dans l'abîme. Vient ensuite 
la troisième galerie, longue de 50 
pas, au sortir de laquelle on ne 
tarde pas d'atteindre le point le 
plus élevé du passage , lequel est 
indiqué par une espèce de pierre 
milliaire. On compte 1 1. 3 / 4 depuis 
Persal jusqu'à ce col , d'où l'on 
voit au dessous de soi, sur la 
droite, l'ancien hospice , et à 
gauche les fondements du nou- 
veau couvent dans lequel 15 cha- 
noines du chapitre de Saint- 
Bernard exercent l'hospitalité 
comme sur cette dernière mon- 
tagne. Après avoir passé le pont du 
Senkelbach au lieu nommé am 
Senk, on arrive au village de 
Simpeln , distant de 1 1. Va du 
col , et de 8 1. de Glyss et de Brieg. 

Brieg n'ont pas besoin de retourner à Glyss 
pour prendre la route du Simplon , car 
on a établi un chemin de traverse qui va 
la rejoindre à une certaine hauteur, et qui 
est également praticable pour les voitures. 



148 



LE SIMPLON. 



Du Sjmplon a Domo-d'Os- 
sola, a h. 40 m. 



Pont de Lœwibach , 

Détour, 

Gsteig (Algabi) , 

Galerie de Gsteig , 

8 e refuge , 

Pont de la Doveria , 

Grande galerie , 

Gunz ou Gondo , 

Chapelle (confins) , 

San-Marco , 

Palme rei, 

Isella ( Dazio ) , 

( Passe-ports. ) 
Galerie d'Isella , 
ïrasqueras (vallée de 

Divedro ) , 
Pont de Cherasca , 
Pont de Fontana , 
Pont de Varzo , 
Pont de Bartjiemo, 
Galerie de Crevola , 
Morgantino , 
Crevola , 
Pregiia , 

Caldo , à droite , 
Pont de Bogna , 
Domo-d'Ossola, 



5 m. 
20 
10 

5 
20 
10 
15 
35 
10 

5 
15 
15 

10 

15 
30 
10 
10 
15 
55 
15 
30 
10 
15 
5 
15 



Au sortir de Simpeîn , on passe 
successivement les ponts de Lœwi- 
bach et du Kronbach , et l'on 
arrive à Gsteig (ou im Gutz) , 1 / 2 
1. , où la réunion du Kronbach et 
de la Quirna , qui descend du gla- 
cier de Lavin , le long d'une gorge 
creusée dans les rochers de ia 
droite, forme la Veriola ( autrement 
nommée Vedrio ou Diverio) , dont 
on suit les bords jusqu'à 1 1. en avant 
de Domo. De Gsteig à Gunz , ou 
Gondo ou ÏUiden , auberge isolée , 
construite par la famille de Sto- 
ckalper de Brieg ,11. l / 2 . On y voit 
une tour qui a sept étages. De là 
on entre dans une gorge très-étroite 
où le chemin serpente de l'une à 
l'autre rive de la Veriola , au moyen 
de plusieurs ponts. On y passe la 
quatrième galerie , dont la lon- 
gueur est de 80 pas ; ensuite on 
rencontre la magnifique cascade 
du Frisinone , Frachinodi , ou Al- 



pirnbach : on s'arrête devant la 
laconique inscription taillée sur le 
granit : « /Ere italo , 1805 , » 
lorsqu'on entre dans la cinquième 
galerie , qui est la plus longue de 
toutes : elle a 202 pas de long *. 
On observe près de Gondo une 
belle cascade formée par le torrent 
qui sort de la gorge de Zwischber- 
gen , dans laquelle on trouve une 
mine d'or appartenant à M. le 
baron Stockalper , et que suit un 
sentier qui aboutit à la vallée de 
Saas , l'une des deux principales 
ramiiications de la grande vallée 
de Viso, laquelle débouche près 
du bourg du même nom, à 3 1. 
au dessus de Brieg. Le torrent de 
Zwischbergen charrie des paillettes 
d'or. A V 4 de 1. au dessous de 
Gondo, on trouve une petite cha- 
pelle bâtie sur les confins du Valais 
et de l'Italie. Le premier village 
italien se nomme San-Marco : 
vient ensuite Isella, ou le Dazio, 
où l'on visite les voyageurs. Le ha- 
meau de Trasqueras est situé sur 
la hauteur. On entre bientôt dans 
l'effroyable gorge des Yesselles, 
qui va aboutir à Divedro, lieu situé 
à 2 1. de Gondo , à 1 ,782 p. au des- 
sus de la mer ; on y trouve une 
auberge passable ; et , malgré les 
tristes rochers dont il est envi- 
ronné de toutes parts, ce village 
occupe un petit district agréable et 
fertile. Ensuite on longe une vallée 
étroite et sauvage ( Val-Divedro) , 
où l'on rencontre deux ponts, 
ainsi que la sixième et dernière 
galerie, qui a 80 pas de longueur , 
et l'on arrive à Crevola au bout de 
2 h. de marche. On laisse de côté 
les hameaux de Varzo et de Mor- 
gantino. A Crevola, on passe la 
Veriola sur un pont qui est un 
chef-d'œuvre d'architecture , et 
dont ia longueur est de 60 pas. De 
là à Domo-d'Ossoia , 1 1. Hôtel * la 

* Cette superbe voûte offre trois gran- 
des ouvertures sur la rivière , de sorte 
qu'elle est fort bien éelairée. Toutes ces 
galeries , taillées dans le roc vif , ont plus 
de 50 pieds d'élévation , et une largeur 
au moins égale à celle de la chaussée. 



LE SIMPLON. 



149 



Poste. — Rien de plus nu et de 
plus aifreux, rien qui porte l'em- 
preinte de la destruction d'une 
manière plus effrayante que les 
gorges qui mènent de Crevola 
jusqu'à Divedro, et de Divedro 
jusqu'au Gsteig ; il est impossible 
d'en tracer la plus faible esquisse. 
Histoire militaire des derniers 
temps. Pendant que l'année de 
réserve française passait le grand 
St-Bernard, sous les ordres du 
premier consul , le 27 mai 1800, on 
envoya le général Béthencourt à 
la tête d'une colonne de 1,000 
hommes , tant Français qu'Hervé- 
tiens , avec ordre de passer le 
Simplon et d'occuper les pas de 
Yesselles et de Domo-d'Ossola. Des 
chutes de neiges et de rochers 
avaient emporté un pont , de sorte 
que le chemin se trouvait inter- 
rompu par un abîme épouvanta- 
ble de 60 p. de largeur. Un volon- 
taire plein d'intrépidité s'offrit de 
tenter l'entreprise la plus hasar- 
deuse : il entra dans les trous de 
la paroi latérale , lesquels servaient 
auparavant à recevoir les poutres 
du pont , et , en passant ainsi ses 
pieds d'un trou dans l'autre, il 



arriva heureusement sur l'autre 
bord du précipice. Une corde dont 
il tenait le bout fut fixée à hauteur 
d'appui des deux côtés du rocher. 
Le général Béthencourt passa le 
second après lui, suspendu à la 
corde au dessus de l'abîme . et 
cherchant à appuyer ses pieds dans 
les trous de la paroi ; après quoi 
les 1,000 soldats qu'il commandait 
le suivirent tous , chargés comme 
ils l'étaient de leurs armes et de 
leurs havresacs. En mémoire de 
cette action hardie, on a gravé 
dans le roc les noms des officiers 
français et helvétiens. 11 se trouvait 
cinq chiens à la suite des bataillons : 
lorsque le dernier homme eut fran- 
chi le pas , ces pauvres animaux 
se précipitèrent tous à la fois dans 
l'abîme. Trois d'entre eux furent 
entraînés à l'instant par les eaux 
impétueuses du torrent du glacier ; 
les autres eurent assez de force 
pour lutter avec succès contre le 
courant, et, parvenus sur la rive 
opposée, ils grimpèrent jusqu'au 
haut de la paroi , où ils arrivèrent 
tout écorchés aux pieds de leurs 
maîtres. 



IdO 



FRIBOURG. 



CHAPITRE V. 



CANTON DE FRIBOURG. 



Limites et Population. Le 

canton de Fiïbourg est borné à TE. 
par le canton de Berne , au S. et 
à TO. par Je canton de Vaud, au 
N. par le même canton , par celui 
de Berne et par le lac de Neu- 
ehâtel. Sa surface est de 78 L car- 
rées, et le dernier recensement 
porte sa population à 90,000 h. 

Confédération, Il entra en 1 481 
dans la Confédération suisse comme 
dixième canton. Il est maintenant 
le neuvième en rang. 

Langue. Dans toute la partie 
méridionale et occidentale du 
canton et la partie haute de la ville 
de Fribourg , les habitants parlent 
la langue française. La langue 
allemande est en usage dans la 
partie basse de cette ville et le N.- 
E. du canton. 

Religion. La religion catholique 
y est seule reconnue , à l'exception 
du district de Morat dont les habi- 
tants appartiennent à la religion 
réformée. Ces derniers sont au 
nombre de 8,400. 

Rivières. Ses rivières sont : la 
Sarine, qui le traverse du midi au 
nord ; la Broyé, qui joint le lac de 
Morat à celui de Neuchàtel; la 
Glane, la laun , la Trême et la 
Sensé, qui se versent dans la 
Sarine. 

Lacs et Bains. Outre le lac de 
Morat, ce canton renferme le 
lac poissonneux de Seedorf et le 
joli lac à'Omaine (Schwarzensee) , 
situé dans un vallon sauvage et 
élevé. Sur ses bords sont des bains 
d'eau soufrée , employés avec 
succès dans les maladies delà peau 



et les rhumatismes. A 2 1. de Fri- 
bourg , sur les bords de la Sarine, 
on trouve les bains de Bonn; et, 
près de Gruyères , ceux de Mont- 
bar ri nouvellement construits. 

Climat. Le climat varie suivant 
les localités j quand les années sont 
froides et pluvieuses, il tombe sou- 
vent de la neige sur les hautes mon- 
tagnes , même au cœur de l'été. On 
peut admettre en général six mois 
d'hiver et six mois d'été, les sai- 
sons intermédiaires étant souvent 
à peine aperçues. 

Maladies. Comme les variations 
de la température sont très-subites, 
les maladies dominantes sont les 
affections catarrhales et rhumatis- 
males. Au printemps et en au- 
tomne, les pleurésies sous toutes 
les formes sont très-communes, 
sans distinction d'âge ni de sexe; 
mais elles se présentent plus sou- 
vent chez les citadins que chez les 
gens de la campagne. Viennent 
ensuite les scrofules, beaucoup de 
maladies cutanées, principalement 
chez la classe agricole, soit par dé- 
faut de propreté , soit par des ali- 
ments malsains ou trop salés. On 
voit souvent des irruptions épidé- 
miques et contagieuses de la fausse 
petite vérole , de la scarlatine , de 
la rougeole, fréquemment aussi de 
la variole contre laquelle les me- 
sures sanitaires ne sont encore ni 
assez complètes ni assez efficaces. 
La vaccine a encore à lutter contre 
les préjugés populaires. L'usage 
abusif des boissons spiritueuses 
occasionne beaucoup de ravages 
chez les personnes dont Téduca- 



FRIBOURG. 



151 



tion a été négligée ; cependant ces 
excès sont moins fréquents que 
jadis. 

Produits du sol. Les parties 
basses du canton de Fribourg , au 
N. et à l'O., sont très-bien culti- 
vées et produisent en abondance 
des grains, du fourrage, des fruits 
et du tabac. Les fromages de Gru- 
yères, si réputés , se fabriquent 
dans une chaîne de montagnes qui 
a 10 1. de long sur environ 4 de 
large. 

Règne animal. Les animaux do- 
mestiques s'y trouvent en grand 
nombre. Parmi les quadrupèdes 
sauvages, on rencontre le lynx , la 
martre, la loutre, le blaireau, le liè- 
vre blanc, le chamois et peu de che- 
vreuils. Le loup et l'ours sont très- 
rares , parce qu'on leur donne la 
chasseaussitôtleur apparition, pour 
gagner la prime de 125 francs af- 
fectée à leur destruction. Les tribus 
d'oiseaux sont assez nombreuses. 
On remarque entre autres le lam- 
mergeyer , l'épervier , et plusieurs 
espèces d'aigles ; parmi les oiseaux 
chanteurs , la grive, la caille, la 
perdrix rouge des Alpes, la geli- 
notte blanche , le coq de bruyère , 
le héron, le canard sauvage, l'ibis, 
la cigogne noire et le vanneau ma- 
ritime , dans les marais de Morat. 

Au nombre des poissons , on 
trouve la truite de lac et celle de 
rivière , la tanche , la carpe , le si- 
lure, l'omble-chevalier, le brochet, 
l'anguille , la ferra , et quelques 
saumons, dans la Sarine, au com- 
mencement de l'hiver. f 

Règne minéral. La chaîne sous- 
alpine est formée d'une pierre cal- 
caire entremêlée de quartz ; la 
chaîne inférieure, de grès de nou- 
velle formation. On trouve dans la 
première des marbres de différentes 
couleurs, du silex, du gypse, de 
la houille, de l'ardoise, delà tourbe, 
quelques blocs de granit. 

Instruction publtque. Les 
causes qui ont retardé dans le 
canton de Fribourg l'essor de l'in- 
struction publique sont générale- 
ment les mêmes qu'ailleurs : in- 



différence des parents et des auto- 
rités communales, insouciance de 
quelques autorités supérieures , 
et mauvais vouloir de quelques 
personnes qui, par leur position 
sociale , pouvaient donner à cet 
égard une heureuse impulsion. Ces 
causes commencent à perdre de 
leur influence ; le nouveau gou- 
vernement surtout est entré fran- 
chement dans la carrière des amé- 
liorations. 

La surveillance et la direction 
de l'instruction publique sont 
exercées au nom de l'Etat par un 
conseil d'éducation. 

Moeurs et usages. Les mœurs, 
en général simples et pures , ont 
beaucoup perdu de leur ancienne 
rudesse. La jovialité est plus pro- 
noncée chez ceux qui parlent 
français , que chez ceux qui parlent 
allemand. Les fêtes sont nom- 
breuses : on en compte une cen- 
taine, y compris les dimanches. On 
danse à l'occasion des noces , 
ainsi que le lundi et le mardi 
du carnaval; mais la principale 
fête nationale a lieu en automne, et 
s'appelle la Dédicace générale des 
danses ; elle dure trois jours. Dans 
le district de Morat , on a des réjouis- 
sances publiques à l'occasion de la 
moisson et de la vendange. A 
Morat même on fête l'anniversaire 
de la bataille de 1476. 

Force publique. La milice du 
canton est de 2,565 hommes , 
composée de : une compagnie 
d'état permanente , 2 batteries 
d'artillerie, 16 compagnies d'infan- 
terie , 2 compagnies de carabiniers, 
et 2 compagnies de cavalerie; elle est 
divisée en contingent et en réserve. 
Il y a de plus la landwehr , dont 
les cadres d'un premier contingent 
existent au complet , mais qui n'a 
pas encore été organisée; il y a 
enfin cinq compagnies de carabi- 
niers volontaires de la landwehr. 
Toute la milice est entretenue aux 
frais de l'Etat. Les recrues de toutes 
armes passent à une instruction 
régulière dans la capitale. 

Industrie. L'industrie consiste 



152 



FRIBOURG . 



dans le tissage des pailles; l'exploi- 
tation des forêts; la préparation 
des bois en madriers, en planches , 
en échalas, en outils et en usten- 
siles pour l'agriculture et l'usage 
des ménages. Outre deux papete- 
ries , on compte dans ce canton 
plusieurs brasseries de bière. 11 se 
fabriquée Fribourg du tabac, de la 
faïence, et des toiles de coton dont 
la teinture rouge est estimée. 

Commerce. Le commerce s'ali- 
mente de l'exportation des produits 
du sol et de l'industrie. Fribourg 
vend annuellement une grande 
quantité de fromages, de pailles 
tressées , de bétail et de chevaux, 
à l'Italie , au Piémont et à la 
France. Il fait des expéditions con- 
sidérables de bois de charpente et 
de planches pour ce dernier pays. 

Division. Le canton est divisé 
en treize préfectures : celles de 
Fribourg français, Fribourg 
allemand, de Moral, de Cor- 
bières, de Bulle , de Gruyères, 
de liomont, de Rue, de Châtel- 
St-Denis , de Surpierre , A'Fsta- 
vayer, de Farvagni et de Mon- 
tagni. 

FRIBOURG. 

Capitale du canton de ce nom, 
8 à 9,000 habitants. 

Hôtels. Hôtel de Zœringhen , bel 
établissement construit depuis 
1836, et admirablement sit né a côté 
du grand pont suspendu. Les appar- 
tements ont vue sur les deux ponts, 
ainsi que la belle terrasse d'où l'on 
jouit du magnifique panorama des 
environs,. 

Table d'hôte : à midi et Va , 4 h. 
1 / s et 8 heures du soir. 

"Journaux français , anglais et 
allemands. 

Hôtel des Marchands, dit. aussi 
des Merciers , près de la cathédrale 
où on entend le grand orgue , à la 
proximité de la poste et du grand 
pont suspendu. Cette maison, qui 
a toujours joui d'une excellente 
réputation , est tenue maintenant 
par M. Joseph Moosbrugger , qui, 



pendant vingt ans , a joui d'une 
célébrité méritée comme confi- 
seur, glacier et marchand de co- 
mestibles. Les appartements vien- 
nent d'être remis à neuf et décorés 
avec goût. Table très-confortable, 
exactitude dans le service, prix 
modéré. 

Hôtel du Faucon, rue de Lau- 
sanne, tenu par un Français. — 
Confiseur, M. Moosbrugger, élève 
et successeur de François et Joseph 
Moosbrugger, confiseur, pâtissier, 
glacier et marchand de comestibles, 
au centre de la ville, à côté de la 
cathédrale : nous recommandons 
aux voyageurs les glaces que ce 
confiseur prépare aussi bien que 
Tortoni à Paris. 

Situation. La position de Fri- 
bourg , du côté de Berne , a quel- 
que chose de fort extraordinaire : 
cette ville est située en partie sur 
un plan horizontal , au bord de la 
Sarine ( Saane ) , et en partie sur la 
pente d'un rocher de grès coupé 
à pic en divers endroits; ces rocs 
font un contraste singulier avec 
les murs de la ville et les tours de 
ses couvents et de ses églises. 
Quand on monte le long de la rue 
de la Grande-Fontaine , en venant 
des bains des Trois-Suisses , on a 
peine à se persuader que l'on est 
au milieu d'une ville. Les murs 
de Fribourg renferment un espace 
très-considérable; cependant, com- 
me cet espace contient quantité de 
jardins et même des vergers, on 
n'y compte guère plus de 8 à 
9,000 habitants. Les quatre ponts 
qui servent de communication aux 
deux parties de la ville offrent des 
points de vue très -pittoresques. 
Les stations les plus avantageuses 
pour se former une idée de la si- 
tuation extraordinaire de Fribourg 
sont, 1° le sommet de Schsenen- 
berg ; 2° la prairie située au-delà 
du crucifix que l'on voit en sortant 
par la porte de Bourguillon ; et 3° 
le pré qui s'étend derrière la place 
d'armes, du côté de la porte de 
Romont. Les retranchements, en 
grande partie comblés depuis 1798, 



FÏUBOURG. 



153 



datent de 1G5G. Il y a eu successi- 
vement trois enceintes, dont la der- 
nière comprend les cinq portes , 
liées entre elles , à l'exception de 
celles de Berne et de Bourguillon. 

Fribourg est divisé en quatre 
quartiers, appelés bannières en 
1798 et sections sous le régime 
helvétique. Ce sont : le Bourg, 
l'Auge, les Places , et la Neuveville. 
Ces différents quartiers possèdent 
une trentaine de fontaines publi- 
ques. Il se tient cinq foires par 
année et un marché hebdoma- 
daire le samedi, à moins que ce 
ne soit un jour de fête. 

Curiosités. 1° La porte de Bour- 
guillon {BiirgentJior ), située entre 
deux précipices ; 2° l'hôtel-de-vilîe, 
bâti sur le sol qu'occupait jadis 
le palais des ducs de Zsehringen , 
en 1514. Le rez-de-chaussée avec 
plusieurs étages au dessous sert 
d'arsenal, qu'on appelle vulgaire- 
ment Défensional ; c'est le lieu des 
séances du grand conseil et du tri- 
bunal d'appel; 3° le grand et beau til- 
leul qui fut planté le 22 juin 1476, 
en mémoire delà bataille de Morat 
( depuis quelques années cet arbre 
vénérable commence à perdre de 
sa vigueur) ; 4° l'église cathédrale 
consacrée à St Nicolas , et fondée 
en 1283. La tour de cette église a, 
suivant M. F. Kuelen , 305 marches 
et 250 p. jusqu'à la plate-forme; 
c'est la plus haute qu'il y ait en 
Suisse. La sonnerie de ce clocher 
passe pour la plus belle de toute 
la Suisse. L'entrée principale de 
l'église offre un monument curieux 
de l'esprit du siècle où elle fut 
construite : c'est un tableau qui 
représente les mortels précipités 
par les démons dans les flammes 
de l'enfer. Cette église ne possède 
d'autres tableaux remarquables 
qu'une naissance du Sauveur et 
une institution de la Cène. On y 
admire une belle paire d'orgues de 
M. Mooser, à 5,000 tuyaux; les 
fonts baptismaux , la chapelle du 
St- Sépulcre, et l'autel appelé 
Notre-Dame de Victoire ; 5° le col- 



lège des jésuites, situé dans la 
partie la plus élevée de la ville ; il 
offre l'aspect d'une citadelle, et 
les vues dont on jouit sur ses tours 
sont fort étendues. Les devants 
d'autels de l'église sont de Locher, 
et les tableaux à fresque du pla- 
fond sont peints par Ermeltraut; 
G° le maitre-autel de l'église du 
couvent des Augustins n'est pas en 
général d'un fort bon goût; cepen- 
dant on y voit des morceaux de 
sculpture qui sont de vrais chefs- 
d'œuvre; 7° le couvent des capu- 
cins dont l'église possède une des- 
cente de croix d'AnnibaiCarraehe; 
8° l'hôpital de St-Jacques ; 9° le 
couvent des ursulines fondé dans 
le 17 e siècle; 10° Moutarge, couvent 
de religieuses du tiers-ordre de 
St-François. L'église possède un 
orgue d'Aloys Mooser. Les reli- 
gieuses font une branche d'indus- 
trie de la fabrication de fleurs 
artiiicielles en toile fine; 11° la 
chapelle de Lorette, où se célèbre 
chaque année une fête connue 
sous le nom de dimanche de Lorette; 
12° les grands réservoirs situés près 
de la porte des Etangs et du collège 
des jésuites; on peut s'en servir 
en cas de besoin pour établir un 
courant d'eau très-considérable 
dans toutes les rues, de la ville ; 
13° la position extraordinaire des 
maisons du Court-Chemin, aux- 
quelles le pavé de la rue de la 
Crande-Fontaine sert de toit; 14° 
le moulin de la Motta, dans un site 
pittoresque , au bout du Pertis et 
vis-à-vis du couvent de Maigrange ; 
15° les gorges du Cotteron ne lais- 
sent pas d'offrir un faubourg assez 
curieux; il convient d'aller jus- 
qu'aux forges, auxquelles un 
aqueduc , long de 400 pas et taillé 
dans le roc, amène l'eau qui en 
fait jouer les martinets ; 10° le mu- 
sée des sciences naturelles , digne 
d'être visité ; 

17° Le pont suspendu de Fri- 
bourg. Avant d'arriver à Fribourg, 
en venant de Berne , on rencontre, 
près d'une auberge récemment 
bâtie , le commencement de la 

7* 



164 



FRIBOURG. 



nouvelle route que le gouverne- 
ment a fait construire pour mener 
au nouveau pont; cette route s'in- 
cline légèrement vers la ville , qui 
se présente de ce côté d'une ma- 
nière à la fois majestueuse et ro- 
mantique. L'œil découvre successi- 
vement et comme sur un tableau 
qu'on déroule, le superbe pension- 
nat, le lycée, le collège des jésuites, 
la majestueuse tour de St-Nicolas , 
ainsi que cet assemblage pittores- 
que d'églises , de couvents , de 
tours et de maisons , qui donne à 
la ville de Fribourg une physiono- 
mie particulière. Après avoir passé 
en revue tous ces objets encadrés 
dans un cercle de verdure et de ro- 
chers, le voyageur voit enfin s'é- 
tendre devant lui ce superbe mo- 
nument de Fart et du patriotisme, 
qui paraît être suspendu à une 
hauteur prodigieuse devant une 
tapisserie bigarrée et colossale. 
Deux portiques simples, mais assez 
gracieux, le terminent, et forment 
Tes extrémités d'un immense arc 
renversé, formé par les deux câbles 
qui soutiennent le tablier. La ba- 
lustrade , quoique simplement fa- 
çonnée, offre un très-beau coup 
d'oeil. Qu'une voiture passe sur le 
pont , l'oreille est frappée du bruit 
occasionné par les pieds des che- 
vaux ; mais l'œil le plus perçant 
chercherait en vain à distinguer la 
plus légère ondulation, soit dans 
les câbles de suspension , soit sur 
le pont proprement dit. Les voya- 
geurs ne ressentent pas la moindre 
oscillation , et leur admiration n'a 
pas de bornes , lorsqu'ils gagnent 
le second portique , après avoir 
mesuré toute la longueur du pont. 
Tout le système de suspension 
repose sur deux grandes culées 
qui soutiennent les deux grands 
câbles, et servent en même temps 
de portiques. Ils sont construits, 
partie en pierre calcaire de Neu- 
chàtel et Neuveville , partie en 
pierre de grès , tirée des carrières 
ordinaires de Fribourg. Tous ces 
blocs sont, pour la plus grande 
sûreté , retenus par des crampons 



de fer et par des tirants et filières, 
pareillement de fer. La quantité de 
fer employée à cet effet se monte à 
près de 570 quintaux. L'élévation 
des portiques ainsi construits est 
de 65 pieds de Berne. La voûte , 
qui sert d'entrée, a 45 pieds de 
hauteur sur 20 de largeur et 19 de 
profondeur ; la largeur de chaque 
pilier est de 14 pieds* A environ 
1G0 pieds de ces portiques s'ou- 
vrent les puits d'amarres qui ont 
58 pieds de profondeur et environ 
32 pieds d'ouverture : ils sont en- 
tièrement taillés dans le roc, des 
deux côtés, et renferment chacun 
trois chambres placées à une cer- 
taine distance l'une de l'autre, qui 
contiennent chacune trois voûtes 
renversées , formées d'énormes 
blocs de pierre de Neuchàtel et de 
Neuveville. Les câbles d'amarres, 
au nombre de iG , traversent toutes 
ces voûtes , reposent de plus sur 
12 cylindres en fonte , et sont rete- 
nus par 128 ancres , du poids total 
de 1,024 livres. — Ces câbles d'a- 
marres retiennent les deux grands 
câbles qui soutiennent de chaque 
côté les grandes poutres du tablier, 
au moyen de chaînes de suspen- 
sion. Leur longueur est de 1,280 
pieds. Ils se composent de 2,000 
fils de fer chacun , qui , réunis , 
forment un assemblage de 4,000 
fils , soit chaînons , du poids total 
de 960 quintaux. — De l'arc ren- 
versé , formé entre les deux porti- 
ques par les grands câbles , s'échap- 
pent , de chaque côté , et à la dis- 
tance d'environ cinq pieds l'une 
de l'autre , 164 chaînes de suspen- 
sion , retenues en haut par des 
chevalets en fer, et terminées au 
bas par des étriers auxquels les 
poutres du tablier sont accrochées. 
La plus longue chaîne de suspen- 
sion a environ 60 pieds , et la plus 
courte , seulement un demi-pied. 
Elles sont formées chacune de 25 
chaînons ou fils de fer, de sorte 
que le tablier est soutenu par plus 
de 8 ,000 chaînons perpendiculaires. 
-— Le nombre des poutres qui for- 
ment la base du tablier, soit plan- 



FRIBOURG. 



155 



cher du pont, est de Î6G, retenues 
par 328 étriers en fer forgé. Quatre 
assemblages de longues poutres 
traversent le pont dans toute sa 
longueur; c'est sur elles que repo- 
sent les deux trottoirs. Des deux 
côtés s'élève une balustrade en 
bois de chêne et en forme de croix 
de St-André ; sa hauteur est de 4 
pieds. La voie du milieu, destinée 
aux voitures , a 1G pieds de large, 
et chacun des trottoirs , à droite 
et à gauche , mesure 3 pieds en 
largeur ; de sorte que la largeur 
totale du pont est de 22 pieds. Sa 
longueur , en y comprenant les 
deux culées , est de 941 pieds, sans 
les culées 903 , et avec le tablier 
seul 804. Sa hauteur au dessus de 
la rivière élait au 1 er octobre 1834 
de 163 p. 

La quantité de fer employé pour 
toute la construction ne s'élève pas 
à moins de 1,700 quintaux. 

Le bois qui forme Je tablier est 
estimé à environ 2,300 quintaux. 

Le poids que supportent, les davx 
grands cables est d'environ 2,400 
quintaux , et celui qu'ils peuvent 
supporter, de 48,000 quintaux. 

Ce pont est l'ouvrage de M. Cha- 
ley, ingénieur français. 

Le traité conclu avec lui, le 10 
février 1830, portait , entre autres 
conditions , qu'il lui serait payé à 
diverses reprises la somme de 
200,000 fr. de Suisse ( 300,000 fr. 
de France), pour la construction 
du pont proprement dit ; les frais 
de route de raccordement et d'a- 
venue des deux cotés, et les dé- 
dommagements à accorder aux 
particuliers lésés dans leurs pro- 
priétés par la construction , restant 
à la charge des souscripteurs, et 
aussi en partie du gouvernement 
qui, tout en approuvant le traité , 
se chargeait de l'établissement de 
la route de raccordement, depuis 
le portique extérieur jusqu'à l'an- 
cienne route, près de la chapelle de 
St-Barthélemy. Outre ces avanta- 
ges et d'autres moins considéra- 
bles , M. Ghaley , entrepreneur , 
devait avoir, moyennant certaines I 



conditions , la jouissance du pont 
.pendant 80 ans; cet article fut 
modifié plus tard, au point que 
M. Ghaley ne doit en jouir que 
pendant 40 ans, au-delà desquels 
le revenu procuré par le tarif ap- 
partient aux souscripteurs pendant 
40 autres années : ce temps passé, 
le tarif expire , et le pont rentre 
dans le domaine public et fait par- 
tie des routes cantonales. Le péage 
produit par semaine 300 fr. ( 450 de 
France ). — Les grilles du pont sont 
admirables. 

Un nouveau pont vient d'être 
construit sur la vallée du Gotte- 
rou ; il communique, par le grand 
pont de la ville, à Bourguillon ainsi 
qu'à la chapelle de Lorette ; sa po- 
sition est des plus pittoresques. Sa 
hauteur est de 285 pieds du niveau 
de la vallée, et sa longueur de 700 
pieds. 

Etablissements et Sociétés sa- 
vante:'. Le lycée et le gymnase , où 
on enseigne la théologie, la physi- 
que, la philosophie , les mathéma- 
tiques , le droit et les langues an- 
ciennes ; le séminaire , les écoles 
inférieures , l'école des jeunes filles 
aux Ursulines , celle des orphelins , 
la société économique, le grand 
hôpital desservi par les sœurs gri- 
ses , la maison de travail et de bien- 
faisance; la société médicale, la so- 
ciété archéologique, la société d'uti- 
lité publique, legrand salon littérai- 
re, le cercle littéraire et du commer- 
ce, le cercle des arts et métiers , et 
la caisse d'épargne, établie en 1829. 
Messe en musique. Il y a dans 
les grandes solennités religieuses 
messe en musique à l'église des jé- 
suites ; l'étranger doit y assister. 
Collections. La bibliothèque des 
jésuites , celles de la société écono- 
mique et du chanoine Fontaine. 

Orgues, On ne connaît pas Fri- 
bourg si on n'a pas entendu les 
orgues de la cathédrale ; l'orga- 
niste, M. Vogt , est un talent de 
première ligne que Paris envierait 
à la Suisse. 

Heures des orgues : 1 heure l /î 
après midi , G heures du soir. On 



156 



FRIBOURG. 



paie 11 francs jusqu'à concurrence 
de 11 personnes. Ce nombre dé- 
passé , chaque personne paie 1 fr. 

Cabinet de médailles. M. le pré- 
sident Camentran a un riche rué- 
dailler. 

Industrie. Depuis quelques an- 
nées l'industrie et le commerce 
font des progrès. On y fabrique des 
chapeaux , des chandelles , de la 
faïence, des cartes, des toiles de 
coton et des chapeaux de paille; 
toutes ces marchandises sont d'une 
excellente qualité. 

Promenades. Au milieu de la 
ville une place plantée de tilleuls, 
la place d'armes, qu'on appelle les 
Grandes-Places; le Palatinat , où 
l'on va en sortant par la porte de 
Morat : on y découvre de beaux 
points de vue. Depuis l'endroit 
nommé la Haute-Croix, on aperçoit 
d'un côté les Alpes, et de l'autre le 
Jura. A une petite distance de la 
porte de Romont, on peut distin- 
guer le mont Blanc lorsque le ciel 
est très-serein , la prairie du Tir et 
le Schœnenberg. 

Bains. Ceux que l'on trouve en 
ville, au bas de la Grande-Fon- 
taine, et nommés Badstube ou des 
Trots-Suisses. 11 y a des eau\ dans 
le voisinage, entre autres à Neigles, 
à Garmiswyl et à Bonn (2 1. de 
Fribourg) ; ce sont des eaux sulfu- 
reuses que l'on boit , et dont on se 
sert pour le bain. 

Voitures publiques. Voitures 
pourVevey, à 4 h. de l'après-midi; 
poste aux chevaux de Berne à 
Genève pour Fribourg. Le courrier 
de Paris part à 8 h. du matin, il 
arrive à 1 h. 1 / 2 après midi. 

Diligences de Fribourg. 

En été. 
Départ de Fribourg. 

Pour Berne, à 3 h. 1 /* m. 

— — 5 %s. 

— Lausanne et Genève, 7 m. 

— - 3 y 4 s. 

— Bulle et Vevey, 7 Vv m - 



Pour Bulle et Vevey, 3h.V 2 s. 

— Neuchâtel, 4 m. 

— Morat, 4 et 8 m. 

— Arberg, 8 m. 

— Romont, 3 1 / t 

— Estavayer et Yver- 

dun, 3 V4S. 

arrivée à Fribourg. 

De Berne, à 7 h. m. 

— — 3 s. 

— Genève et Lausanne, 3 i / 9 m. 

- - 5 3/; s. 

— Vevey et Bulle , 2 m. 

— — 5 s. 

— Neuchâtel , 7 s. 

— Morat, 11 m. 

— — 7 s. 

— Arberg, il m. 

— Romont , 7 1 / 2 m. 

— Yverdun et Estavayer, 5 3 / 4 s. 



En hiver. 
Départ de Fribourg. 

Pour Berne, à 4 h. m. 

— - 2 i/ 4 * 

— Lausanne et Genève, 9 1 /^m. 

— — 3 % s. 

— Bulle et Vevey , 3 ty 2 s. 

— Neuchâtel, ' 4 "m. 

— Morat , 4 et 8 m. 

— Arberg , 8 m. 

— Romont, 3 Va m. 

— Estavayer et Yver- 

dun, 9 V* m. 

arrivée à Fribourg. 

De Berne, 9 h. 1 /'* ni. 

— - 3 V 2 s. 

— Genève et Lausanne, 4 m. 

— — 2 V. s. 

— Vevey et Balle , 2 Vf m. 

— Neuchâtel , 7 " s. 

— Morat, il m. 

— Arberg, 11 m. 

— Romont , 7 Va m. 

— Yverdun et Estavayer, 2 V* s. 

Curiosités des environs. Plu- 



BELFAUX. 



157 



sieurs petits ermitages taillés dans 
le roc. Le plus curieux est celui 
de Sainte- Madeleine , à 1 1. de 
la ville et sur les bords de la Sa- 
line. Il est composé d'une église, 
d'une cour, de plusieurs salles, 
d'une cuisine, d'une cave, etc., 
le tout taillé dans le roc. Il a 400 
p. de long, et Je clocher en a 80 
de hauteur. L'abbaye de Haute- 
rive, de l'ordre des bernardins, est 
située à 2 1. de la ville. Les reli- 
gieux y ont établi une école poly- 
technique sur le pied de celle de 
M. de Fellenberg. — A Guggisberg, 
le chemin de Thun y conduit; 
joli costume des jeunes filles. Ce 
village n'est qu'à quelques lieues 
de la vallée. On vient de découvrir 
dans les environs de Fribourg un 
phénomène très-remarquable , ce 
qui est devenu un objet de curio- 
sité pour les gens de la contrée , 
les étrangers et les naturalistes. 
Des paysans, exploitant depuis plu- 
sieurs années une carrière de 
gypse située dans la montagne 
du Gouginberg, à 3 lieues sud- 
ouest de Fribourg, s'apercevaient 
qu'un air sortait avec violence des 
tissures de la pierre à plâtre. Un 
jour qu'ils se proposaient de faire 
sauter une mine, ils essayèrent à 
activer le feu de leur tison en l'ap- 
prochant de ces fissures ; mais quel 
fut leur étonnement en voyant le 
sol s'enflammer instantanément 
sur un espace de 7 à 8 pieds ! Cet 
incendie n'a pas cessé depuis ce 
temps. La flamme est vive et écla- 
tante, haute de 4 pieds, presque 
sans odeur. ïl a été reconnu que 
cette flamme est le résultat de la 
combustion du gaz hydrogène, dont 
la formation est due a la récep- 
tion des substances organiques 
que renferment ordinairement les 
carrières de cette espèce. La route 
pour se rendre à cette mine est , 
depuis Fribourg , fort agréable. 
Après avoir passé plusieurs villa- 
ges dont l'aisance et la propreté se 
font remarquer , un sentier con- 
duit le voyageur au milieu de prai- 
ries riches de cette verdure qui 



ne se trouve que £ans les régions 
alpestres, et de forêts dont l'om- 
brage facilite l'ascension de la 
montagne. La course peut se faire 
en voiture. 

La promenade au Gouginberg 
n'olïre pas moins d'intérêt au des- 
sinateur qu'au naturaliste , car la 
contrée est riche en paysages et 
en points de vue. A une lieue du 
volcan Fribourgeois ( c'est le nom 
qu'on a donné au lieu de dégage- 
ment du gaz ), s'élève, à une hau- 
teur de 6,000 pieds au dessus de la 
mer, la montagne de la Berra, du 
sommet de laquelle on jouit d'une 
vue magnifique sur les cantons de 
Vaud, "Fribourg, Neuchàtel et 
Berne ; sur les lacs de Genève , de 
Neuchàtel, de Bienne et deMorat ; 
sur les rivières de la Sarine, de la 
Broyé et de la Glane, et sur les 
chaînes des Alpes et du Jorat. 

Chemins. A la Valsainte, ancien 
chef-lieujle l'ordre des trappistes, 
par Bulle, Broc, Gresuz et Ghar- 
mey , 9 1. On peut y aller en 5 h. 
à pied , par un sentier qui passe 
sur le mont Berra , d'où l'on dé- 
couvre une belle vue : en prenant 
ce chemin, on a l'occasion de visiter 
aussi l'ancienne abbaye des reli- 
gieuses trappistes de ïliedéra. 

Belfaux (ail. Gnmschen), 
grande paroisse de la préfecture de 
Fribourg et du décanat de Ste- 
Groix , composée du village de ce 
nom et des hameaux de Guttenvyl, 
Autafond, Gorbaz , Chésopelloz , 
Cormagens , Formangueire , Gor- 
minbœuf, Lossy , Nonens , etc. , et 
contenant 1,170 habitants. Le vil- 
lage de Belfaux est situé à 1,827 
pieds au dessus de la mer, et à une 
petite lieue N.-O. de Fribourg, sur 
la route de Payerne. Il contient 
une église, deux presbytères, trois 
maisons de campagne , deux au- 
berges, un moulin, une scierie, 
une forge, une fruiterie et 42 mai- 
sons; son territoire se compose de 
296 poses de prés et 290 de champs. 
En 1448, l'église de Belfaux fut to- 
talement réduite en cendres, ex- 
cepté un grand crucilix de bois fort 



158 



BOSSONNENS. 



ancien qu'on trouva entier et sans 
aucun dommage et aussi parfait 
qu'auparavant parmi des charbons 
ardents, ce qu'attestent les lettres 
patentes accordées à l'église , le 2 
juin 1478 , par Benoît de Montfer- 
rand, évêque de Lausanne. Depuis 
l'invention ( 3 mai ) jusqu'à l'exal- 
tation de la croix ( 14 septembre) , 
il y a tous les vendredis une dévo- 
tion particulière dans l'église de 
Belfaux , et anciennement des per- 
sonnes travesties yf traînaient des 
croix énormes depuis la ville et les 
environs le vendredi de la semaine 
sainte. 

Les voyageurs feront bien de 
s'arrêter au moins 3 jours à Fri- 
bourg. Ce temps est rigoureuse- 
ment nécessaire pour voir la ville 
et ses environs. 

§ 1 er . De Lausanne a Fribourg, 
12 h. 25 m. 

Friedhof, 10 m. 

Les Groisettes , 30 
Mont Preveyres , en 

haut, 1 h. 

Mont Preveyres , 20 

Carouge , " 40 

Bressonnaz, 1 35 

Moudon , 25 

Pré Briant , 1 5 

Lucens , 50 

Henniez , 1 

Marnand , 25 

Trey-Dessous , 30 

Payerne , 1 

Montagny , 45 

L'Echelle , 35 

Grolley, 45 

Belfaux , 30 

Givisier, 20 

Fribourg , 45 

Les Groisettes , hameau situé 
sur un plateau froid et sauvage. 
On n'y voit qu'une église et quel- 
ques maisons isolées. Le presbytère, 
placé au bord de la grande route 
de Lausanne à Moudon , a été 
construit en 1824; en dessous et 
à peu de distance , est un domaine 



appartenant à l'Etat , où se trou- 
vait le haras cantonal. 

Carouge , village vaudois , con- 
tenant 400 habitants : c'était une 
seigneurie qui appartenait à la 
famille de Grafenried , et qui passa 
en 1771 à celle de Diesbach. On a 
trouvé à Carouge beaucoup de 
médailles romaines depuis Au- 
guste jusqu'à Dioclétien. 

Bressonnaz , hameau vaudois 
du cercle de Moudon. Le pont a 
été construit en 1698; le ruisseau 
de môme nom a sa source dans le 
Jorat, près du Chalel-à-Gobet, et se 
jette dans la Broyé près de ce ha- 
meau dont il fait tourner les 
moulins. 

(Pour le reste, voir page 87 , même 
route.) 

§ 2. De Vevey a Bulle , 5 h. 3 A- 



Corsiei-, 

Pont de Fégières , 

Châtel-St-Denis, 

Semsales , 

Vaulruz, 

Vuidens , 

Bulle , 



30 m. 
60 
55 
45 
1 h. 15 
45 
45 



Le trajet de Vevey à Châtel-St- 
Denis est des plus intéressants , à 
cause des vues magnifiques qu'il 
offre partout sur le lac de Genève 
et sur les montagnes du Valais , 
ainsi que sur les rochers déchirés 
et les précipices que l'on voit à 
ses pieds. 

Bossonnens. Ce village, peuplé 
de 200 hab., présente un site fort 
romantique. 11 renferme une cha- 
pelle et les ruines d'un vieux 
château. En septembre 1829, on a 
découvert près de ce village , dans 
un lieu appelé Esserl-des-Corbès , 
un bâtiment romain de 88 pieds 
de longueur sur 54 de largeur : ce 
bâtiment , dont la porte d'entrée est 
du côté du midi , renferme trois 
étuves sous lesquelles existent 
autant de salles souterraines. On 
y voit de plus un bain avec quatre 
escaliers pour y descendre ; à l'ex- 



BULLE. 



169 



trémité existe un tuyau de plomb 
pesant environ 19 livres. 

CiiATEL-St-DENis, bourg, chef- 
lieu de district , situé sur la rive 
droite de la Veveyse, traversée par 
un pont qui établit une commu- 
nication avec le hameau des 
Granges. 11 contient une église , 
une chapelle et un château , rési- 
dence du préfet. L'église, dédiée à 
St Denis, se trouve à 2,497 pieds au 
dessus du niveau de la mer ; c'est 
le chapitre de St-Nicolas qui en a 
la collation. Les habitants de ce 
bourg font un commerce considé- 
rable de bois , car c'est par le bu- 
reau de Châtel-St-Denis qu'a lieu 
la sortie principale des bois de la 
Gruyère. 

Semsales , village situé à la base 
du Moléson. 11 contient l'église 
paroissiale peu remarquable , le 
presbytère , 4 auberges et 57 mai- 
sons. Il est mieux rebâti depuis 
l'incendie du 26 mais 1830, qui y 
consuma 42 bâtiments. C'était 
autrefois une seigneurie et un 
prieuré qui dépendait du couvent 
du St-Bernard. La tradition rap- 
porte que ce village fut englouti 
par un éboulement dans le cou- 
rant du xiii c siècle. En 1680, la 
commune obtint de chercher, au 
moyen de la baguetie divinatoire, 
dans un certain endroit du bailliage 
de Rue , la cloche de l'ancienne 
église qui avait été égarée dans les 
guerres de Bourgogne. 

Bulle , petite ville du canton de 
Fribourg , située sur la frontière 
du pays de Gruyères. — auberges : 
la Maison-dc- Ville , bon hôtel à 
l'instar des meilleurs de la Suisse, 
on y trouve des guides pour le 
Moléson; le Cheval-Blanc, la Mort. 

Curiosités. L'église paroissiale, 
où on trouve un orgue d'Aloyse 
Mooser, célèbre facteur de Fri- 
bourg , des autels et une chaire en 
marbre, le couvent des capucins, 
une belle papeterie. Population, 
2,000 habitants. 

Troupeaux et fromages de 
Gruyères. On voit de Bulle le 
Moléson au sud, et à Test les mon- 



tagnes des vallées de Bellegarde et 
de Charmay , où l'on prépare les 
meilleurs fromages de Gruyères , 
dont il y a de grands dépôts dans 
la ville de Bulle. La chartreuse de 
la Part-Dieu, fondée en 1367 par 
la mère du comte de Gruyères , 
est située sur le penchant du Mo- 
léson. 

Jolies excursions. 1° Gruyères, 
petite ville du canton de Fribourg, 
1 1. — Auberge-, l'Aigle. — Elle 
est située au pied des Alpes de ce 
canton, et l'on y voit un grand 
château pittoresque bâti sur une 
colline. C'était autrefois la rési- 
dence des puissants comtes de 
Gruyères, qui se maintinrent dans 
Ja possession de leurs états jus- 
qu'en 1564. Ce château est flanqué 
de tours et de remparts. Les murs 
ont de 13 à 14 pieds d'épaisseur; 
on y voit des cheminées immenses 
où l'on rôtissait un bœuf entier ; 
ses vastes salles rappellent le sou- 
venir de la féodalité. 

L'église paroissiale, dédiée à St 
Tliéodule, fut bâtie en 1254 par 
Je comte Bodolpbe lit. 

La chapelle St-Jean servait de 
sépulture aux nobles habitants du 
château; on voit dans cette cha- 
pelle une croix de cristal remplie 
de reliques. 

Curiosités. Le pays de Gruyères 
a 8 ou 10 lieues de longueur', sur 
4 de largeur. Les Alpes de Gruyères 
reposent sur des rochers calcaires. 
Les fromages qu'on y prépare 
sont connus partout , et passent 
pour être des meilleurs qu'on ait 
en Suisse. Les habitants des val- 
lées voisines composent une des 
plus belles peuplades des Alpes 
helvétiques. Le costume des filles 
est agréable. La maison de ville et 
le château de Gruyères offrent de 
beaux points de vue. 

Vue du Moléson. Du sommet 
de cette montagne , située tout 
près de Ja ville , on découvre une 
vue delà plus grande magnificence. 
On atteint la cime du Moléson 
au bout de 3 ou 4 heures de mon- 
tée. Sa hauteur est de 6,167 pieds 



160 



TOUR-DE-TRÉME. 



au dessus de la mer. Cette mon- 
tagne est intéressante et remar- 
quable par ses formes pittoresques , 
ses beaux, pâturages et les plantes 
rares qu'on y trouve. On s'arrête 
.volontiers à la source de Bonne- 
Fontaine et au chalet de même 
nom , distant d'une demi-lieue de 
la cime. Le chemin le plus fré- 
quenté pour faire l'ascension du 
Moléson p isse par le couvent de 
la Part-Dieu ; on y a bâti en 1835 
une auberge. 

2° A Grand-Villard , 1 1. de 
Gruyères , remarquable par sa 
belle cascade. Le village de Grand- 
Villard , situé sur la rive droite de 
laSarine, contient 400 habitants. 
On voit dans l'une des parois de la 
nef de l'église une image noire 
de la Ste Vierge qui se trouvait, 
avant la réformation, dans une cha- 
pelle du château d'OEx. A une petite 
distance du village se voit la cas- 
cade; près delà est une carrière 
de marbre en exploitation. Un 
pont d'une seule arche réunit en 
dessus de Grand-Villard les deux 
rives de la Sarine. 

3° A Nérive, Vs 1. ; la perte de la 
rivière de ce nom, sa réapparition 
à 7 4 de 1. , forme un joli spectacle ; 
le passage de Lévi , à ty 2 l- au 
dessous , fort curieux. 

4° Aux bains du Pasquier à la 
Val-Sainte, 3 1. de Bulle, au pied 
de la Berra , à Cliarmay , à Belle- 
garde. 

§ 3. De Bulle a Fribourg , 5 h. 



1 h. 



30 m. 

45 

45 



Vuippens , 
Avry , 
Poissieux , 
Villars, 
Fribourg , 



Le chemin n'a rien d'extraordi- 
naire ; il est boisé ; quelques échap- 
pées de vue , plutôt que de grandes 
et belles vues. Avant d'arriver à 
Fribourg, descente: effet de clo- 
chers, de l'aspect de la ville. 

Vuippens, petit village peu- 
plé de 200 habitants ; son château 



a été bâti à neuf dans le siècle 
dernier ; les chartreux l'habitèrent 
pendant cinq ans après l'incendie 
du monastère de la Part-Dieu, en 
1800. 

Avry, village peuplé de 300 hab. 
Il est remarquable par sa belle si- 
tuation à l'entrée de la Gruyère, 
sur une élévation commandée par 
le Gibloux. Le bassin de Bulle 
se déploie de là, dans toute sa 
beauté , avec son incomparable 
verdure , ses contours tout à la 
fois gracieux et imposants. Depuis 
la hauteur appelée Charmons , on a 
à ses pieds le château de Vuippens, 
à gauche celui de Corbière, un peu 
plus loin les tours de Bulle, dans 
le fond les cellules des chartreux 
de la Part- Dieu , et l'antique 
manoir des comtes de Gruyères. 
Avry est le lieu de naissance de 
Jean Du pré, qui a creusé l'ermitage 
de Ste-Madeleine, près de Fribourg. 

§ 4. De Bulle a Sàanen , par 
Chàteau-d'Oex , 7 h. 20 m. 



Pont de Trème , 
ïour-de-Trème, b. 
Gruyères, pet. v. 
Enney , v. 
Villars-sur-Mont, v. 
Noiraigues , dro. \ 
Lessoc,gau. \ 
Albeuve, v. 
Pont de Hongrin , 
Montbovon , v. 
Pont, à gauche , 
La Tine , 
Rossinière , v. 
Pont , 

Les Moulins , v. 
Pont, 

Chàteau-d'Oex, b. 
Flendruz , h. 
Rougemont , v. 
Pont , 
Saanen , 



1 h, 



10 m. 
5 
40 
35 
30 

25 

10 
40 
10 
15 
25 
15 
15 

5 

5 
15 
15 
15 
15 
35 



Tour-de-Trême , gros bourg 
agréablement situé à dix minutes 
de Bulle. H contient une église , 
une chapelle, un presbytère, et 
une maison de ville qui sert en 



SAANEN. 



1G1 



même temps d'auberge. La tour 
de ce bourg, carrée et construite 
en pierres brutes sur un rocher 
calcaire, est fort ancienne; dans 
la guerre des Fribourgeois et des 
Bernois contre les comtes de 
Gruyères, en 1348, elle fut presque 
entièrement brûlée. 

Enisev , petit village de 200 hab. 
situé au pied de la ville de 
Gruyères ; il est souvent menacé 
par un torrent qui a failli l'en- 
gloutir il y a une quinzaine d'an- 
nées , et par la Sarine qui empiète 
de plus en plus sur ses possessions. 
Le gouvernement a fait commencer 
un grand travail pour la rectifica- 
tion du lit de cette rivière depuis 
Montbavon jusqu'au pont de 
Tugy, sur une longueur de G 
lieues. 

Rossinière. Ce village vaudois 
est pittoresquement situé sur les 
bords de la Sarine. On y remarque 
l'église paroissiale, le presbytère, et 
une maison en bois percée de 113 
croisées et couverte d'inscriptions 
morales, usage assez général clans 
les Alpes. On y a introduit avec 
succès, depuis quelques années, 
l'industrie du tressage des pailles, 
façon d'Italie. 

Montbovon, village situé à l'ex- 
trémité méridionale du canton de 
Fribourg. — Le kirschwaser y est 
fort bon. 

Chemins. De Montbovon à Ros- 
sinière , 2 lieues. Le chemin va 
par le pas de la Tine , défilé formé 
par les montagnes de Gulaz et de 
Courjeon. A Gruyères , par une 
fertile vallée, 31. 

Oex (Chateau-d'), en allemand 
Oesch t au canton de Vaud. — 
Auberge .< l'Ours , réparée , remise 
à neuf, avec bonne table, vastes 
écuries , cbars , chevaux : prix mo- 
dérés. — Ce grand bourg est rebâti 
presque entièrement à neuf depuis 
l'incendie affreux qui en a détruit 
la plupart des maisons. Au milieu 
du village , on voit l'église bâtie 
sur une colline arrondie , et d'une 
hauteur considérable , où elle a 
remplacé un ancien château des 



comtes de Gruyères. On y découvre 
une jolie vue* sur la vallée. On 
trouve une source d'eau soufrée 
non loin du bourg. 

L'acte le plus ancien, daté du 
château d'Oex, est une charte de 
1115; par laquelle Girard , évèque 
de Lausanne, ratifie et confirme 
la fondation du prieuré de Rouge- 
mont et la donation faite aux reli- 
gieux de ce couvent, par Guil- 
laume comte de Gruyères , et par 
ses neveux partant pour la Terre- 
Sainte, vers l'an 1080. 

Chemins. De Château-d'Oex à 
Rougemont et au Gessenai. 

Rougemont. On remarque dans 
ce village vaudois , dont la lon- 
gueur est considérable, des mai- 
sons en bois bâties pendant le 
xvi e siècle , un grand bâtiment qui 
fut d'abord un prieuré de Cîteaux, 
fondé en 1080 par Guillaume 
comte de Gruyères. Wirsbourg 
de Wack , un des religieux de cette 
maison, y établit en 1481 la se- 
conde imprimerie qui ait existé 
en Suisse. Ce couvent, sécularisé 
lors de la réformation , fut réparé 
en 1575 pour devenir la résidence 
d'un bailli bernois ; maintenant 
c'est une propriété particulière. 

Saanen , en français Gessenay 
(le pays de) , forme une contrée de 
10 lieues de longueur sur 5 de 
largeur, située dans les cantons 
de Berne et de Vaud, et comprend 
13 vallées , dont la plus spacieuse 
n'a pas plus d'un quart de lieue de 
large. Toutes s'étendent au milieu 
des hautes montagnes qui sépa- 
rent le Valais et le district d'Aigle 
du territoire de ces deux cantons. 

Curiosités. Cette contrée remar- 
quable a été de tout temps habitée 
par une peuplade de bergers , in- 
téressante par la simplicité des 
mœurs et l'amour de la liberté qui 
la caractérisent. La partie la plus 
considérable du pays appartient 
au canton de Berne ; la langue 
allemande y est en usage : on 
parle un patois français dans l'autre 
partie, qui forme un des districts 
du canton de Vaud , sous le nom 



162 



SAANEN. 



de Pays -d'Enhaut- Roman. La 
vallée principale est arrosée par la 
Sarine (en allemand die Saane). 
On trouve les climats les plus dif- 
férents dans les diverses parties 
de cette contrée. Depuis le village 
de Rossinière, le pays s'élève in- 
sensiblement jusqu'aux vallées de 
Lauenen et de Gsteig , qui aboutis- 
sent à des glaciers. Les vallées sont 
à l'abri des vents du nord et de 
l'est. Une partie de la vallée prin- 
cipale demeure pendant 12 se- 
maines privée des rayons du soleil, 
tandis que celle qui est exposée à 
leur influence se couvre déjà de 
verdure et de fleurs. Les détails 
de l'économie de leurs Alpes font 
exclusivement l'occupation des 
habitants ; il n'y a presque pas de 
famille qui ne change 5 ou 6 fois 
de domicile avec ses troupeaux 
pendant le cours de l'été. La race 
des bêtes à cornes du Gessenai est, 
ainsi que celles du Simmenthal et 
de la Gruyère, qui l'avoisinent , la 
plus belle de toute la Suisse. Les 
grands fromages que l'on y pré- 
pare sont du nombre des plus re- 
cherchés de la Suisse; on les râpe 
pour les manger avec le potage, 
comme le parmesan; car, quoi- 
que très-gras, ils deviennent 
extraordinairement durs en vieil- 
lissant. On transporte les fromages 
de Gessenai en Allemagne , en 
Italie, en France, en Hollande, 
en Amérique, et jusqu'aux Jndes 
orientales. On conserve dans cer- 
taines maisons d'énormes froma- 
ges de famille, et cela quelquefois 
pendant un siècle. On prépare 
aussi dans le pays une espèce 
d'excellents fromages connus sous 
le nom de vacherins (fœtscheri- 
kœse); mais ils sont si tendres et 
si mous, qu'on ne peut pas les 
exporter. 

Plantes. Les montagnes et les 
Alpes abondent en plantes rares. 
Le narcisse des poètes descend des 
Alpes et des vallées du pays de 
Gessenai jusqu'à Villeneuve et à 
Blonai , au bord du lac de Genève. 
Le sinapis nigra croît au Gessenai 



même; le carex brachystachys 
(très-rare), au pied des rochers 
entre le Gessenai et Gsteig. 

Saanen , ou le Gessenai , bourg 
et chef-lieu de la partie allemande 
du pays, est situé dans la vallée 
principale entre les belles et fer- 
tiles montagnes de 3,108 p. de 
hauteur au dessus de la mer. Ce 
bourg, composé d'une rue pavée 
et de deux petites latérales , ren- 
ferme 70 maisons , sur lesquelles 
on lit les noms du propriétaire, 
de sa femme , et de l'architecte , 
ainsi que des sentences. Elles sont 
très-larges, bâties en bois, sauf le 
rez-de-chaussée, et ornées de ga- 
leries. L'église, construite sur une 
colline rocailleuse , a une sonnerie 
harmonique et des orgues magni- 
fiques qui datent de 1816; c'est 
une des plus grandes églises de 
campagne du canton. — Auber- 
ges : la Grande et la Petite Maison- 
Commune {grosses und kleines 
Landhaus). — Au nord on voit 
les montagnes de Honeck , à l'est 
le Hornberg , au sud les flancs du 
Rùbli et du Gunflue, entre lesquels 
Je ruisseau du Rùbli va se jeter 
dans la Sarine, au sortir d'une 
vallée qui débouche précisément 
vis-à-vis du bourg. Au S.-E. on 
voit l'entrée des allées de Lauenen 
et de Gsteig , d'où la Sarine des- 
cend dans la vallée principale. C'est 
là qu'on aperçoit dans le lointain 
le Geltenhorn*, sur lequel brille le 
glacier du Gelten. ( V. l'article 
précédent. ) 

Chemins et Curiosités. De 
Saanen à Zweysimmen , 3 lieues ; 
le chemin est praticable pour les 
voitures. Dans les vallées de Laue- 
nen et de Gsteig, 2 à 3 1. De Saa- 
nen on peut prendre différents 
chemins pour aller dans le canton 
de Fribourg : 1° par les montagnes 
d'Aiïïentsch dans la vallée de 
l'Yonne , et de là le long de la ri- 
vière de même nom , par Belle- 
garde et Charmey , à Bulle ; 2° par 
la vallée principale , en suivant la 
grand 'route où passent les cha- 
riots ; par Rougemont et Château- 



MORAT. 



163 



d'Oex, 3 1. En allant à Rougemont, 
on passe près d'une colline sur 
laquelle on voit les ruines du 
Vanel, l'un des anciens châteaux 
des comtes de Gruyères, et d'où 
l'on découvre une très-belle vue 
sur toute la vallée. Tout près de 
cette colline , un ruisseau , qui 
vient du côté du nord , trace les 
limites entre les parties allemandes 
et françaises du pays. Au-delà de 
ce ruisseau on observe un autre 
langage , d'autres habitudes , 
d'autres mœurs. Vis-à-vis de là 
s'élèvent , au sud de la vallée , la 
Dent-des-Chamois, Rùbli, qui sert 
de baromètre aux habitants , le 
Martishorn , ou Roche-du-Midi , et 
au-dessus de cette dernière som- 
mité, la Gunfliie , montagne des 
plus sauvages. Non loin de Rou- 
gemont , on voit un autre ruisseau 
se jeter dans la Sarine ; il descend 
des vallées de Fiendruz et de la 
Mocausa , qui s'étendent au N.-E. , 
du côté des rochers arides et sau- 
vages des monts Pezarnezza et 
Branleire. Ces vallons, tout-à-fait 
isolés , sont habités par des bergers 
qui y vivent séparés et presque 
entièrement inconnus du reste du 
monde. Un chemin qui part de 
Rougemont traverse ces vallées au 
pied du mont Branleire , entre 
dans un vallon latéral à celui de 
l'Yonne, que bordent le Hochmat- 
tberg d'un côté et le Hùbsmattberg 
de l'autre, et mène à Charmey , et 
de là à Bulle. Le grand chemin , 
au sortir de Rougemont, va par le 
Crêt, Flindruz et les Combes, à 
Château-d'Oex. Vis-à-vis des Com- 
bes, on voit de l'autre côté débou- 
cher la petite vallée de Gérignon. 

§ 5. De Fribourg a Morat, 3 h. 

Courtepin , 1 h. 30 m. 

Villars-au-Moine , 1 
Morat , 30 

Courtepin , village de 200 habi- 
tants , contenant 33 maisons , y 
compris une auberge et une frui- 
terie. Des ouvriers, travaillant à la 



nouvelle route en juin 1822, décou- 
vrirent quelques antiquités romai- 
nes , entre autres une statuette en 
bronze de 4 pouces représentant 
un soldat ou un athlète. 

Chemins. En suivant les sen- 
tiers , on passe , à une demi-lieue 
de Morat, près de belles maisons de 
campagne, et l'on traverse un joli 
bois : hauteur d'où l'on découvre 
une vue fort étendue. 

Morat (en allemand Murten), 
petite ville située au bord du lac du 
même nom, dans le canton de Fri- 
bourg , et sur le grand chemin de 
Lausanne à Berne ; elle se divise en 
deux parties : la ville basse, appelée 
la rive, est séparée de la ville haute 
par quelques propriétés ; un che- 
min de communication aboutit de 
deux côtés à la grande route. 

La ville haute renferme quel- 
ques rues qui ont des arcades 
comme à Berne et cinq fontaines 
publiques. L'église allemande, dé- 
diée jadis à la sainte Vierge , a été 
reconstruite au commencement du 
siècle passé ; on voit dans les cha- 
pelles du chœur des stalles très- 
bien sculptées. Le château fut fon- 
dé par Pierre de Savoie dans le 13 e 
siècle. Il est remarquable par sa 
construction gothique, et rappelle, 
ainsi que les murailles de la ville, 
le souvenir de l'héroïque défense 
de Bubenberg. L'hôpital, qui date 
de 1239, a été reconstruit en 1817. 
La maison des orphelins a été éta- 
blie en 1805. On élève maintenant 
un vaste bâtiment pour le collège. 

La ville de Morat possède des 
écoles primaires pour les deux 
sexes , une bibliothèque publique , 
qui se compose de plusieurs milliers 
de volumes; on y conserve les an- 
ciennes inscriptions de l'ossuaire. 
Une caisse d'épargne a été fondée 
en 1824. — Hôtels: la Couronne, 
très-bonne maison , la première de 
la ville; l'Aigle. 

antiquités romaines; Tilleul 
remarquable. On a trouvé beau- 
coup d'antiquités romaines aux 
environs de Morat, et surtout à 
Mœnehwvler ou Vil!ars-au-Moinc. 



16i 



AVENCHES. 



— On voit une inscription romaine 
sur la muraille de l'église de Saint- 
Maurice , située en avant de Morat; 
à Yillars, quantité de débris d'an- 
ciens bâtiments romains dans les 
murs des maisons. On trouve dans 
le château six inscriptions dont le 
contenu donne à croire que ce 
lieu était autrefois l'un des fau- 
bourgs d'Aventicum , et qu'on y 
voyait un temple consacré à la 
déesse Aventia. (Y. Avenches.) — 
Sur une colline au dessus de Viilars 
on voit un tilleul remarquable par 
sa grandeur. L'an 1550, on en ôta 
toute l'écorce; il a 30 pieds de 
diamètre et 90 de hauteur. Au pied 
de cet arbre , on découvre une vue 
superbe sur les trois lacs de Morat, 
de Neuchàtel et de Bienne, et sur 
les montagnes neigées. A Viilars on 
trouve des pétrifications. 

Bataille de Morat. Cette ville 
est devenue fameuse dans l'histoire 
par la bataille que Charles le Té- 
méraire livra sous ses murs aux 
Suisses , pour sacrifier à sa ven- 
geance ces misérables paysans, et 
s'emparer de leur pays et de leurs 
propriétés. L'ossuaire formé des 
ossements des Bourguignons vain- 
cus n'existe plus, iï a été détruit 
en 1798 par les Français : on a éri- 
gé à la place un tilleul. Les inscrip- 
tions de l'ancienne chapelle se con- 
servent ta la bibliothèque et à la mai- 
son de ville; on y garde aussi six 
pièces d'artillerie, trophée de ce 
jour. Un obélisque a été élevé en 
1822 à la place de l'ossuaire, avec 
cette inscription : 

« Victoriam XXII. Jun. 
» MCCCCLXXVI.Patrumcon- 
» cordia, novo signât lapide, 
* Resp. Frib. MDCCCXXII. » 

Lac de Morat. Le lac de Morat 
est placé entre le district de ce 
nometceluid'Avenches.Ila 24,000 
pieds de longueur sur 9,500 de 
largeur; sa profondeur ne dépasse 
pas 162 pieds; sa hauteur est de 
1,331 pieds au dessus delà mer. Sa 
Circonférence est d'environ cinq 



lieues. Il gèle souvent, mais rare- 
ment avant le mois de février. Ses 
bords sont vaseux et couverts de 
roseaux en différents endroits. 
L'eau est quelquefois rougeàtre, ce 
qui est l'effet de la floraison d'une 
plante du genre des oscillatoires. 
La navigation en est agréable et 
rarement dangereuse. Parmi les 
poissons qui y vivent , on remar- 
que le silure , qui pèse souvent de 
50 à 80 livres. Les bains sont re- 
commandés pour toutes les mala- 
dies qui proviennent d'un principe 
de faiblesse , pour les affections 
nerveuses, etc. Ce lac était beau- 
coup plus grand autrefois qu'il ne 
l'est aujourd'hui. On l'a vu en 
1816 ne former qu'un avec 
ceux de Neuchàtel et de Bienne. 
Il n'existe pas de tarif pour les 
bateaux. Les filets des pécheurs 
amènent de temps en temps des 
débris d'armes , tels que cuiras- 
ses, casques, etc. 

On peut retourner à Fribourg 
par Avenches ; il y a 2 lieues de 
l'un à l'autre endroit. 

Faoug, village vaudois de 400 
hab. On trouve du tripoli dans ses 
environs. La culture de la vigne 
était autrefois bien plus considé- 
rable. Quelques particuliers y font 
le commerce des vins et des che- 
vaux. 

Avenches ( IViflisburg en al- 
lemand) , ville du C. de Vaud , sur 
le grand chemin , entre Lausanne 
et Berne. Auberges : la Couronne, 
Hôtel de M. Bastian, les meilleurs 
d'Avenches. 

Antiquités romaines. Avenches 
est une desplus anciennes villes de 
l'Helvétie. Selon les recherches de 
M. Wild , bibliothécaire de Berne , 
elle a été fondée en 589 avant la 
naissance de N.-S. Population : 
1,900 hab. 

Il existe encore aujourd'hui des 
restes des murs d'Aventicum; 
leur épaisseur est de 14 pieds : en 
divers endroits ils ont jusqu'à 15 
pieds de hauteur, et l'on voit clai- 
rement qu'ils avaient une lieue V* 
de circonférence. Ils s'étendaient au 



GROLEY. 



165 



sud et à l'est au-delà de leurs limi- 
tes actuelles, par la plaine des Con- 
çues, dessus et dessous, et par le 
pré de la Maladèvre jusqu'à Doua- 
tire. Avenches n'occupe pas la di- 
xième partie de son ancienne en- 
ceinte ; les débris du vieux Aven- 
ticum ont fourni les matériaux des 
maisons, des murs et du château. 
En y entrant du côté deMorat, on 
voit à gauche une tour dont le 
mur est flanqué à l'est ; c'est là le 
seul bâtiment de l'ancienne ville 
qui soit resté sur pied. La plus 
grande partie du terrain qu'elle oc- 
cupait est couverte de champs , de 
jardins et de vergers. Les antiquités 
que la ville a conservées sont : 
1° une colonne d'ordre corinthien 
de 37 pieds de hauteur ; on la voit 
dans un jardin , sur la gauche , et 
tout près de la ville , du côté de 
Morat; les habitants lui donnent 
le nom de Cigogniez , parce que 
les cigognes y faisaient autrefois 
leur nid. Une grande corniche se 
trouve à peu de distance de là 
sur le vieux chemin. En 153G, on 
trouva dans la proximité de ce mo- 
nument le fragment d'une inscrip- 
tion où il était question de Vespa- 
sien, de sorte qu'il est probable 
que la colonne faisait partie d'un 
portique érigé en l'honneur de ce 
prince; 2° des corniches de colon- 
nes à la porte de Morat, au bassin 
de la fontaine du château , et dans 
les angles de l'église ; 3° un grand 
autel avec une inscription presque 
elfacée : il se trouve dans la cour 
du château , et a été découvert en 
1751 dans le sol qu'occupent les 
écuries ; 4° une inscription relative 
à des médecins d'Avenches , dans 
les murs de l'église ; 5° des restes 
d'amphithéâtre dans le verger du 
château et dans les voûtes et mu- 
railles de la tuilerie : la tour du ma- 
gasin à blé est renfermée dans l'en- 
ceinte de cet amphithéâtre ; la voû- 
te en est antique ; on en a détruit 
une grande partie pour l'étabiisse- 
l ment de la nouvelle route ; 0° des 
restes d'un aqueduc, hors de la 
ville, du côté de l'ouest ; leur élé- 



vation au dessus de la terre est 
très-peu considérable : cet aqueduc 
passait en plusieurs endroits à tra- 
vers les rochers; 7° des bains, aux 
Conches-Dessous, à côté du che- 
min : ils furent découverts en 178G, 
et presque entièrement détruits 
par les ouvriers; 8° un bas-relief à 
l'entrée d'Avenches , du côté de 
Morat; ce morceau, très-endom- 
magé , est enchâssé sur le bord su- 
périeur des murs de la porte de la 
ville; 9° une tète d'Apollon pla- 
cée sur la fontaine. 

Depuis la hauteur qu'on trouve 
près d'Avenches , on jouit d'une 
jolie vue sur le lac de Morat et sur 
la vallée que parcourt la Broie *. 

Donatyre, petit village vaudois 
de 200 habitants. Il est bâti en par- 
tie dans l'enceinte de l'ancien 
Avenlicum, et portait autrefois le 
nom de Donna Tecla. 

Groley, village paroissial du 
district de Fribourg, à 1 1. Va de 
cette ville. Sa situation est "fort 
agréable. Le ruisseau de Groley est 
un affluent du Chandon. Popula- 
tion > 200 habit. 



§ G. De Fribourg a Berne, 5 h. 



Chapelle de St-Barthé- 




lemy, 


15m 


Ubenwyl , 


15 


M aria h i lf , 


25 


Lustorf, 


15 


A m Berg , 


20 


Schmitten , 


15 



* M. le docteur Scnhell a formé à 
Avenches un établissement où l'on traite 
les maladies mentales. 

La fameuse inscription en l'honneur de 
Julia Alpulina a été achetée par un An- 
glais : 

Julia Alpulina hic jacet, infe- 
licis tatris infelix proles. exorare 
pat ris necem non totui ; male mori 
in fatis illi erat. vlxi annos xxiii. 

Byron , dans « Clillde-IJarold » , a 
célébré la piété filiale d' Alpulina , prê- 
tresse d'Isis , dont les larmes ne purent 
obtenir la révocation de l'arrêt de mort 
de son père auprès de Calcina. 



166 



DE FRIBOURG A BERNE. 



Wunnewyl , 


20 m. 


Niederwangen , 


30 m 


Ekarsried , 


15 


Bùmplitz, 


30 


Pont de la Singine, 


10 


Ladenwand , 


20 


Neneneck , 


10 


Am Stadtbach , 


10 


Chemin de Laupen , 


40 


Berne , 


10 



BERNE. 



167 



CHAPITRE VI. 



CANTON DE BERNE. 



Situation , Population. Ce 
canton, le plus considérable de la 
Suisse, est borné au N. par la 
France et les cantons de Soleure et 
de Baie ; à TE. par ceux d'Argovie, 
de Lucerne , d'Unterwalden et 
d'Uri; au S. par celui du Valais; à 
l'O. par ceux de Vaud , de Fri- 
bourg , de Neuchâtel, et par la 
France. Sa surface est de 327 lieues 
carrées, et sa population de 382,000 
âmes. 

Confédération. Il entra dans la 
Confédération suisse l'an 1353. Il y 
prit le second rang. 

Langue et Religion. La langue 
allemande est celle de tout le can- 
ton ; il n'y a que la partie nord de 
l'ancien évéché de Baie où le fran- 
çais soit en usage. A l'exception de 
48,000 habitants du ci-devant évé- 
ché de Bàle qui sont catholiques, 
toute la population de ce canton 
appartient à la communion protes- 
tante. De plus, on y compte en- 
viron 1,000 anabaptistes. 

Rivières et Lacs. Les princi- 
pales rivières qui arrosent le can- 
ton de Berne sont : YAar, VEm- 
men , la Kander, la Simmen, la 
Sarine , la Sensé, la Suse , la 
Thielle , la Byrse , la Halle , 17/- 
fiz et le Doubs. 

On y trouve le lac de Bisnne 
qu'embellit la jolie île de Saint- 
Pierre , si visitée par les voyageurs; 
les lacs de Thun et de [Brienz , 
ceux bien plus petits de Gertzensée, 
d' Amsoldingen , (S! Amen, de la 
Lamine, de Faulen, de Grim- 



sel , et une très -petite partie de 
celui de JVeuchdtel. 

Division. Le canton de Berne se 
divise en 28 districts ou préfectures, 
qu'on peut classer en quatre gran- 
des circonscriptions, savoir : l'O- 
berland, la campagne de Berne, 
l'Emmenthal et l'ancien évéché de 
Bàle. 

Préfectures. Les préfectures 
de l'Oberland sont celles de Fru- 
tingen , à'Interlaken, ftOber- 
hasli, de Thun , du Bas-Sim- 
menthal , du Haut-Simmenthal 
et de Gessenai. 

La campagne de Berne renferme 
celles de Berne , ù'Aarberg , de 
Buren , de Cerlier , de Laupen , 
de Nidau, de Schwarzenbourg 
et de Sefligen. 

On compte dans l'Emmenthal 
les préfectures de Konolfingen , 
de Signait, de Trachsehcald , de 
Berlhoud , d'Arwangen , de 
JVangen et de Fraubrounnem. 

Dans l'ancien évéché de Bàle, 
celles de Courilari , de Délemont, 
de Seignelegier , de Moustiers , 
de Porentrui et de Bienne. 

Produits agricoles. Les pro- 
duits agricoles du canton de Berne 
consistent essentiellement en bes- 
tiaux et en laitage. Dans toutes les 
parties hautes on fabrique d'excel- 
lents fromages dont plusieurs mil- 
liers de quintaux sont expédiés 
chaque année en France , en Alle- 
magne et en Italie. Les parties bas- 
ses sont fertiles en grains , en fruits 
et en fourrages. Les prés sont en- 



168 



BERNE. 



tretenus avec beaucoup d'intelli- 
gence et de soin. La culture des 
pommes de terre est généralement 
répandue. Les vergers sont magni- 
fiques. Il y a des mûriers dans 
plusieurs lieux de l'évéché de Bàle. 
On cultive aussi la garance , et 
beaucoup de lin et de chanvre. Il y 
a quelques vignes, très-casuelles, 
sur les bords des lacs de Bien ne et 
de Thun. On élève dans tout le 
canton des bestiaux des plus belles 
espèces et des chevaux estimés. 
Le recensement de 1830 donne les 
chiffres suivants : 11,121 bœufs de 
labour, 2.216 taureaux , 91,876 
vaches, 39,364 génisses, 21,862 
veaux, 684 étalons , 10,092 che- 
vaux, 11,807 juments, 5,838 pou- 
lains, 130,007 moutons, 65,872 
chèvres ,174 ânes , et 60,91 1 porcs. 

Les fromages de l'Emmenthal et 
du Gessenai sont très-estimés. On 
y trouve partout des forêts bien 
aménagées. 

En plusieurs lieux de l'ancien 
évêché de Bàle , on exploite le fer 
en assez grande quantité ; il s'y 
trouve plusieurs verreries qui don- 
nent de beaux produits. Les mon- 
tagnes renferment d'autres mines 
qui ne sont pas assez riches pour 
payer les fiais d'exploitation. On 
ramasse des paillettes d'or dans les 
sables de l'Aar et de l'Emmen , et 
des cristaux dans les rochers du 
GrimseJ. 

Bains et Sources minérales. 
On trouve dans ce canton les bains 
de Gournigel , de Bloumenstein, 
de JVeissenbourg , de Froutin- 
gen , de Tourbach , et de Worben. 

Principales Chutes d'eau. 
Entre les innombrables chutes 
d'eau ou cascades qui se précipi- 
tent de toutes parts dans les mon- 
tagnes, on remarque, dansl'Ober- 
land , celles de l'Aar à la Handeck, 
du lieichenbach , du Giesbach et 
du Staubbach ; cette dernière 
tombe de plus de 900 pieds d'éléva- 
tion. 

Principales Branches d'in- 
dustrie et de commerce. On 
trouve peu de manufactures dans 



ce canton. On fabrique des toiles et 
des draps clans l'Emmenthal. 11 y 
a de grandes tanneries dans quel- 
ques villes de l'ancien évêché de 
Baie , une filature et une fabrique 
d'indienne à Bienne, et de belles 
papeteries dans les environs de 
Berne. Le commerce d'exportation 
consiste principalement en bes- 
tiaux , en chevaux et en fromages. 

BERNE \ 

slspect intérieur et extérieur de 
la ville. Berne peut à juste titre 
être rangée parmi les villes les plus 
élégantes de l'Europe. Elle est. très- 
régulièrement bâtie : on n'y ren- 
contre à la vérité point de palais, 
mais toutes les maisons des rues 
principales sont d'un joli style et 
très-solides ; elles ont assez géné- 
ralement trois étages sans le rez- 
de-chaussée, et sont pour la plu- 
part construites d'un grès grisâtre 
qui ne déplaît point à l'œil. Les 
rues sont larges, bien pavées, et 
bordées , des deux côtés , d'arcades 
qui offrent au piéton un abri con- 
tre les injures du temps; ces ar- 
cades, pavées de larges dalles, sont 
très-commodes , mais elles rendent 
un peu sombres les rez-de-chaussée 
et imprimaient autrefois un aspect 
mélancolique à la ville. De nos 
jours où tous ces rez-de-chaussée 
sont convertis en magasins élé- 
gants et ornés de jolies enseignes , 
les rues principales ressemblent à 
un bazar dans lequel on voit tou- 
jours circuler la multitude. 

Un ruisseau , encaissé dans un 
lit de pierre de taille , parcourt les 
principales rues de la ville dans 
toute leur longueur , et les par- 
tage assez généralement en deux 

* Cet article est extrait de l'excellent 
ouvrage imprimé par M. Rurgdorfer, sous 
le titre de Description topographique et 
historique de la ville et des environs de 
Berne, par M. Rod. Walthard. On trou- 
vera chez le môme libraire tout ce qui 
est relatif à la Suisse : vues , costumes , 
dessins, une rielie collection d'ouvrages 
allemands , anglais , français. 



BERNE. 



160 



côtés égaux. De belles fontaines 
jaillissantes , pour la plupart dé- 
corées de figures curieuses, dont 
quelques-unes rappellent des traits 
historiques, sont placées de dis- 
tance en distance sur le ruisseau , 
et fournissent une eau de source 
limpide et salubre aux habitants 
delà ville. Les rues, qui courent 
toutes parallèlement de Test à 
l'ouest, sont croisées, d'intervalle 
en intervalle , par de petites ruelles 
qui conduisent d'une rue latérale 
dans l'autre. Plusieurs autres rues 
et deux belles places coupent la 
ville transversalement et offrent à 
leurs extrémités de jolies prome- 
nades. 

Une particularité assez remar- 
quable , qui a pour cause cette 
même direction des rues , est qu'on 
désigne généralement leurs deux 
côtés par côté du soleil et côté de 
l'ombre. Effectivement les façades 
des maisons qui bordent la droite 
sont éclairées toute Tannée par cet 
astre , tandis que celles de la gau- 
che en sont constamment privées. 

Ponts, Berne a un pont qui 
traverse l'Aar dans l'endroit où 
elle double l'extrémité orientale 
du monticule sur lequel la ville 
est bâtie. Un autre pont en bois, dit 
de l'Altenberg, est en construc- 
tion. 

On doit construire un pont qui 
partira du point élevé où aboutis- 
sent les routes de Thun et de Zu- 
rich ; il traversera la vallée et arri- 
vera au milieu de la ville, rue de 
Justice. C'est un immense travail 
qui demandera des années et des 
millions. 

Portes. La ville a quatre portes 
principales. 

La porte de Soleure ou porte 
d'en bas , à l'est de la ville. 

La porte d'Aarzilhe ou du Mar- 
zilhe; elle occupe le midi de la 
ville. 

Barrière de Morat , ou plus vul- 
gairement porte d'en haut , à 
l'ouest de la ville. 

Barrière d'Aarberg, très-récem- 
ment encore connue sous le nom 



de porte de Golattenmatt , au nord 
de la ville. 

Tours. Les tours principales 
sont : la tour de l'Horloge ( en alle- 
mand Zeitglocken-Thurm ) , ainsi 
appelée parce qu'elle renferme les 
principales horloges de la ville. 
Cette tour, qui se trouve à peu 
près dans son centre, entre la 
Grand'rue et la rue du Marché , est 
d'une forme carrée. Ses trois faces 
de l'est , de l'ouest et du nord sont 
entièrement dégagées; mais, du 
côté du sud , elle est contiguë aux 
maisons de l'arcade de l'hôtel de 
Musique. Elle est percée d'une 
belle voûte qui sert de passage 
aux piétons, tandis que les voi- 
tures roulent à côté. Cette tour 
présente aux habitants de la haute 
et de la basse ville deux beaux ca- 
drans noirs avec de grands chiffres 
dorés , qui marquent les heures 
et les minutes. Un troisième ca- 
dran, placé sur la face de l'est, 
indique les phases de la lune, 
les signes du zodiaque et les douze 
mois de l'année. A côté de ce cadran 
se trouve une mécanique assez 
curieuse. Un coq de bois chante 
deux fois , une minute avant que 
l'heure sonne, et deux fois après 
qu'elle a sonné; un mannequin 
coiffé d'une marotte annonce éga- 
lement l'heure en frappant avec 
de petits marteaux sur deux clo- 
chettes, en même temps qu'une 
troupe de petits ours en différentes 
postures parcourt un petit cercle ; 
une autre figure, assise sur un 
trône , compte l'heure en ouvrant 
la bouche et en abaissant un sceptre 
qu'elle tient d'une main , tandis 
qu'elle tourne avec l'autre un sa- 
blier; un petit lion dressé et tenant 
d'une griffe une épée , indique 
également l'heure en inclinant 
celle-ci et en faisant un léger mou- 
vement avec sa tête. Cette méca- 
nique a été faite par un nommé 
Gaspard Bruner , et passait dans 
le temps pour un chef-d'œuvre. 
Sur la face opposée, se trouve une 
plaque de marbre noir avec cette 
inscription en lettres d'or : 



Î'O 



BERNE. 



BERCHTOLDVS V. DIX ZAERING. 
RECT. BVRGVND. VRBIS CON- 
MTOR, TURRIM ET PORTAM 
FECIT MCXCI. EA RENOVATA 
MDCCLXX. 

Dans le campanile on voit un 
automate , représentant le cluc de 
Zœringue tout armé, qui fait le 
mouvement de frapper sur une 
cloche chaque coup de l'heure 
qu'elle sonne. 

La tour des Prisons (en alle- 
mand Kefich-Thurm) est aussi 
une tour carrée comme celle de 
l'Horloge. Placée à l'extrémité occi- 
dentale de la rue du Marché , sa 
voûte offrait, jusqu'en 1823, le seul 
passage direct de celle-ci dans la rue 
de l'Hôpital. A cette époque , la mai- 
Son qui y était contiguë du côté du 
nord a été démolie , et la rue ren- 
due praticable pour les voitures. 

Places. La place de l'Hôtel-de- 
Ville (en allemand Rathhaus- 
platz). L'hôtel-de-ville lui fait face 
au nord , et sur les autres points 
elle est bordée par quelques jolies 
maisons. Les rues de la Poste , 
celle des Bouchers et le carrefour 
viennent y aboutir. 

La place de la Cathédrale (en 
allemand Kirchplatz). Elle est 
passablement grande et bordée à 
l'est par le grand portail de la ca- 
thédrale , au sud par l'hôtel du 
Stift , à l'ouest par les façades de 
deux maisons, et au nord par la 
rue de l'Église , qui y aboutit avec 
celles des Ministres et des Chau- 
dronniers. 

La place d'Armes ou place du 
Grand-Grenier (en allemand Korn- 
liausplatz). Cette place est très- 
vaste et coupe la ville transversa- 
lement , depuis le grand corps-de- 
garde jusqu'à la promenade du 
Grabe inférieur, qui en forme 
l'extrémité septentrionale. 

La place de l'Arsenal (en alle- 
mand Zeughaiisplatz ). Cette 
place, qui est la plus vaste de 
toute la \ille, la coupe transyer- 
solement du sud au nord. 



La place de la Maison-des-Orphe- 
lins est contiguë à celle de l'Arse- 
nal, du côté du nord. Elle n'a été 
achevée et pavée que vers la fin 
du dernier siècle. 

On peut aussi donner le nom de 
place au marché aux chevaux , 
situé dans un angle entre le grand 
hôpital et la caserne de la cavale- 
rie. Cette place est couverte de ga- 
zon et bordée d'une rangée de 
tilleuls. 

Fontaines. La fontaine à Quatre- 
Tuy auTL(F'ierrohriger-Brunnen), 
située au bas de la rue de la Jus- 
tice. La colonne de cette fontaine 
est carrée , et le chapiteau , d'ordre 
corinthien, est surmonté d'un an- 
cien guerrier, en armure complète, 
la longue et large épée au côté, et 
un guidon aux armes de Berne dans 
la main. 

La fontaine de la Justice , dans 
la rue de ce nom, vis-à-vis des 
ruelles qui conduisent dans les rues 
des Gentilshommes et de la Poste. 
La Justice, les yeux bandés, le 
glaive d'une main et les balances 
de l'autre , surmonte le chapiteata 
de la colonne d'ordre corinthien 
de cette fontaine, qui jaillit par 
deux tuyaux dans un bassin octo- 
gone. 

La fontaine de Samson, au mi- 
lieu de la Grand'rue , en face des 
boucheries. Samson déchirant un 
lion est placé sur le fût de cette 
fontaine, qui jaillit par deux 
tuyaux dans un bassin de forme 
octogone , portant le millésime de 
MDXXXX1I1I. 

La fontaine supérieure à la 
Grand'rue, un peu au dessus des 
ruelles sombres. Le chapiteau de 
la colonne de cette fontaine est 
supporté par quatre cariatides , 
entre lesquelles se trouvent des 
inscriptions allemandes, indiquant 
la fondation de Berne , par le duc 
de Zœringue , Berchtold V , en 
1191 , et l'établissement de la fon- 
taine en mdxxxxii. Sur ce chapi- 
teau est placé un ours dressé , vêtu 
à mi-corps d'une cotte de mailles 
et coiffé d'une espèce de muse- 



BERNE. 



171 



îière, en forme de casque ouvert; 
une longue épée est suspendue à 
sa gauche et une dague à sa droite; 
dans l'une de ses pattes il tient 
une bannière , et dans l'autre un 
écusson aux armes du duc de Zœ- 
ringue (de gueules , au lion d'or ). 
La fontaine de l'Abbaye-des-Ti- 
reurs ( Schiltszen-Brunnen ) , au 
milieu de la rue du Marché, près 
de la ruelle des Juifs, a pris son 
nom de l'ancienne abbaye des Ti- 
reurs , en face de laquelle elle est 
placée. La colonne de cette fon- 
taine est ronde et couronnée d'un 
chapiteau d'ordre corinthien, qui 
supporte la figure d'un ancien 
guerrier armé de toutes pièces et 
portant la bannière de Berne. 
Entre ses jambes est placé un petit 
ours armé d'une arquebuse. Le 
bassin de cette fontaine est un 
carré à angles obtus , et l'eau y est 
versée par quatre tuyaux. 

La fontaine supérieure à la rue 
du Marché. Sur une colonne 
ronde de marbre, à chapiteau 
d'ordre corinthien, est placée une 
figure de femme (probablement 
une Hébé ) versant de l'eau d'un 
vase dans une coupe. Deux tuyaux 
sont pratiqués dans la colonne et 
jaillissent dans un bassin carré à 
angles obtus. 

La fontaine de la Cigogne, en 
face de l'auberge de ce nom, au 
milieu de la rue de l'Hôpital. Des 
enfants , dansant et traînant après 
eux des oies , sont sculptés sur la 
colonne ronde de cette fontaine , 
dont le chapiteau , d'ordre corin- 
thien , est surmonté d'un berger 
jouant de la cornemuse; il est 
appuyé contre un tronc d'arbre , 
sur lequel est assis un enfant 
jouant du galoubet; une oie est 
au pied de ce groupe. Le bassin , 
de forme octogone , reçoit l'eau 
par quatre tuyaux. 

La fontaine de David , à l'extré- 
mité occidentale de la rue de l'Hô- 
pital , près de l'église du Saint-Es- 
prit. Une colonne carrée et cou- 
ronnée d'un chapiteau d'ordre 
corinthien supporte un David avec 



sa fronde, dans l'attitude de lan- 
cer une pierre contre le Goliath, 
placé en face dans une grande 
niche de la tour de ce nom. Cette 
fontaine a deux tuyaux et un 
grand bassin carré. La statue de 
Goliath était placée, avant la ré- 
forme, auprès du grand autel de 
la cathédrale , pour faire peur aux 
voleurs qui avaient pillé le trésor 
de l'église. 

La fontaine de Moïse , située à 
l'extrémité occidentale de la place 
de la Cathédrale , au bas dé la rue 
des Chaudronniers , supporte , sur 
une colonne cannelée , la figure de 
ce prophète , portant les tables de 
la Loi. Cette fontaine jaillit de deux 
tuyaux dans un bassin carré. 

La fontaine de l'Ogre (Kindlein- 
fresser-Brimnen) , sur la place 
du Grand-Grenier. Sur une co- 
lonne cannelée et couronnée d'un 
chapiteau d'ordre corinthien , est 
assis un ogre qui mange un enfant, 
et qui en a plusieurs autres dans 
sa ceinture et dans ses poches. 
La frayeur, très-bien exprimée sur 
les figures de ces enfants , et une 
troupe de petits ours dansants qui 
sont sculptés sur la colonne , ont 
valu une réputation au statuaire 
qui a érigé cette fontaine. 

La fontaine au milieu de la rue 
d'Aarberg, en face de l'auberge 
des Trois-Rois. Sur une colonne 
d'ordre corinthien, est placé un 
homme vctu d'une cotte de mail- 
les , et par dessus celle-ci d'un 
justaucorps ; sa tête , ornée d'une 
longue barbe, est coiffée d'une 
toque ou barrette à plumes; il est 
ceint d'une épée et porte une 
arbalète sur l'épaule; un petit 
ours est accroupi entre ses jambes. 
Cette fontaine jaillit de deux 
tuyaux dans un bassin carré. 

La fontaine de la rue des Gen- 
tilshommes , vers l'hôtel de l'Am- 
bassade de France. 

Eglises, La Cathédrale , vulgai- 
rement nommée grande église, 
située entre la place de son nom et 
le carrefour, est assise sur l'arête 
méridionale du monticule de la 



n 



BERNE. 



ville. Bâtie dans le style gothique 
du moyen-âge, son architecture 
est imposante et se distingue parti- 
culièrement par la hardiesse des 
ogives et par une multitude d'ai- 
guilles de toutes formes qui cou- 
ronnent les arcs-boutants et les pi- 
liers. Tout autour du toit règne 
une double galerie , dont le para- 
pet sculpté en pierre offre , entre 
chaque arc-boutant, un dessin 
varié d'un travail aussi gracieux 
qu'admirable. 

La tour, sous laquelle se trouve 
le grand portail , est à l'extrémité 
occidentale de l'édifice ; elle a 191 
pieds d'élévation jusqu'à sa som- 
mité, et 175jusquesousletoit, qui 
est couronné d'une étoile et d'un 
croissant formant ensemble une 
girouette. Dans les deux tourelles 
à jour dont elle est flanquée , se 
trouvent les escaliers qui condui- 
sent, par 251 marches , dans l'ha- 
bitation du guet. Sur la galerie qui 
entoure cette hahitation , on jouit 
d'une perspective magnifique. 

L'édifice a une longueur de 160 
pieds et une largeur de 80. La nef, 
dont la voûte est portée par dix pi- 
liers , était autrefois décorée d'un 
grand nombre de bannières con- 
quises dans les anciennes guerres; 
aujourd'hui on n'y voit d'autres 
ornements que quelques armoiries 
de familles bourgeoises , pour la 
plupart éteintes. Ce qu'elle ren- 
ferme de plus remarquable sont les 
mausolées du duc de Zseringjue et 
de l'avoyer de Steiger. 

Le chœur , qui est la partie la 
plus soignée de l'édifice , a été sé- 
paré de la nef par un mur. Il a 
sans doute été élevé à l'époque où 
l'on a bâti la petite galerie , à la- 
quelle on a ajouté un jubé au de- 
dans du chœur, de manière que 
les orgu es qui s'y trouvent peuvent 
servir alternativement à celui-ci et 
à la nef ; l'escalier qui conduit à 
ce jubé est pratiqué dans une tou- 
relle à jour assez remarquable. La 
sculpture ingénieuse des stalles et 
là peinture des vitraux qui ornent 
Je chœur méritent de fixer l'atten- 



tion des curieux ; elles décèlent en 
quelque sorte l'esprit de contro- 
verse qui a régné sur la fin du xv e 
siècle. On remarque sur les pre- 
mières quelques traits malins con- 
tre le clergé, ne fût-ce que celui où 
l'artiste a placé un trictrac en forme 
d'évangile dans les mains d'un ca- 
pucin. Sur les dossiers de ces stalles 
sont représentés les apôtres et les 
prophètes. En examinant les vi- 
traux on reconnaît sans peine que 
le peintre a voulu faire la satire du 
dogme de la transsubstantiation , 
qu'il personnifie , en représentant 
le pape versant avec une pelle les 
quatre évangélistes dans un mou- 
lin , duquel on voit sortir une mul- 
titude d'hosties qu'un évêque re- 
çoit dans une coupe surmontée 
d'un christ ; autour de cette scène 
on voit le peuple à genoux. 

Une porte conduit du chœur 
dans la sacristie , et de là dans un 
autre appartement où l'on con- 
serve, parmi une multitude de tapis 
d'autel, de tentures ,de chasubles, 
de chapes , etc. , quelques vête- 
ments du duc de Bourgogne, 
Charles le Téméraire. Ces objets 
de curiosité, qui proviennent en 
partie des anciennes fabriques des 
cathédrales de Berne et de Lau- 
sanne , et du butin fait dans les 
batailles de Grandson et de Morat , 
sont suspendus et étalés dans le 
chœur, chaque année,- pendant 
quelques mois de l'été. 

La cathédrale occupe l'emplace- 
ment d'une plus ancienne, bâtie 
en bois , l'année 1240, et qui fut 
probablement dédiée à saint Lau- 
rent. Fortement endommagée en 
135G par un tremblement de terre, 
on en construisit une nouvelle 
deux ans plus tard; celle-ci fut 
dédiée à saint Vincent de Saragosse, 
et exista environ soixante ans. 
Enfin , le 1 1 mars 1421 , on posa la 
première pierre de l'édifice actuel , 
qui ne fut entièrement terminé que 
quatre-vingts ans après. 

L'église française, ou l'église 
catholique , située clans la rue de 
l'Arsenal , est la plus grande de la 



BERNE. 



n 



ville après la cathédrale. Son exté- 
rieur n'est pas très-imposant , et 
porte l'empreinte des réparations 
et des changements qui y ont été 
faits à différentes époques. 

Douze colonnes supportent la 
voûte de la nef, et une galerie, for- 
mée par neuf ogives et garnie d'une 
balustrade en fer, règne dans le fond 
sur toute la largeur. Sur cette ga- 
lerie reposent les orgues, qui ont 
été construites en 1728 par un 
paysan de Rubischweil, nommé 
Joachim Rychener , et qui passent 
pour être les meilleures de la ville. 
Sous ses ogives qui , à l'exception 
d'une seule , ont été fermées par 
une boiserie , se trouvent deux ta- 
bleaux probablement les plus an- 
ciens qui existent à Berne, puis- 
qu'ils portent le millésime de 1295 ; 
leur mérite n'est sûrement pas 
grand , car ils ne sont cités dans 
aucun ouvrage, mais ils sont assez 
curieux et pour le genre de pein- 
ture et pour les sujets qu'ils re- 
présentent. Placés aujourd'hui 
dans l'obscurité , c'est à peine si 
on les aperçoit en ouvrant les portes 
de la boiserie , et ainsi il serait dif- 
ficile d'en faire une description 
exacte. Il paraît toutefois que l'un 
d'eux représente l'arbre généalo- 
gique de la Vierge, et l'autre celui 
de saint Dominique. 

L'église du Saint-Esprit, vul- 
gairement connue sous le nom 
d'église de l'Hôpital , est située à 
l'extrémité occidentale de la rue de 
ce nom. 

Bâti dans le style moderne , cet 
édifice se distingue autant par son 
architecture simple et élégante que 
par ses belles proportions. 

L'église est percée de six grandes 
croisées sur les côtés , outre quel- 
ques autres plus petites qui se trou- 
vent au dessus des portes. La voûte 
de la nef est supportée par qua- 
torze colonnes d'ordre corinthien 
très-hautes et fort belles. Une ga- 
lerie , qui règne tout autour , re- 
pose sur une voûte surbaissée, dont 
les arêtes forment différents entre- 
lacements aussi ingénieux qu'élé- 



gants ; le plafond de cette galerie 
et celui de la nef sont ornés de 
quelques moulures. On y remarque 
une très-belle chapelle. 

L'église de la Nydeck , située à 
l'extrémité orientale de la ville, en 
est aussi la plus petite ; car sa lon- 
gueur n'est que de 33 pas , et sa 
largeur seulement de 14. 

Collection scientifique. La Bi- 
bliothèque , située à l'extrémité 
occidentale de la rue des Chau- 
dronniers , du côté de l'ombre, est 
bâtie sur 18 piliers qui font face à 
la rue et qui forment la halle au 
beurre. La grande salle , percée de 
huit croisées du côté du sud et 
d'une du côté du nord, est très-bien 
éclairée. Elle a 38 pas de longueur, 
et tout autour règne une galerie 
supportée par 12 colonnes de stuc, 
jaune, et ornée d'une légère balus- 
trade ; le parquet est très-propre- 
ment travaillé en pièces de rapport 
de différentes espèces de bois , et le 
plafond est décoré d'une peinture 
à fresque représentant Minerve 
couronnée par Apollon sur le Par- 
nasse. A l'extrémité supérieure de 
cette grande salle , s'en trouve une 
plus petite où est placé le buste 
du grand Haller. Cette salle est 
percée de deux croisées du enté du 
sud et de trois sur celui du nord. 
Sur la galerie qui l'entoure et qui 
est supportée par quatre colonnes 
de stuc vert , on voit quatorze 
portraits d'anciens avoyers de la 
république de Berne ; une porte 
communique de cette salle dans le 
musée. 

La bibliothèque est assez riche 
en bons ouvrages. Elle possède 
près de 45,000 volumes et environ 
1,500 manuscrits; parmi les pre- 
miers il y a quelques beaux exem- 
plaires sortis des premières impri- 
meries , et parmi les seconds plu- 
sieurs ouvrages très-précieux con- 
cernant l'histoire suisse , et quel- 
ques-uns qui remontent vers le 
viï e siècle, ainsi que plusieurs 
poètes français du moyen-àge. Un 
ouvrage particulièrement soigné a 
été ajouté à ce dépôt, sur la lin du 



174 



BERNE, 



dernier siècle ; il est intitulé : Por- 
traits des plantes alpines, usuel- 
les et céréales. M. de Giraboz, an- 
cien conseiller du parlement de 
Douai , en est l'auteur ; les plantes 
peintes par lui se distinguent au- 
tant par la correction du dessin 
que par la vivacité des couleurs. 

Le cabinet des médailles , qu'on 
voit dans la bibliothèque , ren- 
ferme quelques pièces curieuses et 
fort rares. Il a commencé à se for- 
mer à la fin du xvn e siècle par les 
dons de plusieurs particuliers, et 
Vest aussi accru pendant le xvni e . 

Le Musée , situé à côté de la bi- 
bliothèque , forme avec celle-ci un 
angle et communique avec elle par 
un corridor. Sa façade, qui est ornée 
d'un balcon et d'un écusson sur 
lequel on lit en lettres d'or : Musis 
et patriœ, est surmontée de la sta- 
tue de Minerve, avec tous ses em- 
blèmes taillés en grès. 

Dans les buffets vitrés qui régnent 
tout autour de la salle, au dessus 
du rez-de-chaussée, on voit une col- 
lection presque complète de tous 
3es oiseaux indigènes de la Suisse, 
et dans d'autres buffets on en con- 
serve les œufs et les nids. Cette col- 
lection est même enrichie de plu- 
sieurs oiseaux étrangers à la Suisse, 
qui sont venus s'y perdre à diffé- 
rentes époques , et parmi lesquels 
il y en a quelques-uns des points 
les plus éloignés du nord. 

On a déposé dans cette salle plu- 
sieurs bas-reliefs, tels que ceux 
des Alpes bernoises et du Valais , 
de FOberland bernois, du mont 
Blanc, etc. , ainsi que d'autres cu- 
riosités. Une porte conduit de cette 
salle dans le salon des plâtres. 

Dans les salles d u rez-de-chaussée, 
on voit des collections de cristaux, 
de minéraux, de bois , de céréales, 
de graminées, de pétrifications, et 
quelques coquillages de mer. 

C'est dans Tune de ces salles 
qu'on a mis en montre les vête- 
ments , armes et ustensiles des 
insulaires de l'océan Pacifique , 
que le dessinateur Weber a fait 
passer à sa ville natale. 



Le musée est ouvert au public le 
mardi , le jeudi et le samedi de 
chaque semaine, dès les 2 heures 
de l'après-midi jusqu'à quatre. En 
outre, le concierge l'ouvre aux 
étrangers , à telle heure qu'ils le 
désirent. 

Le jardin botanique , situé entre 
la bibliothèque , le musée et l'aca- 
démie, est agréablement diversifié 
et disposé en couches, où l'on cul- 
tive un grand nombre de plantes 
indigènes de la Suisse. Les petits 
rochers factices, tapissés des sim- 
ples des Alpes , et les plates-bandes 
où fleurissent toutes les espèces 
d'aconit, offrent dans la saison un 
aspect qui frappe l'étranger; il doit 
toutefois ne s'en approcher qu'avec 
méfiance, et surtout éviter de 
respirer leur émanation véné- 
neuse. 

Dans une petite serre on con- 
serve des plantes exotiques , par- 
mi lesquelles il y en a quelques- 
unes qui sont aussi rares que 
curieuses. 

Hôpitaux. Le Grand Hôpital (en 
allemand Burger Spital) est le 
plus vaste et le plus bel édifice de 
Berne. Il est situé dans la rue dite 
Entre-les -Portes , et sa position 
isolée contribue à relever l'effet de 
sa belle architecture. Sa façade 
principale , percée de 15 fenêtres, 
est tournée du côté de la rue (côté 
du soleil), qu'elle borde sur une 
longueur de 90 pas. Latéralement 
il présente 21 croisées, et se pro- 
longe sur une étendue de 190 pas 
jusqu'aux remparts auxquels il est 
adossé. Une belle entrée, fermée 
par une élégante grille de fer, au 
dessus de laquelle sont gravés , sur 
une plaque de marbre, les mots : 
CHR1STO IN PAUPERIBUS, con- 
duit dans une cour spacieuse dis- 
posée en jardin. Tout autour règne 
une large galerie couverte et pavée 
de dalles de grès , qui offre en tout 
temps une promenade salutaire aux 
convalescents et aux imflrmes. Au 
milieu de la cour s'élève une belle 
fontaine jaillissante, ombragée d'ar- 
brisseaux et entourée de fleurs qui 



BERNE. 



175 



entretiennent la fraîcheur pendant 
les chaleurs de l'été. Le fronton de 
l'entrée principale est orné d'un 
cadran noir à chiffres dorés indi- 
quant les heures et les quarts, et 
au dessus de celui-ci s'élève, du 
milieu du toit, un campanile en 
forme de petit dôme. 

Une seconde cour, également 
fermée par une grille de fer , se 
trouve à l'extrémité de la première. 
Elle est bordée dans le fond par un 
long bâtiment qui dépend de l'hô- 
pital, mais qui est uniquement 
destiné pour y détenir les personnes 
des deux sexes qui ont encouru 
de légères punitions ; on appelle ce 
bâtiment laSpinnstube. 

L'hôpital de l'Ile ou hôpital des 
malades (en allemand Insel), as- 
sis sur l'arête méridionale du mon- 
ticule de la ville , est un bâtiment 
magnifique qui forme presque seul 
la rue de l'Ile (côté de l'ombre). Il 
se compose de deux pavillons et 
d'un corps de logis avec un enfon- 
cement , et borde la rue sur une 
longueur de 185 pas. Chacun des 
pavillons est percé de 3 fenêtres , 
chaque corps de logis de 6 et l'en 
foncement de 5, ce qui fait un to- 
tal de 23 fenêtres de front. L'en- 
trée, formée par 3 portes , au dessus 
desquelles est placée une plaque de 
marbre avec ces mots en lettres 
d'or : DIE INSUL EIN KRANKEN- 
HAUS, est pratiquée dans l'en- 
foncement du corps de logis, qui 
offre sur le fronton une sculpture 
en grès représentant le Samaritain 
secouru par des personnes chari- 
tables. La façade opposée , qui do- 
mine la campagne , est aussi per- 
cée de 23 fenêtres , et bordée d'une 
terrasse qui offre un des plus beaux 
points de vue sur la chaîne des 
Alpes, en même temps qu'on y 
jouit d'un air pur à l'ombre d'ar- 
bres magnifiques; d'autres ter- 
rasses , disposées en jardins , se 
trouvent au dessous de celle-ci , et 
fournissent la maison de légumes 
et de plantes potagères. L'ensemble 
de l'édifice, vu de ce côté et à une 



certaine distance, est à la fois im- 
posant et pittoresque. 

Hôtels. L'hôtel de la Police est 
un bâtiment à deux étages , situé 
entre le musée et le grand corps- 
de-garde. Le rez-de-chaussée ren- 
ferme le logement du directeur de 
la police de la ville et ses bureaux ; 
dans Tétage supérieur se trouvent 
ceux de la police centrale du canton . 
D'une terrasse disposée en jardin 
on jouit d'un beau point de vue 
sur la chaîne des Alpes. 

L'hôtel d'Erlach , situé entre la 
rue haute et la rue basse des Gen- 
tilshommes, sur l'arête méridio- 
nale du monticule de la ville , est 
un bâtiment d'un style élégant et 
moderne. Au devant de la façade 
principale , qui est tournée du côté 
de la campagne , règne une terrasse 
spacieuse qui offre un magnifique 
point de vue sur une partie des 
montagnes de TOberland et sur la 
chaîne des Alpes qui se trouve au- 
delà. 

L'hôtel de Musique ou de la Co- 
médie. Ce bâtiment élégant, qui 
se compose d'un rez-de-chaussée 
et de deux étages , borde de l'une 
de ses façades la place de la Comé- 
die ou place d'Armes, sur une 
longueur de trente pas , et de l'autre 
l'arcade de l'hôtel de Musique, 
souvent désignée sous le nom 
d'Alte Kaslanbe. Cette première 
façade , percée de neuf croisées , est 
ornée d'un balcon, et le fronton, 
qui se trouve au dessus, d'une 
sculpture en grès , représente un 
trophée musical, au centre duquel 
est un écusson sur lequel on lit en 
lettres d'or : HOTEL DE MUSIQUE. 
Dans le rez-de-chaussée de cette 
même façade est un café public, et 
les salons des étages supérieurs 
servent de point de réunion à une 
société particulière. La salle de 
spectacle est dans l'intérieur du 
bâtiment, et le théâtre donne sur 
la rue des Chaudronniers. 

Le Casino, qui borde à l'est la 
promenade du Grabe supérieur , 
sur toute sa longueur de quarante- 
cinq pas , est un bâtiment neuf 



176 



BERNE. 



d'un très-joli style, fait par l'ar- 
chitecte Schnyder. 11 est percé de 
dix croisées sur son plus grand 
développement , et se compose 
d'un rez-de-chaussée et d'un 
étage. Le premier renferme, outre 
la salle d'un café, deux grands 
salons , et le second une vaste 
salie de concert avec un salon y 
attenant ; les caves et les cuisines , 
qui se trouvent sous le bâtiment , 
sont assez remarquables. 

Institutions publiques. Ce fut 
en 1805 que fut fondée l'Aca- 
démie, qui se divise en haute et 
basse académie. Celle-ci se subdi- 
vise en trois sections, et se com- 
pose d'une école élémentaire , à 
laquelle sont attachés trois insti- 
tuteurs ; d'une école de classes , 
desservie par quatre ; et d'un lycée 
ou gymnase , dirigé par deux 
professeurs. D'autres professeurs y 
enseignent la religion , les langues, 
les mathématiques , le dessin , la 
calligraphie, le chant, etc. 

La haute académie est divisée 
en cinq sections ou facultés : trois 
professeurs y enseignent la théo- 
logie; deux la jurisprudence; cinq 
la médecine, la chirurgie, l'ana- 
tomie, la chimie, etc.; cinq autres 
la philosophie , la philologie , les 
mathématiques , la physique et la 
minéralogie ; et enfin deux l'art 
vétérinaire. En outre il y a plu- 
sieurs chaires extraordinaires pour 
les subdivisions de ces sciences , 
telles que la thérapeutique, la cli- 
nique, l'ostéologie, etc. 

La bibliothèque, le musée, le 
jardin des plantes et le salon des 
plâtres sont autant de sources où 
l'étudiant à l'académie peut puiser 
Ja science qu'il affectionne ; on a 
ouvert, il y a quelques années, à 
côté de ce dernier, une salle pour 
le dessin , où l'on voit une belle 
collection de tableaux et de gra- 
vures. 

L'Ecole des artisans. On doit 
d'autant plus de reconnaissance 
aux instituteurs de ce nouvel éta- 
blissement , que la seule récom- 
pense qu'ils recherchent pour le 



sacrifice de leurs veilles , est le 
plaisir de répandre une plus 
grande masse de lumières et 
d'instruction parmi la classe ou- 
vrière. 

La Société économique , fondée 
le 5 janvier 1761 , s'occupe de tout 
ce qui tend à l'extension et au plus 
grand perfectionnement de l'indus- 
trie et de l'agriculture. 

La Société des recherches sur 
l'histoire suisse , qui s'est consti- 
tuée le 23 janvier 1812, compte 
parmi ses membres les hommes 
les plus érudits de la Suisse; elle 
s'occupe uniquement de l'histoire, 
et publie périodiquement les ré- 
sultats de ses recherches. 

La Société des recherches sur 
l'histoire naturelle. Des amateurs 
de sciences naturelles, d'abord en 
assez petit nombre , formèrent , 
dans le printemps de l'année 1815, 
cette société. 

La Société de médecine , déjà or- 
ganisée en 1807 , prit un nouvel 
essor en 1813. 

La Société des artistes. Ce n'est 
proprement que dans l'année 1813 
que cette société a été fondée. 

La Société des amateurs de 
musique. Celle d'aujourd'hui est 
la suite , ou , si l'on veut , la con- 
centration de quelques sociétés 
musicales qui existaient déjà sur 
la fin du dernier siècle et au com- 
mencement de celui-ci , et qui 
baissaient et se relevaient tour à 
tour. 

La Caisse de pensions pour les 
veuves des pasteurs. L'année 1767 , 
quatre ecclésiastiques conçurent 
le projet de créer un fonds viager 
pour les veuves des pasteurs du 
canton ; les bases réglementaires 
en furent d'abord rédigées et sou- 
mises à la sanction du gouverne- 
ment, qui en permit l'exécution 
dans la même année. 

Hôtels-restaurants. Le Faucon , 
très-bel établissement , avec un 
belvédère d'où l'on a une belle vue 
sur les glaciers; divisé en trois bâ- 
timents donnant sur trois rues : 
1° rue du Marché ou Grand'rue 



BERNE. 



m 



des Arcades ; 2o rue des Juifs , à 
2 façades ; 3o rue de l'Ile , vis-à-vis 
l'hôtel de la Monnaie ; vastes et 
beaux appartements. 

La Couronne , avec deux mai- 
sons, l'une et l'autre situées dans 
la principale rue de Berne ; bonne 
maison. 

ZV". B. Ces deux hôtels sont les 
premiers de la ville. 

Abbaye ou hôtel des Gentils- 
hommes (en allemand Distelz- 
wang) , rue de la Justice, 106; bon 
établissement. 

Abbaye des Tisserands , des 
Maréchaux , des Boulangers ; sans 
écuries. 

Dépense, Aux hôtels de pre- 
mier ordre, il y a des chambres 
depuis 1 fr. 50 jusqu'à des prix 
plus élevés; le dîner coûte 3 fr. 
environ , le déjeuner 2 fr. ; un peu 
plus lorsqu'on se fait servir dans 
sa chambre ou qu'on ne mange 
pas à table d'hôte. Nous indique- 
rons encore les abbayes suivantes : 
Maure, n° 174, Grand'rue ; Tis- 
serands , 06 , même rue. 

Cafés. Giudice , 3 journaux 
français ; de l'hôtel de Musique , 2 
ou 3 journaux français, belle vue, 
billards; Milanais , Français , et du 
Commerce. 

Bains. Tous les bains publics se 
trouvent dans la basse ville. Il y 
en a trois dans la rue des Bains; 
le quatrième est situé sur la petite 
ile , et oilïe par sa position les 
agréments de jolis alentours. 

Curiosités. A l'hôtekle-ville, le 
fameux tableau de Werner , repré- 
sentant la fondation de la ville. 

La cave du Grand-Grenier et 
son prodigieux tonneau. 

L'arsenal. 

La galerie Reybold , très-remar- 
quable. 

La maison de correction. 

La maison des aveugles. 

Etablissement du gaz, près de 
l'hôtel de la Police ; on fabriquera 
le gaz qui doit éclairer la ville 
entière. 

Tabac. M. Gougger , magasin 
de cigares et de tabac 1« qualité. 



Promenades publiques. La 
Plate-Forme est sans contredit la 
plus belle de la ville de Berne, et 
sûrement l'une des plus agréables 
qu'il y ait en Europe. Sa position 
élevée , qui permet à l'œil d'em- 
brasser à la fois la vaste contrée 
qu'elle domine et la chaîne des 
Alpes qui borde celle-ci dans le 
lointain , ajoute aux délices du 
local, dont on a tiré tout le parti 
possible en réunissant l'élégance à 
la plus grande simplicité. 

Deux belles grilles en fer ferment 
la Plate-Forme, l'une du côté de 
la place de la Cathédrale, et l'autre 
vers le carrefour. Tout autour des 
trois côtés ouverts de cette pro- 
menade , règne un parapet en 
pierres taillées à balustrade ; dans 
celui qui la borde extérieurement , 
on voit une plaque de marbre 
consignant en lettres d'or l'événe- 
ment arrivé en 1654 à un étudiant 
nommé Théobald Weinzaepfli , 
qu'un cheval ombrageux précipita 
de là dans la basse ville , sans 
qu'il mourût de la chute. 

Les Petits-Remparts. On désigne 
sous cette dénomination les deux 
bastions qui flanquent, au midi, 
les fortifications de la ville, et 
dont les parapets servent de pro- 
menoirs. Plus élevée que la Plate- 
Forme et jouissant de la même 
exposition, la promenade des Pe- 
tits-Remparts offre aussi un point 
de vue plus riche et plus varié. 

La Nouvelle-Promenade ou pro- 
menade de l'Hôpital , située en 
face des Petits-Remparts, à l'ex- 
trémité occidentale du grand hôpi- 
tal , a été pratiquée dans la partie 
des Grands-Remparts qui a été 
rasée pour l'établissement de la 
barrière de Morat. Cette jolie pro- 
menade est égayée par le ruisseau 
de la ville , qui la parcourt et qui 
y forme une nappe d'eau circu- 
laire , ombragée par des touffes 
d'arbrisseaux dont le vert contraste 
harmonieusement avee les platanes 
élancés qui les entourent. Quel- 
ques petits ponts, garnis d'élé- 
gantes rampes de 1er, traversent 



m 



BERNE. 



Je ruisseau sur différents points , 
et ajoutent à l'effet pittoresque de 
l'ensemble. 

La Terrasse de l'Hôtel-de- Ville , 
située immédiatement derrière cet 
édifice, au nord de la ville. Cette 
promenade forme un talus recou- 
vert de gazon et coupé par trois 
terrasses qui communiquent entre 
elles par des chemins en zigzag. 

Le Quai. En remplacement de 
la muraille qui bordait la rivière 
depuis la maison des orphelins 
jusqu'à la porte de Soleure, on a 
établi un quai qui , bien ferré sur 
son talus , encaisse d'un côté la 
rivière, et présente de l'autre un 
chemin avec un trottoir menant de 
la porte jusque sur la place de 
l'Arsenal. 

Le Grabe supérieur , situé à 
l'extrémité méridionale du marché 
du bétail. Cette jolie petite prome- 
nade est d'une forme carrée; du 
côté de l'est elle est bordée par le 
Casino , à l'ouest par le grand 
chantier; au midi , où elle est gar- 
nie d'une balustrade en fer, elle 
domine la campagne , et au nord 
elle est séparée du marché du bé- 
tail par une grosse chaîne de fer 
scellée dans des bornes de granit. 

Le Grabe supérieur offre un ma- 
gnifique point de vue. Toute la 
contrée qui se trouve au midi de 
la ville se déroule là , et nulle part 
ailleurs on n'a une vue si étendue 
sur le cours de la rivière. 

Le Grabe inférieur ( c'est là 
qu'aboutira le pont de fil de fer 
qu'on construit en ce moment ). 
Cette promenade, qui se trouve 
à l'extrémité septentrionale de la 
place du Grand-Grenier , a une 
longueur de 85 pas de l'est à 
l'ouest , et une largeur de GO du 
sud au nord ; sur ce dernier point 
elle est bordée d'un garde- fou en 
bois, et sur l'autre d'une chaîne 
de fer. 

Le Belvédère , ou le Perron, au 
devant de l'hôtel de la Monnaie. 
On plonge de là sur une partie de 
la basse ville, sur tout le quartier 
de l'Aarzihle, et nulle part 



ailleurs ces alentours ne se des- 
sinent sous un point de vue plus 
favorable ; le Schwellimsettelli , 
qui se trouve presque en face, est 
surtout d'un effet éminemment 
pittoresque. Nulle part ailleurs 
non plus, excepté sur les remparts, 
l'œil ne peut embrasser à la fois la 
chaîne des Alpes et l'amphithéâtre 
des montagnes de l'Emmenthal et 
de l'Oberland, qui s'élève vers elle. 
Le magnifique point de vue 
qu'offre ce petit plateau lui a fait 
donner le nom de Belvédère. 

Les Fosses-aux-Ours , situées 
immédiatement hors de la barrière 
d'Aarberg. Elles sont uniquement 
destinées pour les ours qu'on en- 
tretient à Berne , depuis plusieurs 
centaines d'années , d'un fonds 
particulièrement affecté à ces 
animaux. Il y a toute apparence 
que ces fosses étaient , dès le prin- 
cipe , dans le ravin qui bordait les 
premières fortifications de la ville , 
et que de là elles furent trans- 
férées dans celui qui ceignait les 
secondes ; là elles occupaient 
un emplacement qui aujourd'hui 
se trouve sous le marché du bé- 
tail. 

Autres Promenades, Près des 
greniers publics. Près du Jeu-de- 
Paume. Le long des fossés supé- 
rieurs et inférieurs. Sur le rempart 
qu'on nomme le Petit-Bastion. 
Hors de la ville. A l'Enge , à V4 de 
1. C'est une des promenades les 
plus délicieuses pendant l'été; à 
l'entrée est une place dégarnie 
d'arbres, d'où Ton découvre la vue 
la plus étendue des Alpes qu'il y 
ait aux environs de Berne. A l'ex- 
trémité opposée de cette prome- 
nade on trouve deux chemin s diffé- 
rents pour rentrer en ville. L'un 
mène on droiture , par une allée 
percée dans un bois de sapins , à 
Beichenbach, ancien séjour d'Ul- 
rich et de Bodolphe d'Erlach. De 
Beichenbach on peut, en passant 
par Worblaufen, retourner à Berne 
en 1 h. de marche ; sinon l'on y 
entre par le Pont-Neuf. Ces prome- 
nades offrent toutes deux des sites 



BERNE. 



171) 



pittoresques. L'autre chemin , que 
l'on trouve sur la gauche, à l'ex- 
trémité de l'Enge, conduit d'abord 
à la forêt de Bremgarten. On y jouit 
d'une vue délicieuse. De cette pla- 
ce on retourne à Berne par la 
grand'route. Les hauteurs de Stal- 
den et les belles allées d'arbres 
qui bordent les grands chemins de 
Soleure à gauche , et de Thun à 
droite , offrent aussi de superbes 
sites d'où les regards se promènent 
sur la ville et sur ses environs. On 
peut, en sortant par la porte infé- 
rieure, prendre à gauche et suivre 
le rivage de l'Aar ; ensuite on ga- 
gne le haut de l'Altemberg, où l'on 
rencontre une place découverte qui 
domine la ville et toute la chaîne 
des Alpes. Au sortir de la porte in- 
férieure on peut aussi aller à Os- 
termanningen , où sont situées les 
carrières de la ville : fort bel écho. 
Si l'on va en avant jusqu'à Dieswyl 
et Sttettlen , on aperçoit au fond de 
la vallée le château de Worb, au 
dessus duquel s'élèvent les Schreck- 
horn et Wetterhorn, le Hochgant, 
et diverses autres montagnes dont 
l'ensemble forme un coup d'œil 
magnifique. Le chemin des Philo- 
sophes mène au Donnerbùhel , 
dont la situation est admirable ; 
c'est le théâtre de la première ba- 
taille que livrèrent les Bernois à 
leurs ennemis, en 1291. Le Gurtcn 
est une montagne sur laquelle on 
va depuis Berne en 1 h. de marche; 
le Langenberg est situé à quelques 
lieues de cette ville ; l'un et l'autre 
sont remarquables par les beaux 
sites et les magnifiques vues qu'ils 
présentent. 

Nouvelle Messagerie entre 
Berne et Bale , par Soleure, 
Ballstal et LiestaL 

En correspondance avec les 
diligences pour l'Allemagne et la 
France. Départ de Berne , tous les 
jours,à4h.V2;deBâle,àoh.dusoir; 
de tterne, arrivée à Soleure, 8 h. 
du soir, àBàle, 5 h. du matin; de 



Bàle , arrivée à Soleure, 1 h. du 
matin , à Berne, 5 h. du matin. 

Prix des places. 

Coupé, de Berne à 

Soleure, 3f.18s.de S. 

Goupé, de Berne à 

Bàle, Il » 

Intérieur, de Berne 

à Soleure, 3 4 

Intérieur, de Berne 

à Bàle , 9 » 

On passe 40 livres de bagage. 

Voilures publiques t pour Thun, 
Neuchâtel ; s'adresser à la Cou- 
ronne. Pour Thun , on paie 4 fr. 
de France, aller et retour compris; 
3 fr. , aller sans retour. 

ENVIRONS. 

Hindelbank. Route : Kœhler- 
haus, 15 m. ; Papiermùhle, 35 m. ; 
borne, 10 m.; Kappelisacker, 10 m.; 
hauteur, 5 m.; borne, 35 m.; Bœris- 
Tvyl, 5 m.; château, 25 m. ; Hindel- 
bank, 15 m. 

Hindelbank , beau village à 2 1. 
3 /4 de Berne. La famille d'Erlach, 
qui en eut la suzeraineté jusqu'en 
1798, y possède encore un château 
magnifique , assis sur un monti- 
cule. L'église possède des peintu- 
res sur verre fort remarquables, et 
le fameux monument érigé à ma- 
dame Langhans, épouse du pasteur 
de ce lieu , par le célèbre Nahl , est 
un chef-d'œuvre de sculpture. C'est 
dommage qu'il ne soit que de grès. 
L'artiste éleva ce monument en 
mémoire de la beauté et des rares 
qualités de cette dame. L'inscrip- 
tion est du grand Haller. En 1820, 
un Anglais voulut essayer ses forces 
sur ce monument, tentative qui 
eut pour résultat de causer quel- 
que dégât au visage de la statue. 
Un autre monument est élevé à 
la mémoire de l'avoyer d'Erlach , 
mort en 1740. 

HOFWTL, devenu si célèbre dans 
toute l'Europe par les institutions 
agronomiques de M. Fellenberg; il 



ISO 



BERNE. 



n'est qu'à 2 lieues de Berne. Là se 
rend une multitude de voyageurs 
pour voir les améliorations extra- 
ordinaires que cet homme respec- 
table a introduites dans l'agricul- 
ture , et les machines de son in- 
vention. On y célèbre toutes les 
années des ïètes rustiques. On 
prend par la route de Thun et la 
promenade de l'Enge ; arrivé à une 
petite fontaine à gauche , on tour- 
ne et Ton suit la grand' route. On 
marche, après le deuxième village, 
entre deux jolies haies; on traverse 
une petite forêt. — Retour. On 
prend à droite, on traverse la belle 
forêt de Bremgarten. — Les envi- 
rons de Hofwyl sont embellis par 
un lac d'une lieue de tour. 

Route. Bierhùbeli 10 m.; Beau- 
1 ieu, 5 m. ; Neubrùck, 1 m.; Graben, 
30 m. ; Hofwyl , 55 m. 

Laupen, 3 1. ; près de là , à Brom- 
berg , théâtre de la bataille de 
Laupen, juin 1329. 

Guggisberg, à 6 1., pays remar- 
quable , pays aux belles femmes ! 

Mûri, village à % de 1. de Berne. 
Pop. 800 liab. Le château , envi- 
ronné de jardins en terrasse , a été 
habité quelque temps par le comte 
d'Artois , depuis Charles X ; c'est 
maintenant la propriété du mé- 
decin Lehmann.On a découvert, à 
différentes reprises, des antiquités 
romaines dans les environs , en 
1832, entre autres des statuettes 
d'un pied de hauteur, deux pa- 
tôres, des arabesques, et deux 
petits trépieds, 

§ 1 er . De Berne a Bienne , 6 h. 



Bierhùbeli , 


10 m 


Beaulieu , 


5 


Neubrùck , 


20 


Stukishaus , 


10 


Pont, 


35 


Ortscrrwaben , 


15 


Ch. de Soleure, 


20 


Meykirch , 


5 


Fiïenisberg, 


30 


Hauteur [belle vue) , 


5 


Seedorf , 


25 


Thiergarten ( maison ) , 


25 



Aarberg , 


15 m 


Buel, 


45 


Hermeringen , 


15 


St-Nicolas , 


20 


Bellemund , 


15 


Port, 


15 


Nidau, 


10 


Pont , 


5 


Bienne , 


15 



Ortschwaben , joli petit village 
du district d'Aarberg. On y trouve 
une bonne auberge. 

Frienisberg, ancien couvent de 
l'ordre de Giteaux, fondé au xn e 
siècle et enrichi par la noblesse du 
voisinage. Il fut supprimé à la ré- 
formation et destiné à la demeure 
d'un bailli. Le gouvernement ber- 
nois y a transféré, en 1834,1'institut 
des sourds-muets. 

Seedorf , village paroissial du 
canton de Berne. Il contient une 
centaine de maisons; ses environs 
sont fort agréables. Du côté de 
Lapsigen est un petit lac avec 
une île. On trouve à la Rebhalden 
des habitations creusées dans le 
roc et dont le séjour n'est pas sans 
danger. 

Aarberg. Cette petite ville, bien 
bâtie, ne se compose que d'une 
seule rue qui , à cause de sa lar- 
geur, a l'air d'une grande place. 
Dans un angle de celle-ci , à côté 
de l'église , se trouve le château , 
ancienne résidence des comtes 
d'Aarberg. C'est ici que se croisent 
les routes de Berne , de Soleure , 
de Bienne, de Neuchâtel et de Mo- 
rat , d'où résulte un transit consi- 
dérable qui pourrait être encore 
augmenté. Les inondations de l'Aar 
causent souvent de grands rava- 
ges; le pont couvert qui traverse 
cette rivière a été muni, en 1815, 
d'une tête de pont. Cette ville a 
plusieurs auberges, un bureau de 
péage, 73 maisons et 737 habitants. 
En 1831, lorsqu'on craignait une 
guerre européenne , la diète fit 
construire près d'Aarberg quel- 
ques ouvrages de défense qui ne 
valent pas l'argent qu'ils ont coûté. 
St-Nigolas, petit village du dis- 



BERNE. 



181 



tri et de Nidau. Le 6 mars 1798 , 
un détachement de milice bernoise 
lutta près de cet endroit contre 
le corps français destiné à l'attaque 
d'Aarberg. Le combat ne cessa que 
lorsqu'on apprit la prise de Berne. 
Un obélisque de marbre, élevé en 
1834 près de la grand'route , porte 
les noms de ceux qui succom- 
bèrent dans cette lutte inégale. 

Nidau , Bienne. (Voyez à la 
table.) 

§ 2. De Bienne a Ta vannes , 3 
h. 15 m. 



Champagne, 


10m 


Bœzingen , 


15 


Frinvilliers , 


30 


Ruines de Rondchâtel, 


15 


Reuchenette, 


20 


Hutte , 


20 


Sonceboz , 


55 


Pierre-Pertuis , 


20 


Tavannes ou Dachs- 




felden , 


10 



Frinvilliers , petit village ber- 
nois. Il est situé sur la droite de 
la Suze , à l'entrée de la vallée de 
Reuchenette , et est dominé par la 
route de Bienne à Sonceboz. Au 
dessus de ce village on remarque 
une source abondante , appelée la 
fontaine Noire. 

Rondchâtel , ruines d'un petit 
château, bâti sur une éminence , 
entre Frinvilliers et Reuchenette ; 
il appartenait jadis à la famille 
Orson de Bourgogne , et , comme 
fief épiscopal , passa ensuite dans 
diverses mains. La Suze fait, près 
de ces ruines, une ravissante cas- 
cade. 

Reuchenette, jolihameau bien 
bâti , placé dans une situation ex- 
trêmement pittoresque. Il se com- 
pose d'une grande usine à fer , 
d'une auberge , et d'une maison 
de bains. Les bains perdirent de 
leur réputation peu de temps après 
avoir été établis, parce qu'on trouva 
dans les baignoires de petites trui- 
tes , ce qui prouva qu'on se servait 
simplement des eaux de la Suze. 



Sonceboz, village bernois, situé 
à la jonction du vaiSt-Imier, du 
vallon qui aboutit à Pierre-Pertuis, 
et de la vallée inférieure de la Suze. 
On y trouve deux auberges et un 
bureau de poste. Ici doit avoir 
existé le château Ghatiilon , dans le 
voisinage duquel on trouva des 
médailles romaines. 

Pierre-Pertuis , Tavannes. 
( Voyez à la table. ) 

§ 3. De Berne a Neuchatel , 9 

h. 30 m. 

Aarberg ( voyez ci- 
contre), 3 h. 40 m. 
Siselen, 1 15 

Treiten , 45 

Aneth (Ins.), 45 

Gampelen , 35 

Pont de la Sihl , 80 
Thiel , 5 

Mon tmi rail , 5 

Marin , S5 

St-Blaise, 10 

Hauterive, 15 
La Coudre , 5 

Monruz, 15 

Neuchatel , 80 

Siselen, village bernois, conte- 
nant 70 maisons. II occupe une 
éminence couronnée jadis par un 
couvent d'ursulines, appelé Sanc- 
ta-Insula ; son territoire est fertile 
et bien cultivé. En février 1834, 
un incendie a consumé les habita- 
tions de quinze ménages. 

Aneth. ( Voyez à la table. ) 

Marin , village neuchàtellois ; 
son territoire est fertile en céréa- 
les, vin et fruits; ses jolies mai- 
sons, au nombre d'environ qua- 
rante, annoncent l'aisance des ha- 
bitants. 

St-Blaise , Neuchatel. ( V. 
à la table. ) 

Autre chemin de voitures par 
Oberitzenbach , Ferenbalm, Gal- 
mitz , Aneth , etc. , 9 h. 5 m. 

Autre pour piétons , par Leuen- 
berg , Sugy , la Monnaie , environ 
9 h. On s r embarque à Gudretin, sur 
le lac , pour Neuchatel. 



182 



OBERLAND. 



A pied il est impossible de faire 
ce trajet en moins de 11 heures. 

PROMENADES DANS L O- 
BEULAND BERNOIS. 

Vue générale. Oberland * , 
vaste contrée du canton de Berne. 
Ce mot se prend dans une double 
acception. Dans le sens le plus 
étendu , l'Oberland forme toute la 
partie méridionale du canton ; il 
commence à Thun , étant d'abord 
resserré par le Gurnighel et l'Em- 
menthal; de là il s'élargit en forme 
d'éventail du côté du sud , où les 
montagnes deviennent de plus en 
plus élevées, jusqu'aux frontières 
du Valais , dont il est séparé par les 
Hautes-Alpes et leurs immenses 
champs de glace ; il est borné à l'est 
par les cantons de Lucerne , d'Un- 
terwalden et d'Uri , et à l'ouest par 
ceux de Fribourg et de Vaud. Indé- 
pendamment de la vallée de Sarine, 
qui s'ouvre du côté de ce dernier 
canton , et de celle de Bellegarde, 
dont la plus grande partie dépend 
du territoire de Fribourg , l'Ober- 
land est composé de quatre grandes 
vallées qui courent du nord au sud, 
et dont les eaux , ainsi que celles 
de leurs nombreuses ramifications, 
se jettent dans le lac de Thun. La 
plus occidentale de ces vallées est 
le Simmenthal , qui forme une es- 
pèce de croissant entre les chaînes 
du Niesen et du Stockhorn ; elle est 
parcourue par la Simme , qui 
tombe dans la Kander. A Test de 
cette vallée s'ouvre celle de la 
Kander, au pied du revers opposé 
du Niesen ; ce torrent impétueux , 
dont le chemin de la Gemmi suit 
les bords , la parcourt dans toute 
sa longueur. Les deux vallées se 
confondent sur la rive occidentale 
du lac de Thun , où elles forment 
une campagne superbe , couverte 
de prairies de la plus riche ver- 

* Pour la haute ir des montagnes de 
T Oberland bernois, consulter la statistique 
de la Suisse qui précède l'itinéraire, au 
commencement de l'ouvrage. 



dure , de champs et de villages t 
tandis que les coteaux de l'autre 
bord offrent de beaux vignobles. 
Les deux autres vallées s'ouvrent 
au sud-est, vers le commencement 
du lac de Thun , et forment l'Ober- 
land propre. C'est là que la nature 
des Alpes étale ses merveilles avec 
plus de profusion que dans aucune 
autre région de l'univers. De ces 
deux vallées , la plus orientale est 
celle de Hasli , qui suit le cours de 
l'Aar; l'autre est traversée par la 
Lûtschine , et se divise en deux 
branches qui forment les vallées 
de Grindelwald et de Lauterbrun- 
nen; leurs eaux réunies se joignent 
à celles de l'Aar dans le gracieux 
vallon de Baedeli, et tombent avec 
elles dans le lac de Thun. Les prin- 
cipales montagnes de cette contrée 
sont le Finsteraarhorn, la Jungfrau 
et le Schreckhorn; il s'en détache 
de vastes champs de glace , à l'o- 
rient desquels s'élève le chemin 
qui coupe l'arête des Hautes-Alpes 
au passage du Grimsel, et aboutit 
au haut du Valais. A l'est on passe 
le Susten pour se rendre au canton 
d'Uri ; les cols des monts Joch et 
Brûnig servent de communication 
avec l'Unterwalden. Les vallées et 
les montagnes sont riches en 
plantes rares ; on trouve en ces di- 
vers endroits des grottes de cristal , 
et les chutes des rochers mettent 
au jour quantité de minéraux in- 
téressants. 

Voyage , renseignements. On 
peut employer, pour visiter l'Ober- 
land , 3 , 4 , 5 et 8 jours. 

Tours dans l'Oberland. 

Ces tours ont subi des change- 
ments depuis notre dernière édi- 
tion , grâce aux bateaux à vapeur 
du lac de Thun , à la nouvelle 
route de Thun à Interlacken , sur 
laquelle vous pouvez aller en grand 
équipage à 4 chevaux , et aux deux 
nouvelles auberges sur la Wenger- 
nalp et sur le sommet du Faulhorn 
(8,140 p.), où l'on peut aller à 
cheval et loger confortablement. 




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OBERLAND. 



183 



TOUR DE 3 JOURS ; coucher à Thun. 

Premier jour. A 6 h. du matin 
sur le bateau à vapeur ; à 7 h. V* 
du Neuhaus à Lauterbrunnen, 3 h.; 
voirleStaubbach de 10 h. à midi où 
il est le plus beau ; coucher à la 
Wengernalp, 3 h., pour voir la Jun- 
gfrau le soir ; ou encore aller cou- 
cher à Grindelwald, 3 h. %• 

Second jour. Départ de bonne 
heure , voir en passant le glacier 
supérieur du Grindelwald , diner à 
Meyringhen,7 h.; voir le Reichen- 
bach, couchera Brienz, 3 h. 

Troisième jour. Voir le Giess- 
bach ( le Giessbach est plus beau de 

3 à 5 h. du soir), arriver de bonne 
heure à Interlacken , 3 h. ; visiter 
les environs; départ du Neuhaus à 

4 h., arrivée à Berne à 9 h. du soir, 

TOUR DE 4 JOURS. 

Premier jour. De même jusqu'à 
la Wengernalp. 

Second jour. A Grindelwald, 3 
h.; au Faulhorn, 4 h., y coucher. 

Troisième jour. Dîner à Mey- 
ringhen, 8 h.; voir le Reichenbach, 
coucher à Brienz, 3 h. 

Quatrième jour. Comme le troi- 
sième ci-dessns. 

TOUR DE 5 JOURS. 

Les trois premiers jours comme 
ci-dessus , seulement aller coucher 
à Meyringhen. 

Quatrième jour. Ascension au 
Kirchhet , Brienz, le Giessbach ; 
coucher à Interlacken. 

Cinquième jour. Visiter les en- 
virons d'Interlacken ; retour à 4 h. 
du soir, du Neuhaus à Berne. 

Veut-on mettre plus de temps, 
l'on peut faire les excursions sui- 
vantes : 

Coucher à Lauterbrunnen , visi- 
ter le Schmadribach,4h.; retour à 
Lauterbrunnen ou Grindelwald, 9 
h., ou Interlacken . 7 h. 

Coucher à Grindelwald , voir la 
mer de glace , par le glacier infé- 



rieur très-beau ; revenir coucher à 
Grindelwald, G h. en tout; mais 
pour bien voir il faut y mettre un 
jour. 

Coucher à Meyringhen , aller au 
Grimsel , 7 h. ; voir en passant la 
chute de l'Aar à la Handek ; du 
Grimsel visiter le glacier du Rhône, 
2 h. V/, ; coucher au Grimsel, re- 
tour à Meyringhen. 

TOUR DE 8 JOURS. 

Premier jour. A Thun ; y voir 
les environs et aller coucher à In- 
terlacken. 

Deuxième jour. Visiter les en- 
virons , monter aux ruines du châ- 
teau de Ringgenberg , et aller cou- 
cher à Lauterbrunnen. 

Troisième jour. A Trachsella- 
nonen , au Steinberg ; coucher à la 
Scheideck de la Wengernalp. 

Quatrième jour. A Grindel- 
wald, et l'après-midi au Faulhorn. 

Cinquième jour. Par Rosenlaui à 
Meyringhen. 

Sixième jour. A l'hospice de la 
Grimsel. 

Septième jour. Retour à Meyrin- 
gen. 

Huitième jour. Retour à Berne. 

§ 4. De Berne a Thun , 5 h. 10 m. 



Liebeck , 


10 m 


Jolimont , 


5 


Eckhœlzi , 


15 


Eck , 


5 


Mûri , 


10 


Krailigen , 


10 


Allmendigen , 


20 


Klein-Hœchstetten , 


20 


Rubigen , 


20 


Se h w and , 


20 


Miinsingen , 


15 


Neuhaus , 


15 


Nieder-Wichtrach , 


20 


Ober-Wichtrach , 


10 


Murachern , 


15 


Kiesen , 


15 


Heimberg , 


30 


SuJgbruck, 


35 


Thun , 


20 



184 



ROUTE DE THUN. 



Deux routes différentes condui- 
sent de Berne à Thun : Tune sur 
la rive droite de l'Aar, qui est la 
plus courte ; l'autre , sur la rive 
gauche, est d'une lieue plus lon- 
gue. 

Lorsqu'on a atteint la hauteur 
de Muri-Stalden, on voit, dans le 
fond du vallon, l'Aar, dont les on- 
des azurées annoncent qu'elie doit 
sa naissance aux glaces les plus 
pures des Hautes-Alpes. 

Bientôt Berne disparaît ; on voit 
tout au plus encore quelques tours 
et quelques remparts. On s'aper- 
çoit du voisinage de l'Aar par le 
bruit de ses flots que l'on entend 
toujours; mais elle se soustrait à 
nos regards. 

A un quart de lieue du haut de 
la montée de Muri-Stalden , la 
route se sépare en deux , dont 
l'une, à gauche, conduit dans 
l'Emmenthal , tandis que l'autre 
tend directement vers l'Oberland. 

A l'issue de l'allée d'abres alignés 
qui ombragent la grande route , la 
vue devient plus champêtre ; les 
maisons de campagne de citadins, 
plus éloignées les unes des autres, 
laissent place dans leurs intervalles 
à de petites forêts , à des fermes et 
à des toits de chaume, tels que l'on 
en voit à Mûri. 

A deux minutes de l'église de 
Mûri, à côté d'un puits , un che- 
min, à droite de la grande route, 
conduit au point d'où Aberli a 
pris un de ses plus beaux paysages. 
On passe entre quelques maisons , 
et Ton se rend tout droit sur une 
colline ^que l'on atteint en moins 
de cinq minutes. Lorsque le terrain 
n'est point ensemencé, on peut 
monter jusqu'à deux tilleuls plan- 
tés sur un sommet, pour jouir 
d'une vue superbe et fort étendue. 

En poursuivant la route, on 
aperçoit à droite, dans le fond, 
l'Aar, et au-delà , au pied du Belp- 
berg ( montagne de Belp ) , le 
grand village de Belp , derrière le- 
quel on découvre maintenant le 
Laengenberg, dont le talus, dou- 
cement incliné, avait été caché 



presque en entier par le Gurten. 

Depuis Mûri, la route continue 
en plaine entre des prairies, des 
vergers et des champs, vers Ail- 
mendingen. Seulement près de ce 
village elle monte insensiblement 
au travers d'un petit bois qui ôte 
pour un moment toute vue dans 
le lointain. On a alors à gauche un 
coteau boisé , nommé le Hùhn'ein , 
dont le sommet porte des indices 
d'ouvrages humains des temps les 
plus reculés. On trouve dans les 
environs d'Allmendingen les restes 
d'un emplacement où les druides 
faisaient leurs sacrifices. 

Depuis Allmendingen jusqu'à 
Thun , la vue à gauche de la route 
est assez insignifiante et bornée , à 
l'exception de quelques échappées, 
dans l'une desquelles l'on voit 
Gùmligen , et, au travers de la 
clairière d'un bois , le château de 
Wyl ; plus loin , dans la même di- 
rection, l'œil pénètre dans le joli 
vallon de Diessbach et ses vertes 
prairies, et enfin, plus près de 
Thun , jusqu'au champêtre vil- 
lage de Steffîsburg. 

De Bubigen, hameau où se trouve 
une seule maison de campagne 
assez triste, on arrive à Mùnsigen 
ou Mùnsingen, grand village pa- 
roissial , qui s'est relevé , après 
plusieurs incendies , plus beau et 
mieux bâti qu'il n'était auparavant. 
On y remarque le joli clocher de 
son église construite en 1821. 

Hôtel du Lion-d'Or, très-fré- 
quenté parles Bernois les jours de 
fête. 

Mùnsingen est situé vis-à-vis du 
Belpberg et au pied de la Haube , 
colline sur le penchant de laquelle 
est le petit village de Heutligen ou 
Hùtlingen. 

De Mùnsingen à Wichtrach , et 
plus loin, jusqu'au Heimberg, le 
terrain est très-bien cultivé. 

La jolie campagne de Neuhaus 
fut établie , dans le premier tiers 
du xvm e siècle, par M. Steiger de 
Mùnsingen; elle a été singulière- 
ment embellie. Des sentiers roman- 
tiques serpentent au travers d'une 



THUN. 



185 



belle prairie ou sous l'ombrage 
d'un bosquet, en suivant le cours 
d'un abondant ruisseau jusqu'au 
bord de l'Aar. 

Neuhaus est à moitié chemin de 
Berne à Thun. A Ober-Wichtrach 
est située la demeure champêtre 
du pasteur. Dans l'église et derrière 
le chœur est inhumé le général 
d'Erlach , tué par ses soldats en 
mars 1798, au lieu du Hun. A 
gauche on aperçoit la dernière ter- 
rasse de la colline de la Haube , sur 
la pente de laquelle on peut aller 
pour jouir d'un charmant point de 
vue sur le château et le village de 
Gerzensée, situés vis-à-vis, sur 
l'autre côté de l'Aar et sur la chaîne 
des montagnes de Stockhorn. De 
Wichtrach à Kiesen, la route est 
presque toujours bordée de petits 
bois et de prairies. 

Le château de Kiesen , bâti sur 
le haut d'une colline peu élevée, 
sous l'ombrage de peupliers et d'a- 
cacias, se présente sous l'aspect le 
plus gracieux. Quelques maisons 
neuves et bien bâties entourent le 
pied du tertre. Le clair ruisseau de 
Kiesen sortant de la riante vallée 
de Diessbach, qui s'offre tout-à- 
coup aux regards , roule ses ondes 
au bord du chemin. 

Au dessus du village de Diess- 
bach , situé dans un vallon fertile 
et bien arrosé , entre les montagnes 
du Kurzemberg et du Buchholter- 
berg , est le rocher escarpé de la 
Falkenfluh. 

Au midi de la Falkenfluh, mais 
plus près de la route , s'élève aus- 
si le rocher d?t Heimbergfluh. Ce 
sont deux puissants boulevarts 
avancés de l'Emmenthal, qui limite 
cette contrée et forme un laby- 
rinthe de fertiles vallons. 

On entre dans un sombre pays 
de forêts qui forme l'entrée de la 
contrée de Heimberg, laquelle se 
prolonge en montant jusqu'à la 
Sulg. 

Bientôt on a franchi l'espace des 
forêts , et le pays s'ouvre à droite, 
vers le Bùnberg , sur lequel se 
voient les maisons de Thunerges- 



chneit. Plus loin on aperçoit Eich- 
berg, Uetendorf , Burgistein. 

La route au travers de Heimberg 
est très-agréable. Une foule de de- 
meures champêtres éparses de 
tous côtés présentent le tableau 
d'une contrée productive et at- 
trayante. 

Vers l'extrémité du Heimberg 
s'ouvre à l'orient un gracieux val- 
lon qui s'élève par une douce pente 
jusqu'au plateau de la Schwarze- 
neck. Ce mont s'élance perpendi- 
culairement dans la voûte des 
cieux. La Sulg' ou Suld , torrent 
fougueux , se précipite de la mon- 
tagne au fond d'un ravin rocail- 
leux. 11 prend sa source derrière 
les hauteurs de Sigriswil et du 
mont Blume. 

Ce sont surtout les masses du 
Stockhorn et du Niesen qui attirent 
les regards par leurs formes impo- 
santes. Le premier s'élève à 6,7 GO 
pieds, le second à 7,340 pieds au 
dessus du niveau de la mer. La 
vaste plaine que ces colosses ter- 
minent au sud en rehausse singu- 
lièrement la grandeur. 

La porte de la ville de Thun pa- 
raît être aussi le portail de l'Ober- 
land. 

§ 5. Thun. 

r 

The Town itself claims no attention, 
but its environs présent a most beau- 
tiful and sublime scenery ; tbe Unie, 
spent in visiting thera , Wiïl not 
be regretted. 

Hôtels. Le Freyenhof , bonne 
maison. On aperçoit depuis la 
galerie du Freyenhof , entre le 
pavillon Saint-Jacques et le Niesen, 
les glaciers suivants ; la Jungfrau , 
Gletscherhorn , Ebenefluh , Gros- 
shorn, Brcithorn, Blumlisalp, 
Frau , Freudhorn , Doldenhorn. 

Hôtel de Bellevue , près de Thun , 
dans une situation des plus belles 
de la Suisse : écuries remises , 
bains. — Hôtel du Bateau , à 60 
pas de l'hôtel de Bellevue, des- 
servi par les mêmes propriétaires, 



186 



THUN. 



MM. les frères Knechtenhofer. — 
Le Faucon. 

Pension pour les étrangers , 
au Baumgarten. La position de 
cette campagne , dans un joli en- 
clos ombragé d'arbres fruitiers , 
tout près de la ville , ayant vue sur 
le lac et les glaciers , est des plus 
agréables. Les appartements , mis 
à neuf, sont commodes et propre- 
ment meublés. Les prix et les ar- 
rangements sont à peu près comme 
dans les pensions d'Interlacken. 

Tu un. En arrivant à Thun avec 
la diligence de Berne, on trouve 
un omnibus qui conduit gratis les 
passagers au bateau à vapeur, ou à 
l'hôtel de Bellevue sur les bords du 
lac. — De même pour le retour. 

La diligence de Berne à Thun 
part deux fois par jour , le matin à 
5 h. , et arrive à 8 h. pour le départ 
du bateau à 9 h. — Deuxième dé- 
part de Berne, à 11 h. pour le dé- 
part de Thun à 2 h. après midi» 

Thun est une jolie petite ville 
dont les environs sont délicieux. 
La ville s'étend sur une longueur 
d'environ un quart de lieue et sur 
une ligne fort étroite au pied de ce 
tertre. A l'occident, dans l'île for- 
mée par les deux bras de la ri- 
vière , est situé le quartier du 
Belliz , traversé par une seule rue 
transversale, nommée Rosengar- 
ten. Sur chacune des deux parties 
de la rivière sont construits deux 
ponts , l'un couvert et l'autre dé- 
couvert. Deux portes sont placées 
sur ces deux ponts qui sont aux 
extrémités de la ville. Une troi- 
sième porte conduit au nord sur la 
route de Berne ; une quatrième , 
nommée la porte de Laui , mène 
aux jolies promenades qu'on trouve 
sur la montagne du Grùsisberg. 
Cette masse de rochers borne, à 
une petite distance , la vue du 
côté de l'est, et présente sur son 
angle au nord-ouest les traces d'un 
ravin formé par un énorme ébou- 
lement de montagnes , dont les 
débris se remarquent , quoique 
maintenant couverts de terre et 
cultivés. 



La ville contient environ 2,000 
habitants. 

On y remarque l'église avec une 
tour octogone, un bel hôtel-de- 
ville , un hôpital , une maison d'or- 
phelins , et une bibliothèque de 
7,000 vol. Le nouveau château , à 
gauche en entrant dans la cour, 
est la résidence du préfet ; sous 
ses portiques on trouve, rangées 
par ordre chronologique , les ar- 
moiries de tous les avoyers bernois 
à Thun, depuis 1374. 

Librairie et cabinet de lecture 
de J.-J. Christen ; chez le même 
on trouve des livres anglais et 
français , des costumes et vues de 
la Suisse , des itinéraires , des 
cartes géographiques , papiers et 
articles de dessin. 

La plate-forme près de l'église 
offre une vue des plus étendues 
et des plus riantes ; la variété de 
l'avant-scène , terminée par le lac 
et les glaciers , forme un tableau 
charmant. 

Du pavillon Saint-Jacques , dont 
l'abord est à la vérité un peu es- 
carpé , on jouit à peu près de 
la même vue , mais elle est plus 
étendue. Des bancs placés de dis- 
tance en distance rendent main- 
tenant cette ascension assez facile. 

Le Bœchi-Hœlzi offre à tout in- 
stant d'agréables surprises et des 
échappées de vue , tantôt rappro- 
chées , tantôt s'étendant jusqu'aux 
glaciers. Une belle soirée d'été au 
coucher du soleil est un spectacle 
sublime; nulle part on ne jouit 
aussi délicieusement de ce tableau 
que sur un banc placé à la lisière 
du petit bois , et qui porte l'in- 
scription : 

Repose et jouis ; 
et les vers suivants : 

Avec leurs grands sommets , leurs glaces 

éternelles , 
Par le soleil couchant , que les Alpes sont 

belles ! 
La verdure , les eaux , les bols , les fleurs 

nouvelles , 



BAINS DE BLUMENSTEIN. 



187 



Tout dans leurs frais vallons sert à nous 

enchanter. 
Heureux qui sur ces bords peut longtemps 

s'arrêter ! 
Heureux qui les revoit, s'il a pu les quitter ! 



En traversant le petit bois et 
continuant la promenade sur les 
bords du Hunnibach , on parvient 
en un quart d'heure, par un sen- 
tier romantique, à la cascade que 
forme ce ruisseau , qui , après 
s'être frayé un passage à travers 
un massif" de rochers , s'en préci- 
pite avec bruit dans un site fort 
sauvage. Cette cascade porte le 
nom de Kohlern. 

Pour revenir en ville , on peut , 
en traversant l'Aar , aller admirer 
le délicieux bocage de la Schadau , 
où le lac présente sa plus belle sur- 
face. 

En passant devant l'antique cha- 
pelle de Scherzligen et les deux 
îles ornées de maisons de cam- 
pagne , une belle promenade ra- 
mène aux portes de Thun. 

Du côté opposé de la ville et sur 
la rive droite de l'Aar, se trouve 
la jolie promenade, bien ombragée , 
du Schwabis ; plusieurs points de 
repos, ornés de bancs au bord 
de la rive , offrent des vues agréa- 
bles sur les montagnes voisines. 

Les promenades en voiture ont 
des buts très-variés , dont chacun 
suffirait pour faire l'ornement 
d'une contrée ; les plus jolies sont : 

Thieracherx, qui, placé sur 
une colline en face de Thun , offre 
une vue des plus étendues. La 
fondation de son église, rebâtie en 
1707, remonte au 10 e siècle. Au 
Muhlemmattvoisin on découvrit, en 
17G4, cinq tombeaux d'une haute 
antiquité. Par un temps serein on 
aperçoit non-seulement tous les 
glaciers , mais encore les clochers 
de dix villages. 

Amsoldingen , placé sur la 
même colline, mais plus en arrière, 
est un endroit délicieux au bord 
du petit lac du même nom; son 
vieux château et ses promenades 
sont tout-à-fait pittoresques, Les 



ruines du château de Jadgberg 
viennent se répéter dans les eaux 
du lac. Lorsqu'on abattit , en 1809, 
une ancienne maison de chanoines 
qui menaçait ruine , on trouva des 
antiquités romaines. Une autre dé- 
couverte suivit, en 1817, cette pre- 
mière trace du séjour des Romains 
dans ces lieux; ce fut celle d'une 
crypte sous le chœur de l'ancienne 
église. Dans deux des quatre piliers 
de pierre qui supportent la voûte 
de cette chapelle souterraine , se 
voient deux inscriptions funéraires 
antiques qui ont probablement 
servi de matériaux lors de la con- 
struction de l'église. Une tombe de 
ce genre a été élevée aussi dans 
un bosquet des jardins. 

En allant visiter Wimmis, à l'en- 
trée du Simmenthal , le pont de la 
Kander et Bellerive, on sera satis- 
fait des beaux sites et des points 
de vue qu'offre cette course. 

Wimmis a une église bâtie par 
Rodolphe, roi de la Transjurane, 
en 933. Le château, placé sur un 
rocher très-élevé , est surmonté 
d'une tour. Pour revenir de Wim- 
mis à Thun, on prend le chemin 
de Spiez-ïfyler, et on passe sur 
le pont de la frauder. 

Sur la rive droite du lac on peut 
aller à Hilterfingen et Oberhofen , 
villages agéablement situés au bord 
du lac , dont on peut profiter pour 
retourner en ville. 

Risterfingen, joli village ber- 
nois , admirablement posé entre le 
lac, des vignobles et des vergers. 
L'église date , dit-on , de 933 ; elle 
fut fondée par Rodolphe de Stratt- 
lingen. Le presbytère, vu du lac , 
présente la plus jolie vue. 

Oberhofen , village bernois 
contenant 70 maisons. Le château , 
ancienne résidence bailli vale , est 
un bâtiment gothique ; la tour qui 
est au centre renferme des ou- 
bliettes où se voyaient des chaînes 
et des ossements, il n'y a pas en- 
core fort longtemps. 

Bains et Village de Blimen- 
STEIN et plan d'cjcursions aux 
environs. Les bains de Blumen- 



188 



BAINS- DE BLUMENSTEIN. 



stein sont à cinq lieues de Berne , 
au pied delà chaîne du Stock horn, 
à 2,070 pieds au dessus de la mer. 
Du côté du midi et de l'orient, l'ho- 
rizon est borné par une suite de 
collines qui séparent ce délicieux 
vallon des plaines de Thun. La 
position de ces bains est des plus 
agréables; ils sont de tous côtés 
entourés de sites charmants et de 
points de vue enchanteurs. Le 
village du même nom est situé à 
cinq minutes des bains , dans une 
position extrêmement pittoresque , 
en partie sur la pente de la chaîne 
du Stockhorn , et en partie dans 
la plaine. Ses maisons champêtres, 
disséminées çà et là , sont entou- 
rées de vastes prairies et d'une 
multitude d'arbres fruitiers de 
toute espèce. Plus haut , des pâtu- 
rages alpestres, couverts de nom- 
breux troupeaux , dominés par des 
forêts qui couvrent les pentes ra- 
pides des montagnes, au dessus 
desquelles le Stockhorn élève ma- 
jestueusement sa tète chauve et 
dégarnie. 

Les bâtiments des bains sont au 
nord du village, dans la plaine, 
et se composent de deux corps de 
bâtiments , dont l'un comprend les 
bains proprement dits, et l'autre 
les appartements et les salles à 
manger. On ne doit pas s'attendre 
à y trouver rien de somptueux ; 
mais partout règne la plus grande 
propreté, ce qui vaut infiniment 
mieux. Le service est prompt et 
régulier. En général, rien n'a été 
négligé pour rendre ce séjour 
agréable et salutaire; la table est 
excellente, et peut satisfaire tous 
les goûts , étant mise à la portée des 
estomacs même les plus délicats. 
M. Fréd. Suchard, qui s'est fait 
connaître depuis longtemps par 
son urbanité et son obligeance, 
par l'active surveillance qu'il sait 
exercer , est constamment occupé 
à pourvoir à tout ce qui peut con- 
tribuer à l'utilité , à l'agrément et 
à la commodité de ses hôtes. 

La source, dont on fait usage 
pour les bains seulement , est 



située dans la cave du principal 
bâtiment : sa température est de 
huit degrés et demi du thermo- 
mètre de Réaumur. L'eau est sans 
odeur et limpide, d'une saveur as- 
tringente, mais elle se trouble à l'air 
et dépose beaucoup d'ocre jaune. 
Elle contient beaucoup d'acide 
carbonique , de carbonate de fer et 
de magnésie : le linge plongé dans 
cette eau prend une forte teinte 
d'un jaune rougeâtre. L'eau est 
chauffée pour les bains , et c'est 
avec beaucoup de succès qu'ils 
ont été administrés, les années 
précédentes, toutes les fois que, 
par ordonnance du médecin, il a 
été question de fortifier le système 
nerveux, et de remédier à des af- 
fections gastriques et intestinales. 

Les alentours des bâtiments sont 
plantés d'arbres et offrent de jolies 
promenades et des ombrages de la 
plus belle* verdure; partout l'on 
rencontre des bosquets et des 
bancs qui se trouvent , comme par 
enchantement , ménagés dans les 
endroits les plus favorables : 
JVymphas venerabar agrestes. 
En cas de mauvais temps , et pen- 
dant les chaleurs incommodes du 
milieu du jour, on trouve un re- 
fuge tutélaire dans de vastes gale- 
ries couvertes qui se prolongent 
dans toute la longueur du princi- 
pal corps de bâtiment. 

Les environs deBlumenstein sont 
égayés par un grand nombre de 
promenades aussi variées qu'agréa- 
bles. Les personnes qui ne peuvent 
faire de longues courses à pied 
trouveront aux bains des moyens 
de transport faciles et commodes. 

Promenade au Fallbach {qua- 
rante minutes). On se dirige du 
côté du Stockhorn, en traversant 
tout le village , et en suivant de 
jolis sentiers ombragés. Par une 
pente douce on arrive à l'église, 
dont la situation élevée est très- 
remarquable , et présente un beau 
point de vue sur le village et sur 
tout le vallon. Pendant quelques 
centaines de pas, on suit le lit du 
Fallbach , qui de l'autre côté est 



BAINS DE BLUMENSTEIN. 



189 



ombragé par une forêt de hêtres , 
et l'on arrive immédiatement au 
pied de la cascade. L'eau jaillit 
d'une profonde échancrure au 
dessus d'une paroi de rochers cou- 
ronnés de noirs sapins; elle glisse 
plutôt qu'elle ne s'élance sur le roc 
légèrement incliné en arrière. 
Vue de l'autre côté du ruisseau, 
au travers des hêtres qui l'eu- 
cadrent de ce côté, elle fait un 
etlet des plus gracieux. Pour 
passer le ruisseau on redescend 
jusque près de l'église, où l'on 
trouve un pont rustique qui con- 
duit sur l'autre rive; puis on suit 
un sentier qui aboutit au haut 
d'une colline ombragée par un 
grand arbre ; c'est ici qu'était ci- 
devant le château de Blumenstein, 
dont il ne reste malheureusement 
aucun vestige. Mais après avoir jeté 
un coup d'œil autour de soi , on est 
frappé de tout ce que la nature 
peut offrir de plus grandiose , et 
l'on a bientôt oublié le château et 
ceux qui l'ont habité. La vue du 
haut de cette colline est magni- 
fique : elle s'étend sur la chaîne des 
Alpes , le lac et la ville de Thun , 
et sur toute la chaîne de monta- 
gnes qui s'élèvent au dessus des 
lacs de Thun et de Brientz , ainsi 
que sur les montagnes de l'Em- 
menthal. A ses pieds on a le Gur- 
benthal, parsemé d'une multitude 
de maisons , de granges et de fenils 
cachés parmi les arbres. 

A Amsoldingen : pour varier 
cette promenade , on peut suivre 
la vallée au S.-E. jusqu'à Ober- 
stoken ( une heure et demie ) ; 
dans ce village on prend un che- 
min à gauche qui traverse la vallée 
et les collines qui la bornent de 
l'autre côté, et qui conduit à Am- 
soldingen en trois quarts d'heure. 
Sur une de ces éminences, près du 
chemin , sont les ruines de Tags- 
bourg. Personne ne regrettera la 
peine qu'il aura prise de gravir 
cette colline; on en sera bien dé- 
dommagé par la superbe vue dont 
on y jouit , et qui s'étend sur les 
cimes neigeuses de l'Obeiiand ber- 



nois , sur les environs de Thun 
et sur toute la contrée jusqu'à 
Berne. La vue du lac et du village 
d'Amsoldingen est des plus pitto- 
resques, mais de nul autre endroit 
on ne jouit d'aussi près de l'aspect 
du gigantesque Stockhorn. En des- 
cendant l'on admire le paysage 
charmant que forment Amscrl- 
dingen, son lacet sa petite île cou- 
verte par une touffe d'arbres de la 
plus belle verdure. Pour arriver à 
Amsoldingen on contourne son lac 
à droite ; on y trouve une auberge 
passable où l'on pont se rafraîchir. 
On a trouvé sous le chœur de l'é- 
glise un tombeau romain avec une 
inscription du premier ou deu- 
xième siècle de notre ère. Pour re- 
tourner aux bains (une heure et 
demie), on passe près du joli lac 
d'Ubischi et par le village du même 
nom , ensuite on joint le chemin 
de Thun pour arriver aux bains. 

Thierachern et Thun, Le 
chemin à chars de Blumenstein à 
Tierachern n'est pas des plus pit- 
toresques, mais il vaut la peine de 
se rendre exprès à ce dernier en- 
droit pour la belle vue que l'on 
a , de la galerie de l'auberge , sur 
le lac , la ville et tous les environs 
de Thun. 11 y a encore une petite 
lieue d'ici à Thun, qui est trop 
connu par sa magnifique position 
pour en faire ici mention. En une 
bonne demi-heure on peut se ren-. 
dre de Tierachern à Amsoldingen , 
d'où il y a une lieue et un quart 
jusqu'à'Thun. 

Au lac de Bittligen , vingt-cinq 
minutes. Cette promenade est 
très-agréable le soir. En quittant 
les bains, et aussitôt après avoir 
passé la porte à claire-voie du 
côté de Wattenwyl , on tourne 
à droite en suivant un petit sentier 
qui traverse les pâturages et un 
fonds marécageux. On se dirige 
directement contre les hauteurs 
situées au nord; on entre dans un 
chemin qui tourne à droite en 
montant , et on ne tarde pas à 
apercevoir à gauche le hameau 
agreste de Dittligen et son petit lac 



190 



BAINS DE BLUMENSTEIN. 



au milieu d'une prairie émaillée 
de fleurs. Depuis la rive septen- 
trionale du lac, on a la vue de la 
chaîne des Alpes , du Niesen et du 
Stokhorn. Quelques centaines de 
pas plus loin est un autre petit 
lac séparé du premier par le che- 
min de Wattenwyl à Thun. 

Au Stockhorn , trois lieues. On 
traverse le village de Blumenstein 
pour arriver à l'église (demi- 
heure). Si l'on désire varier ce tra- 
jet, on peut chercher un autre 
sentier au travers de beaux vergers 
qui séparent les unes des autres 
les maisons pittoresquement om- 
bragées. En prenant pour point de 
direction le Fallbach , on ne risque 
pas de faire un détour sensible. 
D'ailleurs, il n'y a pas de pro- 
menade plus agréable que ce trajet. 
Près de l'église on traverse le 
Fallbach sur un pont, puis on suit 
en montant un sentier à droite qui 
aboutit vers quelques chalets situés 
sur la pente de la montagne 
(vingt-cinq minutes). Ici, le 
sentier commence à devenir un 
peu rude et fatigant , mais nul- 
lement dangereux; la pente qu'il 
parcourt est boisée et est bornée 
par un pâturage qui forme un 
plateau où l'on trouve un chalet 
d'où jaillit une belle fontaine, et 
où l'on est reçu avec beaucoup de 
cordialité ; on peut y avoir d'ex- 
cellent laitage. De cette station on 
peut contempler l'affreux escarpe- 
ment que présente le Stockhorn de 
ee côté ; du haut en bas sa surface 
est coupée à pic. Depuis le dernier 
chalet jusqu'ici il y a une lieue et 
un quart, et d'ici au sommet on a 
encore une forte lieue. Pour y 
arriver , on se dirige droit contre 
la paroi du Stockhorn, en suivant 
tine arête très-étroite et couverte 
d'un gazon court et glissant. A 
gauche est un précipice, et il est 
bon de marcher avec prudence. 
Arrivé vers la paroi de rochers , on 
se dirige brusquement à droite en 
marchant dans une espèce de cou- 
loir rocailleux. On continue à 
monter en contournant entière- 



ment la montagne sur une pente 
rapide et gazonnée. Ici il n'y a 
plus de sentier tracé; mais si l'on 
prolonge le circuit que l'on fait en 
montant , il n'y a aucun danger à 
courir. Ce n'est qu'au moment où 
l'on arrive au sommet que l'on est 
surpris , et l'on éprouve une 
espèce de saisissement qui ressem- 
ble à de la frayeur , à l'aspect 
subit de l'horrible précipice que 
vous avez à vos pieds, et de l'im- 
mense étendue qui s'offre aux 
regards. Cette impression est 
encore augmentée par l'étroit es- 
pace qui forme le sommet de la 
montagne, et qui n'est qu'une arête 
allongée de l'est à l'ouest , mais 
qui n'a que quelques pieds de lar- 
geur , et qui se trouve de toutes 
parts isolée par d'affreux préci- 
pices , excepté l'endroit par où l'on 
vient de monter. Cependant on 
peut s'y asseoir très-commodément 
entre les blocs de rochers et les 
aspérités que le temps et les orages y 
ont formées. La cime du Stockhorn 
est à 6,770 pieds au dessus de la 
mer, ainsi 549 pieds plus bas que 
le Niesen , que l'on voit très-bien 
au S.-E. Cependant on y voit 
mieux que sur ce dernier les con- 
trées situées au N. et à l'O. La vue 
que l'on découvre du Stockhorn 
est d'une grande magnificence. On 
voit les villes de Thun , Berne , 
Neuchàtel et son lac, une multi- 
tude de villages , de collines , de 
forêts , de vallées , etc. A l'E. , au 
S. et à l'O. on est entouré d'une 
innombrable quantité de pics 
situés clans les cantons de Berne, 
Vaud et Fribourg , et séparés par 
autant de profondes vallées. 
Toutes ces sommités sont domi- 
nées par la magnifique chaîne des 
Alpes qui borne la vue de ce côté. 
A l'E. on a le lac de Thun et ses 
montagnes ; plus loin la chaîne du 
Titlis, du Pilate, et les montagnes 
moins élevées de l'Emmenthal. La 
vue se termine au N. par le Jura, 
qui se présente comme une im- 
mense muraille sur laquelle on 
distingue facilement le Weis- 



BAINS DE BLUMENSTEIN. 



191 



senstein , le Hasenmatt , le Chas- 
serai , etc. Au pied du Stockhorn 
au S. on remarque deux petits 
lacs près desquels on a trouvé , il y 
a une cinquantaine d'années , des 
monnaies romaines. Les personnes 
qui ne veulent pas retourner à 
Blumenstein peuvent descendre à 
Stoken en trois heures pour aller 
à Thun. Aux bains de Weissen- 
bourg et au Simmenthal , par des 
sentiers très-pittoresques, deux 
lieues et demie, ou directement à 
Erlenbach , même distance. Aux 
bains du Gournigel, par l'arête du 
Gauterisch ou de la Neuneuen , 
trois lieues et demie. 

Aux bains du Gournigel : un 
sentier y conduit au travers des 
pâturages et de la forêt du Gour- 
nigel, en deux heures, mais il faut 
choisir un temps sec pour y passer. 
Un chemin à chars y conduit par 
Wattenwyl, 35 minutes. Lohns- 
dorf, 50 minutes. Muhlethurm , 
15 minutes. Kirchthurm, 15 mi- 
nutes. Riggisberg, 45 minutes. 
Bains du Gournigel, 2 lieues. En 
tout 4 lieues 40 minutes. 

A Bourgistein , une lieue et 20 
minutes en passant par Watten- 
wyl. Ce château , avec une forte 
tour, est sur une éminence et a 
2,540 pieds au dessus de la mer; 
on y jouit d'une fort belle vue sur 
le lac de Thun , le Gurben- 
thal , le Stockhorn et les Alpes ; 
d'ici on peut se rendre à Thun 
en deux heures et un quart. 

A Wimmis , au pied du Niesen, 
par un chemin à chars. On passe 
par Poleren, une lieue et un quart. 
Oberstoke , 20 minutes. Beutigen , 
trois quarts de lieue. Brothaus, 
20 minutes. Wimmis , 20 minutes. 
Total , 3 lieues. C'est une course 
très-agréable ; jusqu'à Reutigen 
on suit la vallée : ici la contrée est 
plus ouverte , et on a devant soi 
l'aspect de la superbe pyramide 
du Niesen , où l'on monte depuis 
Wimmis en quatre heures de 
temps. Ce dernier endroit est dans 
une contrée extrêmement pitto- 
resque au pied du Niesen. C'est 



aussi ici l'entrée du Simmenthal , 
qui est très-remarquable. C'est un 
défilé si étroit qu'il n'y a absolu- 
ment place que pour la route et 
l'impétueuse Simme. On trouve 
de bonnes auberges à Brothaus et 
à Wimmis, d'où il y a deux lieues 
jusqu'à Thun. 

A trois quarts de lieue des bains, 
la Gurbe forme une cascade dans 
une vallée étroite et sauvage. 

En général, quelque chemin que 
l'on suive aux environs de Blu- 
menstein , on trouve partout un 
but de promenade agréable. Le 
mouvement du corps et les émo- 
tions agréables de l'âme , que cau- 
sent ces lieux enchanteurs, con- 
tribuent puissamment à l'efficacité 
des bains , tout comme les bains à 
leur tour et la manière dont on y 
est reçu disposent singulièrement 
à recevoir ces douces impressions. 
Si nous avions un malade auquel 
nous prissions un intérêt tout par- 
ticulier , nous lui dirions : Allez 
aux bains de Blumenstein. 

Il y a dans les environs de Thun 
plusieurs campagnes qu'on loue , 
meublées , aux familles étrangères 
qui veulent passer la belle saison 
dans cette ville. 

Bateaux. Pour traverser le lac 
de Thun jusqu'au Neuhaus , en 
allant à Unterseen et Interlacken, 
on peut se servir : 1° des bateaux 
dits ordinaires', dont un part tous 
les matins à 9 heures , un à 3 heu- 
res après midi , un les lundi , mer- 
credi et vendredi , à 6 heures du 
matin : on paie 10 batz par place; 
la traversée est de trois heures ; 
2° du bateau de poste, partant tous 
les matins à 9 heures et demie; on 
paie 10 batz par place , et il fait sa 
course en trois heures : ce bateau 
revient le soir , et communique 
avec les diligences de Berne; 3° des 
bateaux extra, partant 20 minutes 
après les avoir demandés ; ils font 
le trajet en trois heures et demie 
avec deux rames, en trois heures 
avec trois , et en proportion avec 
quatre. 

Ils marchent à tour de rôle , et 



192 



LAC DE THUN. 



le prix qu'on doit leur payer est 
fixé par le gouvernement à 3 fr. de 
France ( 20 batz) par rame , et 2 fr. 
5 sous de France ( 15 batz) pour le 
bateau ; de sorte qu'un bateau 
à 3 se paie 75 batz. — 1 1 fr. 5 sous, 
à 4 — 95— —14 5 
à5 — 115— —17 5 

Si on veut revenir le même jour 
à Thun , les bateliers sont obligés 
d'attendre les voyageurs et de les 
ramener pour la moitié de la taxe. 

On trouve souvent aussi des ba- 
teaux de retour , auxquels on paie 
seulement la moitié du prix fixé. 

Bateaux a vapeur ( Lac de 
Thun). Départ deThun.6 et 10 h. du 
matin , 2 h. après midi ; départ de 
l'Oberland, 8 h. , 11 h. Va du ma- 
tin, 3 h. V 2 après midi. Trajet en 
1 h. l / k . Enpartant à 6 h. du ma- 
tin de Thun parle bateau , on peut 
voir dans la même journée les val- 
lées de Lauterbrunen ou de Grin- 
delwald , la cascade du Giesbach, et 
être de retour à Thun par le ba- 
teau à vapeur à 5 h. du soir. En 
partant à 6 h. du matin de Thun, 
on pourra arriver à Lucerne le 
même jour. 

Équipages. Les cochers qui ser- 
vent les hôtels ont toute espèce 
d'équipages, comme calèches à un 
et deux chevaux, troskys , chars à 
bancs et chevaux de selle. 

Les prix sont les mêmes qu'à 
Berne : 12 fr. de France par jour 
pour un équipage à un cheval , et 
9 fr. de France par jour et par che- 
val , quand on en prend plus d'un, 
les étrennes ou pourboire au co- 
cher non compris. 

Quand on part de Thun pour 
Berne à 2 heures après midi et plus 
tard, on paie un jour et demi. 

La route pour Unterseen , sur la 
rive gauche du lac, est très-bonne. 
— 3 à 4 h. 

La nouvelle route par le Gesse- 
nay étant en grande partie achevée, 
beaucoup de voyageurs lui donnent 
la préférence pour aller à Vevey. 

En partant de bon matin de 
Thun , on arrive le surlendemain 
matin à Vevey ; on paie 4 jours 1 / 2 



pour aller et retour ; par la route 
ordinaire on en paie cinq. 

La route qui est aujourd'hui 
préférée pour aller à Lucerne, est 
celle de l'Entlibuch; 16 1. de dis- 
tance. 

Guides. A l'hôtel du Bateau-à- 
vapeur, Stary, parlant français et 
anglais. Tsrhautz, Kaempf, Bohren, 
parlant français; G fr. de France 
par jour ; même prix pour les jour- 
nées de retour. 

A Interlacken , nous recomman- 
dons V hôtel Muller ; à Langnau , 
Vhôtel du Cerf. 

Panorama du Rigi et magasin 
d'objets d'arts des frères Schmid, 
à Thun. Ce joli panorama , peint 
par Huber de Kulm , offre aux 
amateurs une des vues les plus 
intéressantes de la Suisse ; les voya- 
geurs que le mauvais temps aura 
contrariés, et qui n'auront pu la 
contempler sur les lieux mêmes , 
pourront ici se faire une idée par- 
faite de la réalité , tous les détails 
étant exécutés avec beaucoup de 
soin. 

L'entrée est de 1 fr. 50 c. par 
personne. 

On trouve dans leur magasin 
des costumes et vues de la Suisse, 
des figures sculptées, des cartes 
géographiques , des minéraux , 
des insectes , des papillons , des 
plantes alpines, etc. 

§ 6. Lac de Thun. 

Le lac de Thun est placé dans 
la direction du sud-est au nord- 
est. Sa longueur est de cinq lieues, 
sa largeur d'une; sa profondeur 
va jusqu'à 720 pieds ; sa hauteur 
au dessus de la mer est de 1,780. 
11 est très-poissonneux. Les orages 
y sont rares. Ses rives, couvertes 
de vignes dans quelques endroits, 
présentent des points de vue 
extrêmement rares. Ce lac est 
formé par l'Aar et la Kander. En 
remontant l'Aar , on jouit de quel- 
ques jolis points de vue; mais rien 
n'égale le moment où , dépassant 
la Schadau, on découvre tout-à- 



LAC DE THUN. 



\n 



coup le superbe bassin du lac de 
Thun. Il se montre presque aussi- 
tôt dans sa plus grande largeur , 
jusqu'à la belle campagne de 
Bellerive , dont on aperçoit bientôt 
les peupliers élancés , et une 
petite île tout près du rivage, qui 
en dépend. 

Les regards s'attachent d'abord 
à la pyramide du JViesen , puis 
plus particulièrement aux grandes 
masses dominantes au centre du 
tableau, depuis la Blùmlis-Alp 
jusqu'au pied de l'Abendberg , 
qui ceint la baie par laquelle le lac 
se termine à son extrémité supé- 
rieure. 

L'œil vient se reposer sur des 
objets plus rapprochés et moins 
élevés ; d'un côté, l'église (VHil- 
terfingen et des plages plantu- 
reuses encadrent le miroir du lac, 
tandis que, de l'autre, de vastes 
forêts , l'antique tour de Strœttli- 
gen et le canal de la Kander atti- 
rent l'attention. On s'aperçoit 
d'abord que cette coupure dans le 
rideau des collines qui bordent le 
lac est l'ouvrage des hommes. 

Str^ttligen. En contemplant 
l'embouchure de la Kander, en 
voyant un pont couvert, d'une 
seule arche, sans pilier, comme 
suspendu dans les airs à une 
grande hauteur sur le précipice , 
l'imagination se transporte dans 
les siècles passés , et les interroge 
sur ce qui existait jadis dans ces 
lieux. A quelque distance au des- 
sus du nouveau canal se voit une 
antique tour qui rappelle les temps 
de la chevalerie : c'est Strœttli- 
gen. Ce vieux château , bâti sur 
une colline à une lieue de Thun , 
se compose d'une tour de 160 
pieds de haut, les murs en ont 
18 d'épaisseur ; il est entouré d'un 
fort mur d'enceinte qui domine 
l'entrée du Simmenthal. La tour 
sert de magasin à poudre. Suivant 
la tradition , la fertilité de la con- 
trée environnante lui avait fait 
donner le nom de Goldenen Lust 
(séjour d'or et de plaisir). La 
petite église au bord du lac, qu'on 



aperçoit à peine , consacrée à Mi- 
chel l'archange , se nommait le 
Paradis. Plus haut , sur les rives 
du lac , le château de Spiez portait 
le nom de Golden Ho f (coût dorée}, 

Sptez, village bernois situé sur 
la rive méridionale du lac , pré- 
sente une vue fort agréable. Il 
tire son nom de la langue de terre 
sur laquelle il est bâti. Les chro- 
niques reportent la fondation de 
Spiez et les fortifications dont il 
fut entouré à l'époque où Attila 
voulut aussi étendre ses dévasta- 
tions dans cette contrée ; on voit 
encore une tour qui dénote une 
haute antiquité. Le château , l'é- 
glise , le presbytère et l'auberge 
sont ceints d'un mur. L'église 
renferme les nombreux tom- 
beaux de la famille d'Erlach , 
entre autres celui de Sigismond, 
né en 1614, et mort en 1G99. On 
doit avoir reconnu à la Salzflue , 
roche du voisinage, des sources 
d'eau salée. 

En continuant la navigation , 
sur la droite du lac , on aperçoit 
l'issue étroite du Siebenthal , entre 
le Niesen et la Simmenfluh , dont 
le château de Wlmmis , placé 
entre ces deux montagnes , paraît 
garder l'entrée. 

Au S.-O., à l'extrémité méri- 
dionale de la vallée de Frutigen , 
le Balmhorn , l'Altels et le Rin- 
derhorn étalent à chaque pas de 
nouvelles beautés. Au dessus des 
collines qui bordent le lac à PO. 
domine le clocher iïAeschi. 

Aeschi , village situé sur la 
croupe de la montagne qui sépare 
du lac de Thun la partie inférieure 
de la vallée de la Kander. Son 
église, à 2,700 pieds au dessus de 
la mer, date, dit-on, du xi e 
siècle ; Berthe , épouse de Rodol- 
phe , roi de Bourgogne , passe pour 
en être la fondatrice. Population 
600 habitants. 

Leissigen, village bernois; sa 
situation entre le lac et les monta- 
gnes lui procure une des vues les 
plus étendues et les plus attrayan- 
tes de la con'rée. La fondation de 



194 



LA CAVERNE DE SAIM-BÉAT. 



l'église est attribuée à Rodolphe 
de" Strattlingen. Les produits de 
la fabrique de gypse qu'on trouve 
à Leissigen s'expédient jusqu'à 
Berne. On voit dans le voisinage , 
à côté d'une charmante maison 
de campagne, des bains peu fré- 
quentés. 

On double rapidement une 
langue de terre, et on remonte le 
lac jusqu'à Thun, pour visiter la 
rive gauche. 

Oertli et Herzigenacker, au 
pied de la Blume , offrent des sites 
champêtres et romantiques. On 
aperçoit déjà derrière Oberhofen, 
où la pente du coteau est moins 
rapide, les traces d'un éboulement 
qui eut lieu il y a 15 ans. 11 paraît 
qu'une nouvelle avalanche se pré- 
pare droit au dessus de ce village , 
et menace d'entraîner un jour 
dans le lac tous ces beaux rivages. 

Gunten , ou Gonten , est bâti , 
ainsi que plusieurs autres hameaux 
des bords du lac , sur le gravier 
charrié par un ruisseau qui prend 
sa source au dessus de Sigriswyl. 

Sigriswvl lui-même est une 
communauté considérable sur la 
montagne , dont les habitants , 
dispersés dans plusieurs petits 
hameaux , sont occupés une partie 
de l'année , sur les coteaux , à la 
culture de la vigne , et l'autre sur 
les monts , avec leurs bestiaux. 

Entre Gonten et Ralligen, on 
voit des cascades formées par le Pfan- 
nenbach et le Stampbach ou Stand- 
bach. Un peu plus loin, on dé- 
couvre un grand bâtiment en forme 
de tour , qui porte le nom de châ- 
teau de Ralligen. 

En approchant de Ralligen, on 
aperçoit enfin a droite, sur le ri- 
vage opposé , et sur une langue de 
terre au fond d'une baie masquée 
par un promontoire de rochers éle- 
vés, le château et le bourg de Spiez. 

Merlingen est un joli village. 
Les habitant? ont depuis des siècles 
une réputation de bêtise que les 
contes des bateliers ne servent pas 
peu à entretenir C'est un sujet de 
risée et d'amusement pour les 



voyageurs que tous les contes dé' 
bites sur Merlingen. La situation 
de ce petit village est fort agréable. 
Sa population se compose de vigne- 
rons et de bateliers. On y exploite 
un beau marbre gris rempli de pé- 
trifications. 

Les superbes masses de la Wand- 
fïuh, jusqu'au promontoire de la 
Nase , remplissent le centre du ta- 
bleau. L'Abendberg et la Breitlaue- 
nen terminent le paysage à l'extré- 
mité supérieure du lac. 

C'est à Ralligen qu'on a fait la 
moitié du trajet sur le lac. Nous 
allons y débarquerpour faire à pied 
une partie intéressante de la route. 

La Caverne de Saint- Béat. Si 
l'on ne craint pas de gravir un sen- 
tier étroit et montagneux, on aura 
du plaisir à faire un pèlerinage à 
la grotte de Saint-Béat. On ne perd 
pas beaucoup en quittant le lac, 
seulement un point de vue sur le 
village de Sigriswyl, dont les mai- 
sons paraissent bâties en gradins 
sur le penchant de la montagne. 

Le sentier qui conduit à la grotte 
de Saint-Béat est le même que sui- 
vent les piétons pour remonter le 
long du lac sur la rive septentrio- 
nale. Il est coupé par de nombreux 
ravins et des enfoncements qui 
prolongent infiniment la route. 

Quelques petits torrents qui des- 
cendent des montagnes supérieures 
forment dans leurs cours de jolies 
cascades; mais celui de la grotte 
de Saint-Béat s'annonce déjà de 
loin par le bruit de sa chute. 

Deux cavernes très-rapprochées 
se présentent à la curiosité des 
voyageurs. De larges sillons sur le 
sol prouvent que les flots du lac 
s'élevèrent une fois jusqu'à cette 
hauteur , et ce sont eux qui peut- 
être creusèrent ces grottes. Les 
voûtes naturelles qui leur servent 
de portique sont percées dans un 
rocher de pierre calcaire très-haut 
et très-escarpé , l'une tournée un 
peu plus vers l'extrémité inférieure 
du lac, l'autre du côté du midi. 

La grotte du ruisseau est digne 
d'exciter l'attention ; l'obscurité 



UNTERSEEN. 



105 



qui y règne invite à pénétrer dans j 
ses abîmes profonds. Le village de j 
Saint-Beatenberg est peu éloigné 
des grottes ; sa population est de 
800 habitants. 

§ 7. UNTERSEEN. — Interlacken. 
— Le Boedli. 

Nous rejoignons notre bateau 
sur la plage au dessous de Leerau , 
et nous avons encore une 4 / 2 1. de 
traversée jusqu'au Neuhaus. 

Le chemin par terre, en passant 
par le Sund-Lauenen , est assez 
long , en raison du golfe que forme 
le lac ; il pourrait même être |dan- 
gereux à ceux qui n'en ont pas l'ha- 
bitude, parce que dans une partie 
il est tout-à-fait taillé dans le roc et 
fort rapide; dans une autre, il tra- 
verse un lit de cailloux roulants , 
qui est très-pénible et souvent re- 
couvert par de nouveaux éboule- 
ments. Mais, en revanche , il offre 
des tableaux charmants , particu- 
lièrement celui des chaumières, 
des granges et des noyers de Sund- 
Lauenen sur le rivage, où de lé- 
gères nacelles amarrées se balan- 
cent doucement sur l'onde. On 
peut y recueillir de charmantes 
études de paysages. A gauche , sur 
la hauteur , se voit l'église de Bea- 
tenberg , où Tonne peut atteindre 
qu'en montant pendant 1 1. par 
un sentier escarpé. 

A l'extrémité du lac, la contrée 
qui s'offre au regard n'est point 
d'un aspect agréable. On a devant 
soi Neuhaus , maison isolée, située 
sur un sol marécageux, où ne vé- 
gètent que quelques buissons 
d'aunes très-bas, et qui se prolon- 
gent sans aucun charme entre les 
coteaux des montagnes rappro- 
chées , couvertes de sombres forêts 
de sapins ou hérissées de rochers. 

Du Neuhaus nous allons suivre 
la route jusqu'à Interlacken. Le 
chemin, toujours en plaine, pra- 
ticable aux voitures, et bordé en 
partie d'une allée de peupliers, se 
dirige en ligne droite sur la petite 
ville d'Unterseen , située au pied 



de l'âpre et rocailleuse montagne 
du Harder. A gauche s'élèvent des 
coteaux escarpés et couverts de 
bois, sur lesquels se trouvent les 
hameaux d'Oberhohlen et d'Unter- 
hohlen, et d'où la Waldeck forme 
un beau point de vue. A droite , on 
voit l'Abendberg se terminer dans 
la plaine par la colline du grand 
Rugen. 

A droite, en entrant dans la 
ville de 

Unterseen , on trouve l'habita- 
tion des anciens avoyers ou baillis 
que Berne y a constitués depuis 
Fan 1400 jusqu'en 1798. Ce bailliage 
était petit et ne contenait que 4 
paroisses. Il s'étendait à droite sur 
le bord du lac de Thun jusque 
vers le promontoire de la Nase, 
où , suivant un ancien document , 
l'arbrisseau d'Autriche en marquait 
les confins. Cet arbrisseau ne 
flétrit jamais, mais il ne devient 
pas plus grand. Les bateliers ne 
manquent pas de le montrer aux 
passagers , et l'on est surpris de- 
voir un petit saule qui, pendant 
des siècles , a reverdi chaque an- 
née , depuis le temps où la seigneu- 
rie d'Unterseen appartenait à 
l'Autriche (de l'an 11>98 à 1393). 
La petite ville d'Unterseen est 
peuplée de 1,100 habitants; elle 
est entourée de vergers magni- 
liques. La construction de ses 
maisons , la plupart de bois ^t de 
style rustique, lui imprime un 
aspect tout particulier. L'an 1470 
elle fut entièrement consumée par 
un incendie qui détruisit aussi 
son château , alors assis sur un 
tertre hors de son enceinte. 
L'hôtel-de-ville et la douane , 
grand bâtiment en pierre, sert 
aussi d'auberge. Cette maison est 
parfaitement tenue. 

En sortant de la petite ville 
d'Unterseen, on arrive dans les 
faubourgs , plus considérables que 
le bourg même. Le premier , 
nommé Spœlmatte, est situé en 
entier sur une île de l'Aar; et 
Aarmùhle , le second , est en partie 
sur une autre île. On voit encore 



m 



INTERLACKEN. 



deux autres îlots adroite, qui sont 
cultivés , et dont l'un contient les 
jardins du château. A gauche, au 
pied du Harder , hérissé de bois et 
de rochers, se présentent les 
maisons de la Goldey, le cours 
paisible de l'Aar jusqu'à la rotonde 
du Hohbùlh, et, plus près, des 
batardeaux sur lesquels la rivière 
se précipite en écumant, et qui, 
s'ils ont l'utilité de faire tourner 
quelques rouages , interrompent 
d'un autre côté la navigation entre 
les deux lacs. En avançant , on 
voit la colline du petit Rugen cou- 
verte d'un sombre' feuillage , et 
au dessus de laquelle se montre 
la Jungfrau. 

Une rue, garnie de nombreuses 
boutiques de marchandises à l'u- 
sage des campagnards, conduit , en 
passant deux ponts qui traversent 
deux différents bras de l'Aar , sur 
la rive gauche. Dans une de ces 
échoppes se trouve un dépôt de 
cornes de chamois, adaptées, en 
guise de pommeau , à de jolies 
petites cannes de houx. Enfin l'on 
arrive sur la belle chaussée du 
Hœheweg, tirée au cordeau et 
bordée de plusieurs habitations 
tapissées de treilles. Cette route 
est reconnue pour la plus belle de 
la contrée. L'art et la nature se 
sont plu à la rendre agréable. 

La colline du Hohbùlh est une 
saillie peu élevée du Harder , qui 
s'avance contre l'Aar, et d'où l'œil 
peut suivre librement son cours. 11 
ne faut qu'un quart d'heure pour 
s'y rendre depuis Interlacken. 

A son sommet on a construit 
une rotonde ; c'est un dôme qui 
repose sur 12 colonnes de simple 
bois, sous lequel sont placés des 
bancs dans tous les sens pour se 
reposer en jouissant de différents 
points de vue. 

Cependant, à 100 ou 200 pas 
plus haut que la rotonde , près de 
i'Unter-Bleicki , le paysage est 
encore plus vaste et plus beau. 
On le voit complètement dégagé, 
sans que les objets se perdent ou 
se confondent dans le lointain. 



Rien n'offusque ni ne coupe l'en- 
semble de ce superbe tableau. 
Mais il faut aussi savoir choisir le 
jour sous lequel il doit être vu. 
Le soleil du matin et celui du midi 
lui sont le plus favorables. Les 
rayons de cet astre éclairent alors 
sans éblouir les parties les plus 
gracieuses ; la lumière tombe , du 
côté du lac de Brienz ou de la 
Jungfrau, sur Interlacken, Un- 
terseen et le cours inférieur de 
l'Aar , et c'est aussi sur ces objets 
que l'œil se dirige de préférence. 
Il faut avoir le soleil derrière soi ; 
il faut que les regards soient pour 
ainsi dire portés par ses rayons 
dans le paysage que l'on contem- 
ple, pour en jouir et en distin- 
guer tous les détails. 

Interlacken a , depuis quel- 
ques années, changé de physiono- 
mie et d'aspect ; ce n'est plus un 
village suisse, mais un village à la 
manière anglaise ; les maisons de 
bois avec de longues devises tirées 
des psaumes, les toits en pente, 
les fenêtres ovales ont été rem- 
placés par des habitations conforta- 
bles. Les anciens habitants ont été 
relégués à Unterseen ; Interlacken 
n'est plus habité que par des fa- 
milles anglaises. M. Frédéric Seiler 
est propriétaire d'une des plus 
belles maisons de pension et la 
mieux située. Des noyers, des 
érables et d'autres arbres d'une 
venue gigantesque ombragent les 
maisons. L'aiïluence des étrangers, 
dans la belle saison, est si considé- 
rable, qu'il arrive souvent qu'on ne 
peut y trouver de logement. 

Cabinet littéraire, qui offre un 
grand choix de livres français, 
anglais et allemands; le tout à des 
prix modiques. 

Salon de lecture, journaux 
français et anglais ; magasin de 
vues, itinéraires , costumes , cartes 
suisses , etc. 

Maisons de pension ; Hofstet ; 
Fischer; Casino Seiler; Frédérich 
Seiler; docteur Abersold ; Richard; 
Sterchi. 

Hôtel d' Interlacken , tenu par 



UBRARY 

OF THE 
UNtVERFiTY Of ILLINOIS 



UNSPUNNEN. 



197 



Mulier , avec pension pour les fa- 
milles , maison de conversation où 
on trouve billard, café, salle de 
danse et de jeu; — la Croix-Fédérale. 

La vallée d'Interlacken , aujour- 
d'hui si fertile et si belle , était , 
dans le xn e siècle sujette à des 
inondations qui en rendaient le 
sol stérile et malsain ; elle fut as- 
sainie par le nouveau lit creusé à 
la Lùtschine; qui se jette mainte- 
nant dans le lac deBrienz. Le climat 
de cette vallée est plus doux qu'on 
ne pourrait le penser; le laurier- 
cerise y végète en plein air et sup- 
porte les froids les plus rigoureux ; 
les melons , en revanche, y mûris- 
sent très-rarement dans les expo- 
sitions les plus favorables, ainsi 
que les raisins , même sur des 
souches disposées en espalier. A 
une 1 / 2 lieue d'Interlacken , en se 
dirigeant au N.-E. vers le lac de 
Brienz , on arrive à 

Boenigen, joli village situé au 
pied du Sytiberg et du Breitlau- 
nenberg, à l'embouchure de la 
Lùtschine dans le lac de Brienz. 
On y voit une fontaine qui mérite 
d'être remarquée et un rocher en 
forme de tour avec une grotte ap- 
pelée Stockbalm. Le chemin qui 
passe sur le pont eonduit au vieux 
couvent d'Interlacken et à Unter- 
seen. On trouve dans ce village un 
bon hôtel, tenu par P. Michel. Cet 
établissement jouit d'une vue ma- 
gnifique sur le lac et les campagnes 
environnantes. Les appartements 
sont soignés et la table bien servie. 
Les prix sont modérés. On peut 
s'adresser à cette maison pour 
faire des promenades sur le lac, 
et voir la magnifique cascade du 
Giessbach. 

§ 8. UNSPUNNEN. — WlLDERSWYL. 
— GSTEIG. 

Si l'on partd'Unterseen ou d'In- 
terlacken avec un bon guide, il 
faut toujours tâcher d'arriver à 
Lauterbrunnen entre dix heures 
et midi , parce que c'est dans ce 
momentde la journée que le Staub- 



bach est éclairé des rayons du so- 
leil et qu'il se présente le mieux. 
Le premier moment de l'aspect de 
cette cascade décide irrévocable- 
ment de l'impression qu'elle fait 
sur le spectateur , et la grave dans 
son souvenir ou la lui fait trouver 
insignifiante. 

Pour arriver à Lauterbrunnen 
à neuf heures du matin , il suffit 
de partir à six heures d'Interlacken 
dans le gros de l'été , si l'on est en 
char ; mais si l'on voyage a pied , 
et que l'on veuille , chemin faisant, 
faire quelques petites haltes ou 
quelques détours pour voir des 
sites agréables, il faut partir de 
meilleure heure. Si l'on veut mon- 
ter de Zweylùtschinen sur les hau- 
teurs d'Eisenfluh , pour se rendre 
depuis là à Mûrren , il faut se 
mettre en route, soit à pied soit 
en voiture, à trois heures , et, 
sans faire le moindre circuit , ar- 
river le plus tôt possible à l'entrée 
du sentier qui conduit sur la mon- 
tagne près de Zweylùtschinen. La 
manière la plus agréable est de 
partir d'Interlacken à pied, entre 
cinq et six heures du matin, en se 
faisant devancer par un char jus- 
qu'à Wylderswyl , et d'aller en- 
suite en voiture de là jusqu'au ro- 
cher de la Hunnenfluh. Ici, on met 
pied à terre , on envoie le char en 
avant pour aller commander le dî- 
ner à l'auberge , et l'on va voir le 
Staubbach, quelques autres cas- 
cades, des rochers, des bosquets, 
et tous les autres objets intéres- 
sants qu'il renferme dans l'es- 
pace d'une petite lieue ; on revient 
ensuite prendre le repas vers midi 
ou une heure. On peut employer 
l'après-midi à visiter la chute su- 
périeure du Staubbach , ou mon- 
ter à la Wengern-Alp , à laquelle 
cependant la matinée est plus fa- 
vorable. 

Depuis Aarmûlhe, on se rend 
par un sentier directement au Ru- 
genhùbelein, terrasse avancée du 
petit Bugen. 

Bientôt la route se divise, et un 
sentier sinueux nouvellement tracé 



198 



WILDERSWYL. 



conduit à gauche par une mon- 
tée assez escarpée , mais sans au- 
cun danger, jusqu'au haut de la 
colline. On y trouve un reposoir où 
l'on est récompensé par une jolie 
vue de la peine qu'on a eue à gra- 
vir jusque-là. 

Suivons à pied le sentier qui, 
passe tout près des masures d'Uns- 
punnen. Les ruines de ce donjon 
sont tellement couvertes par les 
broussailles qui croissent tout à 
l'entour et sur les débris des murs, 
que bientôt on ne pourra plus les 
voir. Le bâtiment principal se com- 
pose d'une grande tour carrée , 
dont l'un des angles s'ouvre dans 
une petite tour ronde qui y est at- 
tenante. Il n'y a point de porte 
pour y entrer ; il faut s'introduire, 
en grimpant, par une petite meur- 
trière, dans l'intérieur presque tout 
rempli de décombres. La tour ronde 
a cependant assez de profondeur 
pour faire soupçonner que les ca- 
chots du château y étaient situés. 
Si l'intérêt que prend le voyageur 
à ces masures est excité par les 
réflexions et les souvenirs qu'elles 
font naître , le village voisin de 
Wilderswyl tire de lui-même ce 
qu'il inspire. Le sentier qui y con- 
duit depuis Unspunnen passe près 
d'une fontaine abondante, entre 
les maisons rapprochées des habi- 
tants , sous de beaux arbres frui- 
tiers, et va rejoidre la route ordi- 
naire venant de Matten. 

Wilderswyl , village bernois 
contenant 150 ménages. La plupart 
des caves sont bâties avec les ma- 
tériaux du château d'Unspunnen. 
Des traces nombreuses de créti- 
nisme se remarquent dans la po- 
pulation. 

Nous quittons Wilderswyl pour 
entrer dans le défilé de la vallée de 
Lùtschinen , en traversant Mùhli- 
nen et le torrent impétueux de la 
Saxeten , et en passant à côté des 
maisons de Grenchen. Le joli ha- 
meau champêtre de Gsteigwyler 
ou Wyler est situé sur l'autre côté 
de la " Lùtschinen, et masqué par 
les bords élevés de cette rivière. 



Un petit pont de bois d'un effet 
pittoresque , comme on en voit tant 
sur les torrents de ces montagnes, 
indique le sentier qui conduit à ce 
petit village, caché sous l'ombrage 
de ses fertiles vergers. 

On contemplera avec plaisir le 
paysage dans le genre de Salvator 
Rosa , qui se présente ici aux re- 
gards , d'autant plus que jusqu'a- 
lors on n'en a point rencontré 
d'aussi sauvage. 

Avant d'atteindre le pont de 
Wyler, on passe au pied d'un ro- 
cher nommé Rothenfïuh (roche 
rouge), sur lequel on remarque, 
à une certaine hauteur, des raies 
semblables à des rubans de couleur 
de rouille. Elles viennent probable- 
ment de couches de mines de fer 
peu enfoncées , ou de pierres fer- 
rugineuses, que les eaux de pluie 
dissolvent j usqu'à un certain point, 
et qui teignent en s'écoulant la 
surface du roc. Ce roc est remar- 
quable parce qu'il était jadis cou- 
ronné par un ancien château nom- 
mé la Balme de Rothenfïuh. Balme 
signifie, dans l'idiome de l'Ober- 
land, une grotte formée par un 
roc qui surplombe en voûte. 

De l'autre côté du petit pont de 
Wyler , dont nous avons parlé plus 
haut , se voit un gros quartier de 
roc, à droite du chemin, que lea 
paysans des environs nomment le 
Bœsestein ( mauvais rocher ) , ou 
Brùderstein (rocher des frères). 
On a placé tout auprès un banc , 
et un amateur de l'histoire suisse 
a fait graver sur la pierre ces mots 
conformes à la tradition : 

« Ici le baron Rothenfïuh fut oc- 
» cis par son frère. Obligé de fuir 
» sa patrie , le meurtrier termina 
» sa vie dans l'exil et le désespoir, 
» et fut le dernier de sa race , ja- 
» dis si riche et si puissante. » 

Au milieu d'une nature sauvage, 
un pareil monument émeut et 
ajoute encore à l'aspect sinistre de 
ces lieux. A droite , une noire forêt 
de sapins s'étend sur la pente de 
la montagne et sur des monceaux 
de débris , le long de rochers nus et 



GRINDELWALD. 



199 



menaçants: à gauche, la Lûtschi- 
nen mugit en écumant dans son 
lit rocailleux. A quelques pas du 
Bœsestein , on voit un bloc sembla- 
ble , en forme de cube et d'une 
grande dimension , qui se détacha 
du haut de la montagne, il y a peu 
d'années , et roula dans la plaine. 4 

C'est à Zweylùtschinen que se 
réunissent les deux rivières qui 
portent également le nom de Lùts- 
chinen. L'une , surnommée la 
Noire , vient du Grindelwald , et 
l'autre, dite la Blanche, descend 
de Lauterbrunnen. Elles sont for- 
mées principalement par l'écoule- 
ment des glaciers ; mais des parti- 
cules d'ardoise, que la Lùtschinen 
Noire délaie et entraîne en coulant 
au pied du Wetterhorn , donnent 
à ses ondes une teinte noirâtre que 
n'ont pas celles de la Lùtschinen 
Blanche. 

Zweylùtschinen est un petit 
hameau qui ne consiste qu'en mai- 
sons de paysans et en une assez 
bonne auberge où l'on peut être 
logé tolérablement. Cet endroit fait 
partie de la commune voisine de 
Gùndlischwand et de la paroisse 
de Gsteig. Il faut passer un pont 
praticable aux chars , pour se ren- 
dre à ce village , depuis la route de 
Lauterbrunnen , et sur ce pont on 
revoit les cimes élevées du Beaten- 
berg et de la Gemmen-Alp , qu'on 
avait perdues de vue depuis long- 
temps, et qu'on n'apercevra plus 
qu'à un long intervalle. 

Ici commence un spectacle plus 
grand et plus majestueux , et nous 
pouvons nous écrier avec Virgile : 
Paulo majora canamus ! 

D'Interlacken au Grindelwald les 
guides comptent 4 1. 1 / 2 par la vallée, 
en passant par Matten" Wilderswyl, 
Zweylùtschinen , et 9 1. par la Wen- 
gern-Alp. 

§ 9. Grindelwald. — Lauter- 
brunnen. 

De Zweylùtschinen on peut se 
rendre en char à Grindelwald, sur 
une route tolérable, en 3 heures, 



et en une à Lauterbrunnen. Les 
voyageurs qui n'ont pas assez de 
force ou de courage pour aller de 
Lauterbrunnen à Grindelwald, par 
la Scheideck de la Wengern-Alp , 
sont obligés de revenir sur leurs 
pas de Lauterbrunnen à Zweylùts- 
chinen , et de prendre la route de 
la vallée de Lùtschinen pour ga- 
gner Grindelwald. Il parait donc 
convenable, avant de décrire le dé- 
tour par Eisenfluh, de dire quel- 
ques mots sur ces deux routes que 
j'ai suivies plusieurs fois. 

Près de Zweylùtschinen , on 
traverse sur un pont la Lùtschinen 
Noire, et l'on se rapproche du vil- 
lage de Gùndlischwand. On perd 
bientôt de vue les montagnes si- 
tuées à l'entour d'Unterseen, que 
l'on voyait encore derrière soi ; et 
le Wetterhorn , qui se présentait 
en face , est aussi masqué par des 
parois de rochers qui avancent 
dans le vallon de Gùndlischwand , 
petit hameau qui est à gauche de 
la route , à quelque distance , tan- 
dis que la rivière , qu'on ne re- 
passe plus, coule en mugissant à 
droite dans son lit rocailleux. Les 
rochers qui s'élèvent sur sa rive 
opposée présentent les formes les 
plus singulières dans leur bizarre 
stratification. 

De terribles dents de rochers se 
dirigent en ligne ascendante au 
dessus de Zweylùtschinen et Gùn- 
dlischwand vers la belle cime de 
l'Iselten-Alp , d'où l'on a une vue 
qui domine toutes les sommités des 
glaces voisines. Elle se joint par des 
pâturages fertiles et par des arêtes 
de montagnes au Faulhorn et à la 
Scheideck de Hasli , et paraît être 
le marchepied du Wetterhorn. 

La vallée de Lùtschinen propre- 
ment dite et la paroisse de Gsteig 
s'étendent jusque près des habita- 
tions deBurglauenen.On rencontre 
souvent de petits groupes de mai- 
sons entourées de beaux arbres 
fruitiers ; on voit encore de super- 
bes noyers. Le Stalden est une 
montée raide, au dessus de laquelle 
on arrive au village de Burglaue- 



200 



LAUTERBRUNNEN. 



nen , et qu'on fait ordinairement à 
pied. On atteint une nouvelle ter- 
rasse du vallon, d'où Ton redes- 
cend bientôt dans une plaine qui 
fut probablement jadis le bassin 
d'un lac. Au-delà on voit une suite 
de maisons isolées qui font partie 
du Grindehvald, et qu'on nomme 
Im Tschingelberg. Ici le soleil, 
caché par l'arête de la montagne , 
ne parait plus depuis le 28 octobre 
jusqu'au 8 mars. Au dessus du 
Stalden, un fossé, nommé Mar- 
chgraben ou Wartenberggraben , 
trace la limite entre la paroisse de 
Gsteig et le Grindelwald. 

Au-delà de Burglauenen , le cli- 
mat du vallon devient remarqua- 
blement plus froid. Il ne croît plus 
d'arbres fruitiers , excepté des ceri- 
siers qui y prospèrent encore et 
même plus loin , au-delà de l'Enge , 
gorge étroite , et la véritable entrée 
du Grindelwald. 

Derrière l'Enge et le Balme es- 
carpé d'où se précipite quelquefois 
une cascade abondante , la vallée 
s'élargit de nouveau assez considé- 
rablement, et bientôt on aperçoit 
de jolies maisons ehampêtres , de 
riches pâturages , et tout ce qu'un 
paysage pastoral peut offrir d'agréa- 
ble, dominé par le dôme majes- 
tueux de l'Eiger , qui s'élève, dans 
sa blancheur éclatante et sa forme 
arrondie, à la hauteur de 9,000 
p. On ne le perd plus de Vue dans 
le trajet de 1 1. qu'il reste à faire 
pour atteindre les auberges du 
Grindelwald , et dans lequel on tra- 
verse d'abord un torrent destruc- 
teur mais poissonneux, nommé 
Sehwendenbach , ensuite des amas 
de débris provenant de l'ancienne 
chute d'une partie de la sommité 
du Rothhorn. 

Grindelwald. Ce village est 
peuplé de 2,400 habitants. Bâti 
comme tous les villages de l'Ober- 
land ; il n'y a de remarquable que 
le presbytère. Les curieux d'anti- 
quités font volontiers une visite au 
clocher , où est suspendue une clo- 
che portant le millésime de l'an 
1044 , et qui appartenait jadis à 



la chapelle de Sainte-Pétronille. 

Hôtels : l'Ours, l'Aigle - Noir , 
tenu par Pierre Bohren. 

On passe près d'une colline ; 
puis au travers des hameaux de 
Schwendi , Bach et Holzmatt ; en- 
fin , à côté d'un hôpital. Après une 
courte montée, on arrive à l'au- 
berge, où l'on peut se reposer après 
cette longue course , en jouissant 
de l'aspect entier des deux glaciers 
et de la sublime chaîne des monta- 
gnes de glace qui forment autour 
de la vallée un vaste amphithéâ- 
tre. Cette route est longue , et ce 
qu'elle a de remarquable est très* 
dispersé. 

Celle qui conduit de Zweylûts- 
chilien à Lauterbrunnen est beau- 
coup plus courte et moins fati- 
gante; les objets dignes d'être vus 
y sont plus rapprochés. Au com- 
mencement, elle n'en promet pas 
beaucoup. Le vallon , déjà étroit , 
est rendu sombre par la quantité 
d'arbres, principalement de sapins, 
qui l'ombragent. On chemine sur la 
rive gauche de la Lûtschinen Blan- 
che, et l'on voit sur l'autre bord 
les ruines d'une fonderie qu'on 
avait établie au commencement du 
siècle passé, pour y travailler la 
mine de fer, mais qui fut aban- 
donnée dans la suite* Bientôt après, 
on se trouve auprès de la Hun- 
nenfluh , cette singulière masse de 
rochers qui s'élève perpendiculaire- 
ment comme une immense tour 
ronde. Presque vis-à-vis de la Hun- 
nenfluh, le ruisseau du Sausbach 
descend en écumant avec fracas 
du beau pâturage de la Saus-Alp. 
C'est un de ces torrents dangereux 
qui se précipitent des montagnes, 
et qui sont si nuisibles aux pâtu- 
rages et aux vallées qu'ils traver- 
sent. Au-delà de la Hunnenfïuh , 
on est émerveillé à l'aspect subit 
de la majestueuse Jungfrau , cette 
reine de la vallée. C'est surtout 
près des maisons de la Steinhalden, 
auxquelles conduit un pont étroit 
sur la Lûtschinen , que la vue est 
incomparable. 

Lauterbrunnen , considéré 



LE STAUBBACH» 



20i 



comme un district ou une contrée 
particulière , a pour limites , au 
midi, la Scheideck de Wengern-Alp 
et l'arête de montagnes qui la pro- 
longe, et dont les sommités princi- 
pales sont le Lauhhorn , le Tun- 
nertschuggen et le Maenlichen. 
Cette chaîne porte aussi quelquefois 
le nom de Wergisthalgrat ou d'Itra- 
mengrat , d'après les communes 
de Wergisthal et d'Itramen, res- 
sortissantes du Grindelwald , qui 
en sont limitrophes. 

Hôtels : Heuch du Staubbach , 
nouvelle et bonne maison située 
sur le passage de la petite Schei- 
deck. 

Les glaciers ne descendent nulle 
part jusqu'au terre-plein de la val- 
lée : seulement, dans ses parties 
les plus reculées, à Ammerten et 
à Sevinen , les masses de glace 
menacent d'atteindre la plaine, ce 
qui n'empêche pas que les plus 
belles plantes alpestres, les meil- 
leurs herbages ne couvrent le sol 
de tous côtés. 

C'est dans les œuvres de la na- 
ture qu'il faut rechercher les 
objets remarquables que contient 
la vallée de Lauterbrunnen. L'é- 
glise est très-jolie et modeste ; ce- 
pendant les jambages des portes et 
des fenêtres sont d'un marbre gris 
trouvé dans les environs du tor- 
rent de la Saus. Dans la petite 
église antique et un peu décrépite, 
mais que je ne voudrais pas plus 
ornée qu'elle ne l'est , j'ai cru dé- 
couvrir à la fin d'une inscription 
tracée en caractères gothiques sur 
les lambris, la date de 1492. On y 
voit quelques vitraux peints , dont 
les couleurs vives et bien conservées 
indiquent qu'ils appartiennent à 
la meilleure époque de cet art main- 
tenant oublié. Une de ces peintures 
représente la légende concernant 
Rodolphe de Straettligen. Saint 
Michel , cuirassé de pied en cap , 
sonépéedans la main droite, tient 
de la gauche la balance. Satan s'ac- 
croche à l'un des bassins, dans 
lequel on voit l'âme du défunt mo- 
narque implorer la miséricorde 



divine et attendre en tremblant 
l'issue du conflit. Un moine en 
oraison est placé devant l'ange. 

On peut aller voir la cascade du 
Mettellbach , en faisant , dans 
l'après-midi, une promenade 
agréabre d'environ 2 1. à la Steïn- 
halde , près de la Hunnenfluh. 
Après avoir passé la rivière sur un 
petit pont, on peut retourner à 
l'auberge en côtoyant le pied du 
Wengenberg. La vue superbe sur 
la Jungfrau , dont on jouit à la 
Steinhalde, dédommagerait seule 
de la fatigue de cette course. Mais le 
retour, par un joli sentier qui tra- 
verse les prairies émaillées, sur un 
coteau légèrement incliné , pré- 
sente tout ce que la nature des 
Alpes peut offrir de plus imposant 
et de plus gracieux : les habitations 
les plus champêtres à l'ombre des 
plus beaux érables ; la vue de l'é- 
glise de Lauterbrunnen et des 
maisons qui l'environnent ; les cas- 
cades des ruisseaux du Greifen- 
bach, du Fluhbach, du Lauibach, 
du Herrenbaechlein , du Kupfer- 
bœchelin , du Staubbach , du Bu- 
chibach et du Spissbach , qui se 
dessinent sur le vaste rideau des 
immenses rochers à droite , éclairés 
par les derniers rayons du soleil à 
son déclin. 

Le Staubbach. Le véritable nom 
du Staubbach , qu'on lui donne 
parce que l'eau tombe tout en pous- 
sière , vu sa grande hauteur , est 
proprement Pletschbach , et il pa- 
rait le tirer du pâturage de Plets- 
chen , sur lequel il prend son ori- 
gine, par la réunion de 7 sources 
qui jaillissent les unes près des 
autres. 

A 2 1. de là , il coule dans un ra- 
vin profond encombré de pierres , 
au travers d'une forêt de sapins , 
jusqu'à une paroi de rochers avan- 
cée , un peu voûtée en dessous et 
dont la cime surplombe , qu'on 
nomme la Staubbach-Balm (grotte 
du Staubbach). C'est de là que le 
torrent subit sa première chute , 
connue sous le nom de chute supé- 
rieure du Staubbach. On ne le voit 

y 



202 



LE SCHMADR1BACH. 



pas du fond de la vallée , mais 
on l'aperçoit bientôt , lorsqu'on 
commence à monter du côté op- 
posé, sur la route de Wengen. A 
40 pas plus loin, l'eau se précipite 
de nouveau d'un immense rocher 
de 900 p. de haut, et forme une 
seconde cascade ou chute infé- 
rieure , dont la renommée a telle- 
ment effacé celle de la première, 
qu'à peine on honore celle-ci d'une 
mention passagère dans les descrip- 
tions de Lauterbrunnen. 

Il faut tout au plus 1 hr. pour y 
monter. On suit d'abord le chemin 
de Lauterbrunnen à Murren , en 
côtoyant sur une pente revêtue de 
prairies touffues le ruisseau du 
Greisenbach , dans un large inter- 
stice du rideau des rochers d'où le 
Staubbach se jette dans la vallée. 
On traverse enfin le Griefenbach, 
puis le Fluhbaechlein , le Lauibach 
et le Herrenbœchlein , et l'on entre 
dans la foret du Pfrundwald. 

Pour jouir pleinement du spec- 
tacle de la grande chute du Staub- 
bach, il faut absolument qu'elle 
soit éclairée par les rayons du so- 
leil (dans les plus grands jours d'été, 
depuis 7 heures du matin jusqu'à 
midi et demi ) , avant que la mon- 
tagne, sur les gradins de laquelle 
l'eau se précipite , projette son om- 
bre : car elle empêcherait de voir 
l'iris qui se forme sur le bassin , et 
les flocons d'eau qui voltigent dans 
l'air ne produiraient aucun effet. 
C'est l'éclat de la lumière qui fait 
distinguer toutes les petites bulles 
et paraître la colonne de vapeur 
beaucoup plus grande. L'ombre 
mobile que jette la masse d'eau sur 
le rocher ressemble alors à un se- 
cond torrent noir, qui rivalise d'im- 
pétuosité et de vitesse avec le véri- 
table. Ordinairement on se rend de 
l'auberge ou de la cure à l'endroit 
oïl les flots tombent à terre en pluie, 
comme si l'on voulait ressentir leur 
eîî'et avant de Jes contempler. 

Le point le plus favorable pour 
observer la cascade est à la Furen , 
près de la chute de Lauibach , à 9 
ou 10 h. du matin. De là, on voit 



la paroi de rochers du Pletsberg 
dans toute sa hauteur de 900 
pieds depuis son premier gradin , 
mais en raccourci , et la corniche 
d'où le Staubbach se verse masque 
tout-à-fait les rochers situés plus 
en arrière, et détache sa chute d'un 
fond de tableau trop rapproché qui 
nuirait à son effet. 

Le bassin que les spectateurs 
vont visiter est à un petit quart de 
lieue de l'auberge. On suit sous 
l'ombrage des aunes la rive gauche 
du ruisseau ,.en laissant à droite la 
route qui conduit plus avant dans 
la vallée. 

§ 10. Promenade a Trachsel- 
lauenen et a la cascade de 
schmadribacii. 

On côtoie la rive droite de la 
Steinberg-Lùstchinen , et Ton voit 
sur le bord opposé quelques mai - 
sons nommées Schwendi , comme 
collées sur la pente de la monta- 
gne; au dessus d'elles s'élève la 
Busen-Alp, surmontée par les pics 
menaçants de l'Ellstab et du Spits- 
horn. Le vallon se rétrécit; il est 
toujours plus parsemé de débris. On 
y voit plus fréquemment de grands 
blocs de granit épars. A Sichel- 
lauenen , où un pont traverse le 
torrent , on commencera à voir 
percer au jour le gneiss. 

Trois ou quatre maisons et quel- 
ques granges , qui composent le 
hameau de Sichellauenen , inter- 
rompent la solitude de ces lieux. 
Au-delà du pont qui s'y trouve, on 
voit les ruines de quelques grands 
bâtiments, jadis à l'usage d'une 
mine de plomb , maintenant aban- 
donnés. 

En quittant Stechelberg, Sichel- 
lauenen peut être envisagé comme 
la première marche du palais de 
glace éternelle que forme le glacier 
de Tschingel ; Trachsellauenen se- 
rait la seconde ; Nadel , banc de ro- 
cher qui touche à cette dernière, 
passerait pour la troisième, et 
Steinberg pour la quatrième. Der- 
rière Sichellauenen , on a taillé 



LA JUNGFRAU. 



203 



dans le roc de gneiss, qui se mon- 
tre à découvert, des espèces d'es- 
caliers pour pouvoir marcher de 
pied ferme sur la route. Lorsque 
les eaux de la Lùtschinen sont 
abondantes , elles couvrent le sen- 
tier étroit et lavent la surface glis- 
sante de cette roche primitive. 

En avançant , on aperçoit à gau- 
che un coteau dont le gazon est 
abondamment parsemé de pierres 
écroulées, sur lequel descend la 
Stufensteinlauine ( lavange de Stu- 
fenstein). Ce sont les restes d'une 
grande lavange qui tombe réguliè- 
rement tous les printemps , et qui 
ne fond presque jamais en entier 
pendant l'été. Elle charrie de beaux 
fragments de glaces bleue , qu'elle 
amène apparemment des régions 
glacées du Rothental. 

A* un demi-quart de lieue du ché- 
tif hameau de Trachsellauenen, 
on atteint le pied du Hauri et de 
la Nadel , deux prolongations avan- 
cées du Steinberg. 

« On s'arrête dans ces lieux sau- 
vages , mais majestueux , que Lory 
a si bien dessinés, dit M. Wyss, 
pour gagner le Schmadribach, en 
faisant un détour par l'Alpe Stein- 
berg. 

» Après avoir traversé le Thal- 
bach, nous nous frayâmes un sen- 
tier entre les débris affreux de 
rochers écroulés et de forêts ren- 
versées , confusément entassés , et 
nous nous trouvâmes bientôt au 
bord d'un autre torrent ; puis enfin 
au bout de cette excursion , à la 
chute du Schmadribach, dont l'as- 
pect devait payer toutes nos fa- 
tigues. 

» Elle offre un des spectacles 
les plus magnifiques des Hautes- 
Alpes. Des deux côtés de la chute, 
il s'est formé des amas d'éboulis , 
3fl milieu desquels les eaux se 
sont ouvert un libre passage. Elles 
m'ont paru aussi considérables que 
celles du Reichenbach. D'autres 
petits ruisseaux , tombant des deux 
côtés de la chute, viennent encore 
se joindre à ce grand réservoir. 
Cet aspect est incomparable , sur- 



tout à quelque distance un peu 
plus bas, et particulièrement d'un 
plateau découvert au milieu des 
forets , près du chalet de Bohnen- 
moos. » 

§11. Voyage par la Wengern- 
Ali\ — La Jungfrau. — Le 
Grindelwald. 

Il y a deux chemins très-diffé- 
rents qui conduisent de Lauter- 
brunnen à Grindelwald : l'un, 
praticable pour les chars , par 
Zweylùtschinen et par la vallée 
de Lùtschinen, dont nous avons 
parlé plus haut; l'autre, par la 
Scheideck de Wengern-Alp, mais 
qu'on ne peut faire qu'à pied ou à 
cheval. Les voyageurs ne devraient 
jamais négliger de le suivre. 11 
n'expose à aucun danger ; il n'a pas 
plus de 6 1. de long. C'est le plus 
élevé de tous les passages de l'O- 
berland, et l'on y jouit mieux que 
nulle autre part de l'aspect sublime 
des superbes montagnes couvertes 
de neige. Il commence par une mon- 
tée très-raide qui conduit dans une 
heure de temps aux maisons épar- 
ses du village de Wengen.La route 
devient ensuite moins pénible , et 
traverse un large plateau moins 
incliné au dessus de la vallée de 
Lauterbrunnen , en longeant celle 
de Trùmleten , qui débouche par 
un angle presque droit dans la pre- 
mière , en descendant de la Jung- 
frau. Mais le chemin se détourne 
brusquement à l'orient pour gagner 
le point le plus élevé de la Schei- 
deck , et court pendant une heure 
au milieu d'un pâturage parsemé 
de nombreux chalets hospitaliers. 

Pendant tout ce trajet, on ne 
perd pas de vue la Jungfrau et les 
deux Eiger. De l'autre côté de l'a- 
rête, la route descend en serpen- 
tant dans la vallée de Grindelwald, 
que l'on a sans cesse devant les 
yeux, et qui est limitée en face par 
ia grande Scheideck de Hasli. 

On a bientôt laissé en arrière le 
riant hameau de Wengen ; mais 
on voit encore çà et là , sur l'im 



204 



GRINDELWALD. 



mense prairie, quelques granges 
éparses au milieu d'enclos fertiles 
dont on récolte le foin. 

Au milieu de la région supérieure 
des forêts, sur le Wengberg, le 
sentier se divise et conduit , dans 
deux directions différentes, aux 
chalets du pâturage de Wengen 
(bonnes auberges sur la Wengern- 
Alp ;. L'une, plus courte, mais plus 
escarpée , monte entre le Schlaf- 
bùhl qu'on laisse à gauche , et le 
Gùrmschbùhl qui reste à droite ; 
l'autre côtoie assez longtemps le 
bassin de la vallée de Lauterbrun- 
nen , et aboutit par la Mettîen , où 
se trouve déjà une station de ces 
chalets, au même lieu, mais par 
un grand circuit. 

La vallée de Grindehvald, jointe 
aux nombreuses chaînes de monta- 
gnes qui en dépendent, peut être 
considérée comme un district par- 
ticulier. Son étendue , dans ses li- 
mites naturelles, depuis le hameau 
de Zweylùtsehinen jusqu'au pied 
des hautes montagnes du canton 
de Berne qui séparent celui du Va- 
lais, est estimée approximative- 
ment à 4 1. de longueur, depuis ce 
hameau jusqu'à Ta dernière habi- 
tation d'hiver au dessous de la 
Scheideck de Hasli. Sa largeur va- 
rie beaucoup, et ne comporte qu'une 
V 2 1. à l'endroit où elle est le plus 
considérable , savoir près de la 
cure de Grindehvald. Au passage 
del'Engi, les parois de rochers se 
rapprochent tellement , qu'elles 
laissent à peine un espace de cent 
pas au lit du torrent et à la route 
qui l'occupent uniquement. Le bas- 
sin de la vallée commence au S.-E., 
au pied de la Scheideck de Hasli , 
située presquetout-à-faità l'orient, 
et va déboucher, en descendant au 
N.-O. , près de Zweylùtsehinen , 
dans l'extrémité de celui de Lau- 
terbrunnen. 

Glaciers et montagnes du 
Grindelwald. Trois monts , ou 
plutôt leurs bases , occupent au 
S. le fond du vallon du Grindehvald. 
A droite on voit l'Eiger, que l'on 
appelle souvent l'Eiger extérieur , 



pareil à une immense pierre à fusil 
dont l'extrémité tranchante s'élève 
dans les airs. Puis vient une étroite 
vallée , dont l'enfoncement est en- 
tièrement comblé par le glacier 
inférieur ou le petit glacier. Le 
Mettenberg, dont le nom indique 
déjà qu'il est placé au milieu, est 
à gauche de ce glacier. Cette mon- 
tagne à large base est le piédestal 
des Schreckhœrner (pics de ter- 
reur). On ne désigne proprement 
par ce nom que la plus haute de ces 
aiguilles, qui se trouve au milieu 
des autres, lorsqu'on parle de cet 
amas de cimes glacées. Elles sont 
situées derrière la sommité du Met- 
tenberg , sur la partie de sa crête 
qui se prolonge au S. , et trop re- 
culées pour qu'on puisse les voir de- 
puis le terre-plein du Grindehvald. 
Enfin tout-à-fait au S.-E. , le Wet- 
terhorn , dont la sommité est plus 
souvent voilée par des nuages que 
celles de ses voisins , termine ma- 
jestueusement cet incomparable 
tableau. Les Vieseherhœrner, ces 
sommités couvertes d'une neige 
éblouissante , qui dominent et en- 
tourent le glacier inférieur, for- 
ment limites entre les hautes mon- 
tagnes du canton de Berne et celles 
du Valais. De leur flanc méridional, 
du côté du Valais, descend le grand 
glacier de Viesch , dont l'écoule- 
ment forme un ruisseau qui tra- 
verse en bouillonnant le bourg 
valaisan de Viesch , d'où Visch a 
tiré son nom. La vallée qui sépare 
le Wetterhorn des Schreckhœrner 
est celle qui doit nous occuper plus 
particulièrement , puisque c'est 
dans son enfoncement que s'étale 
dans toute sa roideur le glacier su- 
périeur du Grindehvald. Il occupe 
un vaste espace en partant des 
racines de ces monts déglace, et 
court entre le Mettenberg à l'oc- 
cident, l'Oberberg à l'orient, puis 
au travers de fertiles prairies jus- 
qu'aux coteaux de la Scheideck. 
Quoique le Mettenberg ne soit 
qu'une branche beaucoup plus 
basse du Schreckhorn , sa cime 
dépasse déjà les limites de la 



HASLI. 



205 



neige éternelle. On ne peut y 
monter qu'avec de grandes dif- 
ficultés. Le glacier inférieur, dont 
l'abord est facile, est de tous les 
glaciers de l'Oberland celui qui a 
été le plus souvent visité, dessiné , 
décrit et observé. Comme plusieurs 
autres, tantôt il s'accroît et tantôt 
il diminue. 

§12. Voyage a Hasli Im Gruxd, 

par la grande Scheideck. 

On croirait pouvoir franchir en 
très-peu de temps la grande Schei- 
deck, qui ne paraît pas très-élevée 
entre les hautes montagnes qui 
l'entourent. 11 faut cependant trois 
heures de marche pour atteindre 
le haut de l'arête. Près de la haute 
élévation de l'arête , on passe au- 
près d'un petit étang dont la cou- 
leur est d'un rouge de sang très-vif. 
La vue sur le Grindehvald, depuis 
le haut du passage, est encore très- 
jolie, quoique les objets soient déjà 
un peu trop éloignés; mais celle 
que l'on a devant soi , du côté du 
Hasli, est une des plus insigni- 
fiantes que l'on puisse trouver dans 
un pays aussi pittoresque. Le gla- 
cier du Schwarzwald , celui d'AI- 
pigeln et le petit glacier de 
Hengstern à droite sur les pro- 
longations rocailleuses du Wetter- 
horn , ne sont ni assez rapprochés , 
ni assez remarquables pour dédom- 
mager de l'absence de tout autre 
objet attrayant. La situation la plus 
élevée des* pâturages de la Schei- 
deck , sur son revers oriental , est 
à peu près à dix minutes de la 
route , et les voyageurs ne la vi- 
sitent jamais. On se hâte d'arriver 
à l'auberge du Schivarzvcald, ou 
plutôt maintenant aux bains de Ro- 
senlaui, détour d'un quart de lieue. 
Mais le site de l'auberge a quelque 
chose d'alpestre, et indique que cet 
établissement n'est guère qu'une 
édition un peu corrigée d'un chalet 
hospitalier habité pendant tout 
l'été , où l'on est en mesure pour 
offrir aux passants du pain , du 
vin , quelquefois du café, et que les 



voyageurs rencontrent dans ces 
lieux avec tant de plaisir qu'ils n'en 
perdent jamais le souvenir. Assis 
devant cette maison de bois , on a 
devant soi le puissant Wellhorn, 
que les habitants de Hasli nom- 
ment très-improprement Wetter- 
horn,ce qui le fait confondre quel- 
quefois avec son voisin , beaucoup 
plus élevé. Une suite de verts pâ- 
turages ressortissants du Hasli s'é- 
tend à l'orient de l'arête de la 
Scheideck jusqu'à la dernière pente 
de ce passage de montagne, du 
côté de Meyringen. La route se 
partage en deux directions diffé- 
rentes. A droite, elle conduit au 
ravin de Reichenbach , dans une 
solitude boisée , où l'on aperçoit , 
dans un site bizarrement sauvage, 
les bains de Rosenlaui. On peut 
consacrer un circuit d'un quart 
d'heure à aller les visiter. On y 
trouve deux bâtiments de bois , 
dont l'un est arrangé pour une 
auberge et l'autre pour les bains. 
Sur la route la plus courte et la 
plus droite du Schwarzwald à 
Meyringen, on voit à peine les 
bains et le glacier de Rosenlaui. 

Depuis là, la vallée dans laquelle 
on descend se rétrécit de plus en 
plus. Le Reichenbach , obligé de 
lutter sans cesse contre les rocs qui 
encombrent son ht , et de faire des 
chutes continuelles, parait exercer 
ses forces pour l'élan gigantesque 
avec lequel il se précipite des der- 
niers gradins des ruchers dans la 
délicieuse vallée de Meyringen. 
On partage son impatience, et, 
quoique le sentier devienne tou- 
jours plus rapide et plus raboteux, 
on se hâte de sortir de ce défilé pour 
jouir plus tôt de la vue du paysage 
enchanteur qui va se dérouler. Ce- 
pendant, près d'un moulin à scie 
et de quelques autres habitations, 
presque en faee de la haute cascade 
de Scilibach qui se balance dans 
les airs , la route traverse un af- 
freux chaos de débris , restes de la 
chute de la montagne du Lauihorn, 
qui s'écroula presque en entier en 
1792, lit de terribles ravages, et 



206 



LE GRÏMSEL. 



tua une femme et trois enfants. 

§ 13. Voyage au Giumsel.— Cas- 
cade DE LA HANDECK. 

Il faut environ 7 à 8 heures de 
temps pour se rendre à pied de 
Grund à l'hôpital de Grimsel. Si 
l'on veut faire cette route à cheval, 
il faut se procurer une monture à 
Meyringen. On la fait alors en 
moins de temps, mais aussi moins 
agréablement. On peut la comparer 
à" celle du Saint-Gothard depuis 
Amsteg ; cependant elle est en 
grande partie plus étroite et peut- 
être moins bien entretenue. Avant 
d'entrer dans un joli bois d'aunes, 
on passe près d'un rocher bizarre- 
ment isolé au milieu d'un vallon 
nommé Ochi-Stein , situé sur les 
bords de l'Aar, où un petit pont de 
bois , élevé et léger , la traverse et 
conduit, sur la rive opposée , aux 
vingt habitations du hameau d'Un- 
terstock. La vue sur ce joli tableau 
et sur les montagnes qu'on laisse 
en arrière est très-agréable. Sur le 
pâturage de l'Urweid antérieur 
sont quelques granges et un chalet, 
qui forment, avec les arbres dont 
ces bâtiments sont entourés et les 
montagnes à l'horizon , un char- 
mant sujet d'études pour les paysa- 
gistes. On passe ensuite l'Aar , 
pour la première fois depuis Grund, 
sur un pont de bois : bientôt on 
arrive à la Benzenlluh , où jadis 
le chemin était très-rapproché du 
lit de la rivière; maintenant il est 
taillé dans le roc , et monte à la 
Schlafplatte. Peu de temps après , 
on arrive au hameau d'Im Boden , 
il est entouré de riches prairies; à 
dix minutes plus loin est située 
sur la route, avec deux ou trois 
autres habitations, l'ancienne mai- 
son de péage d'Aegerstein, appuyée 
contre une paroi de rochers. A 
quelque distance , on aperçoit en 
avant le village paroissial et assez 
considérable de Guttanen , siège 
des dernières habitations d'hiver 
sur la route de Grimsel. A peine 
le modeste clocher surpasse-t-il en 



hauteur les toits nombreux des 
nouvelles maisons qu'on a re- 
construites peu à peu sur les deux 
rives de l'Aar, jointes par un pont 
de 24 pas de long. Ce village , au- 
quel l'inondation du 27 août 1834 
causa de grandes pertes, est un des 
plus pauvres de l'Oberhasle. On y 
compte à peu près 100 feux. Au- 
berge : l'Ours. 

Une route pénible conduit dans 
les déserts de la Handeck , au pied 
de TAerlenhorn, d'où se verse à 
droite un ruisseau , l'Aerlenbach , 
auquel cette montagne a donné son 
nom. On aperçoit enfin la célèbre 
cataracte de la Handeck, qui sur- 
passe toutes celles de la Suisse en 
force, et qui ne le cède qu'à la 
chute du Rhin à Lauffen , par 
l'abondance de ses eaux. On peut 
se rendre en moins de temps et 
avec moins de peine depuis le cha- 
let au bord de la rivière , et l'on 
voit ce magnifique spectacle d'en 
haut et de très-près. Le matin , de 
9 à 10 heures, au plus tard à 11 
heures , est le moment le plus fa- 
vorable pour en jouir. On est placé 
sur une saillie du rocher , et l'on 
voit à droite l'Aar précipiter ses 
ondes sous la forme d'écume con- 
fusément moutonnée. Il est im- 
possible de décrire , de peindre mê- 
me l'agitation , le fracas des ondes, 
les ténèbres de l'abîme, profond de 
200 pieds, dans lequel elles se jet- 
tent, l'horreur du désert où l'on 
est placé , les sauvages alentours 
de cette scène! On pourrait appeler 
ce tableau un enfer d'eau. En effet, 
elle se verse dans un gouffre d'une 
profondeur presque inabordable , 
que le soleil n'a jamais éclairé. 
Cependant l'homme , qui sait pé- 
nétrer partout, a tenté d'y arriver. 
Le peintre Wolf s'y fit descendre 
avec des cordes , et trouva ainsi 
un point de vue favorable pour le 
dessin qu'il a fait de cette magni- 
fique cascade. 11 y a placé un loup 
(Wolf) qui indique en même temps 
le nom de l'artiste et l'àpreté de la 
contrée. Cette planche est devenue 
très-rare. L'aspect du chalet de la 



LE GRIMSEL. 



207 



Handcck repose agréablement le 
voyageur de l'émotion que lui a 
causée le tumulte des eaux. A la 
Handeck est un chalet où on trouve 
à se rafraîchir; bon kirsclrwasser ! 

De Handeck à l'Hôpital, 2 1. Cette 
partie du chemin est la plus roide 
et la plus horrible ; trois fois on est 
obligé de traverser des ponts véri- 
tablement effrayants, quoique très- 
solides. A une demi-lieue au dessus 
de Handeck, on passe sur de grandes 
surfaces arrondies de granit dans 
lesquelles l'on a été obligé de tailler 
des pas pour les chevaux et les 
gens de pied. La première se 
nomme Hœllenplatte , ou pierre 
d'enfer, et l'autre Stockstsege ou 
bien die bœse und letzte Seit. Une 
demi-heure plus haut on traverse 
un pâturage alpestre nommé le 
Roderischboden , d'où il reste en- 
core une I. de montée très-rapide 
jusqu'à l'Hôpital. Au dernier pont 
que l'on trouve non loin de 
l'Hôpital , l'Aar fait encore une 
chute remarquable. — Si déjà avant 
d'arriver à la Handeck le voyageur 
a remarqué l'influence graduelle 
du climat, il sera frappé, pendant 
les deux lieues qui lui restent à 
faire pour arriver à la Grimsel, de 
l'appauvrissement progressif de la 
végétation, qui bientôt ne lui offre 
plus que quelques arbres rabougris 
et quelques bruyères accolées aux 
blocs de granit qu'il est obligé de 
gravir , en suivant la base d'une 
paroi de rochers nus , au bout de 
laquelle il atteint enfin 

L'hôpital du Grimsel, Il est si- 
tué dans une contrée entourée d'é- 
pouvantables rochers, à 1 / 2 L au 
dessous du point le plus élevé du 
passage , et à 5 V G28 pieds au des- 
sus de la mer. A côté de l'habitation 
est situé un petit lac nommé le 
Kleinsée , dont la profondeur va de 
32 à G2 pieds ; il y a au fond beau- 
coup de morceaux de granit en 
forme de cube et de prisme : ce 
lac nourrit aussi quelques brochets. 
Le Sassbach forme une jolie cas- 
cade avant de tomber dans le lac. 
Auberge &xx Grimsel. 



Les glaciers de V Aar. Des gla- 
ciers et des vallées de glace, d'une 
grande étendue , se trouvent sur 
toutes les montagnes voisines. Les 
longues vallées de glace de Gelme 
sont situées au N.-E. , et les énor- 
mes glaciers de l'Aar au S.-O. Si le 
temps se trouve favorable, les voya- 
geurs feront bien de consacrer une 
journée entière à visiter ces der- 
niers. On trouve de bons guides à 
l'Hôpital , et l'on peut sans aucun 
danger pénétrer jusqu'au milieu 
de ces rochers et de ces glaces éter- 
nelles , où tout semble porter l'em- 
preinte d'une création nouvelle et 
inconnue. De l'Hôpital au Zinkens- 
tock, 1 1. C'est jusque-là que s'é- 
tend l'extrémité du glacier de Vor- 
deraar ou Lauteraar, qui se termine 
par une paroi de glace. Pendant 
toute une lieue , on trouve la sur- 
face du glacier couverte de débris; 
la montée en est pénible , mais 
elle ne dure pas plus d'un quart 
d'heure. La glace est unie et n'a 
point de fentes , et le glacier a G 1. 
de longueur sur Vi de large. On y 
voit, en divers endroits, des en- 
foncements du milieu desquels s'é- 
lèvent des colonnes de glace sur- 
montées d'un quartier de rocher , 
et des pyramides de glace trans- 
parente de 18 p. de hauteur. 

Hauteur du passage du Grim- 
sel. De l'Hôpital au point le plus 
élevé de ce passage , Va à 3 / 4 de 1. 
Ce col a G, 570 p. au dessus de la 
mer ; et le Seidelhorn , qui forme 
la plus haute sommité de cette 
montagne, en a 8,580. On descend 
à Oberghestelen en une h. 1 / 2 ou 
deux h. de marche. 

Chemin de Mayenwand, Pour 
descendre du Grimsel au glacier 
du Rhône par la Mayenwand , on 
prend à gauche du côté de Beau- 
seck , d'où Ton gagne la Mayen- 
wand, 1 / 4 de 1. De là au glacier du 
Rhône , 1 1. 1 4. Ce trajet est diffi- 
cile; on prend un guide à l'Hô- 
pital, si on n'en a pas déjà un. 
Ceux qui du Grimsel veulent aller 
en droiture dans la vallée d'Urse- 



508 



OBERGHESTELEN. 



ren , gagnent près de 3 1. en pas- 
sant par la Mayenwand. 

Furca. Le glacier du Rhône ou 
du mont Furca descend jusque 
dans la vallée de Gerenthal , à côté 
du mont Furca, qui a 7,795 p. de 
hauteur, et du Galenstock, qui 
s'élève à 10,972 p. au dessus de la 
mer. C'est un des plus beaux gla- 
ciers qu'il y ait dans toute la chaîne 
des Alpes. Non loin de ce glacier , 
on montre, au pied de la montagne 
de Saas , trois petites fontaines 
qu'on prétend être les véritables 
sources du Rhône. — On peut gra- 
vir le second pic de la Fourche; 
on y découvre une vue magnifique 
surles innombrables sommités des 
Alpes jusqu'au bas du Valais. 
Bonne auberge au Glacier du 
Rhône. 

Chemins. Au bas du glacier, on 
trouve un passage qui mène par la 
Furca à Réalp, dans la vallée d'Ur- 
seren , 5 1. ty«* On a 2 1. de montée 
pour atteindre le point le plus 
élevé du passage de la Fourche. 

Oberghestelen, avant-dernier 
village du haut Valais , situé près 
du pied du mont Grimsel, et à la 
môme hauteur que la vallée d'Ur- 
seren , 4,100 p. au dessus de la 
mer. Les maisons d 'Oberghestelen 
et de tous les autres villages situés 
dans la partie la plus élevée du 
Valais , sont tout - à - fait noires : 
cette couleur provient de l'action 
du soleil sur la résine que contient 
le bois de mélèze dont elles sont 
bâties. Les débordements du Rhône 
y causent de fréquentes inonda- 
tions pendant l'été. 

Hôtel du Cheval-Blanc , res- 
tauré et meublé à neuf. Célérité 
et propreté dans le service; chevaux 
de selle pour la Furca , le Grimsel, 
la Nuvine et le Griess. 

Chemins. D'Oberghestelen , par 
le Griess , à Pommât , 6-7 1. ; à Ai- 
rolo, en suivant le revers méridio- 
nal du Saint-Gothard , après avoir 
passé les Nufenen, 8 à 9 1., dont 
6 ou 6 de montée. 

Griess, Cascades oVEgine et de 
la Tosa. A l'exception de la chute 



du Rhin , il n'y a pas de cascades 
en Suisse dont la masse d'eau soit 
aussi considérable que celle de la 
Tosa. Elle forme une espèce de py- 
ramide dont la base est extrême- 
ment large , et dont le sommet a 
tout au plus 4 à 5 pieds. 

§14. Retour a Meyringen. — La 
Gorge obscure. — Le Reichen- 
bach. 

Beaucoup de voyageurs ne vont 
qu'à l'Hôpital , et ils redescendent 
aussitôt à Meyringen. La première 
partie de la descente du Grimsel 
n'est point pénible. On désirerait 
en vain trouver , sur une route 
différente, de nouveaux objets â 
contempler. Il n'en existe point 
d'autre que celle que l'Aar a frayée. 
On marche de pied ferme sur les 
larges dalles de granit que la na- 
ture a posées , et l'on sent à cha- 
que pas que la température devient 
plus douce, le sol plus docile, la 
contrée plus habitable. A chaque 
pas on voit disparaître quelques- 
uns des enfants de la Flore des 
Alpes. La silène acaulis , que 
Saussure a trouvée à une éléva- 
tion de 10,G68 p., se trouve encore 
à celle de 4,G00p., avec une tige 
sur laquelle sa corolle se balance 
au dessus du gazon. Plus bas , les 
fleurs pourprées du myrtil ou du 
rhododendron s'entrelacent avec le 
pin de la montagne , dont les ra- 
meaux rampent sur la terre ; sous 
leurs ombrages se cachent le mulot 
des Alpes et le timide lagopède au 
plumage argenté. On se rafraîchit 
avec un nouveau plaisir à l'au- 
berge de Guttanen , et Ton se hâte 
d'atteindre le joli vallon d'Im 
Grund. On y parvient en 5 ou 6 h. 
depuis l'hospice, et l'on franchit 
avec impatience le Kirchhet, cette 
dernière cloison qui sépare encore 
du beau village de Meyringen. Le 
mont Kirchhet est particulièrement 
intéressant pour les géologues. 
Bientôt [après avoir commencé à 
monter le Kirchhet en quittant ce 
vallon , on se détourne à droite 



LE REIGHENBAGH. 



209 



vers un enfoncement à quelques 
centaines de pas , et l'on voit en- 
core à droite, au milieu des rochers 
entr'ouverts comme des tombeaux, 
un sombre groupe de broussailles 
dans un fond resserré, auquel nul 
sentier ne conduit. On s'en appro- 
che avec assez de peine , et l'on se 
trouve sur le bord d'une fosse ob- 
scure et escarpée , qui paraît n'a- 
voir aucune issue. On se hasarde 
à descendre dans ce gouffre , en 
écartant avec précaution les orties 
et les buissons épineux qui entou- 
rent son orifice, et en foulant un 
terrain mobile. Les poètes ne pour- 
raient être taxés d'exagération en 
comparant ces lieux à l'entrée des 
enfers. Bientôt le chemin devient 
plus pierreux , la cavité plus som- 
bre. Quelques arbres, que l'on avait 
vus jusqu'alors étendre leur feuil- 
lage gracieux au dessus de soi , 
disparaissent ; les parois des ro- 
chers se rapprochent et s'enchâs- 
sent tellement l'une sur l'autre , 
que pendant quelques instants la 
voûte des cieux même est masquée. 
Des troncs d'arbres pourris , appa- 
remment tombés d'en haut, jon- 
chent le sol. On n'aperçoit aucune 
trace de vie. Le bruit des gouttes 
d'eau que distille le plafond , et 
un murmure sourd qui paraît sor- 
tir des entrailles de la terre , celui 
de l'Aar , interrompent seuls le si- 
lence effrayant qui règne dans ce 
souterrain. On marche entre deux 
murs de rochers massifs, hauts de 
2 à 300 p. , et pleins d'excavations 
arrondies en forme de coquilles , 
que les eaux y ont façonnées. Après 
avoir fait à peu près 200 pas dans 
la nuit de cette fosse, on se trouve 
en quelque façon en plein air , 
dans une petite place d'environ 20 
p. de circonférence entre les ro- 
chers écartés. A vos pieds l'Aar 
roule ses flots verdàtres. 

On marche sous un dôme de til- 
leuls et de chênes , on foule un 
épais gazon. Le passage subit d'un 
désert dans un paysage riant, des 
ténèbres à la clarté , d'un séjour 
mélancolique à des images at- 



trayantes et animées , dilate le 
cœur du voyageur. Bientôt les 
grands arbres restent en arrière ; 
le sol commence à devenir plus rcn 
cailleux et à s'incliner. Des brous- 
sailles touffues offusquent encore 
la vue ; mais enfin , au pied d'un 
rocher qui surplombe en grotte , 
sous lequel est placé un reposoir 
simple et champêtre , l'horizon 
s'ouvre , et un tableau enchanteur 
se développe aux regards satisfaits. 
On se hâte de descendre dans ce 
paradis , et on voit avec peine , sur 
les bords du chemin , les traces 
d'anciens écroulements , d'anciens 
lits de torrents qui ont pu mena- 
cer jadis ce jardin délicieux. On at- 
teint bientôt un pont couvert sur 
l'Aar, au-delà duquel on s'approche 
du beau village de Meyringen sur 
un terrain uni , en longeant des 
prairies , des plantages et des mai- 
sons isolées. Au-delà de son cours, 
on entre dans la principale rue du 
village où se trouve l'auberge. Au 
sud-ouest de la vallée, près du 
Zwirgi , le Beichenbach fait le pre- 
mier et le plus hardi de ses sauts 
vers la plaine , d'un rocher élevé 
et lavé par les eaux, au milieu d'un 
coteau gazonné. On voit cette chute 
haute , dégagée de presque tous 
les points de ia vallée, et , pendant 
quelques matinées du mois de 
juin , elle présente , depuis le pont 
couvert , un spectacle magnifique, 
étant alors revêtue du haut en bas 
des brillantes couleurs de l'iris. 
Son bruit sourd , semblable au ton- 
nerre , augmenté par celui des cas- 
cades inférieures que l'on ne peut, 
voir d'aucun point éloigné, parce 
qu'elles sont masquées par des ar- 
bres et des broussailles , retentit au 
loin dans la contrée. La dernière 
et la plus pittoresque de ses chutes 
se montre aussi à découvert. Un 
rocher noirâtre , qui traverse sur 
une ligne assez longue le flanc de 
la montagne , forme une niche de- 
vant un profond bassin creusé dans 
des débris de schistes , se vidant , 
par une large fente, dans le lit de 
la rivière. Le rocher avance des 



210 



MEYRINGEN. 



deux côtés de cette niche, haute 
de 2 à 300 pieds ; sur sa marge su- 
périeure il présente des traces de 
décomposition et de crénelures 
nombreuses. Les ondes du Rei- 
chenbach , resserrées dans un ca- 
nal étroit, s'élancent, avec une 
violence inexprimable, de la plus 
profonde de ces entailles, de la 
gauche à la droite du spectateur. 
On estime le diamètre de cet énor- 
me rayon d'eau de 20 à 30 pieds , 
et jusqu'à 40 pieds après de lon- 
gues pluies. Il tombe presque en 
entier sur une assiette du rocher , 
et contourne au milieu de sa chute 
pour achever dans toute sa lon- 
gueur son trajet vers le sombre 
abîme. On se penche avec précau- 
tion , mais en tremblant , pour re- 
garder au fond de ce gouffre. Des 
broussailles mobiles se balancent 
au sommet des rochers et parais- 
sent aussi trembler devant cette 
effrayante profondeur. Aucun 
grand arbre n'étend ses rameaux 
autour de cette horrible gorge. 
L'avant-dernière cascade du Rei- 
chenbach est plus gracieuse. On 
passe sur sa rive gauche, et on 
deseend à quelque distance du 
courant. Bientôt on voit ses ondes, 
tantôt blanches , tantôt azurées, se 
presser en bouillonnant entre ces 
blocs de rochers saillants et adhé- 
rents au rivage, qui est surmonté 
d'arbres à tiges élancées. 

Meyringen , vfllage paroissial , 
contenant 80 maisons et 1 ,200 ha- 
bitants. On y trouve deux bonnes 
auberges. Près de l'église, dont la 
construction est singulière , se 
trouve le campanile , dont la tra- 
dition populaire fait un ancien si- 
gnal ou la demeure des seigneurs 
de Meyringen. Pour mettre ce vil- 
lage à l'abri des inondations de 
l'Alpbach et du Mùhlibach , on a 
construit en 1734 une digue lon- 
gue de plus de mille pieds , épaisse 
de 6 à 8, et haute de 12. Cette digue 
ne put préserver entièrement l'é- 
glise, lors des inondations de 1762 
et 1811. D'une éminence qui se 
trouve derrière l'église , on plane à 



la fois sur le village dans son en- 
semble, et sur une grande partie 
de la vallée, qui offre des tableaux: 
variés et parfois des accidents de 
lumière magiques. 

La vallée de Hasli. S'il existe 
en Suisse un délicieux coin de pays, 
c'est certainement celui de la val- 
lée de Hasli autour de Meyringen. 
La contrée ou le district de Hasli 
se divise en trois paroisses : celles 
de Meyringen , de Gadmen et de 
Guttanen , sous l'administration 
d'un préfet commun , qui, depuis 
des siècles , a été nommé par le 
gouvernement de Berne , et choisi 
par les habitants de la vallée. La 
population de la paroisse de Mey- 
ringen est la plus nombreuse ; elle 
a été portée , par des calculs faits 
en 18 1G , au nombre de 4,657 habi- 
tants , répandus dans plusieurs 
communautés plus ou moins gran- 
des, et situées soit sur les coteaux 
des deux côtés de la vallée , soit 
dans son terre-plein, en-deçà et 
au-delà du mont Kirchhet. Cette 
vallée offre au paysagiste , particu- 
lièrement dans le circuit d'une 
lieue carrée autour du bourg prin- 
cipal , un trésor inépuisable de 
belles études de la nature. Le val- 
lon de Grund , au-delà de Kirchhet, 
présente encore quelques scènes 
douces et agréables ; mais elles 
sont déjà trop rapprochées des 
hautes montagnes et de leur as- 
pect sauvage et monotone , tandis 
qu'autour de Meyringen il existe 
une variété sans égale de tableaux 
gracieux et riants , qui forment un 
contraste admirable avec les rocs 
hérissés et les sombres forêts dont 
ils sont entrecoupés. Plus bas , 
vers le lac de Brienz, les nom- 
breuses habitations , les riches 
vergers disparaissent ; les parois 
des rochers sont plus escarpées et 
d'un aspect plus sévère. Des prai- 
ries marécageuses , où fermentent 
les dépôts de l'Aar, y produisent 
moins d'herbes, et ne sont revê- 
tues ni de beaux arbres ni de l'é- 
mail des fleurs. 

Hôtels : HÔTEL ET BAINS DE 



BÎUEN2. 



211 



Reichenbach, tenus par M. Burgy. 
Cette maison est située à 200 pas de 
la cascade du même nom , et en- 
tourée d'un paysage ravissant. — 
Toutes les routes de ce pays déli- 
cieux se concentrent sur cette 
place ; savoir : celle de Briinig ve- 
nant de Lucerne ; celle de Brienz 
et d'Interlacken ; de Grindelwald , 
du Faulhorn par la Scheideck et 
Rosenlaui ; de la Furca , glacier du 
Rhône et Grimsel ; du St-Gothard 
par le Susten, etc. , etc. On prend 
dans cet hôtel des bains de santé 
d'une eau alcaline de 19° de tem- 
pérature selon Réaumur , et des 
bains de propreté. On y a aussi 
monté un établissement de cure à 
l'eau fraîche, dit « à la Priessnitz. » 
Un habile médecin allemand y est 
attaché. — Appartements nom- 
breux et bien décorés ; trois tables 
d'hôte par jour; déjeuners et dîners 
particuliers à toute heure. — Salle 
de billard , tir au pistolet et à la 
carabine. — Récréations de tous 
genres , bonne cuisine , service 
attentif, et prix modérés ! 

L'hôtel du Sauvage , bonne 
maison. — De la Couronne. — Du 
Landhaus. 

Vallée de Gadmen. Avant de 
quitter Meyringen , le voyageur 
fera bien de visiter la Gadmen , 
vallée de l'Obetiand bernois , dans 
le distr'ct de l'Oberhasli. Elle com- 
mence près de Im Grund , et par- 
court à l'est , pendant l'espace de 
cinq lieues, jusqu'à Susten, en por- 
tant successivement les noms de 
Mùhlethal, Nesselthal et Gadmen- 
thal. Un rameau partant du Titlis 
la sépare du Gentelthal. Les mon- 
tagnes qui l'entourent ont de 8,000 
à 10,700 pieds d'élévation; parmi 
ces montagnes, on remarque le 
Fellistock , la Gadmerfluh , le Wen- 
denstock, le Steinenberg, le Sus- 
tenhorn et le Badolfshorn qui s'ap- 
puie au Thierberg. Cette vallée est 
arrosée par le Gadmenbach , qui 
serpente au milieu de bouquets 
d'aunes , et présente dans sa partie 
septentrionale diverses petites cas- 
cades. Elle a deux rameaux : le 



Terifsenthal , parcouru par le ruis- 
seau de même nom, et leWendithal, 
tous les deux fermés par des gla- 
ciers. Le Gadmenthal forme l'une 
des trois paroisses du Hasli. La 
commune de Gadmen , située au 
milieu de la vallée , est peuplée de 
700 habitants. Elle se divise en 
trois sections : Ander-Eck , Am- 
bùhl et Obermalt ; à Ambùhl se 
trouvent le presbytère, joli bâti- 
ment en bois nouvellement con- 
struit , et l'église , dont la hauteur 
au dessus de la mer est de 3,710 
pieds. A Obermalt est l'auberge : ici 
s'élève vers la Steinalp la route qui 
traverse le passage du Susten , haut 
de G, 980 pieds , et qui conduit dans 
le Mayenthal , canton d'Uri. Cette 
route fut ouverte en 1811 parles 
cantons limitrophes; celui de Berne 
y dépensa près de cent mille 
florins. 

§ 15. Voyage de Meyringen a 
Brienz. 

Le chemin qui conduit à Brienz , 
par le Hasliberg et les hauteurs du 
Brùnig , est le plus agréable. On 
côtoie le bruyant Alpbach , et l'on 
voit de près, à droite , les ruines du 
château de Resti, simple manoir 
d'une famille noble et respectée , 
qui a donné à la vallée plusieurs 
magistrats, et qui ne l'a jamais 
tyrannisée. Après avoir suivi pen- 
dant quelque temps le chemin du 
Hasliberg à l'église, on peut 
prendre à gauche un sentier qui 
conduit près de la chute par la- 
quelle l'Alphach s'engouffre dans 
une sombre gorge avec le bruit du 
tonnerre. Le rayon de cette cascade 
tombe avec une impétuosité ef- 
frayante sur le roc nu, où il se 
brise et répand un nuage de va- 
peurs qui s'élève dans les airs, 
semblable à une colonne mou- 
vante, et humecte tout à l'entour 
le penchant de la montagne. Les 
hameaux de Willigen et deSchwen- 
di ; la terrasse du Zwirgi , au des- 
sus de laquelle on voit par une 
trouée les gigantesques sommités 



212 



BRIENZ. 



du Wollhorn et du Wetterhorn , 
qui semblent contempler de leur 
froide solitude le séjour tempéré 
des mortels ; tcis ces objets font 
un effet ravissant dans ce beau 
paysage , encadré par le cordon 
des rochers de Falcheren , duKalt- 
brunnenhorn, du Garzen, du 
Wandelhorn et de l'Olschenburg, 
dans leur imposante grandeur. En 
remontant encore depuis la cascade 
sur la pente nue de la montagne , 
cette vue magnifique se développe 
toujours davantage. On est surpris 
de la grande étendue du glacier de 
Rosenlaui , que l'on voit mainte- 
nant en entier depuis son origine 
jusqu'à son extrémité ; mais bien- 
tôt cette perspective est masquée 
par une forêt de tilleuls que l'on 
traverse, et qui se rapproche déjà 
des villages du Hasliberg. Goldern, 
le plus bas des villages du Hasliberg, 
est environ à une lieue de Meyrin- 
gen, et les autres ne sont guère 
plus élevés. Habités par un peuple 
joyeux , robuste et aisé , remplis 
de vastes habitations, d'abondan- 
tes fontaines , ils offrent les ima- 
ges les plus gracieuses. 

En quittant Hohfluh , on tra- 
verse dans la direction du Brùnig 
quelques pâturages , un petit bos- 
quet clair, et enfin une forêt de 
hauts sapins. Les cris des geais et 
des pics-verts interrompent seuls 
le silence de la solitude dans la- 
quelle on marche pendant une 
demi-heure ; puis le chemin des- 
cend dans son enfoncement, et 
remonte bientôt après entre les 
monts du Giebel à droite, du 
Wylerhorn à gauche, au travers de 
prairies marécageuses couvertes 
d'une herbe touffue, jusqu'à la 
marge la plus élevée de cet étroit 
vallon , d'où l'on descend de nou- 
veau sur une pente très-escarpée , 
ressemblant plutôt à une rampe 
d'escalier qu'à une route , vers 
Lungern, dans le canton d'Unter- 
walden ob dem Wald. Une petite 
chapelle est située au point où la 
vue sur ce village, qui est assez 
considérable, et sur un lac bril- 



lant, se développe le mieux. Elle 
se prolonge dans le pays d'Unter- 
waîden et ses riches pâturages, 
jusqu'au mont Pilate , entre les 
montagnes placées des deux côtés 
comme les coulisses d'un théâtre. 
On s'éloigne pour regagner le ter- 
ritoire bernois , où l'on se propose 
de passer la nuit à Brienz ou à 
Tracht , si l'on ne veut pas dépas- 
ser les bornes de l'Oberland. Pen- 
dant quelque temps , on suit le 
chemin par lequel on est venu, 
puis on .se détourne à droite , et 
on arrive au péage bernois , non 
loin de la frontière du côté de 
Hasli. On y jouit aussi d'un point 
de vue fort étendu sur cette val- 
lée, et sur les magnifiques mon- 
tagnes opposées, entre lesquelles 
se distinguent le Wildgerst et le 
Wandelhorn. En approchant de 
Tracht , on rejoint la route de 
Meyringen , et bientôt on atteint , 
en marchant entre le rivage et des 
coteaux rapides , l'auberge placée 
devant une rade ouverte et large , 
sur laquelle on peut se promener , et 
où l'on s'embarque lorsqu'on veut 
aller visiter le Giessbach. Cepen- 
dant beaucoup de voyageurs se 
rendent , en traversant le ruisseau 
de Tracht, dans le grand village 
paroissial de Brienz , qui en est 
très- voisin. 

§ 16. Brienz et le Giessbach *. 

Brienz, ou Brientz , est agréa- 
ble par sa situation entre le lac du 
même nom,, au midi, et le Brien- 
zergrat, au nord, qui lui procurent 
une chaleur et une douceur de 
température remarquable. Cepen- 
dant il est un peu trop resserré 
entre la montagne et le rivage , et 
celui-ci n'offre pas, à beaucoup 
près, autant de variété, d'agrément 
et de commodité, ni ces découpures 
de montagnes si belles , si im- 
posantes, si multiformes, que l'on 
admire sur la partie inférieure du 

* D'Interlacken au Giessbach , 8 batzen 
par rameur ; c'est la taxe. 



LE GIESSBACH. 



213 



lac de Tluin. Brienz est peuplé de 
1,200 hab. L'antique église de ce 
village, fondée l'an 1215 et bâtie 
sur un rocher isolé , ainsi que le 
presbytère, qui en est un peu 
éloigné, offrent un point de vue 
magnifique sur le lac et sur les 
montagnes qui s'élèvent du bord 
opposé par échelons vers les gla- 
ciers. Tout près du village, on 
voit les ruines du château des 
anciens seigneurs de Brienz, dont 
le dernier, qui s'était croisé, doit 
être mort en Palestine , au com- 
mencement du douzième siècle , 
époque où les barons de Ringgen- 
berg s'emparèrent de ses propriétés. 
Brienz possède une maison d'école 
bâtie en 1821 , et deux bonnes au- 
berges, la Croix-Blanche et l'Ours. 

Le petit village de Tracht est sé- 
paré de Brienz par le torrent de 
Trachtbach, qui déborda le 2 no- 
vembre 1824, détacha du Ritzwald 
d'énormes blocs de rochers, dé- 
truisit des granges et des maisons, 
et dévasta près de 30 arpents de 
terrain. Le - gouvernement a fait 
corriger à ses frais le cours de ce 
torrent , de l'autre côté duquel se 
trouve l'industrieux Tracht; c'est 
dans ce dernier endroit qu'est situé 
le débarcadère des bateaux qui re- 
montent le lac. C'est aussi là 
qu'habitent les artistes sculpteurs 
qui cisèlent le bois d'érable et d'if, 
et en forment des corbeilles élé- 
gantes , recherchées et appréciées 
par les amateurs. 

Hôtel : la Croix-Blanche. 

On trouve ensuite Kienholz , ha- 
meau détruit en 1499 par des 
éboulements et des débordements 
des ruisseaux qui l'environnent. 
Depuis quelque temps cette con- 
trée est habitée par une quaran- 
taine de ménages ; le projet de 
rendre permanente fécole , entre- 
tenue quelques années par le gou- 
vernement, a échoué devant l'é- 
goïsme et l'opiniâtreté des habi- 
tants. On y trouve Y hôtel de Belle- 
vue , nouvellement construit, et 
dans une position charmante près 
de l'entrée de la vallée de Hasli , 



si renommée par les beautés que 
la nature y déploie de toutes 
parts. Le chemin qui conduit dans 
les petits cantons, par le passage du 
Brunig, s'y sépare de la grande 
route. La vue dont on jouit de 
l'hôtel sur le lac et sur les mon- 
tagnes voisines est de toute beau- 
té. 11 y a des appartements meublés 
dans le goût le plus moderne pour 
recevoir les familles qui auront 
l'intention d'y faire un séjour. On 
trouvera des chevaux de selle ainsi 
que des chars et des bateaux. 

En 10 m. on descend à Brienz , 
et en 20 au Siessbach , d'où part le 
bateau à vapeur pour Interlacken. 
De l'hôtel on peut se rendre au 
Rothhorn, montagne intéressante 
de 7,230 p. au dessus de la mer. 
La vue dont on y jouit est aussi 
étendue que belle. 

Le lac de Brienz est un bassin 
étroit , large à peu près de trois 
quarts de lieue, et long de 3 lieues, 
ouvert à l'orient et à l'occident,mais 
encaissé, au nord et au midi, par 
deux cordons uniformes de mon- 
tagnes de moyenne hauteur et sans 
lacunes. Sa profondeur en divers 
endroits est de 600 pieds, et sa sur- 
face n'est élevée que de quelques 
toises au dessus de celle du lac de 
Thun. Une espèce de poisson, nom- 
mé Brienzling , et qui jouissait 
d'une grande réputation , paraît 
presque entièrement détruite. On 
ignore si la disparition de ce poisson 
doit être attribuée à la présence de 
deux monstres marins qu'on croit 
avoir aperçus quelquefois. Quelques 
personnes prétendent aussi qu'on 
pèche dans le lac des anguilles 
grosses comme des «apins. Nous 
n'avons jamais été à même de 
vérifier le fait. D'après une ré- 
solution du grand conseil du 24 
juin 1834, le lac de Brienz doit être 
baissé de six pieds; on espère ob- 
tenir de cette opération 7 à 800 
arpents de terrain. 

Malgré la quantité de cascades 
que l'on a vues dans l'Oberland , 
celles du Giessbach sont encore di- 
gnes d'être visitées. Même celle du 



214 



LE GIESSBACH. 



Muhlibach , nommée aussi la Pla- 
nalpbach , près de Brienz , mérite 
plus d'attention qu'on ne lui en a 
accordé jusqu'ici. Lorsqu'on s'em- 
barque à Tracht ou à Brienz, l'œil 
repose encore avec ravissement sur 
ces deux villages qui se touchent, 
et dont les nombreuses croisées 
ouvertes sur le lac saluent le voya- 
geur. On entend déjà à Brienz le 
bruissement du Giessbach , et 
mieux encore de son embouchure, 
où il se précipite en écumant dans 
le lac d'un gradin de rocher de la 
hauteur d'une vingtaine de pieds. 
Mais le rivage élevé empêche de 
voir ses chutes les plus remarqua- 
bles, avant que l'on ait débarqué à 
peu de distance , et que l'on ait 
monté pendant quelques minutes 
un sentier escarpé. On voit alors, 
en sortant d'une feuillée, ces puis- 
santes cascades devant soi. Le tor- 
rent forme ici , avant d'entrer dans 
le dernier bois, une suite de chutes 
en gradins, comme le Rcichenbach. 
De cette station , on en compte 
six ou sept , dont les plus élevées 
brillent à peine entre les sommets 
des sapins , ou ne se font remar- 
quer que par les nuages de vapeurs 
qui en émanent. 11 est à regretter 
qu'un chemin frayé ne conduise 
pas du bas en haut, comme au Rei- 
chenbach , auprès de chaque gra- 
din que franchit le ruisseau. Ces 
deux cascades peuvent d'ailleurs 
rivaliser entre elles de richesse et 
de beauté. On pourrait même, à 
quelques égards , décerner la pré- 
férence au Giessbach ; et quelques 
personnes ont cru y observer un 
plus grand volume d'eau , une vé- 
gétation plus riche dans ses alen- 
tours , et plus de variété dans la 
forme et le mouvement des nom- 
breuses gerbes. En descendant le 
lac , il est plus agréable de côtoyer 
sa rive gauche , pour gagner le 
plus riant des villages de l'Ober- 
land, celui d'Iseltwald, situé à une 
petite demi -lieue du Giessbach. 
Non loin de l'embouchure de ce- 
lui-ci est une terrasse avancée 
sur la pente de la montagne , 



couverte d'un épais gazon , et 
nommée le Tanzplatz ( la place de 
danse). La tradition rapporte que, 
dans une fête très-animée par la 
danse , deux amants , entraînés 
par le tourbillon d'une valse, tom- 
bèrent dans le précipice et se noyè- 
rent dans le lac. On crut qu'ils 
l'avaient fait de leur gré , pour 
mourir ensemble en se tenant em- 
brassés. Le site d'Iseltwald , au 
fond d'une baie au milieu de la- 
quelle une petite île couronnée de 
plantes et d'arbrisseaux s'élève au 
dessus du miroir des ondes, est 
infiniment agréable et tranquille. 
On nomme cet îlot l'île de Bœnigen, 
parce que le premier qui la défri- 
cha était un habitant de ce dernier 
village ; mais son nom primitif, un 
peu moins poétique , était l'île des 
Limaçons. Iseltwald est un joli 
village qui renferme une centaine 
de ménages ; il est entouré par une 
forêt d'arbres fruitiers; une ma- 
gnifique maison de campagne dé- 
core sa presqu'île. Le reste du tra- 
jet d'Iseltwald à Bœnigen peut se 
faire à pied , comme une très- agréa- 
ble promenade , par un sentier 
étroit et assez rude , mais sans 
aucun danger. On laisse de côté à 
gauche une petite cascade du 
Mutschbach derrière Iseltwald; on 
passe à côté d'un groupe de mai- 
sons nommé Sengg , puis par des 
prés, des vergers et des brous- 
sailles, tantôt en montant les pen- 
tes des projections de la montagne, 
tantôt en ies redescendant , et l'on 
franchit quelques petits torrents 
qui charrient beaucoup d'éboulis. 
Cependant le chemin par eau est 
plus court et plus commode. On 
traverse le lac en droite ligne, dans 
la direction de Ringgenberg et de 
la sortie de l'Aar. En une heure et 
demie on atteint , en partant d'I- 
seltwald , la sortie de l'Aar , et de 
là, en un quart d'heure, Inter- 
lacken. Sur la rive droite du lac 
en partant de Brienz, on voit le 
petit hameau d'Elbligen, exposé à 
des avalanches et à des éboule- 
ments de rochers. On y trouve 



ROUTE DE SION. 



215 



une scierie. Plus loin on remarque , 
près d'Oberried , un monticule al- 
longé que la chute d'une partie 
de la montagne derrière ce village 
a poussé dans le lac. 

Ringgenberg est le dernier 
village qu'on rencontre sur le lac 
de Brienz. 11 est situé au milieu 
de belles prairies couvertes d'arbres 
fruitiers. Les ruines d'un ancien 
château, berceau des chevaliers 
de Ringgenberg , bâti sur une col- 
line qui se trouve à l'extrémité 
sud de ce village; l'église, pitto- 
resquement placée ainsi que le 
presbytère ; les montagnes qui l'en- 
tourent , lui donnent un aspect 
ravissant. Une vue magnifique se 
déploie d'un reposoir établi sur 
cette colline. On trouve à Ringgen- 
berg deux sculpteurs en bois , dont 
l'un a une fabrique de joujoux 
soutenue par le gouvernement ; et 
une bonne auberge. Tout voya- 
geur que le temps a favorisé , se 
voyant si près du terme de son 
voyage , se rappellera avec une 
douce mélancolie les jouissances 
qu'il a goûtées en parcourant les 
belles contrées de l'Oberland *. 

§ 17. De Thun a Sion, par la 
Guemmi, 191. Va **• 



Kandersteg , 


6 1 


. Ve 


Sierres , 


9 1 


. 7 /i< 


Sion , 


2 1 


■ % 



Thoune ( auberge du Freïhof ). 

Wyler, 1 h. 50 min. Hondrich, 
h. à g. 20. Route à Eschi , à g. 10. 
Haut-Maour , h. 10. Maour, h. 10. 
Pont de Soulsbach, 25. Muhline, 

* Il y a un grand nombre de maisons 
bourgeoises à Interlacken , où on prend 
des pensionnaires moyennant 6 fr. par 
jour ; on n'a que l'embarras du choix. A 
Thun, aux deux hôtels les meilleurs, le 
dîner coûte û fr. par personne , le déjeu- 
ner i fr. 50 à 2 fr. , la chambre i fr. so à 
2 fr. Au Grindelwald , les prix sont un 
peu plus élevés. 

•* Nous avons conservé la prononcia- 
tion figurée des noms allemands, telîe 
qu'elle se trouve dans l'ouvrage d'où cette 
description est tirée. 



v. et aub. 5. ( 11. V 3 - ) De Thoune 
à Muhline, 3 h. 10 min. 

Reïche-Bach , v. et aub. 15. 
Pont de Kander, 10. Reùdle, h. 
10. Wèngue,h. 20. Wuinkle , h. 
à d. 15. Froutigue, b. 20.(1 1-Vf ) 
De Thoune à Froutigue , 4 h. 
40 min. 

Pont d'Engstligue , 5. Château 
de Tellebourg à d. 10. Pont de 
Kander, 5. Bas-Rèkethal , h. 10. 
Rèkethal., h. 10. Pont, 15. Rut- 
sche, h. 5. Pont, 5. Pont, 5. 
Stoutz, h. 10. Ruines de Felse- 
bourg, 5. Mittholz,h.5. Pont, 10. 
Plateau, 10. Buhl , h. 25. Kan- 
dersteg , v. 15. (2 1. Vf) De 
Thoune à Kandersteg, 7 h. 10m. 

Pont de Kander, 30. Eeke Sch- 
wand, h. à g. 5. Chemin d'Cs- 
chine à d. 10. Limites entre Berne 
et le Valais , 35. Chalets Bas Wuin- 
tereck , 40. Chalets Haut-Wuin- 
tereck , 30. La Croix ( moitié che- 
min ) , 5. Cabaret Schwaribach , 
30. Lac de Daoube , 25. Fin du lac, 
15. Daoub ( sommet de la Guem- 
mi), 15. (4 1.) De Thoune à la 
Guemmi, 11 h. 10 min. 

Cabane, 5. Plateau, 10. Petite 
Galerie, 5. Grande Galerie, 30. 
Pied de la Guemmi , 30. Etables , 
10. Bade ou bains de Loueche , 
v. 20. ( 1 1. 5 / 6 - ) De Thoune aux 
bains de Loueche , 13 /. 

Pont de Dala, 5. Etables, 20. 
Etables, 10. Inde, v. et aub. 35. 
Galerie , 20. Varon , v. 30. Salgues , 
v. 50. Pont, 40. Sierres, b. 15. 
( 3 1. z /i t . ) De Thoune à Sierres , 
M l. 3 / 4 . 

Pont de Mendripi, 15. Grone, 
v. à g. 15. Granges, v. à g. 30. 
Saint-Léonard , v. et aub. 30. Pont 
de Raspille, 15. Chapelle de Saint- 
Georges, 50. Sion , pet. ville , 10. 
( 2 1. %• ) De Thoune à Sion , par 
la Guemmi , 19 l. i / 2 . 

DESCRIPTION. 

Thoune. ( V. à la table.) 
Muiiliïsen , petit village ber- 
nois situé à 2,010 pieds au dessus 
de la mer. On y trouve une au- 



216 



ROUTE DE SÏON. 



berge. Ici le Suklbach se précipite 
dans la Kander. A V* de 1. de dis- 
tance on exploite une carrière 
d'ardoises qui occupe une cen- 
taine de personnes ; une source 
ferrugineuse se trouve dans une 
prairie du voisinage. Muhlinen 
était jadis une petite ville , qui fut 
détruite au xiv e siècle. Quelques 
restes de murs et une espèce de 
porte du côté du Studbach témoi- 
gnent de l'importance de cette an- 
cienne seigneurie, qui appartenait 
aux sires d'Unspunnen. 

Reichebach ( Reichenbach ) , 
village parois, prot. , 430 h., situé 
au pied de l'Enguelberg. A l'E. le 
vallon de Reichebach, long de 1 1. 
Va jusqu'à la Wetterlatte , 4,250 
p. au dessus de la mer. Chemin 
pour chevaux par les vallées de 
Kien et de Spicke à Zweï-Luts- 
chené, IhfU 5 ou par les vallées de 
Kien , de Gorneré et de Séline à 
Laouterbrounne , 9 1. 3 / 4 ; ou au 
lac d'Eschine par Kienthal , 1 1. 
40 min. Pont de Spicke, 20. Bode, 
h. 15. Pont de Kienbach , 1 1. 
Pont, 15. Chalets Schuinguel , 20. 
Cascade de Duinde (Diindenlfall), 
10. Pont de Kienbach, 15. Chalets 
de Duinde-Alpe, 30. Plateau, 45. 
Arête de Duinde, G, 7 20 p. mer, 
1 h 1 //*- Chalets Eschine-Alpe , 1 1. 
Lac d'Eschine , 20. Chalets Wuin- 
tereck, 10. Total 8 1. V 4 - ( V. plus 
bas Kander steg.) Chemin prati- 
cable à cheval de Reichebach à 
Froutigue par Kien, v. 15. Plets- 
che , v. 25. Schvvèndi , h. 10. Weïs- 
Ei, h. 15. Pont de Kander, 5. 
Pont d'Èngstligue, 15. Froutigue, 
5. Total 1 1. Va* ^ u depuis Weïs- 
Eï à Kanderbrouck, v. 15. Rècke- 
thal , h. 35. Ce dernier chemin est 
de V 4 1. plus court que la grande 
route par Froutigue. 

Reudlen , petit hameau situé 
dans le voisinage de la belle cas- 
cade du Lauibach. On y compte 
une soixantaine de ménages. 

Froutigue {Frutigen), bourg 
prot. , 240 maisons, 950 h. , 430 p. 
au dessus du lac de Thoune et 
2,180 p. mer. Chef-lieu du bail- 



liage du même nom (le bailli de- 
meure au château de Tellebourg ) ; 
ce dernier a une population de 
8,200 h. Assez bonnes auberges. 
Maisons communes supérieure et 
inférieure. La paroisse comprend 
3,800 âmes. Le bourg fut presque 
entièrement détruit par un incen- 
die en 1726 et 1827. Les habitants 
sont très-industrieux et assez opu- 
lents. Fabrication de draps gros- 
siers. Écoles excellentes. L'église 
a été fondée par Rodolphe de Strèt- 
tlingue , roi de Bourgogne , en 933. 
Cénotaphe. Jonction de l'Èngsligue 
avec la Kander. Les bains de Frou- 
tigue sont situés dans un ravin 
très-sauvage , proche de l'Engstli- 
gue. — Sommets au N. et à l'O., la 
chaîne de Niese, depuis le Gsur, 
8,290 p. mer, jusqu'au Niese, 
5,590 ; au S. Mittaghorn ( clent du 
midi) 6,280, First 7,880, Fisistock 
8,150, Alt-Èls 11,420, Doldenhorn 
11,180, Bire 7,340; au S.-E. et à 
l'E.,Blumlisalp 10,900, Schwarz- 
horn ( dent noire ) 9,320, Duinde- 
horn 8,730, Zahlernhorn 7,850, 
Armighorn 7 ,900, Guérihorn 6,7 10. 
— Ouverture de la vallée d'Èngs- 
tligue vers S.-O. et de celle de Kan- 
der vers S.-E. Chemin pour chars 
par la première à Adelbode. Che- 
min pour chevaux par l'arête de 
Kungueli, 4,560p. mer, à Diemti- 
gue, v. 51.; ou par l'arête de Mé- 
guisse, 4,720 p. mer ,àWanfelé h. 
4 1. Va — Le château de Tellebourg, 
l'ancien manoir et le berceau de 
la famille noble de Froutigue, est 
maintenant la résidence du bailli. 
Il est situé sur une colline à 360 
p. au dessus du bourg. Etang pro- 
che de Rèkethal. Chemin pour 
chevaux par Bodme, h. 10, à Reï- 
nisch, h. 10. Petit lac proche de 
Stoutz à droite. Ruines pittoresques 
du château de Felsebourg , belle 
vue d'en haut. A l'E., l'ouverture 
de la vallée de Fuinsterthal , lon- 
gue de 1 1. 8 / 4 , entre les dents 
d'Armig, de Zahler et de Bire, 
jusqu'au Duinde-Horn. Jolie cas- 
cade du Fuinsterbach ( torrent 
noir). 



COL DE LA GUEMMI. 



217 



Ivandersteg , village prot. , 300 
h.; 1,100 p. au dessus de Frou- 
tigue, et 3,280 p. m. Bonne auberge. 
Maisons dispersées ; environs sau- 
vages , mais agréables. La Guemmi 
au S. La vallée et le lac d'Eschine 
à TE. Chemin pour chevaux par le 
pont d'Eschine, 15. Cascade d'Es- 
chine , 15. Plateau , 30. Chalets 
Fuinstenvald, 20. Lac d'Eschine, 
5. Pont , 10. Pont , 5. Chalets 
Wuintereck , 5. Total , 1 1. Vi- 
Sentier de là au Kienthal (v. plus 
haut Reïcheback ). Le lac d'Es- 
chine (Oeschine-Sée) a 20 min. de 
kmgueur et 10 de largeur ; sa cou- 
leur est d'un gris argenté ; il est à 
3,080 p. au dessus du lacdeThou- 
ne , e-t 4,830 p. mer. Vallon al- 
pestre romantique , entouré des 
hautes montagnes de Bire , Duin- 
do , Schwarzhorn , Fraou ( femme ) 
ou Blumlis-Alpe , Freùnd , Dolde- 
Hornet Fisi-Stock. Belles cascades. 
La pente des montagnes est cou- 
verte de forêts ; plus haut , des 
glaciers et des sommets couverts 
de neiges éternelles. Chalets dis- 
persés sur les pacages. Echo su- 
perbe. Vue sur Kandersteg et les 
sommets de First, Bonder-Spitz , 
Alp-Schelle et Lohner. — Chemin 
pour chevaux de Kandersteg à 
Adel-Bode, 4 1. l / 2 > et aa même 
endroit par Ecke-Schwand , h. 35. 
Chemin à la Guemmi à g. 10. Pont 
d'Uschine , 5. Chalets d'Uschine , 
25. Chalets Balmi , 20. Chalets 
Plètzli , 25. Chalets Bâche , 20. 
Arête de Schuingel-Lochtig , G,800 
p. mer. 1 1. Chalets Artelé , 30. 
Wild-Sehwand , h. 55. Pont d'En- 
stligue , 25. Bode, h. 5. Pont de 
Geïlsbach , 10. Adel-Bode , v. 5. 
Total , 5 1. i / z . Ou depuis les cha- 
lets de Bâche au cabaret de Schwa- 
ri-Bach , 1 1. 10 m. Total 3 1. Vs, 
ou 25 m. plus long que par le 
chemin ordinaire. — Chemin pour 
chevaux -dans la vallée de Gastre 
au glacter de Langue ou Schingel , 
par Ecke-Schwand , h. 35. La 
Cluse ( Klus ) , 10. Pont de Kander , 
5. Fisi-Eck, 10. Gaster , h. à d. , 
5. Bois de Gaster, 4,150 p. mer , 



40. Stoutz, 15. Chalets Bas-Brand- 
Hubel , 10. Pont de Kander à d. 5. 
Chalets Haut-Brand-Hubel, 20. 
Pont , 5. Selde , h. 4,730 p. mer , 
15. Chalets Heïmritz, 20. Etables , 
15. Pont, 10. Pied du glacier, 50. 
Total 5 lieues. — Sentier depuis 
Haut-Brand-Hubel à la vallée de 
Lètsche , par chalets Gfèll, 15. Pa- 
cage de Hoch-Weïde , 30. Glacier , 
15. De l'autre côté du glacier, 15. 
Col de Lètsch ou Hohern, 6,960 
p. mer, 30. Chalets Koumme, 30. 
Chalets Haut-Hocken- Alpe, 40. 
Chalets Bas -Hocken- Alpe , 30. 
Ferde, v. et aub. 1 1. Total depuis 
Kandersteg, 7 lieues. Chemin pour 
chevaux depuis Ferde au glacier 
de Lètche , par Kippel , v. 30. Wy- 
ler, v. 20. Ried, v. 30. Platte, v. 
15. Zneiste, h. 40. Chalets, 30. 
Chalets , 15. Pont, 5. Pied du 
glacier, 40. Total 3 1. ^- — Che- 
min depuis Ferde à Loueche , par 
Pont de Lonza, 45. Koppi-Steïn , 
h. Lougein , h. 35. Lade , v. 45. 
Gampel , v. 5. Pont , 30. Bois , 10. 
Marais, 10. Ersch-Matt, v. à d. 20. 
Am-Berg , h. 15. Loueche, b. 30. 
Total 4 1. V 2 . (V. plus bas Loue- 
che. ) Sentier par le glacier de 
Sehneït-Schnour , ou par le col de 
Ferde, 6,260 p. mer, aux bains de 
Loueche, 5 1. 

Col de la Guemmi ( Gemmi ) 
ou Daoube ( Daube ) , entre les 
vallées de Loueche ( Valais ) et 
Kandersteg ( Berne); 2,750 p. au 
dessus des bains de Loueche , 
3,880 p. au dessus de Kandersteg, 
et 7,160 p. mer. Sommités à l'O. : 
Daouben-Horn 8,040 , Cherbenon 
8,540 , Schwarz-Horn 8,700 , 
Schnée-Horn 9,370 , Wilde-Strou- 
bel 9,390, Lammer-Horn 8,550 , et 
Steg-Horn 8,280. Entre toutes ces 
montagnes s'étend le glacier de 
Lammer. On le traverse pour se 
rendre par les pacages d'Engstli- 
gue , l'arête d'Ammerte , les cas- 
cades de la Simme et le hameau 
d'Oberried, à Lenck, v. en 7 h. de 
marche. Sentier a Adelbode par 
l'arête de Lammer 7,990 p. mer , 
45. Pacages de Haute-Engstliguc , 

10 



218 



COL DE LA GUEMMI. 



40. Chalets d'Engstligue, 1 1. Cha- 
lets Houngerplats , 45. Cascade de 
l'Engstligue, 25. Wildschwand, h. 
10. Haut-Bade, h. à d. 20. Pont 
d'Engstligue , 5. Bode, h. 5. Pont 
de Geïlsbach , 10. sldelbode , 5. 
Total 4 1. Vr Sommets au N.-E. : 
Plattenhorn " 9,540 , Ruinderhorn 
10,9C0, Alt-Els 11,420, Wildel- 
sigue 8,760, et Daatelberg 7,800.— 
Le lac de Daoube est de 300 p. 
plus bas que le col et à G, 860 p. 
mer. Sa longueur est de 4,289 p. 
(1G minutes), et sa largeur de 
2,280 p. (9m.) Le glacier de Lam- 
mer y verse ses eaux. Il n'a point 
d'issue visible. Sa profondeur est 
de 10 à 20 p. 11 est souvent encore 
couvert de glace et de neige au 
cœur de l'été. Sa couleur est d'un 
gris jaune très-sale. 11 est entouré 
de vastes champs de neiges et de 
décombres de montagnes écrou- 
lées. C'est l'aspect le plus triste 
qu'on puisse imaginer. Tout le dos 
de la Guemmi était ancienne- 
ment couvert d'un grand glacier, 
dont on voit encore les traces 
dans le roc calcaire profondément 
creusé. — Le chemin de Kanders- 
teg à la Guemmi traverse d'abord 
le fond de la vallée le long de 
Kander, jusqu'au pont sur ce tor- 
rent. A l'E. la vallée d'Escliine. 
Proche d'Eckeschwand , à gauche, 
la Cluse , défilé très-remarquable , 
qu'on peut visiter dans Va heure. 
Sentier depuis là , le long de 
Schwarzbach , aux chalets de 
Wuintereck ; mais il est très-pé- 
nible et de V a 1. plus long que le 
chemin ordinaire. Jolie cascade au 
Daateleberg et chute du Schwarz- 
bach. Au S.-E. la vallée de Gaster. 
A l'O. d'Eckeschwand le vallon 
sauvage d'Uschine. Superbes cas- 
cades du torrent du même nom. 
Au S. la dent de Guelli, 7,900 p. 
mer; à l'O. Bonderspitz, Lohuer, 
et les dents du Midi , Schinguello- 
chtig , Kindbetti , Thier et Stèg. 
Montée depuis le poteau à l'em- 
branchement des routes , par un 
charmant bois. Sur la hauteur la 
pierre des limites , qui se trouve 



précisément à la même élévation 
que les bains de Louëche. Le che- 
min se dirige par un ravin vers 
le plateau de Wuinstermatt. Vue 
dans la vallée de Gaster , sur ses 
glaciers et ses hautes montagnes 
escarpées. Sentier pénible à la 
Cluse. La croix au dessus des cha- 
lets de Haut-Wuintereck est à 
5,360 p. mer. Elle marque la moi- 
tié du chemin entre Thoune et 
Sion. Proche d'ici la source du 
Schwarzbach. On monte vers le 
cabaret et la maison de péage de 
Schwaribach , 5,840 p. mer. C'est 
la scène d'un mélodrame épouvan- 
table de Werner , intitulé Le 29 
février. On paie pour le passage. 
Fête populaire au mois d'août. On 
voit encore sous la maison , le 
bassin très-profond d'un ancien 
lac. — Sentier à Adeîbode par l'a- 
rête de Schware , 0,260 p. mer, 
20. Pont d'Uschine, 40. Chalets 
Bâche , 10. Adeîbode , 3 1. Total 4 
1. 10 m. Ou de Baehe à Kanders- 
teg , 2 1. 20 m. Le chemin vers la 
Baoube traverse un immense 
champ de décombres. Vue surpre- 
nante de la vallée des Bains de 
Loueche depuis la Baoube. La 
montagne y est presque coupée à 
pic à la hauteur de 2,750 p. Vue de 
la vallée du Rhône par le ravin de 
la Bala , et des hautes montagnes 
et glaciers entre le Valais et le Pié- 
mont. On y distingue surtout par 
leur grandeur colossale , le ment 
Rose 14,740 p. mer, la Bent-Blan- 
che de Saas 13,220 , l'Aougsthorn 
13,830 , Jazzi 13,240, Dent des Gla- 
ciers 12,990 , mont Cervin 13,8G0 , 
Dent- Large 11,990 , Dent de Cynal 
1 1 ,240, Dent de Saas ou Fée 1 1 , 7G0, 
Dent de Banda 10,840, Dent-Blan- 
che de Hérins 13,740 , Dent de 
Ferpècle 12,500 , Weïszchhorn 
11,770 , Dent-Noire 11,280 , etc. 
Du Daoubenhorn ou du Cherbenon 
on voit aussi le mont Blanc 14,770, 
le mont Combin 13,250, etc. — Le 
chemin de la Guemmi aux Bains 
de Loueche a été creusé par des 
mineurs tyroliens, de 173G à 1741, 
dans un rocher des plus escarpés. 



LOUECHE. 



219 



Ce trajet est de 10,110 p. de roi. 
La largeur du chemin est presque 
partout de 3 à 5 pieds. Il est dé- 
fendu du côté du précipice par un 
mur haut de 3 p. Vis-à-vis on re- 
marque une longue échelle qui pa- 
raît avoir conduit à un ancien er- 
mitage dont on voit encore les 
vestiges. La petite galerie est à 
6,260 p. mer, et la grande à 5,870; 
le pied de la Guemmi à 4,880 p. 
et les étables à 4,700. Proche de la 
Daoube , dans un petit enfonce- 
ment ou ravin , il y a une cabane 
dans laquelle on peut se réfugier 
pendant un orage, 

Bade (Baden), ou Bains de 
Loueche ( Leuker-Bad ) , village 
parois, cath. ; 380 hab. ; 4,410 p. 
mer. Environs sauvages mais im- 
posants ; rochers énormes coupés 
à pic. Au N.-O. la Guemmi ; à l'O. 
Daoubenhorn , Cherbenon , Sch- 
warz et Schnéehorns ; au N.-E. 
Platten , Ruinderhorns et Alt-Els ; 
au S.-E. la montagne d'Abine, 
6,800 p. mer. Beaux pacages dans 
les environs. Avalanches très-fré- 
quentes en hiver et au printemps. 
Sources thermales chaudes et 
froides sur une 1 / 2 lieue carrée , 10 
minutes au dessus du village , et 
4 ; 600 p. mer, dont les 9 / 10 se 
perdent dans le torrent de la Dala. 
La source de St-Laurent est très- 
forte. Elle se trouve à l'entrée du 
village devant les bains. La chaleur 
en est de 41° i / 2 Réaumur ; mais 
dans les bains elle est de 30 à 35°. 
Une autre source , nommée la 
Source-d'Or (Gold Brûnnlein ) , est 
également très-bonne. Au N.-E. à 
10 minutes du village se trouve la 
source des Lépreux , dont la cha- 
leur est de 37° , sous un méchant 
hangar. Proche de là est une eau 
qui fait vomir , et qu'on appelle 
Kotzgulle. Ces bains sont excellents. 
— Sentier par le fameux Pas de 
l'Echelle à Albine, 30. Ravin de la 
Daîa, 5. Sommet, 10. Albine, v. 
30. Total 1 1. 7 4 . Ou par le glacier 
de Schneït-Schnour , ou le col de 
Ferde, à Ferde, v. dans la vallée 
de Lètsche, 5 1. Jusqu'au pied du 



glacier, 2 1. — On avait le projet 
de conduire une partie des eaux 
thermales , par le moyen de rigoles, 
jusqu'au bourg de Loueche, ou 
bien de construire une route pra- 
ticable aux voitures , depuis Sièr- 
res et Loueche, jusqu'aux Bains, 
à travers le ravin de la Dala. Sur 
un trajet de 51,350 p. elle aurait 
2,660 p. de pente ou environ un 
pied sur 20. Le chemin actuel des- 
cend par des pacages marécageux 
au petit village d'Inde, 4,580 p. 
mer et 830 p. plus bas que les 
Bains. 11 est situé dans le ravin 
même de la Daîa. Pont sur ce tor- 
rent au dessous du village. Che- 
min pour chevaux à Albine , v. 1 
1.; et sentier de là par Dorbe, h. 
15. Montagne de Leïzine , 5,240 p. 
mer, 45. Leïzine, h. 45. Col de 
Ferde, 1 1. Ferde, v. 1 1. y 4 . 
Total depuis Inde, 5 1. — Chemin 
pour chevaux (qu'il serait très- 
facile de rendre praticable aux 
voitures) à Loueche, par le pont 
de Dala, 5. Forêt, 20. Etables, 
10. Pont, 5. Etables, 15. Loueche, 
b. 20. Total 1 1. % 

Loueche (en allem. Leuk) , 
bourg cath. 620 hab. 2,100 p. mer 
( 360 p. au dessus de la jonction de- 
là Dala avee le Rhône). Assez 
bonnes auberges : Croix et Etoile. 
Deux églises , jolie maison com- 
mune , deux anciens châteaux , dé- 
truits en 1414. Aspect très-pitto- 
resque du bourg dans le lointain ; 
mais sale , pauvre et triste en de- 
dans. Pont du Diable sur la Dala. 
Trois foires très -considérables. 
Grand dépôt de marchandises, ainsi 
qu'au Souste, sur la rive gauche 
du Rhône. Pont en bois sur ce 
fleuve. Collines de 150 à 200 p. 
d'élévation sur la rive gauche; 
restes d'une ancienne chute de 
montagne. Passage souterrain de 
Loueche vers Albine, nommé Rouil- 
ii-Pouilly. Aspect sauvage et triste 
des rochers environnants. Ermitage 
pittoresque de Théel, avec une cha- 
pelle de N.-D. au dessus d'Ersch- 
matt, 2 1. de Loueche. A Finges 
ou Pfyn , de l'autre côté du Rhône, 



220 



GRANGES. 



se trouvent le Champ des Soupirs 
et rillgrabe, torrent très-dange- 
reux, sfuberge : le Cheval , au 
Souste. Route de Loueche à Bri- 
gue, par le pont du Rhône, 1.5. 
ÎSouste, h. 5. Tourtemagne , v. 
45. Gampel, v. à g. 30. Brounk, 
■h. 30. Bas-Tourtig, h. 20. Haut- 
Tourtig, h. 10. Kollert, h. 15. Er- 
mitage Flouhe, àd. 30. Grosse-Eï, 
h. 15. Pont de Viége , 15. Viége , 
j>. 5. Gambs, v. 45. Digue de 
Gamsa, 15. Glys , v. 30. Brigue, 
b. 15. Total 5 1. 40 m. — Route de 
Loueche à Sierres , par le pont du 
Rhône, 15. Villa, h. 45. Finges, 
■h. 10. Rois de Finges , 20. Pont du 
Rhône, 30. Sierres, b. 15. Total 
2 1. Vv Gu chemin pour chars par 
Se Pont du Diable , 10. Salgues , v. 
65. Pont, 40. Sierres, 15. Total 
2 1. 

Varon ( en allemand Varen ou 
Faxen), village parois, cath. 280 
hab. 2,370 p. mer. Belle vue sur la 
vallée du Rhône , lès hautes mon- 
tagnes et les vallées vers le Pié- 
mont. Au dessus du village on voit 
encore les traces d'une grande fo- 
ret complètement détruite par le 
l'eu. Chemin pour chars à Loueche, 
40 m. La galerie vers Inde est un 
chemin creusé dans le milieu d'un 
rocher escarpé, et couvert d'un 
toit , pour la garantir contre les 
pierres qui tombent d'en haut. 11 
est à 3,030 p. mer. Ravin sauvage 
de la Dala. Aspect du village d'Ai- 
bine, 3,850 p. mer. 

Salgues (en allemand Sal- 
getsch. ) (Voir à la table.) 

Sierres (en allem. Siders), 
bourg cath. 900 hab. l,7 ; 90p. mer. 
Assez bonnes aub. : la Croix et le 
Soleil. Jardins fleuristes à côté des 
maisons. Environs agréables. Bon 
vin muscat. Eau très-malsaine ; 
crétins et goitreux en abondance. 
C'est ici le point de division entre 
les langues allemande et française. 
On v travaille le cobalt, qui vient 
de là vallée d'Anniviers qui s'ouvre 
au S. Au N. la vallée de Saint- 
Maurice des Lacs. Deux petits lacs 
très-poissonneux et entourés de 



collines, dans le voisinage du bourg. 
Tour de Goubinge, belle vue. L'an- 
cienne chartreuse de Geronde est 
maintenant une grande métairie. 
Ruines du château 4e Sierres sur 
un rocher, superbe vue. Beaucoup 
d'arbres fruitiers ; marais. Le vil- 
lage de Chyppis à la jonction de la 
Navisanche , venant du val d'An- 
niviers , avec le Rhône , 1 ; 690 p. 
mer. Ruines du château de Beau- 
regard ou Périgord sur un angle de 
la montagne , au dessus du village. 
Défilé remarquable , les Pontis , 
creusé dans un roc perpendicu- 
laire , avec plusieurs ponts sur l'a- 
bîme , V 2 1. de Sierres. On y passe 
pour aller à Visoye , chef-lieu de 
la vallée d'Anniviers. On prétend 
que les habitants de cette contrée 
sont de race tartare , et qu'ils des- 
cendent en ligne directe d'une 
centaine de soldats d'Attila qui s'y 
sont réfugiés. Ce qu'il y a de sûr , 
c'est que leurs mœurs , leur lan- 
gage, leurs fêtes populaires et leurs 
usages ont quelque chose de très- 
particulier , et que ce n'est qu'au 
xm e siècle que l'évêque de Sion les 
a forcés à se convertir au chris- 
tianisme. Chemin pour chevaux 
de Sierres à Visoye , v. 4 1. ; et 
jusqu'au glacier de Cynal, dans 
le fond de la vallée, 8 1. — Au N.- 
E. de Sierres la belle montagne de 
ce nom , avec beaucoup de ha- 
meaux et de maisons dispersées. 
Le sommet de la montagne de Fin- 
ges , nommé Cauquella, 7,8GO p. 
mer , sert de baromètre aux habi- 
tants de la vallée. 

Graxges ( en allemand Gra- 
detz), village parois, cath., an- 
ciennement une petite ville, ICO 
hab. 1,700 p. mer. Sur une col- 
line de grès il y a les ruines de 
trois châteaux détruits en 137 G. Il 
en reste quelques pans de mur et 
une tour carrée qui sortent du 
taillis dont le Rhône baigne les 
pieds. Belle vue. C'est à Granges 
que mourut en 1243 Buzon , évê- 
que de Sion , à son retour de la 
Terre- Sainte. Vastes marais tout 
auteur du village de Grone , qui a 



MATTEN. 



m 



ÏOO hab. , une grande église et une 
mine d'argent abandonnée. La po- 
pulation de cet endroit diminue 
chaque année. Ouverture de la 
vallée de Reschi au S. Grottes pro- 
fondes, creusées de main d'homme, 
et petit lac sur Palpe pyramidale de 
Lardézan , dans ce vallon. Tout au 
fond s'élève le mont Noble, 8,150 p. 
mer. 

Saint-Léonard , village parois, 
cath. 240 h. 1,770 p. mer. Au- 
berge : le Cavalier. Endroit assez 
triste ; inondations de la Raspille , 
qui vient de la montagne des Ra- 
vins. Une digue haute et large le 
préserve des débordements de ce 
torrent. Embouchure dans le 
Rhône, 1,660 p. mer. Chemin pour 
chars à Lens, v. 3 / 4 1. Dans le voi- 
sinage une jolie grotte , avec un 
réservoir d'eau , ombragé par des 
ormes ; le fond est constamment 
rempli d'une eau limpide qui 
tombe goutte à goutte de la voûte. 
Belle vue. Carrière de gypse. 
Grande procession à la chapelle de 
St-Georges , proche de Sion. Sur 
la rive gauche du Rhône le grand 
village de Bramois , à l'ouverture 
de la vallée de Borgne. 

Bramois, peuplé de 200 hab., est 
à une lieue de Sion , à l'entrée de 
la vallée d'Hérens. A dix minutes 
de ce village , en remontant la rive 
droite de la Borgne , se trouve un 
ermitage, creusé dans le roc, appelé 
Longe-Borne. Cet ermitage, l'une 
des merveilles du Valais, est si- 
tué dans une contrée sauvage, en- 
tourée de rochers affreux dont les 
échos répètent le bruit des torrents. 
Il se compose d'une église , de plu- 
sieurs chapelles, d'un réfectoire, 
de cellules , etc. Le tout creusé 
par un ermite dans le 16 e siècle. 

11 est ordinairement habité par 
deux solitaires , qui offrent aux vi- 
siteurs du miel, du vin de leur 
treille et des fleurs de leur jardin. 

Sion (voir à la table). 

§ 18. D'Untersken au Faulhorn , 

7 1. Va. 
Beaucoup de voyageurs font au- 



jourd'hui l'ascension du Faulhorn, 
d'où l'on a un panorama magni- 
fique. Ce voyage est sans danger. 
Il faut un guide. Tous ceux d'Un- 
terseen et d'Interlacken ont prati- 
qué cette montagne. 



Matten , v. 




20 m 


Pont de Lutschme, 




30 


Bœnigen , v. 




5 


Pont, 




5 


Ehrschwend , h. 




15 


Sengg, h. 




1-5 


Pont, 




lu 


ïseltwald , h. 




25 


Maison du maître 


d'é- 




cole , 




1 h. 5 


Giessbach , 




5 


Chute super. , 




30 


Prairies , 




1 


Prairies de Tschingel- 




feld , 




30 


Faulhorn , 




1 30 



Matten , v. prot. 550 hab. au 
pied N.-E. de la colline de Rugue 
ou du Soir , dont le promontoire 
vers le village se nomme colline du 
Sellier ( Sattler-Hubel). Ses mai- 
sons , bien bâties , sont garnies de 
treilles. Les environs présentent de 
magnifiques pâturages. Il s'y trou- 
ve une assez bonne auberge. C'est 
une des plus riches communes de 
l'Oberland. Belle vue. Voie char- 
rière à Lauterbrunne et Grindel- 
wald. — Le torrent de Spuli indi- 
que l'ancien lit de la Lùtschine. 
Nouveau cours à Bœnigen. Em- 
bouchure près d'Erle. Bœnigen , 
village d'une soixantaine de mai- 
sons , est agréablement situé sous 
des arbres fruitiers , au pied de la 
montagne de Syti ou Schùtte et de 
Breitlaùine. On y voit une fontaine 
qui mérite d'être remarquée, et 
un rocher en forme de tour , avec 
une grotte appelée Stockbalm. Jo- 
lie maison du capitaine Michel i , 
où l'on trouve logement et pension . 
La route qui passe sur le pont de 
la Lùtschine, conduit au vieux 
couvent d'Interlacken. Chemin 
pour chars à Gsteig , v. 25 m. Po- 
sition délicieuse et vraiment poéli- 



222 



LE FAULHORN. 






que d'Iseltwald, dans un bosquet 
d'arbres fruitiers. Jolie cascade du 
Mutschbach. L'ile de Bœnigue ou 
des Escargots (Schnecken-lnsel) , 
près de la baie , est très-pittores- 
que. 

Faulhorn. L'hôtel situé sur 
cette montagne si renommée , ap- 
partient aux frères Bohren; il con- 
tient 28 lits de maître et beaucoup 
pour les domestiques. 11 y a six 
chambres qui peuvent être "chauf- 
fées. En outre on trouve tout ce 
que l'on rencontre dans les meil- 
leures maisons de la Suisse. 

Il y a aussi des guides pour tous 
les points intéressants du pays , et 
surtout pour monter à la mer de 
glace , le Wetterhorn , le Finster- 
aarhorn et autres. C'est ici le point 
le plus favorable pour les chasseurs 
de chamois. Dans la règle , tous les 
étrangers qui désirent faire cette 
chasse si intéressante obtiennent 
facilement, et même gratuitement, 
le permis du préfet d'interlacken. 

11 se trouve toujours des chaises 
à porteurs pour se faire porter sur 
tous les points accessibles. 

On a établi un nouveau chemin 
du Giessbach au Faulhorn , bien 
praticable pour les chevaux. 

MM. les voyageurs ne doivent 
pas s'étonner s'ils rencontrent 
quelques guides qui leur conseil- 
lent de ne pas monter au Faulhorn, 
vu que ces derniers ont une jour- 
née un peu plus pénible que de 
coutume , et surtout puisque ce 
voyage , tout en leur donnant un 
peu plus de peine , n'est pas de ma- 
nière à augmenter leurs journées. 

Achevai de Sengg par Furren, h. 
10. Pont, 10. La Fourche, à g. 1 1. 
Pied du Faulhorn, 1 1. Sommet, 
40. Total , 3 1. Ou depuis la maison 
du régent par la cascade du Giess- 
bach , 5. Troisième cascade , 15. 
Cascade supérieure , 15. Chalets 
Hippbode , 1 1. Chalets Axalpe , à 
g. 25. Chalets Tschingelfeld, 5,040 
p. mer, 15. Pont du Giessbach, 10. 
Forêt, 15. Hùtteboden , 25. Lac de 
Hùtteboden, G,2G0, 15. Pied du 
Faulhorn, 10. Sommet, 30. Total, 



4 lieues. Le premier chemin est es- 
carpé , assez difficile, et ne saurait 
convenir qu'à des piétons habitués 
aux montagnes. Le deuxième est 
plus long, mais plus agréable. On 
peut aller à cheval jusqu'à Hùtte- 
boden. Le sommet du Faulhorn est 
à 4,G30 p. au dessus de Grindel- 
wald , 6,3G0 p. au dessus du lac de 
Brienz, et 8,140 p. mer. La vue de 
cette sommité est très-vaste. Elle 
s'étend par-dessus les cantons de 
Berne, d'Unterwalden , Lucerne , 
Zug, Argovie, Bàle , Soleure , Fri- 
bourg et Neuchàtel. Au S. elle 
plane sur les cimes des glaciers de 
Wetterhorn , Sclireckhorn , Dents 
de Fiesche , des deux Eïguer , de 
la Jungfrau ( Vierge ) , du Mit- 
tagshorn , Gross et Breit-Horn , 
Schinguel et Blùmlisalpe ; à l'E. 
sur le Sustehorn , Titlis , Uri-Ro- 
thstock et Rigi ; au N.-E. on voit 
la lisière bleue du Jura , le Pilate 
et le Napf; à l'O. le Niesen , le 
Stockhorn et le Jura. Au pied sont 
les vallées de Grindehvald, de Lau- 
terbrunnen et de Saxeten, la grande 
et petite Scheïdeck, les lacs de 
Brienz et de Thun. Les sommets les 
plus rapprochés sont , au S. , Si- 
meli et Rœthi-Horn, 7,540 p. mer; 
à l'E. , Sclrwarzhorn , 8,020, Gems- 
berg , Garzehorn , Wildgerst, la 
pointe d'Axalpe , Burgberg et Olts- 
chihorn ; au N. Scwabhorn , Hohe- 
burgfluh, Hochgrat et la montagne 
de Brienz; à l'O. la Mittagkrine, 
Wintereck, pointes deSœgisthal, 
Lauckerhorn , près duquel se trou- 
vent les vallées d'Alpe et de Sœguis, 
l'arête de Sœguis , la Fourche , le 
Rothhorn , Oberberghorn et Gum- 
mihorn ; au-delà du lac de Brienz, 
le Hohgant, Harder , Augstmatt- 
horn , Tannhorn , Burghorn , Roth- 
horn , arête de Brienz , Wyler- 
horn , et le Brùnig. Dans la chaîne 
du Faulhorn sont situés les petits 
lacs suivants : Hùtteboden , 0,260 
p. mer, G m. de circonférence; 
Sœguisthal 5,870, 10 m.; Hœxe 
(lac de la Sorcière) G,G40, 8 m. ; 
Haguel G,780 , 9 m. ; Hinter-Bœurg 
4,130, 12 m.; Oltschi 4,850,20 m.; 



ROUTES DE L'OBERLAND. 



223 



Batt 7,270, 7 m.jGummi 5,240, 6 
m. ;Obcr-Bach 7,100, 15m. ; Bach 
G, 630, 4 m.— Descente du Faulhorn 
à Grindelwald , par Simelihorn à 
d. 30. Lac d'Oberbach , 30. Lac de 
Bach, 15. Chalets Bachalpe , 15. 
Cascade ( du Mùhlebach ) de Stem, 
30. Nothalte, 30. Dùrre-Ben? , 30. 
Grindelwald, v. 30. Total 3 1. %. 
Ou de Bachalpe par First, 20. Pont 
de Korbach, 15. Chalets Grindel- 
alpe , 15. Pont de Berge! bach , 20. 
Col de Scheïdeck , 40. Total 3 1. %. 
Ou par les chalets Oberberg, 1 1. V/- 
Chalets Mittcl-Berg, 20. Unter-Berg, 
h. 40. Schwœndi , h. 45. Total 3 1. 
Ou par les chalets Schingelfeld, 1 
L 3 /4- Chalets Axalpe , 15. Hinter- 
Burg, 15.Burgçrat, 35. Lac d'Olts- 
chi, 45. Oltcheré, h. 10. Torrent 
de Wandel , 40. Torrent de Kraut, 
10. Brasti , h. 5. Falcheren , h. 10. 
Pont-Neuf, 35. Eïsebolgen, h. 10. 
Meyringen , b. 5. Total 5 1. y 2 . 

§ 19. ROUTES DE L'OBERLAND, 

lieues d'après Lutz. 

1° De Berne a Thun , 5 h. 10 m. 

Liebeck, 10 

Jolimont , 5 

Eckhœlzi, 15 

Eck, 5 

Mûri, 10 

Krailigen, 10 

Allmendigen , 20 

Klein-Hœchstetten , 20 

Rubisen , 20 

Schwand, 20 

Mùnsingen , 15 

Neuhaus, 15 

Nieder-Wichtrach, 20 

Ober-Wictrach, 10 

Murachern , 15 

Kiesen , 15 

Heimberg, 30 

Sulgbruck , 35 

Thun, 20 

2° De Berne a Thun, par Belp, G h. 



Sulgenbach , 
Gross-Wabern , 



15 m. 
20 



Klein-Wabern , 


15m 


Kehrsatz , 


15 


Steinibach , 


20 


Belp, 


10 


Heiteren , 


55 


Kramb u rgtrù mraer 




( à gauche ) , 


15 


Gelteriingen , 


10 


Burengut , 


15 


MuhJedorf, 


15 


Kirchdorf, 


20 


Klein-Kirchdorf, 


10 


Klein-Rœthe , 


10 


Uttigen , 


20 


Bains de Limpach 




(à droite) , 


10 


Uetendorf , 


15 


Pont du Glùtschbacli , 


5 


Péage , 


30 


Thun , 


35 



3° D'Unterseen a Meyringen, 
par Brienz , 6 h. 3 / 4 . 



Aarmiïhle, 

Interlacken , 

Pont sur l'Aar , 

Trajet* sur le lac jus- 
qu'à Brienz, 3 

Tracht, 

Pont de Glysibach , 

Kienholz ( bois ) , 

Pont de Gurgenbach , 

Pont de Wyler , 

Chute de TOltscheibach , 

Unter der Heid , 

Bal ni, 

Chute du Falcheren- 
bach , 

Neubrûck (pont) , 

Eisenbolgen , 

Meyringen , 



5 m. 
10 



15 

15 

10 

15 

45 

25 

5 

5 

15 

15 

30 

10 

5 



4° D'Unterseen a Meyringen , 

par lseltwald , 6 h. Vs- 

Matten , 20 m. 

Pont de Lûtschinen , 30 

Bœnigen , 5 

Pont, 10 

Eischwend , 15 

Sengg, 35 

Pont , 5 

lseltwald , 10 



n\ 



ROUTES DE L'OBERLAND. 



Maison du maître d'é- 




cole et Giessbach , 


65 m 


Inder Engi , 


20 


Wlnkel , 


GO 


Oltschibach (chute) , 


40 


Meyringen , 


65 



5° D'Unterseen a Tracht» che- 
min de voiture, 3 h. 45 m. 



Interlacken , 






15m. 


brunnen , par la Scheideck , 


Pont sur l'Aar , 






5 


6 h. V 8 . 


Golzwyl , 






15 




Golzwylersée, 






10 


Grund , 35 m. 


Rinkenberg , 






15 


Wergisthaî , 30 


Nieder-Ried , 






36 


Alpigeln , 1 h. 


Pont , 






20 


Wengerenalp, 1 15 


Klein-Oberried , 






10 


Wengeren , 45 


Gross-Oberried , 






20 


Mettlen, 15 


Ebligen , 






25 


Staldeniluh,. 20 


Pont, 






25 


Schiltwald, 10 


Brienz ,< 






15 


Wengen , 30 


Tracht, 






15 


Grund , 45 
Lauterbrunnen, 15 


6° De Meyringen a 


Grindelwald, 




9 h. 


45 


m. 




9° De Lauterbrunnen au Staub 



Voyez n° 4 jusqu'à : Chute supé- 
rieure du Giessbach, 3 h. 15 m. 
Im Boden , 
Tschingelfed , 
Faulhorn ( sommité ) , 
Bachsee , 
Bâcha lp, 
Hoîzmat , 
Grindelwald, 



l 



30 
30 
10 
25 
50 
5 



7° De Meyringen a Grindelyîàld, 

6 h. 55 m. 

Eisenbolgen , 5 m. 

Pont de l'Aar, 10 

Reichenbach , 20 

Willigen, 10 

Schwendi , 20 

Swh'gi , 15 

Sagemùhle ( moulin ) , 25 

Pont de Reichenbach , 5 

Schwandmatt r 10 
Bains de Roslaui, 1 h. 10 

Pont, 10 

Pont de Gemsbach , 15 

Guinmi , 15 

Rossa lp , 5 

Scheideck, 10 



Pont de Bergelbach , 45 ni. 

— sur la Lutschine , 35 
Glacier supérieur de 

Grindelwald, 25 

Pont sur la Lutschine , 25 

Moos, 15 

Poirt de Mùhlibach , 10 

Grindelwald, \W 



BACH, 10 m. 

10° De Lauterbrunnen au Schma- 
drirach, par Stechelberg, 4 h. 
30 m. 

Staubbach, 10 m. 

Pont de la Lutschine, 10 

Trùmmelbach , 10 

Im Grund, 10 

Stechelberg, 15> 

Schwendi , 5 

Reati, 10 

Sichellauenen, 10 
In der Matten , 5 

Trachsellauenen, 15 

Hauri, 10 

Hauteur, 15 

Prairies, 10 

Steinberg , 25* 

Lac d'Oberhorn , 45 

Steinberg , 45 

Schmadribach , 20 

11° De Lauterrrunnen auSchma- 

muBAcii, par Wintereck, 7 h. 
15 m. 

Hauteur du Staubbach, 50m. 



ROUTES DE L'OBERLAND. 


225 


Wlntereck , 


35 m. 


Kùblisbad , 


1 5 m 


Murren , 


40 


Neuhaus , 


5 


Grùmmelwald , 


40 


Unterseen , 


30 


Pont de Sefinen , 


35 






Pont de la Lùtschine , 


30 


14° De Thun a Grim 


DELWALD, 


Reuti , 


5 


9 h. % 




Jusqu'au Schmadri- 






bach , 3 h 
( Voyez la l re route. ) 


20 


A Unterseen ( voyez 
n° 13), 


4 h. % 


12° De Thun a Unterseen, par 


Matten , 
Ruine , 
Wilderswyl , 


20 
20 
10 


Gwatt , Leisingen , 6 h. 20 m. 


Durrenast, 
Gwatt 


35 m. 

5 


Pont de la Saxeten , 
Inscription , 


5 
20 


Pont de Kander, 
Rustwald , 
Lappigen , 
Wyler , 
Hœnrich, 


20 
30 
20 
15. 
20 


Sweylùtschinen , 
Pont de la Lûtschinen , 
Gùndlischwand , 
Bùlh, 
Burglauenen , 


30 
15 
20 
25 
45 


Aeschi , 
Krattingen , 
Krattiglialde , 


25 
30 
15 


Enge, 
Hôpital , 
Grindelwald , 


25 
40 
10 


Leisingen (bains) , 


15 






Pont de Fritzenba^h , 


5 


15° De Meyringen au 


Grimsel 


Pont de Kreuzbacb, : 


10 


G h. V 2 . 




Leisingen , 


10 






Ey, 


5 


Pont de PAar , 


15 m 


Darlingen , 


35 


Au haut de Kirchhet , 


10 


Bucbe , 


35 


Pont sur l'Aar, 


30 


Wagneren , 


20 


Imhof , 


10 


Aarmùhle , 


25 


Bottigen , 


5 


Unterseen , 


5 


Ochistein , 


15 


(Très-agréable, jolies vues.) 


Urweid , 


10 






Pont de Zubenbach , 


10 


13° De Thun a Unterseen , par 


Urweid-dessous , 


5 


Gunten , 4 h. d / k . 




Schwanden, 


5 






Pont, 


5 


Hofstetten , 


5 m. 


Benzenfluh , 


10 


Bœchigut , 


10 


Pont de Benzlauibach , 


5 


Pont de Hûnibach, 


5 


Im-Boden , 


10 


Eschenbùhl, 


10 


Aegerstein , 


5 


Hilterfingen , 


15 


Pont de Spreitbach , 


10 


Oberhofen , 


15 


Guttanen , 


15 


Oertli , 


35 


Pont de Tschingelmatt, 


15 


Herzigacker, 


5 


Pont de Schwarzbrunnen , 25 


Gunten , 


5 


Chute de l'Aar , 


5 


Pont de Pfannen , 


15 


Forêt , 


20 


Stammbach , 


10 


Pont de Aerlenbach , 


15 


Ralligea, 


5 


Chalet de la Handeck , 


5 


Merligui , 


30 


Helle-Platte , 


15 


Beatenberg (chemin du), 


30 


Petit pont de Bœgelein , 


ld 


Balmwald , 


5 


Grand pont, 


15 


Caverne de Saint-Béat , 


10 


Rocher , Bœse, Seite 




Suadlauenen , 


25 


(mauvais pas) , 


5 



10* 



226 



D'ARBERG A TAVANNES. 



Pâturages deRodcrischbo- 

den , 25 m. 

Pont de l'Hospice , 25 

L'Hospice, 15 



Observations. De tous les voya- 
ges en Suisse, celui de l'Obeiiand 
est le plus agréable , le plus fertile 
en scènes sublimes. On a coutume 
de s'armer d'un bâton ferré pour 
gravir les montagnes. Un guide 
coûte environ 5à6 francs par jour; 
on paie un jour de retour. Au 
Grindehvald et à Lauterbrunnen , 
les frais de coucher et de dîner 
sont d'un tiers plus chers qu'ail- 
leurs. 

Ouvrage à consulter. Wys a 
composé une œuvre estimée sur 
l'Oberland; 2 vol. in-8° et atlas, 
qu'on pourra consulter si l'on veut 
connaître à fond cette contrée. 



§ 20. De Berne a Aneth ( Tns ou 
Eis ) , 8 heures. 



Frauen-Capellen , 


2 h. 


AllenlufTlen, 


1 30 m 


Guminen , 


30 


Ferenbulm , 


1 


Kerzerz , 


ï 


Aneth, 


2 



Guminen , village bernois bien 
bâti, situé sur la Sarine au bas 
d'une montée très-longue et très- 
pénible. On y trouve deux auberges 
et une maison de péage. En 1476 , 
dans la guerre de Bourgogne , 
Charles le Téméraire y éprouva un 
échec; en 1798 une division fran- 
çaise y combattit contre un corps 
bernois. 

Aneth ( Ins ou Eis, en alle- 
mand ) , village du canton de 
Berne , entre Arberg et Neuchâtel, 
et entre Morat et Cerlier ( Erlach ), 
dans une position superbe. Aub. : 
l'Ours. Son territoire est bien cul- 
tivé et très-fertile en céréales et 
en vins; on y compte 140 maisons. 
Cette paroisse renferme 6 écoles et 



2,700 hab. On y a fondé en 1832 
une bibliothèque communale. En 
1798 un incendie consuma 26 mai- 
sons ; le dommage fut évalué à 
130,000 francs. 

Points de vue. Sur le lac de 
Neuchâtel , dans toute sa longueur 
jusqu'à Yverdun , la vue dont on 
jouit au presbytère est d'une 
grande beauté. A un quart de lieue 
de ce village, sur le chemin de 
Cerlier, on découvre d'un côté le 
lac de Bienne, Nidau , Bienne et 
l'île de Saint-Pierre; d'un autre 
côté, le lac de Neuchâtel, et en 
face leJolimont, au-delà duquel 
s'élève le mont Jura. 

Curiosités. On a trouvé des an- 
tiquités romaines à Brutteln , dans 
le voisinage d'Aneth. — Les bandes 
du sire de Coucy furent battues 
dans ce lieu par les Suisses, en \ 362. 

Faits géologiques. Des carrières 
d'un grès à grain grossier, que 
l'on exploitait déjà du temps des 
Romains , sont situées non loin de 
ce village. On y trouve une grande 
quantité de chamites , de muscu- 
lites, de tellinites, de bélemnites 
et deglossopètres. 



21. D'Arberg a Tavannes 

5 h. 35 minutes. 



Bûel, v. 45 m. 

Hermeringen, v. 15 

St-Nicolas , h. 20 

Belmond,v. 15 

Port, h. 15 

Nidau, p. v. 10 

Pont , 5 

Biel, p. v. 15 

Champagne, h. 10 

Boesingen , v. 15 

Frinvilliers, h. 30 

Ruine de Rontchâtel , 1 5 

Neuchenette , h. 20 

Burg-Pery , 5 

Hutte, h. i5 

Hauteur, 45 

Sonceboz, v. 10 

Pierre-Pertuis , 20 

Ta vannes, v. 10 



WEISSENBURG. 



m 



§ 22. De Berne a Weissenburg 
(bains), 10 h. environ. 

( V^ route de Berne à 

Thun à la table des 

routes.) 5 h. 10 m. 

Dùrrenast , h. 35 

Gwatt,v. 15 

Chemin d'Aeschi, 15 

Brodhaeusli, h. 1 5 

Pont de Simmen , 10 

Stutz,v. 30 

Latterbach , v. 20 

Erlenbach , v. 25 

Lehmern, h. 25 

Ringoldingen, h. 10 

Hasle,h. 25 

Weissenburg, v. 20 

Simmenthal (ou Siebenthal), 
grande vallée du canton de Berne. 
Elle débouche non loin du lac de 
Thun , au château de Wimmis ; 
l'ouverture en est fort étroite et 
pittoresque ; elle s'étend , entre les 
chaînes du Niesen et du Stockhorn, 
sur une ligne de 13 lieues de lon- 
gueur, jusqu'aux hautes mon- 
tagnes qui séparent le Valais du 
canton de Berne. La hauteur ab- 
solue des cimes des chaînes du 
Niesen et du Stockhorn est de 6 à 
8,000 pieds. 

Erlenbach, beau village du 
Simmenthal, à 1 lieue de Wim- 
mis, au débouché de la vallée. 11 
est situé dans une contrée fertile 
et bien cultivée. On y compte 
130 maisons et 600 hab. Ce village, 
élevé de 2,270 pieds au dessus de 
la mer, a de belles maisons bâties 
en bois. A côté du pré de la cure 
se voient encore quelques restes 
des murs du château d'Erlenbach , 
couverts de sapins et de hêtres. 
Divers éboulements et un grand 
incendie, arrivé en 17G5, ruinè- 
rent beaucoup la prospérité de 
cette paroisse ; mais les habitants 
surent réparer leurs pertes par 
leur activité et leur industrie. Les 
régents du district y ont fondé en 
1834 une bibliothèque qui compte 
400 volumes. —Les Bernois ache- 



tèrent ce village du seigneur de 
Brandis en 1439. — Ceux qui par- 
tent de Mùllinen pour aller sur le 
mont Niesen , et qui en redescen- 
dent du côté de 1 ouest, arrivent 
vers le soir à Erlenbach. A Thun, 
3-4 lieues. Entre Erlenbach et 
Wimmis s'ouvre la vallée de Diem- 
ten. Au N.-O. d'Erlenbach s'élève 
le Stockhorn. En montant le long 
de la vallée de Simmenthal, on 
arrive aux bains de Weissenburg 
en 1 heure Va- ( V. Weissenburg 
et Simmenthal. ) Il y a près de 
Bachthalen , dans le voisinage d'Er- 
lenbach , des mines de houille. 

Weissenburg, village bernois 
situé dans une gorge sur le Sim- 
menthal. Une colline taillée à pie 
dans le voisinage porte les ruines 
de son vieux château. On plante 
des pommes de terre dans l'inté- 
rieur de ses vastes murs d'enceinte. 
Weissenburg jouit d'un air exces- 
sivement pur , aussi y vient-on 
faire des cures de lait; depuis la 
reconstruction de la route on y a 
bâti une belle et vaste auberge. 

Weissenburg ( les bains de ) 
sont situés à une demi-lieue du 
village du même nom , du côté de 
l'ouest, et à 5 lieues de Thun, 
dans le bas Simmenthal , au can- 
ton de Berne. Le chemin qui y 
mène pénètre au travers des mon- 
tagnes jusque dans la gorge roman- 
tique où l'on trouve les bains. Il 
est trop étroit pour que les voi- 
tures puissent arriver jusqu'au bâ- 
timent, lequel a été construit vers 
la fin du xvir siècle. La source 
des eaux thermales sort à un quart 
de lieue de la maison des bains , 
dans une horrible fente de rocher 
dont le ruisseau de Buntschi oc- 
cupe toute la largeur. Lorsque ce 
ruisseau n'est pas grossi par les 
pluies, on peut aller sans danger 
jusqu'à la source ; mais il faut pas- 
ser pour cela sur des blocs de ro- 
chers , sur des troncs d'arbres , sui- 
des échelles , et même quelque- 
fois sur le dos des maîtres des bains 
( Badewaescher ) , dont la taille de 
cyclope et le pas ferme et assuré 



228 



BURGDORF. 



au milieu des eaux bruyantes du 
torrent, suffisent pour dissiper les 
mouvements d'inquiétude dont on 
pourrait être atteint. L'originalité 
de ce passage rend cette petite ex- 
cursion fort piquante. 

On fait beaucoup d'usage de ces 
bains contre les maladies de la 
poitrine et des poumons. Il y a 
32 baignoires pour les malades , et 
l'on paie 1 batz pour chaque bain 
que l'on prend. Lediner et le souper 
reviennent à 20 batz pat' tête , sans 
y comprendre le vin ; quant aux 
chambres , elles coûtent 10, 12 , 15 
ou 20 batz par jour. 

Chemins. Les voyageurs qui se 
proposent de poursuivre leur 
route dans la partie supérieure du 
Simmenthal , n'ont pas besoin de 
retourner au village. A quelques 
minutes de la maison des bains, 
on descend au fond du ravin qu'oc- 
cupe le ruisseau de Buntschi ; on 
passe le pont , et l'on suit un sen- 
tier qui va joindre le grand che- 
min à Oberwyl. De là on se rend 
par Vùstenbach, Boltingen, Wys- 
senbach , Garstadt et Laubeck , à 
Zweyssimmen , 4-5 lieues. On 
trouve de bonnes auberges à Bol- 
tingen et à Wyssenbach. Arrivé à 
Boltingen , on peut , quand on est 
à pied , aller à Wyssenbach en 
traversant les prairies par un sen- 
tier plus court que le chemin or- 
dinaire. On voit à droite, du côté 
de l'ouest, les Cimes-du-Midi (die 
Mittagshœrner ), remarquables par 
la singularité de leurs formes; le 
Schwarz-See (Lac Noir), duquel 
sort la rivière de la Sensé , est 
situé au pied des Cimes-du-Midi , 
du côté de l'ouest. Un sentier , 
qu'il ne faut pas prendre sans un 
guide, passe au milieu des Cimes- 
du-Midi et par la vallée de Belle- 
sarde , d'où il mène à Bulle et à 
Gruyères. 

§ 23. De Berne a Burgdorf, 
4 h. 30 m. 



Pierre mi 11. 
Mœttschwyl , h. 
Bohrmoos, h. 
Burgdorf , v. 



15m. 
30 
30 
30 



lîindelbanck (voir à la 
table) , 



2 h, 3 /v 



On abrège de % en passant par 
Baumgarten. 

Burgdorf ( en français Ber- 
thoud) , jolie petite ville du can- 
ton de Berne , au fond de l'Emme , 
sur le revers d'une colline considé- 
rable , et au débouché de l'Em- 
menthal. La situation en est ro- 
mantique et agréable. On y re- 
marque plusieurs beaux bâtiments, 
entre autres : l'hôtel-de-ville , le 
château bâti sur un rocher et qui 
date du vn c siècle , l'église qui cou- 
ronne une éminence située en 
face du château , le Grenier, et la 
maison des Orphelins. Cette petite 
ville renferme des fabriques de 
draps, de rubans, de tabac, de 
chocolat , des brasseries et une im- 
primerie. Elle est peuplée de 2,000 
habitants, et possède deux écoles , 
une bibliothèque de 4,000 vol. 
Grâce à sa position élevée , on y * 
jouit d'une vue très-étendue. 

Berthoud n'est qu'à 41. de Berne. 
Quand on va dans cette dernière 
ville en suivant le grand chemin 
qui y mène , depuis les villes de 
Zurich , Schaifhouse , Lucerne et 
Arau, on peut quitter la grande 
route à Herzogen-Buchsee et se 
rendre à Burgdorf, en prenant à 
gauche ; ensuite on ira à Berne , 
par le chemin le plus court ,41., 
ou bien en traversant l'Emmen- 
thal, par Langnau , etc. , G 1. (u. 
ces articles ). En allant de Berthoud 
à Langnau, on voit à gauche le 
château de Brandis. 

A l j k de 1. de la ville, non loin 
de l'Emme , on trouve au pied 
d'une colline de sable les bains du 
Sommerhaus ou du Lochbad , dont 
la position est également salubre et 
romantique. On y compte 21 
chambres de bains, dans chacune 
desquelles il y a trois baignoires. 
Les eaux n'ont ni saveur ni odeur , 
et ne déposent aucun sédiment. 
Leur température est de 9 e du 



RIGGISBERG. 



229 



thermomètre Réaumur. On vante 
beaucoup les vertus de ces bains 
contre les maladies rhumatismales. 

S 24. De Berne au Gurnigel, 
5-MiVa- 



Sulgenbach , h. 


15 m 


Gross-Wabern , h. 


20 


Petit-Wabern , h. 


15 


Kehrsatz, h. 


15 


Steinbach , h. 


20 


Oberried, h. 


10 


Toffen , v. 


35 


Kaufdorf, v. 


25 


Rûmligen , v. 


15 


Kirch-Thurnen , v. 


10 


Mùhlegraben , h. 


15 


Riggisberg , v. 


30 


Elbsehen , h. 


20 


Bloetsch, h. 


15 


Stalden, h. 


10 


Dûrrenbach , h. 


20 


Laas , h. 


15 


Forêt de Gurnigel ^ 


15 


Bains de Gurnigel , 


30 



Toffen, village bernois conte- 
nant 70 maisons. On y trouve une 
auberge. Le château, ancienne rési- 
dence seigneuriale , se fait remar- 
quer par ses jardins et ses bosquets. 
Toffen tire son nom des carrières 
de tuf qu'on y a fréquemment 
exploitées. On y a découvert des 
médailles romaines , une urne et 
un couteau de sacrifice en bronze. 

Riggisberg , village, bernois, 
renfermant 150 maisons et situé 
à 2,570 pieds au dessus de la mer. 
11 possède un château et une vieille 
église bâtie sur une éminence. On 
y trouve une auberge. 

Bains d'eaux soufrées du Gur- 
nigel. Sur la pente du nord-ouest 
de la montagne , et à côté d'un 
beau bois de sapins , on trouve les 
bains de Gurnigel, où l'on peut se 
rendre en carrosse , malgré la hau- 
teur considérable de leur situation. 
L'une des sources , connue sous le 
nom de Stockwasscr , sort de terre 
à la distance d'un quart de lieue 
du bâtiment des bains. Les eaux 
sont limpides, et ont une légère 



odeur de soufre; dès qu'on les 
porte dans les bains , elles se 
troublent ; après quoi elles repren- 
nent leur transparence. — Une 
seconde source , que l'on appelle 
Sclrwarzbi ûnnlein , sort aussi <le 
terre à V* de 1. des bains ; ces eaux 
ont une plus forte odeur de foie 
de soufre; elles sont très-limpides , 
mais le contact de l'air les décom- 
pose fort vite , et les rend blanches 
comme du lait. Comme les eaux 
de cette source sont plus actives 
que celles de la première , on les 
prend en douches; du reste, on 
boit aussi beaucoup sur les lieux 
des unes et des autres. Une longue 
expérience a mis hors de doute les 
vertus de ces bains contre l'hypc- 
condrie, les obstructions , les va- 
peurs , les hémorroïdes et les maux 
d'estomac : quant aux douches en 
particulier , on en voit d'excellents 
effets contre les accidents nerveux 
et dans les rhumatismes invétérés. 
La pureté et la bonté de l'air dont 
ces bains jouissent ne contribuent 
pas peu à en augmenter l'heu- 
reuse influence ; aussi tous les 
dimanches il s'y rassemble une 
nombreuse compagnie de person- 
nes de tous les états , et princi- 
palement de Bernois. Les hôtes des 
bains de montagnes, et particu- 
lièrement de ceux de Gurnigel , 
dont les bâtiments sont exposés 
au nord , et où ,. par conséquent , 
l'air devient froid et rude lorsqu'il 
survient des pluies , doivent se 
pourvoir de vêtements chauds 
pour se préserver des mauvais effets 
de ces variations subites dans la 
température de l'atmosphère. La 
maison adjacente au bâtiment des 
bains est montée sur un pied com- 
mode. On y trouve une table ou- 
verte , bien servie ( la nourriture 
et le logement coûtent 4 ou 5 liv. 
de Suisse , ou 6-7 liv. 20 s. de 
France , par jour) ; un billard , etc. 
Plusieurs chambres sont pourvues 
de cheminées. 

Le bâtiment des bains est divisé 
en trois compartiments à l'usage 
des hôtes , dans chacun desquels 



230 



DU R1GGISBERG AU GUGGÏSBERG. 



on se baigne en société; cependant 
les sexes sont séparés , et chaque 
personne a sa baignoire à part. 

Les douches se prennent en plein 
air, dans un lieu ombragé seule- 
ment par quelques sapins , où 
pendant les chaleurs il se rassem- 
ble un grand nombre de cultiva- 
teurs , qui y viennent , principa- 
lement les dimanches, de plusieurs 
lieues à la ronde. Ces bains offrent 
alors un aspect curieux tout-à-fait 
intéressant. 

Les appartements de la maison 
et la terrasse offrent une vue très- 
étendue sur toute la partie du can- 
ton comprise entre le Jura et les 
montagnes de l'Emmenthal, de 
même que sur la ville et le lac de 
Neuchâtel. Sur le Gurnigel supé- 
rieur, où l'on peut se rendre en 
une heure de marche depuis les 
bains , on découvre de plus les 
montagnes neigées et le lac de 
Thun; enfin du haut du Ganterisch 
on jouit de l'aspect de toutes les 
plaines et de toutes les collines de 
la Suisse situées entre Yverdun et 
le Bœtzberg , près de Bruck.. On y 
remarque une source d'eau sou- 
frée , ainsi que dans le voisinage 
du Zchwarzensée , que l'on voit au 
S.-O. dans la même série de mon- 
tagnes. (V. Guggisberg. ) 

Chemins. Du Gurnigel par le 
Ganterisch aux bains de Weissen- 
burg dans le Simmenthal, 5 1. — 
Au Guggisberg, 2 1. 



Plantes. Toutes ces montagnes 
sont riches en plantes alpines ; 
aussi les botanistes y font-ils de 
fréquentes excursions. 



§ 25. De Berne au 


Guggisberg, 


G h. Va 




Montbijou , h. 


10 m. 


Besenscheuer , h. 


5 


Liebefeld , h. 


15 


Kœnitz , v. 


15 


Alt-Landorf, h. 


10 


Sch^vanden , h. 


10 


Gasel , v. 


15 


Nieder-Scherli , T. 


1 h. 20 


Riedburg , h. 


35 


Pont, 


5 


Akenmatt , h. 


15 


Lanzenhaeusern , h. 


25 


Steinhaus , v. 


20 


Sehwarzenburg , b. 


3 


Brùller , 


30 


Riedstatt , h. 


40 


Guggisberg , 


30 



§ 2G. DU RlGGISBERG AU GUGG1S- 
berg , 3 h. 35 m. 



Hinter-Giebeleck, h. 


35 m. 


Ruttigrund , 


1 h. 15 


Baerenwart , h. 


15 


Unter-Rùscheck , h. 


10 


Rùscheck, v. 


10 


Gambach , h. 


15 


Sehwendi , h. 


15 


Ried , v. 


25 


Gu2gisber2 , v. 


15 



UNTERWALD. 



231 



CHAPITRE VIL 



CANTON D'UNTERWALD 

OU UNTERWALDEN, 
CONTRÉS BE GUILLAUME TELL 

ET DES LIBÉRATEURS. 



Situation et Population. Le 

canton d'Untenvalden est borné au 
nord par le lac des Quatre-Can- 
tons , à l'ouest par le canton de 
Lucerne, au sud par celui de Ber- 
ne, et à l'est par celui d'Uri. Sa 
surface est de 37 lieues carrées , et 
sa population de 25,500 âmes. 

Confédération. Il était le troi- 
sième entre les cantons fonda- 
teurs; il prit dès lors et occupe 
encore le sixième rang dans Ja 
confédération. Arnold de Mel- 
chthal , l'un des héros du Grùtli , 
était d'Untenvalden. 

Langue et Religion. Les ha- 
bitants parlent l'allemand et ap- 
partiennent à la religion catho- 
lique. Lors de la dissolution de 
l'évêché de Constance , Unterwald 
se plaça sous la direction du vi- 
caire apostolique Gœldlin, et, après 
de longues négociations infruc- 
tueuses , fut attaché provisoire- 
ment à l'évêché de Coïre ; une 
bulle du pape , donnée en 1835, 
l'a incorporé à l'évêché de Bàle. 
Quant aux ordres religieux, il y a 
les bénédictins d'Engelberg , les 
capucins de Stanz et de Sarnen , 
les bénédictines de Sarnen et les 
clarisses de Stanz. Le minimum 
du traitement d'un ecclésiastique 
est en général de 300 florins , le 
maximum de 1,200. 



Lacs et Rivières. On trouve 
dans l'intérieur les jolis lacs de 
Sarnen, de Lungern , de Melch 
dans la vallée de ce nom, et de 
Trub au pied du Titlis. 

Les deux rivières principales 
sont : la Melch , qui entre dans le 
lac de Lucerne à Alpnach; et YAa, 
qui se jette dans le même lac près 
de Buochs. 

PRODï CTIONS ET COMMERCE. 

L'agriculture est négligée dans ce 
canton. On y cultive la pomme de 
terre , le seigle , le froment, l'orge, 
les choux ,"les fèves , les pois et 
d'autres légumes , le chanvre , le 
lin , etc. 

Les arbres fruitiers sont extrê- 
mement nombreux ; les prairies , 
les jardins , les pâturages en sont 
couverts. On trouve des pommiers, 
des poiriers , des cerisiers , des 
pruniers , des pêchers et des abri- 
cotiers; le châtaignier et le figuier 
y prospèrent. 

Les fruits se consomment frais , 
séchés ou transformés en cidre. 
Presque toutes les maisons bien 
situées ont des treilles. 

La mesure du miel, pesant en- 
viron quatre, livres , vaut 2 à 3 flo- 
rins. La chasse est complètement 
libre. La pèche est plus lucrative 
que la chasse; elle est libre seule- 
ment à l'hameçon. 



232 



DE BRIENZ A LUNGERN. 



L'éducation des bestiaux , la fa- 
brication de fromages assez répu- 
tés, et la navigation sur les lacs, 
sont les seules branches d'indus- 
trie des habitants et l'unique com- 
merce qu'ils exploitent. 

Moeurs et habitudes. L'ancien 
costume national disparaît de 
plus en plus chez les hommes et 
chez les femmes ; celles qui sont 
mariées portent un petit bonnet 
qu'une dentelle solide décore en 
guise d'auréole ; le petit chapeau 
de paille couleur de soufre se voit 
plus rarement. La nourriture or- 
dinaire du paysan se compose de 
lait , fromage , pommes de terre 
et fruits; les personnes plus riches 
mangent de la viande. On fait 
quatre repas par jour. 

Climat. Le climat quoique varié 
est généralement sain et doux. 
Dans les hivers ordinaires , le ther- 
momètre reste entre et 7 ; dans 
les hivers rigoureux, il se main- 
tient entre 7 et 12 ; dans les étés 
chauds , il monte à l'ombre jus- 
qu'à 21 degrés. Les orages sont 
dangereux par les inondations 
qu'ils causent , inondations dont 
l'exploitation mal entendue du 
sol forestier augmente les dévasta- 
tions. Les saisons suivent leur cours 
ordinaire. La neige disparaît de la 
plaine en mars; le printemps est 
dans toute sa splendeur à la fin 
d'avril ou au commencement de 
mai. L'automne est, en moyenne, 
plus beau que l'été , et dure ordi- 
nairement jusqu'à la Toussaint. 

Communications. Les commu- 
nications avec les cantons du nord 
et de l'est n'ont lieu que par le lac 
des Quatre-Cantons ; des bateaux 
stationnent constamment dans les 
villages riverains de ce lac pour le 
transport des voyageurs et des 
marchandises; les prix sont réglés 
par un tarif. Il existe bien dans 
les montagnes des sentiers qui 
conduisent aux cantons de Lu- 
cerne et d'Uri ; mais ils sont diffi- 
ciles et peu fréquentés. On com- 
munique avec ceux du sud par le 
passage du mont Briinig qui des- 



cend à Brienz dans le canton de 1 
Berne. 

Instruction publique. Si les 
écoles ne sont pas organisées de 
manière à satisfaire complètement 
les exigences de l'époque actuelle f 
elles sont meilleures qu'on ne 
pourrait le supposer. On a beau- 
coup fait à cet égard plus en par- 
ticulier qu'en commun, plus dans 
le cercle de la famille que dans la 
vie publique , plus de la part des 
citoyens que de celle de l'Etat. 
Tous les enfants reçoivent une 
éducation quelconque soit à l'école, 
soit chez eux. Les objets d'ensei- 
gnement sont : la lecture , l'écri- 
ture , l'orthographe , le calcul , un 
peu de langue allemande et de 
composition , le catéchisme. On 
distribue des prix. Il y a trois 
écoles latines : le gymnase du cou- 
vent d'Engeîberg avec quatre pro- 
fesseurs, le collège de Sarnen avec 
deux professeurs, et l'école du cou- 
vent à Stanz. 

Division. Le canton se divise 
en deux parties : le haut et le bas 
Unterwalden (Obwalden et Nid- 
walden) ; chacune a son gouverne- 
ment particulier et son député à la 
diète , où les deux ne comptent 
que pour une voix. 

Le haut Unterwalden comprend 
sept communes : sllpnach, Kerns, 
Sarnen , Sachselen , Giswyl , 
Lungern et la vallée à'Engel- 
6 erg. 

§ 1. De Brienz a Lungern, ob 
de Mêyringen a Lungern, 4 h. 

5 m. 



Tracht , : 


h. 


Pont de Lammbach , 


15 m. 


Kienhoîz, 


10 


Pont de Gargenbach , 


15 


Pont de Wyler , 


45 


Wachthaus , 


50 


Limite , 


20 


Lungern , 


30 



Chemins. 4 Menés jusqu'à Lun- 
gern ; le chemin passe entre des 
rochers calcaires , des broussailles 



SARNEN. 



Î2Z 



et des arbres touffus , en suivant 
la petite vallée arrondie du Brû- 
rig , laquelle est entourée de fo- 
rêts ; et bientôt on se trouve , 
presque sans s'en douter , à la 
maison du péage, située sur le col 
de la montagne , à la frontière du 
canton de Berne. Du côté des 
hauteurs , l'on jouit de l'aspect 
des montagnes élevées qui sépa- 
rent les vallées de Hasli et de Grin- 
delwald; rien de plus frappant que 
la vue que l'on découvre dans les 
régions inférieures sur le bas Hasli, 
que l'Aar traverse en serpentant , 
et sur le lac de Brienz. 

Lungern , village du canton 
d'Unterwald. auberge : le Soleil. 
Cet endroit est situé dans une val- 
lée romantique au bord du Lun- 
gernsée , petit lac de Vs 1- c ^ e long. 
On y trouve deux écofes. L'église 
est une des plus anciennes du 
pays depuis que la plupart des 
autres ont été rebâties. 11 y a à 
Lungern 6 chapelles, 180 maisons 
et 1,400 hab. 

On vient de terminer dans cette 
commune une entreprise d'utilité 
publique bien remarquable : l'a- 
baissement du lac qui embellissait 
la vallée , mais dont l'étendue 
comparative enlevait plus de 800 
arpents à l'agriculture. 

De Lungern à Sarnen , 3 1. Sur 
le chemin qui y mène , l'Aa, ruis- 
seau par où les eaux du petit lac 
s'écoulent , forme deux cascades 
fort pittoresques, l'une à 3 / 4 de 1. 
de Giswyl , et l'autre à 1 1. V4 de 
la première. Il faut un peu se 
détourner du chemin pour les 
voir. 

Depuis le Brûnig , la vallée 
principale d'Obwakien offre un 
genre de paysages qui lui sont 
propres. On n'y voit ni aiguilles , 
ni parois de rocs décharnés , ni 
glaciers , ni montagnes de neiges, 
ni torrents dévastateurs , ni cam- 
pagnes parsemées de débris : par- 
tout des formes arrondies et gra- 
cieuses , des vallons , des collines 
et des montagnes couvertes de la 
verdure la plus fraie lie , des habi- 



tations disséminées sur tous les 
points , et des forêts qui dérobent 
à la vue tous les contours angu- 
leux des rochers. Le silence , le 
calme, qui régnent de toutes parts 
dans cette vallée romantique , 
s'emparent de toutes les facultés 
de l'àme , et la livrent à la plus 
douce mélancolie. 

Brûnig ou .Briining , passage 
très-commode pour traverser à pied 
ou à cheval les montagnes qui sé- 
parent les cantons d'Unterwald et 
de Berne. Ce chemin mène à Mey- 
ringen et à Brienz , dans l'Oberland 
bernois. Le Weilerhorn, qui s'élèv€ 
au dessus de Brûnig, a 4,545 p. 
de hauteur au dessus du lac de 
Luccrne. Au point le plus élevé du 
passage, on trouve une douane où 
l'on peut passer la nuit. La vue 
dont on y jouit sur le lac de Brienz 
et sur la vallée de Hasli est très- 
belle. Pour s'y rendre depuis Lun- 
gern , on longe simplement une 
vallée sans rencontrer aucune 
montagne; mais la montée est plus 
rapide quand on vient du côté de 
Brienz , d'où part le Brûnig. On 
peut aller en un jour à Alpnach , 
sur le lac des Waldstetten. Après 
qu'on a gravi le Brûnig , on arrive 
sur un plateau d'où la vallée de 
Hasli se déploie aux regards ; c'est 
une des plus belles vues dont on 
puisse jouir , surtout s'il y a du 
soleil. 

§ 2. De Lungern a Sarnen ,, 
3 h. 20 m. 



Kaisersthul , 
Rudenz, 
Péage y 
Eùwyl, 
Saxseln , 
Chapelle , 
Sarnen , 



40 m>. 

35 

35 

15 

35 

35 



Kaïserstiiul , hameau du can- 
ton d'Unterwald. On y remarque 
une petite chapelle. Un sentier con- 
duit de là à la galerie creusée pour 
l'écoulement du lac. 

Sarnen, chef-lieu du haut Uiv 



234 



ALPNACH. 



terwald. Auberges : la Clef, le 
Cor-de-Chasse. Pop. 3,500 h. avec 
les communes qui y appartiennent. 

Ce beau bourg est situé dans une 
vallée romantique, au bord du lac 
du même nom, et dans le lieu où l'on 
voit sortir la petite rivière d'Aa. Sur 
la colline dont il est dominé , on 
voyait autrefois le château de Lan- 
denberg , dont les gens de campa- 
gne s'emparèrent par stratagème le 
1 er janvier 1308. Elle est occupée 
actuellement par l'arsenal et la 
maison des tireurs ; c'est aussi là 
que lalandsgemeinde se rassemble. 
On y jouit de la vue de toute la 
gracieuse vallée dont Sarnen fait 
partie. Ce joli bourg renferme 150 
maisons , une imprimerie , un hô- 
pital, un théâtre et deux chapelles. 
L'église paroissiale , qui occupe 
aussi une hauteur, est un bâtiment 
d'une belle architecture. L'hôtel- 
de-ville est orné de portraits de 
plusieurs landammanns et de ta- 
bleaux représentant saint Nicolas 
de Flûe , et les horribles traite- 
ments que subit le père d'Arnold 
de Melchthal ; ils sont du peintre 
Wùrsch. Il faut voir dans une pièce 
le relief du Canton avec le Hasli 
par l'ingénieur Mûller : ce relief 
est au 40 millième. Nous nomme- 
rons encore un vaste collège et 
deux couvents , l'un de capucins 
et l'autre de religieuses. 

La délicieuse vallée pastorale qui 
orne les bords du lac de Sarnen , 
vue du haut de cette colline , offre 
un aspect singulièrement agréable 
et plein de charmes. Au N.-O. s'é- 
lève le mont Pilate , et au S.-E. le 
Misiberg. 

Environs, Saxeln est situé sur 
la rive orientale du gracieux lac de 
Sarnen : le petit trajet qui sépare 
ce village du bourg offre une jolie 
promenade. On peut aussi se pro- 
mettre beaucoup de plaisir d'une 
partie de bateau sur ce joli bassin, 
dont la longueur est de 1 1. V? sur 
Vs de largeur. Le calme de toute 
la - nature , la fraîcheur des rives 
du lac , la verdure des montagnes , 
sur lesquelles on distingue quan- 



tité de maisons , les groupes pitto- 
resques d'arbres de la plus belle 
venue, tout concourt à donner aux 
contrées dont on est environné un 
caractère vraiment pastoral. Ce 
petit lac est très-poissonneux. La 
rivière qui en sort et qui passe près 
de Sarnen , où elle reçoit les eaux 
du Melilbach , se nomme l'Aa. — 
A Saxeln on voit une très-belle 
église ornée d'un grand nombre de 
colonnes de marbre; il y en a 8 
dont chacune est d'une seule pièce. 
Les principales carrières d'où l'on 
a tiré le marbre dont elles sont 
construites se trouvent dans le 
Melchthal. 

Saint-IVicolas de Flûe. On con- 
serve dans cette église les osse- 
ments de Nicolas de Flùe dans un 
cercueil précieux qui y attire un 
grand concours de pèlerins. Tous 
ceux qui vont voir sa cellule em- 
portent quelques fragments du 
bois dont elle est bâtie. On conserve 
encore deux épées , deux cuillers 
de buis et un gobelet d'argent dont 
le frère Klaus se servait avant sa 
retraite. 



§ 3. De Sarnen a Al 


PNAeH, 


1 h. 45 m. 




Pont sur l'Aa, 


5 m 


Bizighofen , 


10 


Kegiswyl , 


40 


Schlieren , 


30 


Pont de Schlieren ; 


10 


Alpnach , 


10 



Alpnach , village du canton 
d'Untenvald , situé au fond d'une 
baie mélancolique formée par le lac 
des Waldstetten, et à l'embouchure 
du ruisseau de Melch, qui sert d'é- 
coulement aux petits lacs de l'Ob- 
walden. L'église paroissiale est fort 
belle et mérite d'être visitée. Pop. 
1,350 h. Hôtel du Cheval-Blanc, 
au Stad, au bord du lac : on y trou- 
ve voitures , chevaux pour le Pi- 
late, pour le Rigi, pour Lungern ; 
on a construit une nouvelle route 
qui passe par la vallée d'Unter- 
walden. 



KERNS. 



235 



Distances. De Stad à Alpnach , 
V 2 h.; Sarnen, 1 h. 7 2 ; Saxeln , 
V 2 h. ; Giswyl , 1 h. ; Lungern , 1 
h. Vi ( total > 5 h 0- I>e Stad à 
Brienz, par Lungern , 8 h. ; à 
Meyringhen , par Brienz , 11 h. ; 
de 'Stad , par Sarnen , Kern s , 
Stanz , Wolfenschiessen , Grafe- 
nort, Engelberg, 8 h. ; d'Alpnach, 
par Je lac , à Lucerne , 3 h. Weg- 
gis , 3 h. Kûssnacht , 5 h. Brun- 
nen , 6 h. FJùelen , 10 h. 

Curiosités. Ceux qui , étant à 
Alpnach , veulent aller par le lac à 
Stanztad ou à Winkel , feront bien 
de débarquer auprès du Rotzloch , 
pour contempler la cascade que 
forme le Mehlbach dans la fente 
des rochers romantiques désignés 
sous le premier nom. On y voit 
une papeterie et une source d'eau 
soufrée. Si l'on remonte le Mehl- 
bach , on arrive dans la vallée 
d'Oedwyl ou de Drachenried ( ma- 
rais du Dragon) ; on le nomme 
ainsi à cause d'une caverne spa- 
cieuse située vers la droite , et qui 
s'appelle la grotte du Dragon [Dra- 
gon-loch). Sur la gauche est le 
Rotzberg, sur lequel on aperçoit 
les ruines du château du bailli 
Wolfensschiess , si fameux dans 
l'histoire de la Suisse. 

Chemins. D'Alpnach , par 
Schlieren et Kegiswyl , à Sarnen , 
3 1. — A Winkel , par le lac, ou à 
pied , en passant la Renhc, 2 ]. , 
et de là à Lucerne à pied, 1 1. — 
A SLanztadt ) par eau , 2 1. 

§ 4. De Sarnen a Stanz , 3 1. 

Melchthal , vallée du canton 
d'Unterwald , qui débouche entre 
Sarnen et Kerns , et s'étend au S.- 
E. sur une ligne de 3 lieues entre 
des montagnes de G-8,000 p. de 
hauteur. — C'est une contrée fer- 
tile en pâturages alpestres ; quoi- 
que couverte d'une multitude de 
cabanes , elle offre un aspect éga- 
lement sauvage et romantique. 
Elle est arrosée par le Melchthal, 
qui prend sa source dans la Mel- 
chsée. On traverse cette vallée 



pour se rendre de Kerns et Sarnen 
par l'Engsteln-Alpe dans le Gen- 
tel-Thal , au canton de Berne, ou 
bien à Engelberg. 

C'est dans cette paisible vallée 
qu'habitait Arnold de Melchthal, 
l'un des trois fondateurs de la 
confédération; là vivait aussi vers 
la lin du xv e siècle le saint ermite 
Nicolas ( Klaus ) de Flue , qui en 
resserra les liens prêts à se rompre, 
Le vallon charmant qu'occupait 
sa cellule attire encore de nos 
jours un grand nombre de pèle- 
rins. 

Chemin. Près de Stanz , débris 
de la chapelle d'Arnold et deStruth 
de Winkelried. A Aernenmoos, ou 
Ennenmoos , on voit une chapelle 
dédiée à saint Jacques et consacrée 
dès l'an 1340. On traverse le Dra- 
chenried , qu'arrose Je Mehlbach ; 
ce ruisseau se fraie un passage au 
travers de la gorge romantique et 
pittoresque du Rotzloch pour aller 
se jeter clans le lac de Lucerne. Du 
côté gauche s'élève le Rotzberg , et 
sur la droite la montagne où l'on 
montre la caverne du Drachenloch, 
qui servait de rejjaire à l'affreux 
serpent dont Struth délivra ses 
concitoyens. Les personnes qui 
n'ont pas vu le Rotzloch feront 
bien de quitter le chemin pour 
descendre dans cette gorge , car 
elle vaut réellement la peine d'être 
visitée. La foret du Kerrrwald s'é- 
tend au pied de la Blum-Alpe , 
montagne de 4,302 pieds d'éléva- 
tion ; on rencontre les habitations 
dispersées du village de Veiss- 
Oehrli , et Kerns , situé dans 
l'Obwalden , à 2 lieues de Stanz. 

Kerns , grande paroisse peuplée 
de 2,200 hab. y compris les ha- 
meaux qui en dépendent. On y re- 
marque l'église paroissiale bâtie en 
1813 , sur l'emplacement de celle 
incendiée la même année. L'an- 
cienne église renfermait divers 
objets précieux qui devinrent la 
proie des flammes , tels que des ta- 
bleaux de Wursch, le baptistère 
où Nicolas de Fluë fut baptisé , les 
tombeaux des ermites Ulrich et 



236 



STÀNZ. 



Cécilia. La nouvelle église , d'un 
style léger et gracieux , se fait re- 
marquer par sa façade pleine de 
goût ; on y voit des autels de mar- 
bre auxquels Abare , Wolmar , De- 
schwanden, Messmer, ont travaillé, 
et un orgue du Wurtembergeois 
Keine. Le campanile , haut de 273 
pieds, a une sonnerie harmonique. 

STANZ. 

St&nz , chef-lieu du canton 
d'Unterwald, ainsi que de la partie 
de ce canton qu'on nomme le Nid- 
walden. — Auberges : la Cou- 
ronne , l'Aigle. — Ce bourg est 
situé dans une belle et riante val- 
lée, couverte de prairies fertiles, 
entre la montagne de même nom 
et le Bùrgenstock (2,316 pieds) , à 
égale distance des golfes de Buochs 
et de Stanztad , c'est-à-dire à une 
lieue de l'un et de l'autre. Pendant 
82 jours , depuis le 11 novembre 
jusqu'au 2 février , il est privé de 
la vue du soleil, tout l'après-midi. 
Cet astre ne semontreque peu de 
temps le matin entre le Brisenberg 
et le Stanverberg. Ce bourg con- 
tient 80 maisons et une population 
de 1,200 âmes. 

Curiosités. 1° L'hôtel-de- ville , 
où l'on voit un grand nombre de 
portraits représentant les chefs de 
la république ; ce monument rap- 
pelle le souvenir de la diète de 1481 , 
de Nicolas de Flùe,et de l'admission 
de Fribourget Soleure dans la con- 
fédération. Les archives y sont 
renfermées, ainsi qu'un beau ta- 
bleau de Volmar, représentant les 
adieux de Nicolas de Flùe à sa fa- 
mille ; 2° l'arsenal : on y conser- 
vait ci-devant la cotte de mailles 
que portait Winkelried à la ba- 
taille de Sempach ; 3° l'église qui 
est ornée de colonnes de marbre , 
elle a été bâtie en 1641. On y re- 
marque sept autels , une chaire 
magnifique, deux orgues, et des 
figures colossales de saints en 
gypse. Sous le sol, du côté de l'o- 
rient, est une chapelle appelée Ma- 
ria Zum:Heerde ,. ancien lieu de 



pèlerinage. Le dôme de l'église 
s'élève à plus de 200 pieds ; il est 
surmonté d'une étoile, d'un coq et 
d'un croissant au lieu d'une croix. 
Dans le portique , une inscription 
en lettres d'or gravée sur une co- 
lonne rappelle le souvenir de l'in- 
cendie terrible de 17 13. Le charnier 
attenant au cimetière renferme le 
monument érigé en 1807 à la mé- 
moire des Unterwaldois morts en 
1798; 4° près de cette église, sur 
une colonne , la statue du magna- 
nime Arnold de Winkelried ; 5° sa 
maison, située près du bourg, 
subsiste encore , et appartient à la 
famille Trachsler. Dans une petite 
chapelle derrière l'église, un mo- 
nument élevé en la mémoire de 
ceux qui, en 1798 , moururent en 
défendant leur patrie contre les 
Français ; on lit l'inscription qui 
suit : « Den erschlagenen from- 
men Unterwaldnern von 1798, 
von ihren edeldenkenden Freuden- 
und Verwandlen gewidmet. » 
6° Le couvent des Capucins fondé 
par le chevalier Melchior Lussi, de 
1581 à 1585 ; le personnel se com- 
pose ordinairement de 8 pères et 2 
frères. L'église de ce couvent est 
belle ; on y remarque un autel avec 
un calvaire artistement construit 
en tuf. (La bibliothèque est très- 
considérable; 7° le couvent des 
Clarisses fondé en 1621 ; le per- 
sonnel se compose de 30 sœurs pré- 
sidées par une abbesse. 

Promenades et Points de vue. 
Le château de Wolfenschiess. 
— Stanz est environné de riantes 
prairies couvertes d'une multitude 
de noyers et autres arbres fruitiers, 
à l'ombre desquels on trouve les 
plus jolies promenades. Pendant 
la soirée, le chemin de Stanztad est 
surtout intéressant. On découvre 
des vues charmantes au Knyri et 
au couvent des Capucins. De Stanz 
on monte en 1 heure sur le fa- 
meux Rotzberg , où l'on voit les 
mines du château de Wolfens- 
chiess , dont les masures servent 
de demeure à un ermite. La som- 
mité du Rotzberg a 900 pieds au 



WOLFENSCHJESSEN. 



237 



dessus du lac de Lucerne. On y 
découvre une très-belle vue sur ce 
superbe bassin , sur ses divers 
golfes, sur les monts Rigi , Pilate, 
etc. — A un quart de lieue de Stanz, 
on rencontre sur le chemin de 
Buochs une place munie de 
bancs et plantée de grands tilleuls; 
c'est là que le peuple de Nidwalden 
se rassemble toutes les années pour 
tenir ses landsgemeinden. On 
trouve une source périodique à 
mi-côte du Bûrgenstock , auquel 
la vallée de Stanz est redevable de 
la douceur de son climat , en ce 
qu'il la défend des vents du nord. 
Au pied de cette montagne est si- 
tuée une maison connue sous le 
nom de Bergle, d'où l'on jouit d'une 
très-belle vue. 

Stanz. Ce village, magnifique- 
ment situé au bord du lac de Lu- 
cerne, fut réduit en cendres le 9 
septembre 1798. La tour que l'on 
y voit sur le rivage a probablement 
été construite dans l'intervalle de 
12G0 à J308. Du haut de l'ancien 
phare, une pierre de moulin, lancée 
par les Unterwaldois , fracassa la 
barque des Lucernois , partisans 
de l'Autriche , avant la bataille de 
Morgarten. Le reste de la flottille 
fut détruit par les habitants accou- 
rus et par la barque d'Uri, qui se 
nommait le Renard. Du haut de 
la tour on jouit d'une vue magni- 
fique depuis le centre du lac jus- 
qu'à Kûssnacht , Alpnach et Win- 
kel. Non loin de Stanz est située à 
gauche la gorge du Rotzloch ; à 
droite, au pied du Bùrgen , le 
village de Kirsiten , et vis-à-vis le 
village de Hergiswyl , et une mai- 
son isolée qu'on nomme arn Klau- 
sen. Ces divers sites sont extrême- 
ment pittoresques , et méritent 
bien qu'on leur consacre une pro- 
menade sur le lac. 11 y a des canti- 
nes ou caves froides dans les ro- 
chers près de Hergiswyl. Popula- 
tion : 1,000 habitants. 

Chemins, Curiosités. De Stanz 

| à Buochs , 1 lieue. Non loin de là , 

on arrive à Wyl sur l'Aa , petite 

rivière qui prend sa source dans 



les Alpes-Surènes et arrose la vallée 
d'Engelberg. 

Wyl , petit village où Ton trou- 
ve un grenier bâti en 1778 et non 
utilisé maintenant, une auberge, 
la maison du tir des habitants de 
Stanz et quelques autres habita- 
tions. C'est ici que se réunit la 
landsgemeinde du Nidwald. L'en- 
ceinte, en forme d'amphithéâtre , a 
6,000 pieds carrés et est entourée 
de châtaigniers. 

Buochs , village du canton d'Un- 
terwald , sur le lac des Waldstet- 
ten , entre les Buochserhorn et le 
Bùrgenstok. On y jouit d'une très- 
belle vue sur le bassin superbe que 
forme le lac jusqu'à Brunnen , sur 
les rives délicieuses de Scrrwytz et 
sur la montagne pyramidale du 
Mythen. A gauche on voit le Rigi , 
au pied duquel s'étendent les ha- 
bitations du modeste Gersau. A 
droite on aperçoit le Sélisberg , et 
au pied de la montagne, Becken- 
ried , village où l'on peut se rendre 
en 1 heure depuis Buochs , en sui- 
vant le rivage du lac. Il se com- 
pose de deux endroits de même 
nom occupant un agréable coteau 
dont les prairies fertiles sont sou- 
vent endommagées par des ébou- 
lements et les débordements des 
ruisseaux qui l'arrosent. Dans le 
village supérieur se voit une église 
bien bâtie. Si de Beckenried on 
monte sur l'Emmeten, on passe 
près d'une cascade connue dans le 
pays sous le nom de Staubbach ou 
de RauschbaclL. 

§ 5. De Stanz a Engelberg ,4b. 



Dallenwyl, 


lh. 




Pont sur l'Aa , 




15 m. 


Wolfenschiessen , 




10 


Doerfli , 




20 


Grafenort , 




45 


Forêt , 




10 


Erspe , 




50 


Engelberg, 




30 


(Ebel compte 4 lieues 3 /;« 





Wolfenschiessen , village peu- 
plé de 700 habitants. On y remar- 



238 



LE T1TLISBERG. 



que une belle église paroissiale 
bâtie en 177G. Le chœur renferme 
le tombeau du frère Scheuber , 
contemporain et beau-fils de Nico- 
las de Fluë , et dans le portique 
32 tableaux représentant des scènes 
de sa vie. 

Alzelen. A une lieue de Wol- 
fenschiessen , sur la gauche de la 
route , on voit encore la cabane qui 
fut habitée par Conrad Schreuber. 
C'est ici que Baumgarten assom- 
ma, en 1307, le baiili autrichien 
de Rotzberg , qui voulait séduire 
sa femme. 

Grafenort , hameau unter- 
waldois , situé au pied du Wal- 
lenstoek. Il se compose d'une cha- 
pelle , d'une grande ferme appar- 
tenant au couvent d'Engelberg, et 
de quelques habitations dissémi- 
nées. La contrée est solitaire, mais 
riche en prairies et en arbres frui- 
tiers. 

Engelberg, couvent de béné- 
dictins situé dans une vallée très- 
romantique, entourée de hautes 
montagnes , laquelle fait partie du 
canton d'Unterwald. Il n'y a 
qu'une auberge dans le village 
d'Engelberg ; du reste les voyageurs 
sont fort bien accueillis dans le 
couvent. Un groupe de maisons 
forme ce qu'on appelle le village 
d'Engelberg; c'est là qu'habite le 
conseiller Muller, qui s'est beau- 
coup occupé de la mesure des 
montagnes de la Suisse , et a levé 
trois cartes magnifiques de ce 
pays; il confectionne aussi des 
reliefs qui représentent diverses 
contrées des Alpes , et possède une 
collection minéralogique très-cu- 
rieuse. 

Particularités remarquables 
relatives au couvent. La biblio- 
thèque du couvent possède 20,000 
volumes , du nombre desquels 
sont 200 ouvrages du xv e siècle , et 
des copies de quelques écrits in- 
édits du célèbre Égide Tschudi , 
historien de la Suisse. On y trouve, 
dit-on , un ouvrage où on a re- 
connu les éléments du système de 
Gall. Il n'existe pas d'autre biblio- 



thèque dans le canton d'Unter- 
wald. L'église du couvent possède 
un beau tableau représentant l'As- 
somption de la Vierge. Les loge- 
ments de l'abbé et des moines sont 
simples et propres ; ceux des étu- 
diants sont au rez-de-chaussée. Les 
religieux ont une institution; ils 
enseignent le latin , la géographie 
et l'histoire. La rue qui s'étend du 
côté de l'abbaye se nomme village 
d'Engelberg. — Non loin du cou- 
vent on voit un grand magasin de 
fromages et les beaux chalets de 
l'abbaye. On y remarque 20 sources 
abondantes qui se réunissent pour 
former le ruisseau nommé Erlin- 
bach. Dans une chapelle au nord, 
jolis vitraux. 

Curiosités de la vallée. L'église 
du couvent est située à 1,8GS pieds 
au dessus du lac des Waldstetten, 
et par conséquent à 3,180 p. au 
dessus de la mer. La vallée est ex- 
trêmement exposée aux lavanges. 
Du reste , elle est très-riche en 
bonnes eaux. A */ 2 l. du monastère 
on voit descendre de l'Engelberg le 
ïetschbach , qui forme une su- 
perbe cascade. Plusieurs autres 
ruisseaux se précipitent du haut des 
montagnes. lien est un, entre au- 
tres, qui semble sortir du milieu 
d'une paroi de rochers. Dans la pe- 
tite vallée latérale de Horben , 
située dans un lieu que l'on appelle 
le Bout-du-Monde , on trouve une 
source périodique qui ne coule que 
depuis le mois de mai jusqu'à ce- 
lui d'octobre. Dans la plus grande 
partie de la vallée on passe six se- 
maines de l'année sans voir le 
soleil. 

Le Titlisberg. Cette haute 
montagne , qui , selon M. Millier , 
a 8,725 p. au dessus du lac des 
Waldstetten, et 10,710 pieds au 
dessus de la mer (10,818 pieds 
selon M. de Saussure), s'élève im- 
médiatement au dessus de cette 
petite vallée. C'est sur le sommet 
de la Black-Alpe , et au pied du 
Blakstotek et du Spanéter, dans la 
chaîne des Alpes-Surènes , que le 
Titlis et le Grassen qui l'avoisinent 



LE T1TLISBERG. 



239 



offrent l'aspect Je plus surprenant. 
Ce fut en 1744 que l'on monta 
pour la première fois sur cette 
haute montagne. On y découvre 
toute la chaîne des Alpes depuis 
la Savoie jusque dans le Tyrol et 
dans la Carinthie, et toute la 
Suisse jusqu'à 40 1. de distance du 
côté de la Souabe et des pays vi- 
gnobles situés sur les bords du 
Rhin. En 1797, M. Millier trouva 
que la calotte de neige qui couvrait 
le sommet de cette montagne avait 
le G août 175 pieds d'épaisseur. 
On assure que par un temps très- 
serein on peut, du haut, distin- 
guer, un peu avant le lever du 
soleil, la cathédrale de Strasbourg, 
à l'aide d'une bonne lunette. Ceux 
qui veulent faire cette excursion 
doivent partir dans l'après-midi 
de la vallée, et passer la nuit dans 
un des chalets les plus élevés. 

Chemins. Deux sentiers con- 
duisent dans le Meichthal : l'un 
passe par le Storreck ; l'autre 
plus court , mais excessivement 
roide, traverse la Min-Alpe et le 
Juchli ou Jauchli (5,346 p. au des- 
sus du lac). 

Par les yîlpes-Snrènes. Ce 
sentier mène d'Engelberg à Altorf 
en 9 heures. D'abord par la vallée 
de Surènes, où le Stierbach forme 
une cascade magnifique; puis par 
la Black-xVlpe , située entre le 
Blakenstock, le Rothstock (qui a 
plus de 9,000 pieds au dessus de 
la mer), et les bases des Alpes- 
SurèneSj parmi lesquelles on dis- 
tingue le Spanéter, montagne de 
( 10,000 pieds de hauteur. C'est du 
I sommet de la Biack-Alpe que l'on 
trouve le point de vue le plus ad- 
mirable du Titiis , du Grassen et 
des autres sommités voisines. De 
là on a 1 I. 1 / 2 de montée jusqu'au 
point le plus élevé du passage, qui 
n'est qu'à peu de distance de la 
source de l'Aa, et où l'on trouve 
presque toujours de la neige. C'est 
au Surenek (5,815 p. au dessus du 
lac ) que commence le chemin ef- 
frayant , mais nullement dange- 
reux, qu'on nomme le Bockgi; ce 



sentier mène en 2 heures par la 
vallée de Walnacht, soit à Erstfeld, 
soit à Attinghausen, village de la 
vallée de la Reuss. 

Par le Jochberg à Meyringen, 
dans le pays de Hasli, 12 1. Cette 
route n'est pas moins curieuse que 
la précédente , par les scènes éga- 
lement sauvages et majestueuses 
que ces montagnes hérissées de 
rochers y mettent sans cesse sous 
les yeux du voyageur. On va 
d'abord à l'Alpe inférieure de 
Trûbsee , 2 1. ty 4 ; pour s'y rendre 
on peut choisir entre deux che- 
mins : le premier, qui passe à 
gauche , est le plus court ; on tra- 
verse de belles prairies , et l'on 
gravit la montagne par une pente 
roide et très-fatigante. Le second 
suit la droite, et tourne les ram- 
pes escarpées , ce qui le rend le 
plus commode; il est d'ailleurs 
plus intéressant pour le minéralo- 
giste et le botaniste. Près des cha- 
lets de l'Alpe inférieure du Trûb- 
see , on découvre une vue pitto- 
resque sur le Laubergrat et le 
Titiis , lequel s'élève au S.-E. — 
De l'Alpe inférieure du Trùbsee à 
la supérieure, 1 1. Cette montagne 
est parsemée de grands blocs de 
rochers tombés autrefois de l'Oxen- 
berg et du Gaisberg. Il est facile 
de s'égarer au milieu de ces dé- 
bris , et quand cela arrive il est 
impossible de se faire entendre à 
une certaine distance ; ainsi les 
voyageurs doivent avoir soin de ne 
pas s'écarter de leurs guides. Le 
Trùbsee, petit lac très-profond, 
mais qui n'a que 1 /g lieue de cir- 
cuit, est situé à la hauteur 6,720 
pieds au dessus de la mer , entre 
le Bitzistock, le Laubergrat, l'Oxen- 
berg et le Gaisberg. Depuis l'Alpe 
supérieure du Trùbsee on atteint, 
sur le sol du Jochberg , le point le 
plus élevé du passage , 1 1. 3 /4« Ces 
hauteurs sont toujours couvertes 
de neiges. Du col du Jochberg à 
l'Engstlen-Alpe, par une descente 
fort roide, 1 1. Cette dernière mon- 
tagne est à moitié chemin, et l'on 
peut y passer la nuit dans les chalets. 



240 



LE GRUTLI. 



§ 6. De Stanz a Brunnen. 

On va de Stanz à Buochs , pays 
agréable , pittoresque , beaux ar- 
bres , routes bien plantées. 

De Buochs à Brunnen par eau , 
31. 

Brunnen , village du canton de 
Sclrwytz , sur le lac des Waldstet- 
ten. auberge : l'Aigle-d'Or *. 
C'est à Brunnen que la Muotta se 
jette dans le lac. C'est là que fut 
formée l'alliance helvétique , là 
que la première pensée de liberté 
échauffa le cœur des libérateurs. Un 
petit édifice, réparé en 1820, offre 
à l'extérieur la figure des trois 
Suisses à qui la Suisse dut sa li- 
berté. On y lit cette inscription : 
Hier geschah der erste ewige 
I3und f anno 1315, die Gnind- 
feste der Schweitz. Les bateliers 
de ce lieu fréquentent beaucoup 
toutes les parties du lac, et prin- 
cipalement celle qui mène à 
Altorf , à cause de la grande quan- 
tité de marchandises qu'ils y con- 
duisent, pour être expédiées en 
Italie par la route du St-Gothard. 



* Cet hôtel jouit de la plus belle expo- 
sition de Brunnen. On domine, des fenêtres 
de la maison , les points de vue les plus 
intéressants, ainsi que le lac dans les deux 
directions , vers Fluelcn , aux cantons 
d'Uri , Unterwalden et Lucerne. Les voya- 
geurs peuvent y être traités d'une manière 
tort agréable ; ils y trouveront toutes les 
facilités pour continuer leur voyage , soit 
par terre vers Zurich, Lucerne, Zug, etc., 
soit par eau vers Fiuelen , Stanz , Buochs, 
Winkel et Lucerne. Ils peuvent se rendre 
à SchMrytZ et Kiissnacht avec des voitures 
de l'hôtel , et monter de là le Rigi de la 
manière la plus commode et la plus 
agréable. Les points de vue à visiter de- 
puis Brunnen sur le lac des Waldstettcn 
petivent être parcourus dans une excur- 
sion de quelques heures , après lesquelles 
©n sera charmé de retrouver un toit hos- 
pitalier , où les arrangements des cham- 
bres , des lits , la cuisine , les vins étran- 
gers , et tout ce qui a rapport au service 
de l'hôtel , établi sur le pied des premières 
villes de la Suisse , assurent un pied-à- 
terre agréable et commode. 



C'est pourquoi il y a un grand 
dépôt à Brunnen *. 

§ 7. Excursions depuis Brunnen. 

1° A Gersau, au pied du Rigi, 
V 2 heure de Brunnen. 

Gersau, sur le lac des Walds- 
tetten , dans un angle entre la 
montagne de Gersau et le Roth. Le 
mont Murli , au dessus de Gersau , 
est de 3,965 p. plus élevé que le 
lac. 

Gersau a été la plus petite répu- 
blique de l'Europe. Maintenant elle 
fait partie du -canton de Schwytz. 
On y compte 800 habitants. On y 
file beaucoup de soie. On remarque 
l'église et de jolies maisons. 

Une promenade à faire à peu de 
distance de Gersau , c'est le long 
du Riesebach jusqu'à la Rothefluh, 
où le Rœhrlisbach forme sur la 
droite une cascade pittoresque. La 
gorge où l'on se tïouve est rempli 
de blocs de granit ; toute cette 
contrée en général est intéressante 
pour le géologue , par la transition 
d'une espèce de roche à l'autre. 

Hôtel du Soleil. 

2° Au Grutli , à la chapelle de 
Guillaume Tell. 

A Flùelen , 3 lieues. Après avoir 
passé Je rocher de Wytenstein , 
qui s'élève du sein des ondes , on 
voit s'ouvrir tout le bassin du golfe 
méridional , lequel est resserré 
entre deux chaînes des plus âpres 
montagnes. 

Le Grutli ou Grûtli's-Malte. 
Origine de la liberté des Suisses. 
Les bords de ce golfe présentent 
deux sites classiques, deux mo- 
numents sacrés de l'histoire de 
l'humanité. Au-delà du promon- 

* De Brunnen à Fiuelen, bateau de 
poste à î fr. so c. environ par personne. 
Si on prend un bateau de louage exprès , 
on paie environ 9 fr. : le prix, n'augmente 
pas si on est plusieurs. Si on veut aborder 
au Grutli ou à la Chapelle , on paie quel- 
que chose de plus. 



LE GRUTLL 



241 



toire du Wytenstein est située 
la prairie escarpée du Grutli , au 
pied du Sélisberg; on y voit une 
maison qu'ombragent des arbres 
fruitiers, arrosée par les eaux de 
trois sources. C'est dans ce lieu 
que Werner Stauffacher , de Stei- 
nen au pays de Schwytz , Erni 
( Arnold ) an der Halden, de Melch- 
thal dans FUnterwald , et Walter 
Fùrst , d'Attinghausen au canton 
d'Uri , se rencontrèrent pendant la 
nuit ; c'est là que ces hommes 
magnanimes jurèrent de rompre 
les indignes fers de l'esclavage , 
d'expulser les tyrans , et de verser, 
s'il le fallait, jusqu'à la dernière 
goutte de leur sang, pour rendre à 
leur patrie les antiques droits qu'on 
lui avait si injustement ravis. 

Le rocher et la chapelle de Tell. 
L'autre monument classique qu'on 
voit dans ce golfe est la chapelle de 
Tell f située au pied des rochers 
de la rive orientale , à 1 1. Va de la 
prairie de Grutli. Avant d'y arriver 
on découvre sur la même rive l'é- 
troite vallée de Sissigen et le ha- 
meau de même nom. Du sein de ce 
vallon s'élève le sauvage Achsen- 
berg, à la hauteur de 5,340 p. au 
dessus du lac ; ses parois escarpées 
forment le Bukisgrat et le Hake- 
messer , au dessous desquels le lac 
a G00 p. de profondeur. De ce ri- 



vage effrayant et dangereux pen- 
dant la tempête s'avance un quar- 
tier de rocher bien en avant dans 
l'eau. C'est sur ce roc que Guil- 
laume Tell , dans le trajet d'Altorf 
au château de Kûssnacht, où l'in- 
fâme Gessler prétendait le jeter 
dans un cachot , s'élança hors du 
bateau dont on lui avait donné la 
conduite. Dès lors ce rocher a porté 
le nom de Tellenplatte ou Tellens- 
prung. Trente et un ans après sa 
mort , ses compatriotes érigèrent 
une chapelle dans ce lieu , ainsi 
qu'à Bùrglen où il était né. Toutes 
les années on a coutume de dire 
une messe dans cette chapelle en 
mémoire de ce héros libérateur; 
un grand nombre de personnes 
assistent toujours à cette cérémo- 
nie. Les peintures dont les murs 
sont couverts représentent diffé- 
rents traits de l'histoire de ce grand 
homme. Cette chapelle ouverte 
offre en divers points du lac un 
aspect très-pittoresque. De la cha- 
pelle de Tell on gagne le port de 
Flûelen en côtoyant les horribles 
rochers du petit Achsenberg , d'où 
descend le Melchbach , torrent sor- 
ti d'un petit lac d'une des Alpes 
voisines. Au sud , où la Reuss va 
se jeter dans le golfe , on aperçoit 
Seedorf au pied du Gussenberg. 



il 



242 



URL 



CHAPITRE VIII. 



CANTON D'URI. 



Situation et Population. Le 
canton d'Uri est borné au nord 
par le canton de Schwytz, à l'ouest 
par ceux d'Unterwalden , Berne et 
Valais, au sud par celui du Tessin, 
et à l'est par ceux de Glaris et des 
Grisons. Il a 56 lieues carrées de 
surface , et seulement 15,500 âmes 
de population. 

Confédération. Il était le pre- 
mier en rang entre les trois can- 
tons de la ligue helvétique. C'est 
le berceau de la liberté en Suisse ; 
ia patrie de Guillaume Tell , dont 
l'histoire est trop connue pour 
qu'il soit nécessaire de la rappor- 
ter. Il suffit de dire que les habi- 
tants d'Uri secouèrent le joug de 
l'Autriche en 1308. 

Langue et Religion. Les habi- 
tants parlent l'allemand et sont 
tous catholiques. 

Moeurs et Habitudes. L'habi- 
tant d'Uri est généralement d'une 
taille moyenne , mais d'une con- 
stitution vigoureuse ; ses traits 
sont réguliers. Les montagnards 
sont plus beaux et plus forts que 
ceux qui habitent dans le fond 
des vallées profondément encaissées 
et marécageuses. La nourriture 
ordinaire du paysan consiste en 
lait , beurre , fromage . choux , 
fèves , pommes de terre, fruits et 
cm peu de pain. Les gens aisés y 
joignent de la viande de bœuf et 
de porc fumée. Les jours de fêtes, 
«n s'accorde un pâté et du vin. 

Le costume est modeste ; le luxe 
règne peu chez les hautes classes, 
fl n'y a plus de costume national 



général, à l'exception de ia coif- 
fure distinctive des femmes. Ces 
dernières portent encore des san- 
dales d'érable attachées avec des 
courroies. Les culottes noires de 
cuir ont entièrement disparu de- 
puis que chaque milicien a dû por- 
ter des pantalons. 

Les traits distinctifs du carac- 
tère des habitants de ce canton 
sont un attachement particulier 
à sa religion et aux coutumes de 
ses pères , un amour passionné de 
la liberté , un profond respect pour 
les droits anciens et la parole don- 
née. Le lien du mariage est sacré 
à leurs yeux. Les faux serments 
et l'assassinat sont extrêmement 
rares : depuis 40 ans , l'échafaud a 
été dressé pour deux indigènes et 
pour deux étrangers au canton. Le 
suicide chez les personnes jouis- 
sant de leurs facultés intellectuel- 
les est inconnu. C'est dans les val- 
lées écartées de la grande route 
que le caractère national se con- 
serve dans toute sa pureté. 

Rivières et Lacs. Les rivières 
et les lacs qui baignent ce canton 
sont : 

1° La Reuss t qui le parcourt 
d'un bout à l'autre et se jette dans 
le lac de Lucerne. 

2° Le Schœchen, qui arrose la 
vallée de ce nom avant de se ver- 
ser dans la Reuss. 

3° Le Kerstelnbach, qui des- 
cend du glacier de même nom. 

4° Le lac d'Obera/p, très-pois- 
sonneux. 

5° Le lac de Luzendre , près de 



URL 



243 



Phospice des Capucins sur le St- 
Gothard. 

6° Une portion du lac de Lu- 
cerne, qui porte le nom de lac 
d' Urû 

Montagnes. Ce canton est l'un 
des plus montagneux de la Suisse. 
Les montagnes qui le couvrent en 
entier , pour ainsi dire, appartien- 
nent au massif du St-Gothard , et 
aux deux grandes chaînes qui s'en 
détachent au N.-O.etau N.-E. Leur 
élévation ne va pas au dessous de 
5,000 pieds, et dépasse 10,000; les 
arêtes qui en joignent les cimes 
descendent très-rarement au des- 
sous de 4,000. 

Climat. Il est très-varié. Dans 
la grande vallée, depuis Fluëlen 
jusqu'à Burglen et Amsteg , où la 
! pente (300 pieds) esta peine sen- 
! sible, le thermomètre marque en 
été , à l'ombre , de 20 à 23 degrés, 
tandis qu'en hiver il descend rare- 
ment au dessous de 10 à 12. A 
Urseren , l'hiver dure huit mois 
entiers , et plusieurs pieds de neige 
couvrent la vallée. Les change- 
ments de température sont extrê- 
mement fréquents , surtout au 
printemps. L'été est ordinairement 
chaud et humide. L'automne est 
généralement beau et sec. Cette 
saison est très - agréable sur les 
montagnes élevées. Les orages ont 
lieu le soir entre quatre et huit 
heures. Les paratonnerres sont 
inutiles. 

Division. Le canton d'Uri est 
divisé en deux districts, Uri et Ur- 
seren; ce dernier n'a qu'une com- 
munauté, et le premier dix, qui 
sont : Seelisberg , Seedorf, Fluë- 
len , Âltorf, Burglen sur Grœ- 
blein , Spiringen , Unterschœ- 
chen, Silinen et JVasen. 

Produits du sol. Les contrées 
basses produisent en abondance 
des fruits et des fourrages. On cul- 
tive beaucoup de céréales, le colza, 
le chanvre , la pomme de terre , et 
en général toutes les plantes po- 
tagères ; les prairies sont riches et 
parsemées d'arbres fruitiers de 
toute espèce ; la vigne se montre 



en espalier, et le figuier prospère 
dans les endroits abrités. Les mon- 
tagnes sont couvertes de bons pâ- 
turages et de forêts. Elles renfer- 
ment des mines d'alun , de plomb 
et de cuivre. 

Règne animal. On trouve le 
chamois, la marmotte, le lièvre des 
Alpes, l'ours, le lynx, l'aigle, le coq 
de bruyère, la gelinotte et quelques 
oiseaux étrangers à la contrée. La 
vallée est pauvre en gibier. Le 
chevreuil et le cerf ont entière- 
ment disparu. On pêche dans le 
lac d'Uri des brochets de 5 à 6 
pieds de long. On voit quelques 
serpents , la couleuvre à collier et 
la vipère noire. Parmi les animaux 
domestiques , on compte 300 che- 
vaux, 10,000 vaches , bœufs et 
veaux, 10,000 moutons, 15,000 
chèvres , 1 ,500 porcs. 

Industrie et Commerce. Les 
habitants n'ont d'autre industrie 
que le soin des bestiaux et la fa- 
brication du fromage. Le commerce 
en exporte les produits en Italie , 
et s'alimente encore du transit des 
marchandises étrangères par la 
route du St-Gothard , rendue ré- 
cemment jpraticable aux voitures. 
Il y a aussi quelques ateliers pour 
travailler le cristal. 

Instruction purlique. On s'oc- 
cupe plus qu'autrefois de l'éduca- 
tion du peuple. Chaque paroisse , 
chaque annexe même a son école. 
Depuis vingt ans , plusieurs com- 
munes ont construit de belles 
maisons à cet effet. Vu les occupa- 
tions pastorales de la population , 
les écoles ne sont fréquentées qu'en 
hiver. Altorf , outre une école nor- 
male allemande , a un gymnase 
avec quatre professeurs. Les ecclé- 
siastiques sont parvenus à faire 
sanctionner par le gouvernement 
l'établissement d'une commission 
centrale scolaire. Dans plusieurs 
endroits, ils remplissent les fonc- 
tions de régents, à cause de l'insuf- 
fisance des ressources communa- 
les. 11 existe des bourses pour ceux 
qui désirent recevoir une éduca- 
tion littéraire et scientitique. La 



244 



ALTORF. 



jeunesse studieuse n'a malheureu- 
sement pas de bibliothèque publi- 
que à sa disposition ; celles qu'on 
trouve appartiennent au chapi- 
tre , aux capucins et à des particu- 
liers ; elles ne sont pas ouvertes à 
tout le monde. 

Force publique. Un directeur 
de police a sous ses ordres trois 
gendarmes, qu'appuient au besoin 
les gardes de police des villages. 
L'organisation militaire est encore 
très-défectueuse. Les jeunes gens 
de 20 à 25 ans entrent pour trois 
ans dans l'élite, passent trois au- 
tres années dans la réserve ou la 
JandvN ehr , et restent dans la land- 
sturffi jusqu'à GO ans. Le contin- 
gent d'élite se compose de 100 ca- 
rabiniers, 125 hommes d'infanterie 
légère, 6 pour l'état -major et 5 
pour le train. Le soldat doit s'ha- 
biller à ses frais; l'État lui fournit 
le schako , la cravate , la capote , 
et les armes qu'on restitue à l'ar- 
senal après une réunion mili- 
taire. 

$ 1 . De Bkuinnen a Altorf , par 

eau , 2 1. % 

ALTORF. 

Altorf , chef-lieu du canton 
d'Uri , situé à un quart de lieue du 
lac des Waldstetten , au pied du 
Bannberg, 1,500 pieds au dessus 
de la mer. — Auberges : le Cerf, 
le Lion-Noir; la Clef-d'Or, la Mai- 
son-Rouge , a quelque distance 
d'Altorf. Pop. 1,050 h. A l'arrivée 
du bateau à vapeur à Fluëlen , un 
omnibus reçoit les voyageurs pour 
les conduire à Altorf, où l'on peut 
diner tous les jours à midi à la 
Clef-d'Or. On y trouve aussi, à des 
prix bien justes, des voitures et 
des chevaux pour aller au St-Go- 
thard ou pour le passer , comme 
également des chevaux à selle pour 
faire un tour. 

Altorf est un bourg ouvert , de 
153 bâtiments la plupart en pierre 
et couverts en tuiles. Il a des rues 
larges et pavées, quelques places, 



et plusieurs édifices parmi lesquels 
on remarque : l'église paroissiale 
qui renferme d'excellentes orgues ] 
et quelques beaux tableaux , entre 
autres une Nativité de Van Dyk; 
un couvent de femmes; un couvent 
de capucins, le plus ancien de la 
Suisse, fondé en 1581 par le che- 
valier Walther de Roll ; un hôpital 
pour de pauvres voyageurs , fondé 
par St Charles-Borromée et doté 
par plusieurs riches particuliers; 
dans une aile de ce bâtiment on a 
établi un hôpital pour les pauvres 
d'Altorf ; la maison d'école , belle 
et spacieuse , non loin de l'hôpital, 
dont la façade porte les armoiries 
du canton , une tête de bœuf repo- 
sant sur des livres et des manu- 
scrits à côté d'un hibou; l'hôtel- 
de-ville , joli bâtiment dans le 
voisinage de l'église. Tout près de 
là, se voit la petite tour couverte 
de peintures représentant l'histoire 
de Tell et la première lutte pour la 
liberté , que quelques personnes 
supposent construite sur l'empla- 
cement occupé par le tilleul où fut 
attaché l'enfant de Tell. C'est une 
erreur, car des documents appren- 
nent que cette tour est antérieure 
à cet événement. Le fameux tilleul, 
qui n'en était pas éloigné à la vérité, 
presque desséché par l'âge , fut 
abattu en 1567, et M.lelandam- 
mann Resler lit construire à ses 
frais , sur le lieu où il se trouvait , 
une fontaine en pierre , décorée de 
sa statue portant un étendard aux 
armes du canton d'un côté et cel- 
les d'Altorf de l'autre. Cent pas 
plus loin, se trouve une autre fon- 
taine de mêmes forme et grandeur, 
surmontée de la statue de Tell , 
l'arbalète sous le bras , pressant 
son enfant contre son cœur, et re- 
gardant fièrement devant lui 
comme si Gessler se trouvait en sa 
présence , car c'est ici que se passa 
l'événement. Avant la révolution , 
les archers d'Altorf avaient choisi 
à leur tirage la même distance, et 
il y en avait plusieurs qui se se- 
raient tirés honorablement de l'é 
preuve de Gessler. Outre ces fôn- 



ALTORF. 



245 



laines, il y en a encore trois autres 
dans le bourg: l'une se trouve sur 
la Lehnplatz , devant la douane , 
beau et vaste bâtiment; la seconde 
devant l'hôpital , et la troisième 
devant l'auberge de la Couronne. 
A une certaine distance d'Altorf , 
on voit un joli édifice, destiné pri- 
mitivement à être un grenier , 
transformé en caserne par les 
Français et les Autrichiens en 
1799, puis devenu l'arsenal can- 
tonal ; on y conserve comme des 
reliques précieuses'les drapeaux qui 
flottèrent dans les champs de Mor- 
garten et de Sempach, — Il faut 
encore citer, pour compléter cette 
énumération, YAnkenwage, où se 
trouvent les prisons et la demeure 
du messager d'État , le Casino et 
les deux chapelles situées près de 
l'église ; la première est divisée en 
supérieure et inférieure : la supé- 
rieure, dont le tableau du maître- 
autel, représentant l'Ensevelisse- 
ment du Christ, est l'ouvrage de 
Caraggi; l'inférieure, qui renfer- 
me les cercueils de plusieurs fa- 
milles ; c'est dans cette chapelle 
qu'en 1799 se réfugièrent les per- 
sonnes échappées au fer des Fran- 
çais. L'autre chapelle , appelée 
OEhlberg ( le mont des Oliviers ), 
que décorent quelques tableaux 
de Puntiner, sert à l'instruction 
religieuse des enfants. 

Le voyageur voit encore à Altorf 
beaucoup de ruines qui attestent 
que ce bourg ne se relève que 
lentement des dévastations dont 
il a été le théâtre. Il fut incendié 
en entier en 1400 ; il le fut à moitié 
en 1093, et le 5 avril 1799, par un 
vent violent , il devint encore la 
proie des flammes; ce désastre, 
estimé à trois millions de francs , 
fut suivi de la guerre, du pillage, 
fit du passage des armées enne- 
mies. 

Les environs de ce bourg sont 
agréables. On a une belle vue sur 
la plaine de la vallée et les mon- 
tagnes qui l'enceignent, depuis le 
couvent des Capucins et le pavil- 
lon Waldeck situé près de là , où 



Ton apercevait encore avant l'in- 
cendie de 1799 des traces de la 
tour que Tschudi croyait être avec 
beaucoup de vraisemblance le 
reste de là forteresse Zwing-Uri , 
commencée par Gessler. — Altorf 
est la patrie des deux Ascii wan- 
den, connus l'un pour excellent 
armurier , l'autre pour habile mé- 
canicien. M. M. -A. de Mùller est 
l'inventeur de nouvelles machines 
pour moudre et pour bluter d'une 
simplicité remarquable. Un peintre 
de paysages , Henri Triner , y ha- 
bite actuellement , et consacre son 
talent à reproduire les belles scènes 
de la nature clans le canton d'Uri. 

Vis-à-vis d'Altorf est situé At- 
tinghausen, où l'on voit la mai- 
son de Walter-Dùrst d'Attinghau- 
sen , beau-père de Tell , et l'un des 
illustres fondateurs de la confédé- 
ration helvétique. Ce village, dont 
la situation est très-pittoresque , 
compte 450 habitants adonnés à la 
vie pastorale. Sur une petite col- 
line voisine se voient les ruines 
du château de même nom, et à peu 
de distance de ce dernier lieu , les 
restes de celui de Sclrweinsberg. 
Ils appartenaient tous deux aux 
seigneurs remplissant les fonctions 
de landammann de 1308 à 1357. 
Une maison de campagne occupe 
l'emplacement du château de 
Sclrweinsberg. On remarque contre 
l'un de ses murs une souche de 
vigne qui a au-delà d'un pied de 
diamètre près de la racine. Près de 
Bœsingen , lieu situé à peu de dis- 
tance d'Altorf , se tient ordinaire- 
ment au mois de mai la landsge- 
meinde ou assemblée générale du 
canton d'Uri. A l'entrée de la val- 
lée de Scliechen , et à une demi- 
lieue d'Altorf, est le village de 
Bùrglen qui vit naître Tell , et où 
cet homme célèbre faisait sa rési- 
dence. 

Chemins. Pour aller par le lac 
des Waldstetten dans les cantons 
de Schwytz , d'Unterwald et de 
Lucerne, on s'embarque à Flùelen, 
à un quart de lieue d'Altorf. — 
D'Altorf à l'hospice du Saint-Go- 



246 



FLUELEN. 



lhard, 10 1. Vsî de là à Bellinzone, 
12 1. V** Ee chemin qui mène au 
Saint-Gothard suit la vallée de Ja 
Reuss , par les villages d'Erstfel- 
den , de KIus et de Silenen ( exi- 
stant déjà en Tan 858 ) jusqu'à 
Amsteg, 3 1. Immédiatement au 
sortir d'Altorf, on passe le fou- 
gueux torrent de la Schechen , qui 
sort sur la gauche de Golzerberg , 
et à droite de l'autre côté de la 
vallée , les Alpes-Surènes. Au sud 
s'élève le Bristenstock ou Steger- 
berg, montagne couverte de gla- 
ciers, derrière laquelle on découvre 
sur la gauche une partie du Cris- 
pait. Après le Golzerberg on trouve 
le Brunis , où il y a un écho re- 
marquable , et la Windgelle , qui 
s'étend jusqu'au-delà d' Amsteg. 
D'Altorf on se rend dans la vallée 
d'Engelberg , en passant par de 
bons chemins qui conduisent à At- 
tinghausen et dans la vallée de 
Waldnacht , après quoi l'on tra- 
verse les Alpes-Surènes dans le 
canton de Glaris , par le Schechen- 
thal et les Alpes-Clarides. Un sen- 
tier de chasseurs , pratiqué au 
milieu des rochers , conduit par le 
Kinzigkulm à Muotta , canton de 
Schwytz. 

Fluelen , village du canton 
d'Uri , situé sur le lac des Walds- 
tetten , à Va !• d'Altorf et au pied 
du mont Rorstoch. C'est là que l'on 
débarque les marchandises qui 
vont à Aitorf , et qui doivent pas- 
ser par le Saint-Gothard. — Hôtels : 
la Croix-d'Or , écuries , remises , 
chevaux pour passer le Furca , le 
Grimsel, etc. — Hôtel de ['Aigle 
et du Bateau à vapeur, tenu par 
Henri Gisler , bonne maison ; che- 
vaux d'une race particulière poul- 
ie passage du Saint-Gothard , de 
la Furca , du Grimsel , etc. — Ce 
village contient 100 maisons et 
600 habitants. A peu de distance 
de l'église s'élève le petit château 
de Rudenz , ancienne propriété de 
la famille d'Attinghausen, et qui 
appartient maintenant au lan- 
dammann , Z. Graggen. Suivant 
une ancienne tradition , Fluëlen a 



dû être situé plus au nord , à l'is- 
sue du Grunthal ; mais les débor- 
dements du torrent qui parcourt 
cette vallée ont forcé d'en chan- 
ger l'emplacement. — Vis-à-vis de 
ce lieu on voit Séedorf , autre 
village situé sur le lac, à l'embou- 
chure de la Reuss et au pied du 
Gustchenberg. Il contient 250 ha- 
bitants , la plupart très-pauvres. 
Son territoire a beaucoup souffert 
du débordement de la Reuss, le 
9 août 1831. A côté de l'église pa- 
roissiale est le petit château de Pro, 
près duquel on voit les ruines 
d'une tour très-antique , probable- 
ment les restes d'une maison des 
chevaliers de St-Lazare , jadis in- 
cendiée, ou le berceau de la fa- 
mille de Séedorf depuis longtemps 
éteinte. Dans la partie supérieure 
du village est un bel et vaste cou- 
vent de bénédictines , fondé en 
1097 , par le chevalier Arnold de 
Brienz. Deux fois dévasté, deux 
fois il fut relevé par la bienfai- 
sance. En 1799 , tout l'état-major 
de l'armée française s'y établit 
pendant que les Autrichiens 
étaient campés sur la rive droite 
de la Reuss. Il serait à désirer que 
ce couvent fût ramené à sa desti- 
nation primitive , et que les reli- 
gieuses actuelles , qui ne font rien 
pour les malades et pour les éco- 
les , fussent remplacées par des 
sœurs de la Charité. 

A Fluëlen comme à Brunnen , 
on peut s'embarquer pour aller 
voir deux sites très-renommés , le 
Grûtli et le Tellen-Platte. Au 
Grùtli , trois Suisses jurèrent de 
rendre leur pays libre ou de 
mourir. 

Une source coule à l'endroit 
même où le serment fut prêté. 
C'est le roi de Prusse qui a donné 
les fonds nécessaires pour acheter 
le terrain et enfermer la source 
dans le hangar où l'on va la visiter 
maintenant. Trois fontaines cou- 
lent et portent les noms des trois 
libérateurs. En face s'élève le ro- 
cher sur lequel Tell s'élança, pous- 
sant de son pied , à travers les 



D'ALTORF AU SALNT-GOTHABD. 



247 



flots , la barque de Gessler. La 
chapelle qu'on a élevée dans l'en- 
droit même où se jeta Tell est 
grossièrement faite , et pourtant 
réveille tant de souvenirs, qu'on 
n'a pas le temps d'examiner l'in- 
térieur de ce lieu consacré au libé- 
rateur. Lorsqu'on veut débarquer 
à l'un ou à l'autre de ces sites , on 
doit payer aux rameurs quelque 
chose en sus du droit exigé, 1 fr. 
environ *. Pop. 500 h. 

De Flùelen à Lucerne , Winkel , 
Alpnach : 

Bateau à 3 ram., 6 fl. 2 schell. 

— à 4 — 8 10 

— à 7 — 16 00 

— à 7 — 20 00 

De Flùelen à Stanz , à Kùsnach , 
à Buochs , Bùrglen , Weggis : 

Bateau à 3 ram., 6 fl, 10 schell. 

— à 3 — 4 20 

— à 4 — 6 6 

— à 7 — 12 

— à 9 — 15 

De Flùelen à Brunnen : 

Bateau à 2 ram., 1 fl. schell. 

— à 3 — 2 5 

— à4 — 3 6 

— à7 — 6 

— à 9 — 9 10 

1 florin de plus si Ton veut une 
tente. 

A Brunnen et Gersau le louis 
d'or vaut 13 florins, et ailleurs 12 
seulement. 

Bateau de poste à très - bon 
compte, le mardi] et le vendredi, 
11 h. Va du matin , pour Brunnen 
et Lucerne. 

Bateau à vapeur de Lucerne à 
Flùelen et vice versa, faisant le 
trajet en 3 h.-3 h. %. 

Bùrglen , grand village parois- 

* Lutz établit ainsi le compte des dis- 
tances : de Brunnen au Griïtli ou Riedli , 
30 m. ; à la chapelle , 70 m. ; à Flùelen , 
4» m. ; à Altorf , 40 m. 



sial , au canton d'Un. On y compte 
1,000 habitants. Il est situé près 
d' Altorf, au débouché du sche- 
chenthal et sur le torrent impé- 
tueux de même nom qui en sort. 
C'est le berceau de Guillaume 
Tell. L'église , belle et vaste , oc- 
cupe une éminence sur la rive 
gauche du Schechental qu'on tra- 
verse sur un pont couvert. Il y a 
dans cette église une chapelle sou- 
terraine ornée de trois autels qu'on 
y découvrit à la fin du xvn e siècle, 
lorsqu'on voulut rebâtir cet édifice. 
Tout près du cimetière est une 
chapelle couverte de peintures re- 
présentant l'histoire de Tell , et 
bâtie en 1522 , sur l'emplacement 
de la maison qu'occupait ce confé- 
déré ; derrière s'élèvent deux vieil- 
les tours, à l'une desquelles est 
adossée l'auberge de Tell. On sait 
que celui qui délivra son pays de 
Gessler , perdit la vie en 1 354 , en 
voulant sauver un enfant qu'en- 
traînait le Schechenbach débordé. 
M. Triner, peintre d'histoire et de 
paysages , a habité Bùrglen. 

§ 2. D'ALTORF AU SAINT-GOTHÀRD, 
9 h. V r 



Pont de Schaechen , 


15m 


Bezinsen , 


15 


Erstfeld , 


50 


Klausen , 


10 


Silenen , 


50 


Ober-Silenen , 


10 


Buine du Twing-Uri 




(Château), 


5 


Amsteg , 


10 


Pont de Kerstenen , 


5 


Im Bied , 


10 


Meitschlingen , 


15 


Wyler, 


45 


Pont du Saut-du-Moine , 


15 


Wasen , 


30 


Saint-Joseph , 


15 


Pont sur la Beuss , 


5 


Pont de Gœschenen , 


20 


Gœschenen , 


15 


Pont de Tanzeinbein , 


5 


Autre pont , 


25 


Schœllenen , 


5 


Pont du Diable , 


15 



248 AMSTEG. 

Urlernoch , 6 m. 

Andermatt , 20 

Pont de la Reuss , 35 

Hospital , 5 

Pont de la Reuss, 1 h. 

Autre , 20 

Pont de Rudunt , 10 

Lac , 20 

Hospice de St-Gothard , 5 



Immédiatement au sortir d'Al- 
torf on passe le fougueux torrent 
de la Schechen, qui sort sur la 
gauche de la vallée de même nom, 
et au-delà duquel on voit à gauche 
le Golzerberg , et à droite, de Tau- 
Ire côté de la vallée, les Alpes- 
Surènes. 

Krstfeld , village paroissial , 
contenant 800 habitants. L'église 
n'a rien de remarquable, si ce 
n'est qu'on y conserve, comme 
relique , l'équipement d'un chas- 
seur qui ne voulut pas tuer dans 
cet endroit un cerf qui portait 
dans son bois l'empreinte d'une 
croix , devant laquelle ses chiens 
s'étaient prosternés , dit la tradi- 
tion. En revanche, la belle cha- 
pelle , dite Gagdmalt , et placée 
sur la rive droite de la Reuss , mé- 
rite un coup d'œil du voyageur. 

Klausen , montagne très-élevée 
du sommet de laquelle on jouit 
d'une vue magnifique; à ses pieds 
s'ouvre un vallon latéral appelé 
Kuss. Il est fermé de trois cotés 
par des rochers taillés à pic , d'où 
tombent des petites cascades. En 
août 1799, les Français battirent 
au Klausen les Autrichiens , les 
Glaronnais et les habitants d'Un. 

Silenen , village paroissial du 
canton d'Uri. Son église faillit être 
emportée , lors de l'inondation du 
9 août 1831. Derrière cet édifice 
sont les ruines d'un ancien châ- 
teau , sur lequel se taisent entière- 
ment la tradition et l'histoire. 
C'était peut - être le séjour des 
majors ou intendants du Franën- 
munster de Zurich; car déjà au 
ix e siècle le roi Clodowig donna la 
chapelle qui s'y trouve au chape- 
lain de cette abbaye. En )428, la 



commune de Silenen racheta tous 
les droits de celle-ci , et la rebâtit 
en 1481 , l'ancienne menaçant 
ruine et étant mal entretenue par 
l'abbaye. Une vieille tour dans ce 
village est le reste du manoir des 
nobles de Silenen. 

Amsteg , village du canton 
d'Uri, à 3 lieues d'Altorf , aux pieds 
du Bristen et de la Windgell , à 
l'entrée de la vallée de Madéran , 
et sur le chemin qui mène au St- 
Gothard. — Auberges : la Croix et 
l'Ange. Pop. 600 habitants. 

Ce village est situé à 300 pieds 
au dessus du lac des Waldstetten. 
11 renferme 40 maisons , une cha- 
pelle et une belle maison d'école. 
Un pont magnifique à deux ar- 
ches , bâti en 1821 , indique le 
commencement de la montée du 
St-Gothard. Un autre pont traverse 
dans le village l'impétueux Karste- 
len, qui a causé de grands ravages 
en 17G2 et en 1831. Dans le voisi- 
nage on aperçoit les restes d'un 
ancien château , que quelques- 
uns croient avoir été le fameux 
Twing-Uri , jadis bâti par le bailli 
Gessler , tandis que d'autres le 
prennent pour l'antique habitation 
des seigneurs de Silenen. 

Trajet d'Amsteg à la vallée d'Ur- 
sern , 6 1. 

C'est à Amsteg qu'on voit les 
premiers ouvrages d'art de la 
route si hardie que les Suisses ont 
réussi à percer au travers des 
vallées de la Reuss, du Schœlle- 
nen et d'Ursern. On peut rouler 
commodément en voiture par ces 
gorges enrayantes. Les difficultés 
de l'entreprise semblent à M. de 
Walsh au dessus de celles qu'of- 
frait la route du Simplon. 

Dès qu'on est sorti d'Amsteg, on 
commence à monter ; à un quart 
de lieue de distance, on trouve le 
hameau d'Im Ried , et de l'autre 
côté celui d'insch; près de là on 
traverse un ruisseau dont les on- 
des , en s'élançant du fond d'une 
gorge très-profonde , qu'on appelle 
le Teufthal, oliïent un aspect pit- 
toresque. Ensuite , après avoir 



WASEN. 



nu 



passé à Meischiingen , on arrive 
au pont du Fallibruck, près du- 
quel le torrent de Fellenen forme , 
au milieu d'un groupe de noirs 
sapins , des cascades très-agréables, 
et vis-à-vis de 

Gurtnellen. Ce village, situé 
sur la rive gauche de la Reuss , 
renferme une jolie chapelle qui 
occupe, en face du Wasnerwald , 
une saillie du Gurnerenberg. Deux 
ruisseaux > le Jeschi et le Leuts- 
chech , qui viennent des Alpes 
dont ils portent le nom, forment 
plusieurs jolies cascades avant de 
se jeter dans la Reuss. L'Alpe 
Leutschech mérite d'être visitée 
par les voyageurs. 

On gagne la rive occidentale de 
ia Reuss, sur un pont nommé le 
Pfaffensprung (le Saut-du-Moine ) , 
qui conduit aussi à la chapelle 
d'Im-Weiller , à 2 lieues d'Àmsteg. 
Ce dernier présente de tous côtés 
aux regards des scènes enrayantes*. 
11 est composé d'une seule arcade 
de 90 pieds de longueur. On pré- 
tend qu'il a pris son nom d'un 
moine qui , en fuyant avec une 
jeune fille qu'il enlevait , traversa 
la Reuss d'un saut. Après avoir 
franchi le fougueux torrent du 
Mayenbach , et gravi une rampe 
, fort roide , on arrive au village de 

Wasen , où l'on trouve un che- 
min qui conduit , par le Mayen- 
thal et le mont Susten , dans la 
vallée de Hasli. Il y a une fort 
bonne auberge à Wasen : celle du 
Bœuf, qui a de belles écuries et de 
bonnes remises. Selon les mesures 
de M. Escher, l'église de 'Wasen est 
à 1,750 pieds au dessus du lac des 
Waldstetten , et 2,050 pieds au 
dessus de la mer. Elle mérite d'être 
remarquée , ainsi qu'une belle 
place ornée d'une fontaine en 
pierre. Pop. 550 hab. De Wasen à 
Wattingen , Vs lieue. 



* On peut sans crainte s'approcher de 
la dalle légère qui sert de garde-fou au 
pont. Voir l'effet de quelques tiges d'ar- 
bustes sur les parois du rocher. 

(Richard ) 



Wattingen , petit village près du- 
quel la route du St Gothard passe sur 
la rive droite de la Reuss. Le pont est 
en granit. Outre la cascade du Rohr- 
bach , un autre ruisseau fait de 
jolies chutes en face de la chapelle 
de St -Joseph. Sur la rive droite de 
la Reuss , à peu de distance du 
pont , est une maison sur laquelle 
sont peints les trois premiers con- 
fédérés, avec les armoiries des can- 
tons primitifs. C'est le berceau de 
la famille Ressler de W T attingen , 
originaire de Francfort-sur-le-Mein, 
qui a donné à Uri , depuis 1599 , 
un grand nombre de fonctionnaires 
publics. On passe un pont nommé 
Schœne-Brùcke . qui mène sur la 
rive droite de la Reuss , et au bout 
d'une demi-heure on en trouve un 
autre dont l'arcade est d'une hau- 
teur extraordinaire, et qui recon- 
duit le voyageur sur la rive gauche. 
Depuis ce pont jusqu'à l'Urnerloch, 
c'est-à-dire pendant un trajet de 
deux lieues et demie , la Reuss 
forme une suite presque continue 
de chutes. Entre le Beau-Pont 
( die Schœne Briicke)et pestinen, 
trajet d'une demi-lieue , la Rohr- 
bach offre une fort belle cascade 
sur les parois des montagnes de la 
gauche; et l'on trouve une quan- 
tité de débris de rochers , dont les 
habitants appellent le plus grand 
du nom bizarre de Teufelstein *. 
Avant d'arriver à Gestinen , on 
voit le Gœschenthal s'ouvrir tout 
d'un coup dans la direction du 
nord-ouest ; on aperçoit , au fond 
de cette vallée , de hautes mon- 
tagnes couvertes de neige et atte- 
nantes aux immenses glaciers de 
Triftet de Gelmer , qui s'étendent 
entre les vallées de Grimsel et de 
Gadmen. Le torrent de Gœsche- 
nen , qui sort de la vallée du même 
nom , vient unir ses eaux blanchies 
à celles de la Reuss ; un chemin de 



* La Pierrc-du-Diable. On prétend qnc 
le diable , qui avait parié de transporter 
ce bloc , perdit son pari , et fut obligé de 
jeter cette masse énorme à l'endroit où on 
la voit aujourd'hui. ( Richard. ) 



11* 



2-iO 



GESTÎNEN. 



chasseurs traverse cette vallée la- 
térale, et pénètre jusque dans le 
pays de Hasli. La fameuse grotte 
de cristaux , la Sandbalme , dont 
il sera question plus bas , est aussi 
située dans ce vallon. 

Gestinen ou Goesehinen , vil- 
lage élevé de 2,100 pieds au dessus 
du lac des Waldstetten , d'après 
les mesures d'Escher , et de 3,282 
pieds au dessus de la mer , selon 
de Saussure. Il contient 35 mai- 
sons et 250 hab. Cet endroit , très- 
ancien, occupe un enfoncement 
sur la rive droite de la Goschner- 
reuss. Immédiatement au dessous 
de l'église, on voit encore quelques 
traces d'un vieux bâtiment où l'on 
percevait le péage au nom de l'em- 
pire, puis des comtes de Rappers- 
ehwyl , au IX e siècle , du couvent 
de Wettingen , et enfin du canton. 
La construction de la nouvelle 
route amène insensiblement l'a- 
bandon de ce village ; déjà l'au- 
berge et plusieurs maisons se sont 
élevées près d'un pont magnifique 
que traverse cette route. Il reste 
encore deux lieues depuis Gestinen 
jusqu'à la vallée d'Ursern. Au sortir 
du village on passe sur un pont 
nommé Hœderli-Brûcke ou Lange- 
Brûcke. 

Les Schœllenen et le Pont-du- 
Diable; VUrnerloch *. C'est au- 

* La portion la plus remarquable de la 
nouvelle route est celle qui traverse les 
Schocllenen, dans le canton d'Uri. La pente 
de cette nouvelle route ne dépasse jamais 
huit sur cent. Tous les tournants sont 
presque sans pente et spacieux. Les ponts 
sont superbes ; celui qui traverse le Ges- 
chenenbach a 86 pieds de hauteur , so 
pieds de longueur et 18 de largeur. Le 
nouveau Pont-du-Diable est plus élevé que 
l'ancien de 27 pieds. La galerie appelée 
Urnerloch est élargie de 1 8 pieds , et la 
route achevée jusqu'à Andermatt. A quel- 
ques centaines de pas du village de l'Hos- 
pital commence la portion de route entre- 
prise par l'ingénieur Colombrano de Men- 
drisio , et qui s'étend jusqu'à la frontière 
du canton d'Uri, au haut duSaint-Golhard. 
A l'entrée du village on traverse la Reuss 
sur un beau pont ; on atteint au bout 
d 'une lieue la frontière du Tessin , sans 
quitter la Reuss. Du côté du précipice 



delà du pont dont il vient d'être } 
question que commence la gorge I 
affreuse et glaciale appelée les I 
Schœllenen : un quart de lieue plus 
loin on repasse sur la rive gauche 
de la Reuss par-dessus le pont de 
Tanzenbein ; ensuite , au bout 
d'une montée d'une heure et de- 
mie, l'on rencontre le fameux Pont* 
du-Diable , et l'on regagne la rive 
droite de la rivière. La hauteur ver- 
ticale de la chute d'eau formée par 
la Reuss est de 100 pieds ; mais la 
ligne oblique déterminée par la 
direction de cette chute en a bien 
300. Du reste , c'est moins le pont 
qui est remarquable , que l'ensem- 
ble du tableau que la nature pré- 
sente aux yeux de l'observateur ; 
on peut dire que cette scène est à 
la fois une des plus sublimes , des 
plus effrayantes et des plus extra- 
ordinaires que l'on puisse voir dans 
les montagnes de la Suisse *. Les 
rugissements de la Reuss tonnante 
ébranlent sans cesse ces lieux pleins 
d'horreur , et un vent impétueux , 
excité par la chute de la rivière, 
se déchaîne contre le voyageur 
placé sur le pont. De sanglants 
combats y ont été livrés dans ces 
derniers temps. Un peu plus haut, 
on arrive au pied d'une paroi de 
rochers nommée Teufelsberg, au 
travers de laquelle on a percé une 
galerie : c'est cette ouverture qu'on 
appefle l'Urnerloch ; elle a 200 pieds 
de longueur sur 30 de largeur **. 
En sortant de cette voûte obscure 



s'élèvent, de 9 en 9 pieds , des piliers de 
granit. On a refait la route de Fliielen à 
Amsteg ; il est même question de la con- 
tinuer, le long du lac des Quatre-Cantons , 
de Fluelen à Brunnen : on éviterait ainsi 
la traversée d'un lac souvent dangereux , 
et on lierait la route du St-Gothard a 
celle qui conduit de Schwytz à Lucerne 
par Kiissnacht , ou a celle qui mène de 
Schwytz à Zug. ( Richard. ) 

* On dit que l'ancien Pont-du-Diable 
fut construit en 1 1 1 8 par Girald , abbé 
d'Einsiedeln. ( Richard. ) 

** Cette large excavation dans le rocher 
à vif fut faite par un ingénieur nommé 
Pierre Moratini , de la vallée de Muggia 
dans le Tessin , en 1707. ( Richard. ) 



D'ANDERMATT A HOSPlTAL. 



25Î 



et humide , le voyageur se trouve 
comme par enchantement dans la 
verte et riante vallée d'Ursern, et au 
bout d'un quart de lieue au village 
d'Andermatt. 

Andermatt, beau village, ou 
plutôt bourg de 700 habitants 
(4,446 p. ). Il y a deux chapelles , 
un hospice de capucins , un hôtel- 
de-ville, quelques élégants édi- 
fices, deux écoles. Une petite forêt , 
soigneusement entretenue , ne 
le garantit qu'imparfaitement des 
avalanches. Andermatt se trou- 
vait autrefois au pied du Kilcher- 
berg, où l'on voit encore une 
vieille église et quelques établis ; 
mais la forêt qui lui servait de 
rempart ayant été trop éclaircie 
par le bois qu'on y avait pris pour 
l'entretien du pont , une avalanche 
emporta le village, dont l'emplace- 
ment fut alors changé. En 1766 , 
un incendie le réduisit presque 
complètement en cendre; mais il 
se releva bientôt de ce désastre. 
MM. Antoine Nager, Hermégite 
Mûller, ont de belles collections 
de minéraux du Saint-Gotha rd ; il 
faut visiter leurs cabinets. Au- 
berges : les Trois-Rois , excellent 
établissement tenu par les frères 
Meyer. On trouve dans cet hôtel 
des voitures commodes , des che- 
vaux de selle et de trait pour passer 
le Furca , le Grimsel , l'Oberland , 
les Grisons, etc. Nous recomman- 
dons d'une manière toute spéciale 
cette maison aux voyageurs qui 
veulent être bien et consciencieu- 
sement traités. —Le Cheval-Blanc 
et le Lion. 



TARIF DES PRIX POUR LES CHEVAUX 
DE POSTE. 



Depuis Andermatt jusqu'à Flu'è- 
len au bord du lac des Quatre- 
Cantons, et au bateau à va- 
peur la Ville-de-Lucerne , et 
depuis Andermatt jusqu'à 
Como , à raison de 3 fr. de 
France par poste pour chaque 



cheval, non compris la bonne- 
main pou? les postillons, 

ENDROITS OU ON CHANGE LES 
CHEVAUX, ET DISTANCES. 

D'Andermatt jusqu'à 
Fluëlen , 4 



D'Andermatt à Airolo , 4 1 / i 

— Airolo à Faido , 2 

— Faido à Bodio , 2 

— Bodio à Beilinzona , 2 Va 
— Beilinzona à Magadino 
au bord du lac Majeur, 
et le bateau à vapeur le 

Verbano , 1 y 2 

De Beilinzona à Lugano , 3 V 2 

— Lugano à Como , 3 



Total des postes depuis 
Andermatt juqu'à Maga- 
dino , 12 V 2 

Total depuis Andermatt 
jusqu'à Como, 17 % 

§ 3. D'Andermatt a Hospital , 
Va lieue. 

Marche des Russes. Lorsque 
les Russes , sous le commande- 
ment du général Suwarow, arri- 
vèrent dans ce village , le 25 sep- 
tembre 1799, ils étaient tellement 
affamés que, faute d'autres ali- 
ments , ils dévorèrent un énorme 
morceau de savon qui se trouvait 
à l'auberge dans une chambre de 
provision ; ils coupèrent en pièces 
plusieurs cuirs que l'on faisait 
sécher sur des planches , après 
quoi ils les firent bouillir et les 
mangèrent. Les Français , obligés 
de se replier devant les Russes , 
firent sauter les rochers pour ob- 
struer une partie de l'Urnerloch , 
et détruisirent les arches les plus 
avancées du Pont-du-Diable. Les 
Russes rouvrirent la galerie de la 
Roche-Percée , et rétablirent le 
pont avec des poutres que l'on 
joignit les unes aux autres au 
moyen des écharpes des officiers. 
Plusieurs centaines de guerriers 
furent précipités dans les abîmes 
de la Reuss. 



H0SP1TAL. 



Hospital ( Hospenthal ), village 
de la vallée d'Ursern, situé à 
Va 1. d'Andermatt , à 4,5GG pieds 
au dessus de la mer. 11 contient 
36 maisons , 300 hab. , une jolie 
église et une chapelle dédiée à 
St Charles. Ce qui donne actuelle- 
ment à ce village un aspect très- 
pittoresque , c'est la nouvelle route 
du St-Gothard qui y aboutit par 
un beau pont sur la Reuss, et qui, 
en en sortant, se dirige en zigzag 
vers le Genisboden. Un rocher, qui 
domine toute la vallée , porte les 
ruines du château de l'Hospital , 
berceau de la famille de ce nom , 
dont une branche existe encore 
dans le canton de Schwytz , et une 
autre sous le nom de Wolleb, 
dans celui d'Uri. Auberge : le 
Lion-d'Or, bonne maison; voi- 
tures , remises. Le propriétaire 
possède un cabinet de minéraux, 
et un bas-relief par l'ingénieur 
Millier. 

Le chemin suit une gorge soli- 
taire , sauvage et très en pente , 
creusée au milieu des rochers le 
long de la Reuss, et dominée à 
l'ouest par la montagne de Hùne- 
reck , et à l'est par le mont Gams 
et le Guspis , autrement nommé 
le Gothardshorn. A 1 lieue d'Hos- 
pital , on quitte la vallée d'Ursern 
pour entrer sur le territoire de la 
commune d'Airolo dans la Yal- 
Lévantine au canton du Tessin. 
Au bout de deux heures de mar- 
che on arrive dans un lieu où la 
Reuss forme une belle cascade, et 
où le rapprochement de deux parois 
de rochers semble fermer entière- 
ment le chemin. Tout près de là 
on passe la Reuss sur le pont de 
Rudunt, et l'on entre dans Palpe 
de même nom, d'où l'on découvre 
le Blau-Berg et le Prosa à l'est, le 
Luzendro et l'Orsino au S.-E. On 
continue de monter pendant quel- 
ques moments , et l'on aperçoit 
une partie du lac de Luzendro , 
d'où la Reuss tire son origine : le 
grand lac est à droite , tout à côté 
du grand chemin; on en voit plu- 
sieurs autres plus petits , entre les- 



quels on passe pour se rendre à 
l'hospice. 

L hospice de Saint-Gothard. II 
a été remplacé par une mauvaise 
auberge. 

Vallon du Saint-Gothard, Le 
vallon nu et sauvage où se trou- 
vait l'hospice forme un bassin 
d'une lieue de long , et s'étend 
dans la direction du nord au sud ; 
il est entouré de toutes parts de 
pics d'une grande hauteur. 

Lacs du Saint-Gothard, Sources 
du Tessin et de la Reuss. Dans le 
vallon de rochers qui occupe le 
haut du passage de la montagne , 
on trouve huit ou dix petits lacs. 
Celui de Luzendro est situé au 
pied du pic de même nom et de 
l'Orsino, et à 3 / v de lieue de l'hos- 
pice, du côté du N.-O.; il est en- 
caissé dans des rochers d'un aspect 
affreux, et sert d'écoulement au 
glacier de Luzendro* C'est de ce 
lac que sort la Reuss. 

Climat. Passage dangereux. 
L'hiver dure pendant 9 mois , et 
les neiges s'accumulent en divers 
endroits à la hauteur de 20 jusqu'à 
40 pieds. Cependant , lorsque les 
vents du sud soufflent pendant 
longtemps , il y tombe de la pluie , 
même au mois de janvier. 11 est 
rare de voir le thermomètre de 
Réaumur descendre au dessous de 
19°. Les passages que les lavanges 
rendent dangereux en hiver et au 
printemps sont celui qu'on nomme 
le Feld , situé au nord de l'hospice , 
le Chemin-Neuf, appuyé contre 
les rochers au sud , et tout le 
trajet depuis l'hospice jusqu'à 
Airolo , mais surtout à la Piota , à 
Sant'-Antoniô , à San-Giusppe , 
dans toute la Val-Tremola. Les 
tourbillons accompagnés de nuées 
de neige en poussière sont très- 
dangereux depuis l'Alpe de Ru- 
dunt jusqu'à l'hospice. Ceux qui 
font cette route pendant la mau- 
vaise saison doivent s'attacher à 
suivre scrupuleusement les con- 
seils des gens de la montagne, 
lesquels savent au juste quand le 
danger des lavanges et des tour- 



tïRSERN. 



253 



billons de neige est passé. Si des 
circonstances impérieuses forcent 
le voyageur à continuer sa route 
dans un moment dangereux , Ja 
seule précaution qu'il puisse 
prendre, c'est d'ôter aux chevaux 
leurs clochettes et tout ce qui pour- 
rait faire quelque bruit , et de se 
hâter de traverser les mauvais pas 
sans dire un mot ; car il ne faut 
souvent qu'un son très-faible pour 
détacher les masses de neige dont 
on est menacé. 

Chemin d* Airolo. De l'hospice 
à Airolo, 2 lieues de descente très- 
roide. On longe pendant une heure 
la Val-Tremola , ou Val-tremblant , 
et l'on passe le Pont-Tremblant 
( Ponte-Tremolo). Là, les neiges 
s'accumulent en hiver à 50 pieds 
de hauteur, et même au cœur de 
l'été on voit souvent sur le Tessin 
des voûtes de neige en état de 
supporter des fardeaux d'une pe- 
santeur considérable. Il y a deux 
chemins dans la Vallée-Trem- 
blante , l'un usité en hiver et 
l'autre en été. Au dessus du se- 
cond pont, le chemin traverse un 
vert pâturage , passe à côté de la 
chapelle de Sainte-Anne, et descend 
par la forêt de Piotella dans la val- 
lée , d'où l'on a encore 7 4 de lieue 
j usqu'à Airolo. Au dessus du bois de 
Piotella et dans le bois même , on 
découvre des échappées de vue sur 
la riante Val-Lévantine supérieure , 
que termine au sud le Platifer. Au 
sud-ouest on aperçoit la vallée de 
Dédretto. 

Le Saint-Golhird, l'an 1799, a 
été le théâtre de plusieurs combats 
entre les Français et les Autri- 
chiens *. L'ascension du Piora et 
du Fieudo peut être faite en 1 ou 
2 h. : de leur sommet on a une vue 
merveilleuse. 

Ursern (la vallée d' , en rhétien 
Ursara ) est située au canton 



* En descendant le Saint-Gothard , du 
côté d' Airolo , on remarque à droite une 
pierre de rocher où est une inscriplion 
russe , tracée par un des soldats de l'ar- 
mée de Suwarow (Richard.) 



d'Uri ; elle a 3 lieues de long sur un 
quart de largeur, et s'étend depuis 
d'Urnerloch, ou roche percée du 
Teufelberg, dans la direction du 
nord-est aux sud-ouest, jusqu'au 
mont Furca. Elle est arrosée par 
la Reuss , et entourée de toutes 
parts de montagnes granitiques 
très-élevées. La seule entrée qui y 
mène, sans passer par-dessus l'a- 
rête de quelque montagne, est 
celle de l'Urnerloch , galerie percée 
clans les rochers qui ferment le 
pays du côté du nord, et au-delà 
desquels s'étend l'affreuse gorge 
des Schœllenen , située à la vérité 
sur le territoire d'Ursern , jusqu'au 
Hœderlisbrùcke , qu'on trouve à 
un quart de lieue en avant de Ges- 
tinen. A la vallée principale abou- 
tissent G vallons latéraux, savoir: 
ceuxdel'Ober-Alpe , d'Unter-Alpe , 
de Rudunt, de Kaes, d'Enn et de 
Grossthal. La vallée principale 
seule est habitée, et contient 
quatre villages : c'est un des pays 
peuplés les plus hauts qu'il y ait 
en Suisse; car la partie la plus 
basse de la vallée a 4,358 pieds au 
dessus de la mer, et l'on ne fait 
pas une demi-lieue de chemin en 
montant sans se trouver de quel- 
ques centaines de pieds plus haut 
qu'auparavant. L'hiver y dure sept 
mois, et, pendant la moitié des 
cinq autres , on est ordinairement 
obligé de faire chauffer les poêles. 
Tout le pays est couvert d'excel- 
lents pâturages alpins dans lesquels 
on prépare les fromages d'Ursern , 
qui sont du nombre des plus gras 
et des meilleurs que l'on fasse en 
Suisse. Le bois y est très-rare ; ce- 
pendant il croît beaucoup d'aunes 
sur les bords de la Reuss , et le 
pays produit une quantité de 
tourbe. Les montagnes qui en- 
tourent la vallée principale olfrent 
quatre ou cinq glaciers, savoir : 
ceux de Ste-Anne, de Matt, de 
Biel et du Weihwasser. Le grand 
chemin de Suisse en Italie par le 
St-Gothard , celui qui mène en Va- 
lais par le mont Furca , et par le 
Cimout dans les Grisons , traver- 



254 



SADRUN. 



sent cette vallée et sont d'une 
grande ressource pour les habi- 
tants , qui entretiennent 300 che- 
vaux pour le transport des mar- 
chandises. Les horreurs que déploie 
la nature dans la fjartie située au- 
delà de la Roche-Percée ( l'Urner- 
loch) , les Schœllenen , le Pont-du- 
Diable, et la galerie même, le 
contraste de toutes ces scènes ef- 
frayantes avec les tableaux gra- 
cieux et doux qu'offrent les pâtu- 
rages dont la vallée même est 
couverte , en font une des contrées 
les plus curieuses et les plus in- 
téressantes des Alpes Helvétiques. 



§ 4. D'andermatt a 


Dissentis , 


7 


heures 






Oberalp , 




1 h. 


10 m. 


Lac, 






50 


Fin du lac , 






15 


Plaine , 






10 


Cabanes , 




1 




Juf, 






30 


Rûœras , 






30 


Sarguns , 






15 


Camischolas , 






10 


Sadrun , 






10 


Bugnei , 






15 


Monpeth , 






45 



Dissentis , 



i h. 



Sadrun, village paroissial du 
canton des Grisons. Il est situé 
sur une éminence doucement in- 
clinée à l'entrée du vallon latéral 
de Strim. Malgré son élévation , 
4,300 pieds au dessus de la mer , 
le seigle, l'orge , le lin , l'avoine et 
la pomme de terre y prospèrent. 
L'église est un bel édifice. La popu- 
lation de toute la paroisse est de 
900 âmes. 

Le chemin d'Andermatt à Dis- 
sentis ne peut se faire en moins 
de 7 à 8 heures à pied : le lac 
qu'on traverse après la descente 
de l'Oberalp ( 6,200 p. environ) 
est presque toujours gelé sur les 
bords. 11 n'y a presque pas de vue 
sur le haut de l'Oberalp. Ce che- 
min qu'on fait pour aller à Coire 
n'offre que par intervalle des beau- 
tés naturelles assez grandes pour 
faire oublier les fatigues du voyage. 
L'ascension de l'Oberalp est péni- 
ble et fatigante. En descendant 
après Monpeth , on a un fort beau 
panorama sur Dissentis et la vallée. 
Nous décrirons Dissentis dans le 
voyage aux Grisons. 



SCHWYTZ. 



255 



CHAPITRE IX. 



CANTON DE SCHWYTZ. 



Situation , Population. Le 

canton de Schwytz est borné au 
nord par les cantons de Zurich et 
de Saint-Gall , à l'est par ceux de 
Saint-Gall et de Glaris , au sud 
par celui d'Uri, et à l'ouest par 
ceux de Zug , de Lucerne et le lac 
des Quatre-Cantons. Sa surface est 
de 44 lieues carrées , et sa popula- 
tion de 40,000 âmes. 

Confédération. Schwytz était , 
comme il Test encore, le cinquième 
en rang dans l'ancienne confédé- 
ration , quoique le second dans la 
ligue des cantons fondateurs de la 
liberté. JVerner Stauffacher, l'un 
des héros du Grûttli, appartenait 
à ce canton qui a donné son nom 
à la Suisse (en allemand Schwytz). 

Langue et Religion. La lan- 
gue allemande y est seule en usage, 
et les habitants appartiennent 
tous à la communion catholique. 

Instruction publique. Le col- 
lège des jésuites a remplacé à 
Schwytz le gymnase. Einsiedeln a 
un séminaire avec six professeurs. 
Outre les écoles publiques , qui 
sont peu nombreuses , il y a des 
écoles particulières dans quelques 
localités. Les branches d'instruc- 
tion sont : la lecture , l'écriture, et 
la récitation du catéchisme ; l'a- 
rithmétique n'est pas enseignée 
partout. Dans quelques écoles on 
y ajoute un peu de géographie et 
d'histoire nationale. Les bibliothè- 
ques sont peu nombreuses. Les 
capucins de Schwytz et d'Art ont 
quelques collections de livres. 
Schwytz possède depuis 1823 une 
bibliothèque formée par des dons 
d'amis des sciences; elle est forte 
d'environ 4,000 volumes. 



Rivières et Lacs. Ses rivières 
sont la Muotta qui traverse la 
vallée de ce nom et tombe dans le 
lac de Lucerne près de Brunnen. 
— La Sihl dont la source est dans 
le Sihlthal et se jette dans la Li- 
mât près de Zurich. — \JAa qui 
sort du Waeggithal et se verse dans 
le lac de Zurich près de Lachen. 
On trouve dans l'intérieur le joli 
lac de Lowertz avec sa petite île 
de rochers sur lesquels sont les 
ruines du vieux château de ce 
nom. 

Division. Le canton se divise en 
six districts : ceux de Schwytz , 
de Gersau , de Kiissnacht, d' Ein- 
siedeln , de Pfœfpkon et de la 
March. 

Montagnes. Deux montagnes 
sont à citer : le Mythen et le 
Rlgi; cette dernière, au sommet 
de laquelle est une bonne auberge, 
est très-fréquentée par les étran- 
gers qui vont y jouir d'une vue ra- 
vissante. 

Produits du sol. On cultive, le 
blé , l'orge , le seigle , l'avoine et 
la pomme de terre. Les carottes , 
la chicorée , le lin et le chanvre , 
se cultivent en grand dans les dis- 
tricts de Schwytz et d'Einsiedeln; 
les plantes oléagineuses sont mieux 
accueillies qu'autrefois. Dans le 
district de la March on trouve de 
beaux arbres fruitiers ; les noyers, 
les pommiers et les poiriers sont 
très-productifs. La vigne est d'un 
bon rapport dans les environs du 
lac de Zurich. 

Règne animal. L'éducation du 
bétail est l'occupation principale 
de la population. On compte dans 
le canton 15,000 bêtes à cornes, 



266 



SEEWEN. 



6,000 moutons , 4,000 porcs et 
10,000 chèvres; les chevaux sout 
beaux et fort estimés. Les forêts 
renferment le renard, le lièvre, 
le blaireau , l'écureuil , la martre , 
le putois , la marmotte et le héris- 
son. Le chamois se montre sur les 
frontières d'Uri et de Claris; l'ours 
est fort rare. Les lacs nourrissent 
plusieurs espèces de poissons. La 
vipère se rencontre quelquefois. 
Les oiseaux appartiennent la plu- 
part aux espèces voyageuses. 

Climat. Dans la vallée de 
Schwytz il est très-variable : la 
neige tombe ordinairement en no- 
vembre ; l'hiver proprement dit 
s'établit vers la fin de décembre 
et dure jusqu'en mars. Peu ou 
point de printemps. Le climat de 
Kûssnach est un peu plus doux 
que celui de Schwytz; celui des 
bords du lac de Zurich est plus 
doux encore. Dans les vallées éle- 
vées et sur les montagnes il est 
rude et fort variable. Les orages 
varient beaucoup, suivant les loca- 
lités et les années. Les brouillards 
se montrent fréquemment en au- 
tomne , et les gelées blanches sur- 
tout au printemps. 

Industrie et Commerce. Le 
produit des bestiaux et des che- 
vaux , dont les races sont belles et 
recherchées , forme la principale 
richesse des habitants, qui s'occu- 
pent aussi de la filature du coton 
et de la filoselle. Le commerce ex- 
porte annuellement ces produits , 
beaucoup de chevaux et environ 
2,300 pièces de gros bétail. 

Moeurs et Coutumes. Le ci- 
toyen de Schwytz se distingue par 
une stature forte et vigoureuse ; 
la taille ordinaire est de 5 pieds 
3 pouces à 5 pieds G pouces. Les 
beautés parmi les femmes ne sont 
pas nombreuses ; malgré les cor- 
sets baleinés, les tailles trahissent 
d'épais et robustes contours. Le 
costume national soit des hommes, 
soit des femmes , subit l'influence 
des modes étrangères. Les gilets 
rouges ont presque complètement 
disparu. Les culottes ont été rem- 



placées par des pantalons de coutil 
et de laine. Les femmes ont con- 
servé leur ancienne coiffure , en la 
modifiant un peu. 



DeBrunnena Schwytz, 1 I. 



Ingenbahl , 
Ibach , 
Schwytz , 



10 m. 

25 

25 



Ingenbahl , village paroissial , 
contenant 200 maisons et 1,500 
hab. L'église est située sur une 
petite hauteur au pied du Stass- 
berg, à coté de la route qui conduit 
dcBrunnen à Schwytz. Tout près 
est un ossuaire. La plaine voisine 
est couverte de belles métairies. 

Ibach, petit village du district 
de Schwytz , dont les maisons sont 
disséminées sur les deux rives de 
la Muotta. C'est ici que se tenait la 
landsgemeinde cantonale, et encore 
à présent celle du district. On y 
remarque deux chapelles. Près du 
pont sur la Muotta , il y eut en 
1799 un combat acharné entre les 
Français et les Russes. Des prairies 
ombragées d'arbres fruitiers , et de 
jolis sentiers, forment de tous les 
côtés de ce village d'agréables pro- 
menades. On gagne en trois quarts 
d'heure les bords du charmant 
petit lac de Lowerz. 

Seewen , qui , lors de la catas- 
trophe du 2 septembre 1806 , cou- 
rut les plus grands dangers , est 
situé au bord de ce lac. On y trouve 
un bon hôtel , la Croix-Blanche , 
dans une jolie situation, et qui a 
des bains que les habitants des 
environs fréquentent beaucoup en 
été. L'église paroissiale est très- 
remarquable. L'intérieur est orné 
de quelques tableaux 'excellents 
avec lesquels contrastent des fres- 
ques sans goût. D'anciens tom- 
beaux ont été découverts, en 1835, 
dans la colline qu'occupe l'église. 
Quelques débris de murs couverts 
de mousse sont les restes du petit 
château de Steineck. 



LOWERZ. 



257 



SCHWYTZ. 



Schwytz ( le bourg de), chef- 
lieu du canton de même nom. 
Hôtel : le Cheval - Blanc. — Ce 
bourg est situé sur un coteau fer- 
tile et gracieux, qui s'étend douce- 
ment depuis le pied du Mythen , 
dont la hauteur est de 4,508 pieds, 
jusqu'au bord des lacs de Lowerz 
et des Waidstetten. Pop., 4,000 h. 
environ. 

Curiosités. Ce bourg compte 
plusieurs fort belles maisons, soit 
dans ses murs , soit dans les cam- 
pagnes voisines. On y remarque 
l'arsenal, la maison de ville avec 
un beau jeu d'orgues, la chaire et 
les trois têtes de réformateurs qui 
la soutiennent, beau travail; l'in- 
térieur est décoré par les Orelli ; 
dans le cimetière la tombe de Re- 
ding; le beau cabinet de médailles 
de feu Hedlinger, chez son petit- 
fils. On remarque l'hôpital , un 
séminaire , un couvent de reli- 
gieuses dominicaines , fondé en 
1272 , et un couvent de capucins 
de 1G19. — L'église paroissiale dé- 
diée à saint Martin occupe une 
petite éminence le long des côtés 
de la grande place, d'où on y par- 
vient par un escalier en pierres. 
C'est Tune des plus belles de la 
Suisse. La construction de cet édi- 
fice , commencée en 1709, fut 
achevée en 1774; les contributions 
volontaires des paroissiens se sont 
élevées à la somme de 80,000 flo- 
rins. Cette église renferme sept 
autels de marbre rouge veiné de 
blanc, un orgue magnifique, et des 
peintures qui se distinguent par 
leur coloris. La sonnerie com- 
posée de six cloches est harmo- 
nique. Du haut du clocher on 
jouit d'une vue magnifique. Der- 
rière cette église est la jolie petite 
chapelle de la Ste-Croix, fréquem- 
ment visitée; lors de l'incendie de 
1642 , la Ste-Croix fut épargnée par 
les flammes. — Schwytz est situé 
au pied du Mythen , montagne 
dont le sommet présente deux 



dents , et sur le haut de laquelle 
on voit une croix en bois. Le pay- 
sage situé au nord de Schwytz , du 
côté du Mythen , est fort pittores- 
que; ce district, arrosé par le To- 
belbach , sur lequel on trouve le 
hameau de Rikenbach , est borné 
par le Gibelberg , montagne cou- 
verte de forêts , et les pâturages 
alpestres du Stross. 11 vaut la peine 
d'aller voir le Siti , maison de 
campagne située à un quart de 
lieue du bourg. A l'extrémité 
d'une longue allée d'arbres , on 
trouve un pavillon bâti sur le bord 
de la montagne; de là on traverse 
un bois situé à l'est, et qui abou- 
tit à une chapelle et à un ermitage 
où l'on jouit d'une vue magnifi- 
que. 

Steinen , village situé à une 
lieue de Schwytz, est remarquable 
comme étant le lieu qu'habitait 
Werner Stauffacher , l'un des trois 
généreux fondateurs de la liberté 
et de l'indépendance des Suisses. 
— 11 contient 170 maisons et 1,500 
hab. L'église paroissiale, dédiée à 
Ste Anne , date du milieu du xvi e 
siècle; elle a trois autels et un 
orgue. Le charnier qui est à côté 
a été fondé en 1111 ; on y voit 
aussi trois autels ainsi que des 
peintures sur verre. La chapelle 
qui porte le nom de Werner Stauf- 
facher, l'un des hommes du Rùtli, 
fut bâtie en 1400. Elle doit occu- 
per l'emplacement de la maison 
de ce confédéré. Plusieurs pein- 
tures historiques qu'elle renferme 
méritent l'attention du voyageur: 
ici c'est StauiFacher paraissant 
devant le bailli , puis prenant 
congé de sa femme ; là c'est la 
prairie du Rùtli; ailleurs le lac de 
Lowerz et la bataille de Morgarten 
avec le millésime de 1315. 

Lowerz ( le lac de ) , ( Lower- 
zersee , Lauerzersee j , au pied 
du Rigi ; il a une lieue de long , 
une demi-lieue de large , et 54 
pieds de profondeur. Sur ses bords 
on voit les villages de Lowerz et 
de Séewen , et à peu de distance 
de la rive celui de Steinen. Ce pe- 



258 



EINSIEDELN. 



tit lac , embelli par deux îles d'un 
aspect très-pittoresque, a quelque 
chose de singulièrement roman- 
tique. Le bourg de Schwytz n'est 
qu'à une lieue de distance de ce 
lac , qui reçoit de nombreux ruis- 
seaux et doit être encore alimenté 
par des sources souterraines. Ses 
eaux n'ont pas la couleur bleu- 
foncé de beaucoup d'autres bas- 
sins ; il gèle en entier en hiver , et 
sert alors de 6hemin aux habi 
tants de la contrée. De petits ba- 
teaux le sillonnent et sont fré- 
quemment exposés à faire nau- 
frage , à cause des orages violents 
qui y éclatent. La plus grande de 
ses deux îles , appelée Schwanau , 
porte les ruines du château du 
même nom, dont les seigneurs 
dépendaient des comtes de Leuz- 
bourg. La chapelle qui se trouvait 
sur cette île fut détruite en 18O6; 
près des restes qu'on en voit , est 
une maison de paysan avec un 
petit jardin. L'autre île doit avoir 
porté le nom de Lowerz , et le châ- 
teau de même nom détruit en 
1308. On y voit quelques arbres. A 
Lowerz, chemin pour aller sur le 
Rigi. De Lowerz, au travers des 
débris qui couvrent la vallée de 
Goldau à Art , une lieue et demie. 

Muttathal , vallée du canton 
de Schwytz ; elle s'ouvre à trois 
quarts de lieue de Schwytz. Le 
grand chemin qui va de ce bourg 
par le mont Pragel et par le Klœn- 
thal à Glaris, traverse la Mutta- 
thal. De Schwytz au village de 
Muotta , au pied du mont Pragel , 
2 lieues et demie. On voit dans ce 
trajet plusieurs cascades. 

Muotta , village situé sur la rive 
droite de la rivière , non loin de 
l'entrée du Bisithal. L'église pa- 
roissiale , dédiée à St Sigismond , 
occupe une hauteur. Elle est nou- 
velle, grande, très-belle, et ornée 
de tableaux précieux. En dessous 
se trouve un ossuaire. On trouve 
dans le village de Muotta un cou- 
vent de religieuses , nommé Saint- 
Joseph, dans lequel les étrangers 
reçoivent l'hospitalité. La fonda- 



tion de cette maison remonte au 
xin e siècle ; le bâtiment actuel 
date du xvn e . L'église est sans 
faste ; l'ancienne , maintenant la 
chapelle mortuaire, présente une 
peinture sur fresque. Les habitants 
de cette vallée se distinguent du 
reste de leurs concitoyens par leur 
dialecte , par l'expression de leur 
physionomie et par leur costume. 
Il est possible qu'ils descendent 
des Goths. 

Marche mémorable des Russes. 
Au sud du village , on voit l'ou- 
verture d'une étroite vallée qui 
s'étend du côté de celle de Sche- 
chen , dont elle est séparée par de 
hautes montagnes , nommément 
par le Kienzighulm. Ce fut par la 
vallée inhabitée du Kienzihthal , 
dans laquelle aucun voyageur n'a- 
vait jamais pénétré , et par le 
Kienzighulm , que l'armée russe , 
aux ordres du général Suwarow , 
opéra son passage , le 27 et le 28 
septembre 1799, au sortir du Sche- 
chental , où elle s'était rendue 
après avoir quitté Altorf. Ayant 
quitté la vallée de Muotta, elle se 
porta sur Schœnenbuch, lieu situé 
à l'endroit où la vallée , se resser- 
rant considérablement , débouche 
du côté de Schwytz. Là , Suwarow 
livra deux combats sanglants aux 
Français. Un grand nombre de ces 
derniers furent précipités dans la 
Muotta du haut du pont près du- 
quel on se battait. Cependant les 
Russes, n'ayant pu se faire jour, 
prirent le parti de se retirer par 
le Pragel à Glaris. Les bergers des 
Alpes ne parlent qu'avec admira- 
tion du passage des Russes sur le 
Kienzighulm. 

§ i**. De Schwvtz a Einsie- 
deln , 3 h. 35 m. 



Hauteur du Haken , 
Alpthal , 

Alpbrùcke (pont) , 
Einsiedeln , 



1 h. 30 m. 
50 
45 
30 



Einsiedeln : on y va en 3 h. Va 
par le Haken. 



EINSIEDELN. 



259 



De Schwytz, on monte en une 
heure à l'auberge de Haken , qui 
est à 3,120 p. au dessus du lac 
des Waldstetten. 

Points de vue, La vue de Tau- 
berge est belle et s'étend sur les lacs 
de Lowerz et des Waldstetten , 
ainsi que sur les montagnes voi- 
sines. Mais sur les hauteurs des 
pâturages , l'horizon s'agrandit 
considérablement ; on y découvre 
le lac et le canton de Zurich, et 
tout le nord de la Suisse. 

Au sud de l'auberge s'élèvent les 
deux pointes que l'on nomme le 
grand et le petit 

Mythen; leur hauteur est de 
4,598 p. au dessus de la mer. Ce 
sont deux rochers nus et sauvages 
sur lesquels il n'y a pas de sentier; 
cependant les personnes qui, n'é- 
tant pas sujettes aux vertiges, 
sont habituées à grimper sur les 
rochers, peuvent y monter en se 
procurant de bons guides à l'au- 
berge. Sur ces sommités on jouit 
d'une vue encore plus étendue que 
sur les pâturages du Haken. Non 
loin de l'auberge on observe une 
source d'eau soufrée. 

Einsiedeln ( ISotre-Dame-des- 
Ermites), abbaye cle bénédictins, 
contenant une paroisse très-consi- 
dérable avec 6 succursales, et en- 
viron 900 maisons et 6,000 habi- 
tants, au canton de Schwytz. Un 
bourg de même nom fait partie de 
ce district. 

L'abbaye et le bourg sont situés 
dans la vallée de la Shil , dont 
l'aspect est gracieux et roman- 
tique , quoiqu'elle se trouve à 
3,000 p. au dessus de la mer , et à 
1,G32 p. au dessus du lac des 
Waldstetten, et que le climat en 
soit très-âpre; car l'hiver y dure 
fort longtemps , et les arbres frui- 
tiers ne peuvent pas y croître en 
plein air. On découvre de belles 
vues du haut des collines du voi- 
sinage , surtout au Freygerruberg, 
derrière le couvent ; au Neuberg,"à 
Altberg, et sur le mont Etzel, qui 
est assez éloigné. A l'entrée du joli 
vallon alpestre, on voit un petit 



couvent recommandable par la 
piété et par l'esprit laborieux des 
religieuses qui l'habitent. 

L'abbaye occupe seule un mon- 
ticule, derrière lequel on voit au 
S.-E. s'élever en amphithéâtre 
une belle forêt de sapins. Le cou- 
vent, rebâti il a y environ cent ans 
pour la septième fois depuis sa 
fondation, est d'architecture ita- 
lienne. Les façades ont trois éta- 
ges , et quatre dans les angles sail- 
lants et près des réfectoires. Chaque 
étage a 42 fenêtres sur la longueur 
et 47 sur la largeur. L'église , qui 
occupe le centre, offre un en- 
semble majestueux , quoique l'in- 
térieur soit un peu surchargé 
d'ornements. Entre deux tours 
on voit la statue colossale de Marie 
portant l'enfant Jésus dans ses 
bras. Ces deux tours renferment 
onze cloches, dont l'une pèse 110 
quintaux. A l'entrée on voit dans 
une chapelle neuve (de marbre 
noir du pays ) l'image en bois de 
la Vierge, couverte d'habits de 
soie ; cette image a été donnée au 
fondateur par la princesse Hilde- 
garde, abbesse de Zurich. Les 
peintures du chœur, de la sacris- 
tie , par Crautz , et la Madeleine, 
par Singler, dans le chapelle du 
confessionnal, les fresques de la 
coupole, la Nativité et la Cène 
sont de très-beaux ouvrages. Il se 
rend toutes les années à Einsie- 
deln un grand nombre de pèlerins. 
L'abbaye possède une très-belle 
bibliothèque où l'on compte près 
de 30,000 volumes, et, depuis quel- 
que temps, un cabinet d'instru- 
ments de physique et de miné- 
raux. Le cabinet d'histoire natu- 
relle fut fondé en 1780. Le père 
Kalin montre aux curieux une 
collection précieuse de plus de 
cinquante pièces de peintures sur 
verre , qui lui appartient. Egale- 
ment attentive aux besoins du 
siècle , et fidèle à l'esprit de son 
ordre si zélé pour les progrès de 
l'érudition , elle a ouvert depuis 
la révolution , et sous la protection 
spéciale du prince-abbé , des écoles 



560 



DE SCHWYTZ A GLARIS. 



publiques, où Ton enseigne gra- 
tuitement diverses sciences. La 
grande place qui règne devant le 
couvent est ornée de deux por- 
tiques semi-circulaires et garnis 
de boutiques; au milieu s'élève 
une fontaine de marbre noir, mu- 
nie de quatre tuyaux. En 1817, 
l'abbé d'Einsiedeln a refusé par 
deux fois la dignité éphcopale que 
voulait lui conférer le souverain 
pontife. 

Après Notre-Dame-de-Lorette et 
Saint- Jacques-de-Compostelle , No- 
tre-Dame-des-Ermites est le lieu 
de pèlerinage le plus fréquenté de 
l'Europe ; les pèlerins qui y affluent 
sont particulièrement de la Suisse, 
de la France, de l'Allemagne et 
de l'Italie; il n'est pas rare d'en 
voir venir de pays plus éloignés. 

Le bourg, bâti au dessous du 
couvent, est composé d'auberges et 
de maisons habitées par divers ar- 
tisans, tels que des libraires, des 
relieurs , des boulangers , des or- 
fèvres , etc. Sa pop. est de 2,500 
hab. En fait d'établissements par- 
ticuliers , on y remarque : l'école 
libre du dimanche , fondée en 1830 
par la société de lecture ; l'institut 
de sourds-muets, et deux caisses 
d'épargnes. 

Hôtels : le Bœuf , maison es- 
timée. — Le Paon. 

Le réformateur Zwingli était 
curé à Einsiedeln. On dit que ce 
lieu est le berceau du fameux 
Théophraste Paracelse : au moins 
son testament prouve qu'il a de- 
meuré longtemps dans le voisi- 
nage. En 1798, Einsiedeln eut 
beaucoup à souffrir de la part des 
Français : l'abbaye et le bourg fu- 
rent pillés , et la chapelle de la 
Vierge rasée. Cependant on eut le 
bonheur de sauver quelques 
objets, entre autres l'image sacrée. 

Vallée et source de la ShiL La 
vallée de la Shil , à peu de dis- 
tance du couvent , a trois lieues de 
long. Elle est arrosée par la Shil , 
dont un des bras prend sa source 
sur le Diethelm. Les grandes ca- 
vernes du Diethelm ont rendu cé- 



lèbre cette montagne ; mais l'accès 
en est dangereux k cause des pré- 
cipices qu'elles recèlent. 

Chemins. D'Einsiedeln au mont 
Etzel , 1 lieue ; par le Schindellegi, 
à Richterschwyl , sur le lac de 
Zurich , 5 lieues. Des routes prati- 
cables pour les voitures vont par 
le mont Etzel à Richterschwyl , 
comme aussi à Lachen et à Glaris, 
et par les villages de Rothenthurn 
et Sattel à Schwytz. 

Etzel ( F ) , montagne située en- 
tre le Shilthal et la partie supé- 
rieure du lac de Zurich , ta 2,190 p. 
au dessus de la surface de ce lac. 
Un grand chemin qui mène au cou- 
vent d'Einsiedeln la traverse. Au 
point le plus élevé du passage , on 
trouve une assez bonne auberge , 
où l'on arrive en 2 h. des bords du 
lac de Zurich. Près de l'auberge on 
voit une chapelle dédiée à saint 
Meinrad , et un pont sur la Shil , 
que l'on nomme Pont-du-Diable. 

Vues magnifiques. A l'auberge, 
et principalement sur le sommet 
de la montagne , qui n'en est qu'à 
une demi-lieiie , on jouit d'une 
vue très-étendue et d'une grande 
beauté. 



§ 2. De Schwytz a Glaris , 
10 h. environ. 



Ibach , 


25 m 


Schœnenbuch , 


25 


Pont de la Muotta , 


15 


Im-Ried , 


55 


Pont, 


40 


Muotta , 


35 


Stalden , 


30 


Pont, 


30 


Croix , 


30 


Le Pragel , 


50 


Schwellaui , 


1 h. 


Richisaux, 


20 


Plaine , 


10 


Lac de Klœnthal , 


50 


Fin du lac , 


20 


Seeruti , 


5 


Riedern , 


50 


Glaris , 


25 



ART. 



261 



§ 3. De Schwytz a Art, 3 1. 

C'est un voyage plein d'intérêt, 
qui remue le cœur, qui arrache 
des larmes. On passe à travers les 
ruines de Goldau, village qu'on 
voyait autrefois entre le Rigi et le 
Rosberg ou Rufïiberg , à l'E. 

Les voyageurs trouveront à Gol- 
dau l'excellent hôtel du Cheval- 
Blanc, tenu par M. Schindler. Nous 
le recommandons spécialement ; 
on trouve chez lui des mulets pour 
monter le Rigi. 

Goldau est devenu tristement 
célèbre par l'horrible catastrophe 
du 2 septembre 1800. Après de lon- 
gues pluies, une des sommités du 
Rufïiberg, qu'on appelait le Gni- 
penspitz, se détacha de la monta- 
gne vers les cinq heures du soir, 
se précipita avec un fracas épou- 
vantable jusqu'au fond de la vallée, 
ensevelit sous ses énormes débris 
les villages de Goldau , de Busin- 
gen et Rothen , ainsi que plusieurs 
maisons de Lowerz, et combla une 
partie du lac du même nom , dont 
les eaux refluant avec un bruit 
horrible , s'élevèrent à une grande 
hauteur , et portèrent la désolation 
jusqu'à Séewen. On distingue en- 
core à présent les quatre courants 
principaux de l'éboulement. 

Deux églises, 111 maisons, 220 
étables et granges sont enfouies 
sous les débris de rochers , qui for- 
ment une nouvelle montagne, avec 
plus de 400 personnes qu'un sort 
inévitable surprit au milieu de 
leurs travaux. Plus de 325 pièces 
de bétail de toute espèce périrent 
dans ce terrible moment. A peine 
195 habitants privés de leurs fa- 
milles, de leurs amis, de leur for- 
tune et de leur patrie, sauvèrent 
leur misérable existence. Le destin 
fit partager à des étrangers le sort 
de ces infortunés habitants. Une 
société de voyageurs , en grande 
partie de Berne , qui faisait une 
promenade au Rigi , fut atteinte 
par l'éboulement à l'entrée du pont 
de Goldau et trouva la mort sous 



ce déluge de pierres \ Le souvenir 
de ce désastre est célébré annuel- 
lement le 2 septembre à Art par 
une cérémonie religieuse. Une cha- 
pelle et une auberge indiquent 
maintenant l'emplacement de Gol- 
dau. Bien que 35 années se soient 
écoulées depuis , le théâtre de l'é- 
boulement présente encore un ta- 
bleau épouvantable de destruction 
et de mort. De temps en temps des 
blocs de rochers descendent du 
Rossberg ; ainsi , le 1 1 juillet 1824, 
il s'en détacha un du sommet de 
la montagne, qui avait environ 80 
pieds de long sur autant de large, 
mais dont la chute ne causa aucun 
accident. 

Art ou Arth , grand et beau 
village du canton de Schwytz , au 
bord du lac de Zug , entre *le Rigi 
et le Rufïiberg. — Au b erg es : Y Ai- 
gle-Noir, l'Épée, Hôtel-des- Alpes , 
la Couronne. Popul. 300 h. 

Curiosités. Un bassin de fon- 
taine , formé d'une seule pièce de 
granit : l'on prétend qu'on voyait 
autrefois les énormes débris dont 
on l'a tiré dans les districts du 
Muhliflue. Dès l'an 1684, il est fait 
mention de ce bassin , qui se fen- 
dit dans l'incendie de 1719 ; on en 
répara les fentes avec du mastic. 
— L'église de St-Georges , bâtie en 
1G94, se distingue par la noblesse 
de son architecture. Dans la sa- 
cristie on montre un vase en ar- 
gent qui a appartenu à Charles le 
Téméraire. Deux reliefs de l'état 
ancien et actuel de la vallée de 
Goldau , faits par M. Bauman de 
Brunnen , méritent d'être vus. 
Dans la bibliothèque des capucins, 
on trouve quelques ouvrages pré- 



* M. le docteur Zay d'Art a publié en 
allemand, sur cet événement, un ouvrage 
estimable , sous ce titre : Goldau und 
seine Gegend, voie sie ivas sie geworden , 
Zcichnungen und Beschreibungcn. 1807. 
Zurich. 11 en a paru depuis un extrait en 
français , sous le titre : Goldau et ses 
environs , tel qu'il était ci-devant et 
connue il >st actuellement, isio. Lucerne, 
chez Xav Meyer. Ce petit ouvrage se 
| trouve à l'auberge d'Art : V Aigle-Noir. 



262 



LE RIG1. 



eieux concernant l'histoire de la 
Suisse. 

Chemins, A Zug, en suivant la 
rive du lac par un sentier très- 
agréable , ou plutôt une belle 
route , bien unie , et offrant une 
grande variété de panoramas ,3 1. 
A Immensée, si l'on ne veut pas 
y aller par eau , on suit aussi les 
bords du lac, au pied du mont 
Rigî , 1 1. Va« A Lowerz , 2 1. On 
peut traverser en bateau le char- 
mant bassin du lac de même nom. 
D'Art par le Steinerberg à Sattel , 
et de là par Schorn et Morgarten à 
Ëgeri , 5 1. Un chemin plus court, 
qui passe sur le Ruffiberg , mène 
en trois heures à Egeri ; mais il est 
pénible à cause des montées. 

Plantes, On cueille aux environs 
d'Art Yasperula taurina et le su- 
perbe lilium bulbiferum. 

Guides, On peut prendre à Art 
des guides pour gravir le Rigi. — 
Nous signalons aux voyageurs, 
comme méritant leur confiance , 
J. Fasbinder , Schmidig , Dom. 
Jutz. J. Schindler, Schincller le 
vieux , F. Eykorn , Richlin , Aloys 
Eykorn. 

Géologie, Ce qui rend la vallée 
d'Art si intéressante pour le natu- 
raliste-géologue , c'est sa situation 
au milieu des plus hautes monta- 
gnes de brèche ( nagelflue ) qu'il y 
ait , non-seulement en Suisse , 
mais aussi dans toutes les autres 
parties du monde qui ont été exa- 
minées jusqu'à ce jour. Le Rigi , le 
mont Rufïî et le Steinerberg sont 
entièrement composés de ce genre 
de pierre, depuis le pied jusqu'au 
sommet. 

Chutes de montagnes. Ceux 
qui veulent prendre connaissance 
des résultats terribles de la der- 
nier* 3 , chute de montagnes dans la 
vallée de Goldau ne sauraient 
être plus avantageusement placés 
pour cela qu'à Art , qui n'est qu'à 
20 m. de la limite occidentale de 
ces bouleversements. 



§ 4. D'Art a Altorf, 4 h. 3 / 4 . 



Ober-Art, 




15 m 


Goldau , 




30 


Rusigen , 




20 


Lowerz , 




25 


Ile de Sclrwanau , 




30 


Séewen , 




35 


Wylen , 




40 


Pont de Muotta , 




10 


Rrunnen , 




15 


Altorf, 


1 h 


. 6 


LE RIGI. 







1. Nom. Si l'on voulait chercher 
l'étymologie du mot Rigi dans le 
latin , il serait plus raisonnable de 
le faire dériver de Mons rigidus 
que de Regina montium, 

2. Situation et alentours. Le 
Rigi se trouve sur les contins du 
pays plat et des régions monta- 
gneuses. Un agrément qui lui est 
particulier et qu'il doit à sa posi- 
tion , est qu'on jouit sur sa som- 
mité de la vue de dix grands lacs 
et de sept petits. 

3. Il tendue, La plus grande 
longueur du Rigi , à partir du vil- 
lage de Wœggis , situé sur la base 
occidentale (hôtel du Lion-d'Or , à 
Wœggis , tenu par Zimmermann), 
jusqu'à celui de Séewen qui se 
trouve sur sa base orientale, est 
d'environ quatre lieues, et sa plus 
grande largeur du nord au sud , 
c'est-à-dire d'Art à la Nase supé- 
rieure , de près de deux lieues. 
Son point culminant se nomme 
Kulm, 

Hauteur au dessus de la Médi- 
terranée, 



Le Kulm, 


5,220 pieds 


Le Dossen , 


5,190 


Le Rigifirst, 


5,140 


Le Schnécalp , 


5,103 


Le Rigistaiiel , 


4,866 


Le Kaltebad ( Rain- 




froid), 


4,404 


L'Hospice de Notre- 




Dame-des-Neiges , 


4,035 



LE RIGI. 



2G3 



L'Unterdœchli , 



2,935 pieds. 



4. Formation. Sous le rapport 
de la géognosie, le Rigi est une 
montagne particulièrement inté- 
ressante et remarquable. Elle est 
essentiellement composée de brè- 
che et de grès , dont les couches 
alternent de la base jusqu'au som- 
met. On appelle cette brèche na- 
gelfluh , c'est-à-dire rochers de 
clous, nom qui lui a été donné, 
parce que la surface arrondie des 
petits cailloux , dont cette espèce 
de roche est hérissée, ressemble à 
de grosses têtes de clous. 

5. Climat. Comme le point cul- 
minant du Rigi est à plus de 
2,000 pieds au dessous de la région 
des neiges perpétuelles , qui se 
trouve en Suisse à une hauteur de 
8,000 pieds , il en résulte que 
celle qui y tombe pendant l'hiver 
se fond communément dans le 
mois de mai , et ses derniers vesti- 
ges disparaissent en juin. Il arrive 
néanmoins parfois au gros de l'été 
que des gouttes de pluie se trans- 
forment en flocons de neige , si la 
température est par trop rafraî- 
chie. 

Il faut chauffer les appartements 
de l'auberge du Kulm presque 
tous les matins , même au gros de 
l'étéj lorsqu'il pleut ou que la 
température est refroidie par quel- 
que autre cause , cette précaution 
devient encore nécessaire le soir. 

Il arrive aussi et même fréquem- 
ment, à la fin de l'été, que la 
partie basse de la montagne est 
enveloppée d'un épais brouillard , 
tandis qu'on jouit sur le Kulm 
d'un ciel magnifique. 

Productions et phénomènes. Le 
mont Rigi est riche , non-seule- 
ment en plantes alpines , mais 
même en celles qui ne sont indi- 
gènes que dans un climat plus 
chaud. Celles-ci réussissent parti- 
culièrement bien sur son revers 
méridional , au dessus des villages 
de Wœggis et de Fiznau, où les 
châtaigniers , les arbres fruitiers 
des meilleures espèces et les plan- 



tes légumineuses les plus délicates 
sont à l'abri de tous les vents du 
nord. 

On rencontre sur le Rigi près de 
150 chalets , dans lesquels on con- 
vertit en fromage et beurre le lait 
d'environ 3,000 vaches, qui y pais- 
sent en été avec de nombreux 
troupeaux de moutons et de chè- 
vres. 

Parmi les phénomènes qu'on 
observe sur le mont Rigi , il en est 
un qui frappe singulièrement le 
voyageur : c'est le mirage , en al- 
lemand neoelbild. 

Le mirage se voit sur le Kulm 
à différentes époques du jour : le 
matin du côté de Kùssnacht , 
l'après-midi du côlé d'Art, et le 
soir vers le lac de Lowerz. 



tJZ CD CD CD CD CD CD 


S. 


^ % £ rît 3 S £ 




►— EL 



Sur le Kulm f 



264 



LE RIGI. 



1. D'Art à VUnterdœchli. On 
passe devant la chapelle de St- 
Georges, en suivant un sentier 
qui se dirige pendant quelque 
temps par des prairies unies, et 
qui traverse ensuite par une pente 
roide , mais nullement dangereuse, 
des bois , des pacages , et des dé- 
bris de rochers. En passant par 
Ober-Art, le chemin est plus long 
d'un quart de lieue , mais il est 
moins escarpé le long de la base 
de la montagne. Un chemin pra- 
ticable pour les chevaux passe par 
Goldau, où l'on arrive au bout 
d'un quart d'heure. 

2. De Goldau à V Unterdœchli. 
Ce chemin , praticable pour les 
chevaux , prend à travers le ruis- 
seau dit Rigiaabach , et se dirige 
ensuite par des prairies et par un 
bois vers l'Unterdœchli ; passable- 
ment escarpé. 

On trouve à l'Unterdœchli une 
auberge. Du banc placé devant 
l'auberge , on jouit d'une vue ma- 
gnifique du côté du lac de Lowerz 
et du bourg de Schwytz. Ce che- 
min est praticable pour les chevaux 
jusqu'à la chapelle de Malchus. 
Immédiatement au dessus du ha- 
meau on rencontre une croix avec 
une inscription ; c'est la première 
station des pèlerins, dont la qua- 
torzième se trouve droit devant 
Notre-Dame-des-Neiges. Vers la 
quatrième croix, on entre dans le 
pacage supérieur dit Ober-Alp, 
où le chemin cesse d'être roide ; on 
se repose un moment dans un 
chalet ouvert appelé Y Oberdœchli, 
d'où l'on atteint le Kulm dans une 
heure et demie, en passant par 
les pacages de Resti . Grunhoitz , 
Schwœdi et Kœsernolz. Mais , 
comme ce chemin est souvent un 
peu roide, on en suit volontiers 
un autre qui est uni et praticable 
pour les chevaux ; il conduit à la 
huitième station où se trouve la 
chapelle de Malchus. Sur ce che- 
min on voit le ruisseau du Stœn- 
bach se précipiter d'une paroi de 
rocher excavée par l'eau. 

3. De Lowerz à la chapelle de 



Malchus. Sentier qui côtoie d'a- 
bord pendant environ une demi- 
heure la grande route de Goldau. 
Près d'une croix qu'on rencontre à 
main gauche, on commence à 
monter insensiblement derrière le 
Fallenboden , où se trouve la der- 
nière habitation jusqu'à Notre- 
Dame-des-Neiges. A l'angle d'une 
forte saillie de la montagne nom- 
mée Rothenfluh , où l'on jouit 
d'une très-belle vue , on rencontre 
un banc sous une voûte de roche; 
là , le sentier prend à gauche pour 
entrer dans l'étroit vallon du Rigi. 
On voit quelques ruisseaux se pré- 
cipiter des rochers. Près d'un re- 
pos couvert , le chemin traverse le 
ruisseau d'Aabach , et monte au- 
delà vers la chapelle de Malchus. 

De la chapelle de Malchus à 
V Hospice. Ce chemin , presque 
uni, se dirige, au devant de la 
chapelle de Sainte-Croix et du 
dernier repos, vers le Sand , et de 
là, à travers l'Aabach, à l'hospice. 
Un sentier très-fréquenté conduit 
du Sand par l'Abendreinli , Trie- 
bhute , Triebrein , Schinnenfluh 
et Lagmatt, dans 3 /4 d'h. sur le 
Kulm. 

De V Hospice au Staffel. On arri- 
ve à l'auberge par un chemin prati- 
cable pour les chevaux; il se dirige, 
à travers quelques pâturages et 
au devant du monument d' Ernest 
et d'une grotte de rocher, vers un 
talus escarpé où l'on trouve un 
chalet. Sur ce chemin on a l'au- 
berge de Stall'el en vue. On est 
d'autant plus frappé de la perspec- 
tive magnifique qu'on découvre 
tout d'un coup vers cette auberge, 
que depuis l'Oberdœchli on s'est 
constamment trouvé dans le vallon 
de la montagne qui n'en offre point 
de pareille. 

De V Hospice au Bain-Froid» 
Sentier rapide jusque sur la hau- 
teur, où se trouve une croix 
et où l'on jouit d'une très-belle 
vue ; de là on descend par une 
pente assez douce à travers les 
pâturages vers l'auberge du Bain- 
Froid. 



LE RIGL 



2(iii 



4. D'Immensée au Séeboden. 
Sentier qui passe devant la cha- 
pelle de Saint-Laurent et devant 
fauberge , où il est croisé par la 
route de Kûssnacht à Art, et d'où 
il se dirige, en côtoyant un bois, 
vers la croix plantée au Séeboden. 
Un autre sentier , plus court que 
le premier, conduit d'Immensée 
dans i / !t d'b. par le chemin creux, 
vers la chapelle de Guillaume 
Tell; ou bien on peut suivre jus- 
que-là la grande, route. A quelques 
•pas de cette -chapelle, le sentier 
monte par un hallier vers quel- 
ques maisons , et conduit de là à 
travers les pâturages auxquels le 
chemin d'Immensée vient aboutir, 
à la croix du Séeboden , et immé- 
diatement après on se trouve dans 
le chemin de Kûssnacht. 

6. De Kilssnacht au Séeboden, 
Ce chemin, praticable pour les 
chevaux, passe au devant des 
ruines du château de Gessler , et 
monte ensuite , après avoir tra- 
versé des pâturages, par un talus 
boisé et passablement escarpé, 
vers le Séeboden. Au sortir du 
second bois qu'on rencontre, le 
chemin d'Immensée vient joindre 
celui-ci. 

Du Séeboden au Staffel. Che- 
min praticable pour les chevaux. 
Il traverse d'abord des pâturages 
unis , pasee ensuite au devant des 
chalets de Grot, d'Ober et d'Un- 
ter-Haldri, puis se recourbe sur 
la gauche directement au dessous 
du Kulm, et monte finalement, 
par le rapide talus supérieur, 
vers l'auberge du Staffel. 

G. De Greppen au Bain-Froid. 
Sentier qui n'est guère fréquenté 
que par les habitants des envi- 
rons. 

7. De Jï^œggis au Bain-Froid. 
Ce chemin , praticable pour les 
chevaux, est agréable, commode. 
Il prend son origine immédiate- 
ment vers l'auberge de Vœggis , 
et traverse par le milieu l'espace 
qui fut couvert, en 1795, par la 
vase éboulée de la montagne du 
Tannenberg. Partout où se présen- 



tent de beaux points de vue , le 
long de ce chemin, on a dressé des 
bancs pour la commodité des voya- 
geurs ; et dans deux endroits , sa- 
voir au dessous et au dessus de la 
montagne de Fendrich , on l'a dé- 
tourné pour en rendre la pente 
plus douce. Près d'un chalet qu'on 
rencontre au Sœntiberg , on voit 
un hêtre superbe. On trouve bieiv 
tôt, dans une charmante position, 
l'ermitage et la chapelle de Sainte- 
Croix ; et, après avoir monté en 
zigzag une paroi de rocher très- 
escarpée, on arrive au Hochstein , 
où l'on voit quatre blocs de na- 
gelfluh qui se sont dressés de ma- 
nière à former une voûte. De là , 
jusque sur le Kulm, le chemin 
n'est nulle part bordé de bois. Au 
dessus de Hochstein , le chemin de 
Wseggis, le long duquel on rencon- 
tre plusieurs croix , se réunit avec 
celui de Fiznau , et depuis cette 
jonction on gagne en peu de 
temps , en traversant quelques pâ- 
turages , le Bain-Froid. Un sentier 
conduit de là, dans 7 2 h., par- 
dessus la Bergruken- First ( faîte 
de la croupe delà montagne), à 
l'Hospice. Près d'une croix qui se 
trouve sur la hauteur, se présente 
un beau point de vue. Si l'on veut 
se transporter au Kœnseli pour y 
jouir d'une perspective magnifi- 
que, on peut le faire dans y 4 d'b. 
depuis le Bain-Broid. 

8. De Fiznau au Bain-Froid. 
On a construit un chemin prati- 
cable pour les chevaux ; il est fré- 
quenté par les habitants des envi- 
rons et par ceux du canton d'Un- 
terwald. 

9. Du Bain-Froid au Staffel. 
Ce chemin , praticable pour les 
chevaux, traverse un vaste pâ- 
turage et longe un fossé d'un pied 
de largeur. Sur la hauteur , on 
tourne autour de la saillie du 
Boststock, et on entre du canton 
de Lucerne dans celui de Sclnvytz. 
Ce chemin est parfois peu large , 
mais on atteint bientôt l'auberge 
du Staffel. 

.10. Du Staffel sur le Kulm. 



266 



LE RIGI. 



Ce chemin , qui est également pra- 
ticable pour les chevaux , longe 
presque toujours le bord de la 
montagne. Sur la gauche , il offre 
des perspectives qui s'étendent 
jusqu'au Jura ; sur la droite, on 
découvre l'Hospice dans le joli 
vallon de la montagne , et au de- 
vant on a toujours en vue les gra- 
dins du Kulm qu'on monte insen- 
siblement. A moitié chemin , on 
voit le trou dit Kessibodenlock , 
dont l'ouverture est longue de 12 
pieds sur G de large , et qui en a 
près de 100 de profondeur; et un 
peu plus haut, sur la droite, se 
trouve le Grindstein, qui a 12 p. 
de hauteur et presque la forme 
d'un bocal. Peu après, on arrive à 
l'auberge du Kulm , but désiré du 
voyageur. 

22ndroits remarci uafiles du 
moait Mlgi, 

i. L'hospice de JSotre-Dame- 
des-Neiges , aussi appelé le Rigi. 
La chapelle de Notre-Dame-des- 
ÎVeiges , qui se trouve près de 
l'hospice , fut fondée dans l'année 
1689 par Sébastien Zay d'Art; 
plus tard, elle fut pourvue d'in- 
dulgences par les papes, et enfin 
elle est devenue un lieu de pèleri- 
nage très-fréquenté. On voit près 
de l'hospice quelques cascades et 
cavernes, et non loin de là, sur la 
gauche du chemin qui se dirige 
vers le Staff el , le monument érigé 
en 1804, par le conseiller Reichard, 
au duc de Saxe-Gotha Ernest 11 ; 
il est adossé à une paroi de rocher. 
On y lit une inscription allemande, 
dont voici la traduction : « A la 
]>ieuse mémoire d'Ernest de Saxe- 
Sotka , digne de ses aïeux par ses 
connaissances , et grand par ses 
nobles sentiments et par sa loyau- 
té ; consacré en face des Alpes et 
du peuple libre qu'il chérissait au- 
tant qu'il l'estimait. 1804, 11. » 
L'hospice possède une bague avec 
le portrait du prince , qui lui a été 
donné par M. Reichard. 

2. Main-Froid , situé sur le re- 



vers sud-est de la montagne, dans 
le canton de Lucerne. La chapelle , 
qui se trouve dans cet endroit , est 
étroitement renfermée entre des ro- 
chers , et n'est desservie que pen- 
dant l'été par un chapelain qui 
demeure dans l'auberge. C'est 
entre deux de ces rochers que sont 
les sources extrêmement froides ; 
l'eau qui en jaillit avec bruit est 
reçue dans un réservoir , d'où elle 
est conduite dans une maison de 
bains située au dehors du cercle 
de rochers. On s'y baigne à froid , 
en se couchant tbut habillé dans 
une baignoire , et en laissant en- 
suite sécher ses vêtements sur le 
corps; mais les personnes un peu 
délicates la font chauffer. Elles 
sont très-efficaces pour la guérison 
de rhumatismes , de coliques et de 
fièvres intermittentes. Près de la 
maison des bains se trouve l'au- 
berge. On va du Bain-Froid à l'hos- 
pice dans une demi-heure , en 
poursuivant un sentier qui passe 
sur la First ( faîte) , où l'on jouit 
d'une très-belle vue , et qui des- 
cend de là par une pente roide au 
travers de quelques pâturages. Un 
autre sentier, presque uni, conduit 
dans dix minutes vers une croix 
plantée sur une saillie de rochers 
nommée le Kœnzeli *. La vue 
qu'on a de là est de toute beauté. 

3. Le Staff eh C'est vers ce pla- 
teau , situé à un quart de lieue au 
dessous du Kulm, que se réunis- 
sent tous les chemins et tous les 
sentiers qui mènent sur le sommet 
de la montagne. On rencontre une 
auberge. 

4. Le Kulm et l'auberge du 
Kulm , qui ont valu au mont Rigi 
une célébrité presque générale en 
Europe ; car, malgré la fatigue que 
causa son ascension à des milliers 
de personnes , il n'en est aucune 
qui n'ait conservé un agréable sou- 



* Kœnzeli veut dire petite chaire , et 
on désigne par là la partie, d'un rocher 
qui s'avance en forme dune chaire sur 
une saillie de la montagne. 



LE RIGI. 



2G* 



venir des jouissances qu'elle y 
éprouva. 

Dans le mois d'octobre 1820, on 
a élevé sur le point culminant un 
échafaudage en bois. Il sert de si- 
gnal ou de point de mire pour les 
mesures trigonométriques, et de 
belvédère aux voyageurs, qui mon- 
tent, moyennant une échelle , dans 
une espèce de galerie pourvue de 
bancs qui y est pratiquée , et d'où 
l'on embrasse d'un seul coup d'œil 
les objets les plus rapprochés de la 
montagne. 

Vue du Kulm. 

1. Vue générale. Après avoir 
monté pendant quatre heures sur 
le Rigi , on se trouve enfin sur son 
point culminant , à une hauteur 
verticale de près d'un tiers de lieue, 
ou, si l'on veut, neuf fois aussi haut 
que la tour de la cathédrale à 
Strasbourg. La vue parcourt un ho- 
rizon immense qui s'étend au nord 
sur une suite de montagnes et de 
plaines ondulées , et qui est borné 
au sud par les Hautes-Alpes. L'œil 
ébloui par la blancheur des neiges 
perpétuelles, en même temps qu'il 
va se reposer sur le vert tendre des 
pâturages , ou sur celui plus foncé 
de quelques sombres vallées, est 
agréablement flatté par les nuances 
jaunes et souvent rougeâtres des 
parois verticales de quelques ro- 
chers nus qui entrecoupent par-ci 
par-là la trop grande uniformité 
de l'ensemble. En opposition de 
ces scènes sévères, une plaine im- 
mense se déroule d'un autre côté, 
et la monotonie des champs dorés 
qui la couvrent est interrompue 



par le vert noir des forêts de sapins 
et par un grand nombre d'églises 
et de châteaux qui brillent dans le 
lointain. Au premier plan on voit 
de jolis villages et d'élégantes 
maisons de campagne au milieu 
de prairies émaillées, ou au bord des 
lacs et des rivières qui ajoutent 
par le bleu azuré de leurs ondes à 
la magie du tableau. Dans les belles 
matinées de l'arrière-saison , les 
rivières et les lacs sont souvent 
couverts d'un brouillard qui sert à 
faire reconnaître leurs directions , 
et qui indique même la position de 
quelques-uns qu'on ne voit pas 
depuis le Kuîm , tels que les lacs 
de Constance et de Greifen, le Rhin 
et l'Aar dont on n'aperçoit qu'une 
très-petite partie. 

2. Horizon. Le plus grand dia- 
mètre du rayon visuel est entre la 
Dole, montagne du Jura, située 
dans le canton de Vaud , et le 
bourg de Biberach qui se trouve 
sur le lac de Constance; il se pro- 
longe ainsi sur une étendue de 70 
lieues. 

3. Effets de lumière. L'aspect 
des montagnes est plus beau le 
matin que le soir, parce que la lu- 
mière s'y répand en plus grande- 
masse dans cette première partie 
du jour; mais on jouit pendant; 
l'autre d'une température plus 
agréable. Le soleil levant vient do- 
rer de ses premiers rayons le côté 
oriental du mont Rigi , et les der- 
niers, qui se réfléchissent sur son 
côté occidental , produisent un 
charmant effet de lumière sur le 
mont Glaernisch et dans les vallées 
de Schwytz et de Goldau. 



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LE RIGL 




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LE RIGI. 



2(39 



Du Kuhn à V 'Unterdœchli, une 
îieue. Le sentier le plus court des- 
cend par une pente roide, à travers 
le Kœserholz , le Schwendi , le 
Grounolz et le Resti , vers une ca- 
bane nommée Oberdaechli , où l'on 
trouve le chemin de l'hospice qui 
conduit à l'auberge d'Unter- 
dœchli. 

Du Kuhn à V Hospice. Le sen- 
tier le plus court se dirige à travers 
la Langmatt , la Schinenfluh , la 
Treibutte, le Treibrein, l'Aben- 
dreinli et le Sand , vers l'hospice , 
qu'on dépasse même d'une cen- 
taine de pas. On ne jouit sur ce 
sentier d'aucune perspective. 

Du Kuhn au Staffel. Beaux 
points de vue. On découvre d'a- 
bord , sur la droite du Sœttel- 
lisstock ,1e Soustenhornqui s'élève 
dans le canton d'Uri , à une hau- 
teur de 10,190 pieds ; on ne l'aper- 
çoit pas depuis le Kulm. Peu au 
dessous de celui-ci on trouve, sur 
la gauche du chemin , un bloc de 
rocher de la forme d'un bocal, qu'on 
nomme le Grindstein, puis un peu 
plus bas, sur un pâturage presque 
plat , le Kesisbodenloch ; c'est ainsi 
qu'on appelle un trou d'une pro- 
fondeur perpendiculaire de cent 
pieds, qui traverse le rocher d'ou- 
tre en outre et dont on voit l'ouver- 
ture de douze pieds de longueur et 
de six de largeur , sur la droite du 
chemin. On s'amuse souvent à y 
jeter des pierres qui sortent du 
fond en faisant un bond sur la 
paroi inférieure du rocher ; ce 
qu'on peut observer en se couchant 
à plat ventre. En descendant par 
ce chemin, on ne perd presque 
jamais de vue le lac des Quatre- 
Cantons qu'on a sur la gauche , 
devant l'auberge du Staffel ; le che- 
min est presque uni. 

Du Staffel à V Hospice. Chemin 
rapide ; à peu de pas du Staffel on 
est déjà privé de toute autre per- 
spective que celle de l'hospice , 
qu'on perd même aussi de vue 
pendant quelque temps. Après 
avoir dépassé une grotte de rocher 
et le monument du duc Ernest de 



Saxe-Gotha, qui se trouve à une 
centaine de pas du chemin , on 
arrive vers les auberges, vers la 
chapelle et l'hospice des Capucins. 

De V Hospice à la chapelle de 
Malchus, Ce chemin , qu'on peut 
commodément suivre à cheval , 
traverse d'abord le ruisseau dit 
Aabach , d'où il se dirige sur un 
plan uni , au devant d'un repos et 
de la chapelle de Sainte-Croix , 
vers celle de Malchus. 

De la chapelle de Malchus à 
V Unterdœchli. Ce sentier, nul- 
lement pénible jusqu'à l'Ober- 
dœchli , atteint de là l'extrémité 
d'un pâturage , d'où il descend 
par gradins , à travers un bois et 
le long d'un rocher, vers l'auberge 
de l'Unterdœchli , près de laquelle 
on découvre, sur la droite , l'ébou- 
lement de Goldau dans toute son 
étendue , le lac de Lowerz et le 
bourg de Sclrwytz , et sur la gauche 
le lac de Zug et le bourg d'Art. 

De l'Unterdœchli à Art. Le 
sentier taillé en gradins , qui con- 
duit du premier dans ce dernier 
endroit , se dirige par une pente 
roide , tantôt à travers des débris 
de rochers et tantôt à travers des 
prairies; au bout de l'une de celles- 
ci, qu'on rencontre à moitié che- 
min, on trouve un autre sentier 
qui mène à Obérait. 

De V Unterdœchli à Goldau. 
Autre sentier , également taillé en 
gradins , qui descend d'abord par 
une pente roide à travers un bois , 
ensuite à travers quelques prairies, 
et qui traverse enfin l' Aabach. 

De la chapelle de Malchus à 
Lowerz. Ce sentier n'est nulle part 
rapide, mais mal entretenu. Il tra- 
verse l'Aabach près de la chapelle 
de Malchus , et se dirige ensuite , 
au devant d'un repos et de quel- 
ques chutes d'eau , et à travers des 
prairies , vers le Fallenboden. Sur 
l'angle de la paroi du rocher de la 
Rothenfluh où l'on trouve un re- 
pos, on découvre les bourgs d'Art 
et de Schwytz, et près du Fallen- 
boden on rétrouve la première ha- 
bitation depuis l'hospice ; près de 



270 



LE RIGï. 



celui-ci et même encore un peu 
au dessous , on a tout i'éboule- 
ment de Golclau en vue. 

De V Hospice à Gersau. Sentier 
qui contourne le Schnéeœlpli et qui 
descend de là à Gersau. 

Du Staffei au Bain-Froid. Ce 
chemin , praticable pour les che- 
vaux , est d'abord assez uni , mais 
cependant peu agréable jusque 
vers l'angle du Rothstock , où l'on 
entre par une claire-voie dans le 
canton de Lucerne; un fossé d'un 
pied de largeur qu'on rencontre là 
sert de continuation à ce chemin 
qui se dirige , à travers un vaste 
pâturage , directement vers le 
Bain Froid. 

Du Bain- Froid à Fiznau. 
Droit au dessous du premier pâtu- 
rage qu'on traverse , il se divise ; 
celui qui prend à gauche se dirige, 
par des pâturages et des bois,: à 
Fiznau. 

Du Bain- Froid à Wœggis. 
Du Bain-froid, d'où le chemin est 
bordé de distance en distance de 
croix qui désignent des stations de 
pèlerinage , il se dirige à travers 
un pâturage au bout duquel il 
prend à droite (celui de la gauche 
conduit à Fiznau ) pour atteindre 
le Hœchstein, où l'on traverse une 
espèce de voûte formée par quatre 
blocs de nageifluh qui se sont dres- 
sés fortuitement ; de là on descend 
en zigzag la paroi boisée d'un ro- 
cher, et l'on arrive vers l'ermitage 
de la chapelle Heilig-Kreutz (Ste- 
Croix), qui se trouve dans une 
position pittoresque , et où l'on 
commence à jouir d'une perspec- 
tive. De là on arrive , à travers des 
pâturages, vers le chalet du Fœn- 
drich ou Sœntiberg. Sur tout ce 
chemin on rencontre de distance 
en distance des bancs qui y ont été 
placés pour l'agrément des voya- 
geurs. A mesure qu'on approche 
de Wœggis , la contrée est mieux 
cultivée. Avant d'arriver au village 
de Wœggis, on voit la paroi ronge 
du Tannenberg ( montagne de 
pins), d'où il se précipita, dans 
l'année 1795, un torrent de vase 



qui couvrit quelques maisons du 
village et entre autres l'auberge , 
qui a été rebâtie depuis ce temps. 

Du Bain-Froid à Greppen. Ce 
sentier descend sur la gauche du 
Kœnzeli (petite chaire), mais il est 
peu fréquenté par les étrangers. 

Du Bain-Froid au Séeboden. 
Ce sentier se dirige vers le Kœnzeli, 
d'où il descend sur la droite , en 
longeant une paroi de rocher et le 
plus souvent à travers des bois , 
vers le Séeboden. 

Du Staffel au Séeboden. La 
première partie de ce chemin ne 
peut guère être suivie par un cava- 
lier; mais au dessous d'un talus 
escarpé d'un rocher il devient pres- 
que uni. On rencontre sur ce che- 
min les chalets d'Ober-Haldri , 
d'Under-Haldri et du Groot où 
vient aboutir le chemin du Bain- 
Fïoid, 

Du Séeboden à Kûssnaeht. Ce 
chemin , praticable pour les che- 
vaux , se dirige sur la gauche ( ce- 
lui qui prend à droite , près de la 
croix, conduit à Immensée), par 
un bois , sur des pâturages qu'il 
traverse pour regagner un second 
bois, d'où il descend en zigzag vers 
d'autres pâturages où l'on rencon- 
tre trois maisons isolées ; de là il 
atteint le village de Kûssnaeht, en 
longeant sur la gauche le monti- 
cule du château de Gessler. Si l'on 
veut, on peut d'abord suivre le 
chemin d'immensée , mais alors 
il faut prendre sur la gauche pour 
gagner le chemin creux , d'où on 
arrive à Kûssnaeht en suivant la 
grande route sur la gauche , et à 
Immensée en la suivant à droite. 

Du Séeboden à Immensée. 
Partant du Séeboden , on arrive 
vers une croix où viennent aboutir 
deux chemins ; on suit celui qui 
prend à droite, à travers des pâtu- 
rages bordés d'un bois. Arrivé au 
bout de ceux-ci , on descend , sur 
la gauche, au devant de quelques 
habitations isolées , vers le chemin 
creux, d'où on atteint la route 
d'immensée; en prenant sur la 
droite , on arrive vers la chapelle 



LE RIGI. 



271 



de Saint-Laurent, où l'on coupe le 
chemin d'Art à Kùssnacht pour 
aller à Immensée. 

Renseignements. Hôtels: à Art, 
{'Aigle- Noir , bonne maison, 
guides, voitures, remises; soins, 
prévenances. Hôtel des Alpes. 

A Goldau , bon hôtel , le 
Cheval. 

A Kùssnacht , YAigle-oV Or : de 
Ja salle à manger , magnifique pa- 
norama de montagnes ! bel et 
grand établissement : voitures , 
chevaux de selle, cabriolets; 2 h. 
V* pour aller jusqu'au Rigi. 



Même endroit , Cheval-Blanc , 
belles chambres , bon service , bons 
chevaux de selle et autres : les 
deux meilleures auberges de l'en- 
droit. 

Au Kulm, auberge qui n'a pas 
d'enseigne , mais assez connue 
pour s'en passer : très-bon hôtel , 
belle vue , signal , etc. 

A l'hospice de Notre-Dame-des- 
Neiges, la Couronne, cure de 
petit lait : bon établissement. 

Relier a fait un bon panorama ■ 
du Rigi. 



2Î2 



LUCERNE. 



CHAPITRE X. 



CANTON DE LUCERNE. 



Situation et Population. Le 
canton de Lucerne est borné au 
nord par le canton d'Argovie, à 
Test par le même canton et ceux 
de Zug et de Sclrwytz , au sud par 
ceux d'Untenvalden et de Berne ; 
ce dernier le limite du côté de 
l'ouest. Sa longueur est de 12 L, 
et sa largeur de 10. Sa surface est 
de 73 lieues carrées, et sa popula- 
tion d'environ 125,000 âmes. 

Confédération. Il entra en 
1332 dans la Confédération suisse 
et y prit le troisième rang. 

Langue et Religion. La langue 
allemande y est seule en usage , 
et les habitants professent tous la 
religion catholique. 

Moeurs et Caractère. Cette 
population est d'un caractère 
probe, gai, actif, mais assez enclin 
à la superstition ; elle se distingue 
encore par la beauté des traits et 
l'élégance de la taille. La partie 
qui habite l'Entlibuch a une phy- 
sionomie plus particulière ; son 
amour pour la liberté semble plus 
prononcé, le sentiment de l'hon- 
neur plus exalté; on dirait qu'elle 
est sortie de la même souche que 
la population appenzelloise. 

Rivières. Ce canton est arrosé 
par la Jleuss , la petite Emmen , 
la IVigger , la Wina, et la Sur en. 

Lacs. Outre celui de Lucerne , 
on trouve dans l'intérieur les jolis 
lacs de Sempach et de Baldegg ; 
ceux de Rolhsee , de Mauensee , 
qu'embellit une petite île où se 
trouve un château ; puis ceux 
àEgoltsweû , de Soppen et de 
Durten. 



Bains. II y a plusieurs bains 9 
dont les plus fréquentés sont ceux 
de KnuUwyl , de Russwyl , de 
Luten , de Lutzelau et de Meg- 
gen. 

Division. Le canton de Lucerne 
se divise en cinq préfectures, sa- 
voir r celles de Lucerne , à'Entli- 
buch y de WilUsau , de Sursee et 
de Hochdorf. 

Produits agricoles. Le sol est 
généralement fertile ; il produit 
plus de grain qu'il n'en faut à la 
consommation ; il est riche en 
fourrage , en fruits et en forêts. 

On trouve quelques vignes dans 
les parties les plus tempérées , et 
il croît des châtaigniers au pied du 
Rigi. 

Industrie et Commerce. Les 
habitants élèvent des bestiaux de 
la plus belle race et des chevaux 
estimés. Dans les parties mon- 
tueuses , ils fabriquent des fro- 
mages qui se vendent en Alle- 
magne. Les districts limitrophes 
de Berne se livrent à la fabrica- 
tion des toiles et des étoffes de 
coton. Le commerce consiste en 
grande partie dans l'exportation 
des produits du sol , et dans le 
transit des marchandises entre 
l'Allemagne et l'Italie par la route 
du St-Gothard. 

Instruction publique. L'in- 
struction a reçu une impulsion 
nouvelle par la loi qui règle cette 
partie depuis 1830. A la tête de 
cette branche de l'administration 
est un conseil d'éducation qui 
exerce sa surveillance par le canal 
d'un commissaire-rapporteur et de 



LUCERNE. 



273 



huit commissions scolaires nom- 
mées par le petit conseil sur sa 
proposition. On a créé pour former 
les régents un séminaire et des 
écoles-modèles préparatoires. Les 
fonds affectés soit aux écoles pri- 
maires , soit à l'institut central , 
s'élèvent à 70,000 francs ; outre 
cela , la loi fixe un chiffre annuel 
de 3,200 francs qu'on répartit à 
titre de secours entre des élèves 
qu'on envoie achever leurs études 
dans des universités étrangères. 
Les écoles primaires sont au 
nombre de 165 , les écoles secon- 
daires au nombre de 16. Les éta- 
blissements supérieurs d'instruc- 
tion sont le gymnase, le lycée, 
en même temps école théologique , 
et l'institut polytechnique. 

Mines. Il y a quelques exploita- 
tions de houille, et on recueille 
des paillettes d'or dans les sables 
de la petite Emmen et de la Lou- 
tern. En général, le règne minéral 
n'a pas été suffisamment étudié. 
On fabrique du verre dans l'Entli- 
buch. 

§ 1 er . D'Art a Lucerne, 4 h. 



Ober-Immensée , 


1 h. 16 m. 


Chapelle de Tell , 


10 


Kùssnacht , 


15 


Merlischachen , 


35 


Meggen , 


25 


Meggencapelle , 


15 


Hauteur , 


10 


Ruine de Séeburg , 


20 


Wûrzburgthal , 


10 


Lucerne , 


25 



On peut s'embarquer à Kùss- 
nacht, ou suivre la route de terre. 
Il y a une vieille église à visiter , 
celle de Meggen ; deux châteaux 
ruinés , celui de Rodolphe de Habs- 
burg , et celui de Seeburg. 

Immensée ( dessus et dessous ) , 
deux petits endroits de la paroisse 
de Kùssnacht , canton de Shwytz , 
contenant 70 maisons. Le premier 
avec trente maisons forme une 
petite rue ; le second renferme la 
chapelle de St-Sébastien. Il fut 



question en 1770 de joindre par 
un canal le lac de Zug à celui des 
Waldstetten , entreprise qui aurait 
été fatale aux riverains du premier, 
son bassin étant plus bas que celui 
du second. 

La chapelle de Tell , au chemin 
creux. Sur une colline , restes du 
château dans lequel le bailli Gess- 
ler se proposait de faire mettre aux 
fers Guillaume Tell. Le héros s'é- 
lança du bateau sur le rocher au- 
quel on a donné son nom ( le 
Tells Flatte ) , devança le tyran , 
l'attendit dans un chemin creux à 
un quart de lieue en avant de 
Kùssnacht, et le tua d'un coup de 
flèche, le 18 novembre 1307. Au 
bout de ce passage on a construit 
une petite chapelle sur le fronti- 
spice de laquelle on a peint l'action 
de Guillaume Tell. Les murailles 
de cette église sont couvertes de 
noms et de sentences. On prétend 
que l'arbre sur lequel Tell s'ap- 
puya pour ajuster sa flèche est le 
même qui existe encore , et dont 
on aperçoit à gauche le tronc cou- 
vert de mousse. 

Kùssnacht, canton de Sclrwytz, 
grand et beau village , dans une 
charmante situation, avec 1 ,500 ha- 
bitants et une église remarquable. 
On y voit une chaire fort belle par 
son travail , quatre autels , une 
statue de la Vierge en argent, et un 
bon tableau de maître-autel repré- 
sentant l'Assomption de Marie. Le 
clocher élevé a quatre cloches dont 
la sonnerie est harmonique. A côté 
de l'église est un charnier. L'hôtel- 
de-ville, vieil édifice, sert en même 
temps de maison d'école et de pri- 
son. En 1810 on découvrit dans 
un pâturage communal , en déra- 
cinant un vieux châtaignier, un 
vase de terre renfermant 4,000 mé- 
dailles romaines du temps des 
empereurs Claude, Didius, Gal- 
lien , etc. Hôtels : l'Aigle-d'Or , 
avec vue magnifique; le Cheval 
Blanc , en belle position. 

Points de vue. Près des ruines 
du château de Gessler, lequel fut 
détruit au mois de janvier 1308, 



2U 



LUCERNE, 



on découvre une vue magnifique 
snr le lac de Waldstetten jusqu'à 
Stranzstad , et sur les monts Pilate 
et Rigi , qui environnent ce lac. 

Chemins. De Kùssnacht au lac 
de Zug , 1 / 2 lieue. Là on s'embar- 
que à Immensée , et l'on se rend 
en 2 heures à Zug, et en 1 heure 
à Art. On va en 3 heures à Lucerne 
par le lac , ou par lui sentier le long 
du rivage. 

LUCERNE. 

Hôtels : le Cygne ; grand h el 
nouvellement construit, au bord 
du lac , avec beaux appartements, 
soignés , vastes écuries , remises 
fermées attenant à la maison : 
table d'hôte à 1 heure et à 4 heures 
dans une salle à manger d'où l'on 
jouit d'une vue magnifique. C'est 
à cet hôtel qu'aborde le bateau à 
vapeur la Ville-de-Lucerne. 

Le Cheval-Blanc , excellente mai- 
son , très-fréquentée. — Le Cor- 
beau. — Les Balances , bel établis- 
sement situé aux bords de la 
Reuss , avec vues magnifiques : 
grands et beaux appartements. 

L'Aigle-d'Or , restauré à neuf , 
beaux appartements. 

Pension J. Aeschmann ; ce grand 
et bel hôtel , qui servait de rési- 
dence au nonce du pape, et dont 
l'élégante tourelle gothique attire 
l'attention des étrangers, est ad- 
mirablement situé sur le bord du 
lac, vis-à-vis de la station du bateau 
à vapeur ; on y jouit d'une vue ma- 
gnifique. Les appartements sont 
vastes, commodes, et viennent 
d'être meublés et décorés à neuf. 
La table est confortable et bien 
servie , les prix sont modérés. 

Bateau à vapeur , la Ville-de- 
Lucerne : tous les jours à 6 h. du 
matin et 2 heures après midi pour 
Flùenen près d'Altorf , communi- 
cation par la grande route de poste 
par le St-Gothard : le bateau trans- 
porte des voitures et des chevaux. 
Retour de Flùenen à Lucerne le 
moine jour à 10 heures du matin 
et 6 heures de l'après-midi. — 



Communication directe pour le I 
Rigi par Wœggis 2 fois par jour : 
débarque et embarque à l'hôtel du ! 
Cygne. 

Diligences de Lucerne à Berne 
et pour toute la Suisse , 75 c. à 1 fr. 
la lieue de Berne. 

Librairie. Xavier Meyer, près de 
la porte de Bàle : on voit chez lui 
le grand panorama du Rigi peint 
par Henri Keller; il tient les meil- 
leures cartes de Suisse, vues , cos- 
tumes pittoresques, livres anglais , 
allemands , français. M. Charles 
Pfyfter d'Altishoffen tient cabinet 
de journaux au Frienhof en hiver, 
au Jardin anglais en été. 

Artistes. Schmitt, maître de 
dessin ; Schwegler , peintre; Ne- 
ger , rue du Wœggis , extérieur 84, 
a une collection de cristaux et de 
fossiles du St-Gothard. 

Vue générale. La ville de Lu- 
cerne est située à l'extrémité ouest 
du lac des Quatre-Cantons , au 
pied de la colline appelée Musseg , 
à la jonction de la Reuss et du lac. 
La ville est divisée en deux parties, 
la grande et la petite ville. Cette 
dernière est coupée par un canal. 
Les maisons en général ont une 
apparence antique; quelques-unes 
sont d'un style plus moderne. Vue 
de loin , étalant ses nombreux clo- 
chers sur un coteau en pente 
douce , elle paraît plus belle et 
plus grande qu'elle ne l'est réelle- 
ment. 

Portes. Elles n'ont rien de re- 
marquable. Ce sont les portes de 
Bàle, de la Senti, de la rue devant 
les tanneurs , de l'Hôpital , etc. 

Places, Rues. La place du Cerf, 
la rue du Fossé-aux-Lions , la place 
des Étoiles , sont remarquables. 

Fontaines. Dans la petite ville : 
1° près de l'arsenal, elle est sur- 
montée d'un sauvage ; 2° à la tour 
du Bourgeois , avec deux génies ; 
3° près de l'église des Franciscains, 
décorée de l'image de saint An- 
toine; 4° près du Gymnase, dans 
la grande ville , on distingue celle 
du Marché-aux-Vins, ornée de de- 
vises. 



LUCERNE. 



275 



Tours. Il y en a plusieurs : la 
plus remarquable est celle qui 
commande Ja maison du gouver- 
nement, et sur laquelle est peinte 
une énorme figure de géant ; on y 
lit une longue inscription en 
langue latine. 

Ponts. 1° Pont des Moulins, de 
300 p. de long , construit en 
1403; l'intérieur, couvert, est 
décoré d'une succession de 30 ta- 
bleaux à double face , représentant 
la Danse des Morts , copie faite 
par Méglenger; il y a d'autres su- 
jets avec les noms des donataires ; 
2° pont de la Reuss , il n'est pas 
couvert , il a 150 p. de long et 2G 
de large ; 3° pont de la Chapelle , 
construit en 1303 : il a 1,000 p. de 
long; il est décoré de 154 peintures 
dont 90 commencent au Freyen- 
hof , et représentent les époques 
des temps héroïques de la Suisse ; 
les autres commencent à la cha- 
pelle et sont tirés de la vie des 
deux patrons de la ville , saint 
Léger et saint Maurice : la tour de 
l'Eau est attenante à ce pont ; 4° 
le pont du Hof, ou pont de la Cour : 
il a 1,380 p.; il est couvert et dé- 
coré de peintures sur bois au 
nombre de 238 , tirées de l'ancien 
et du nouveau Testament. On 
jouit de ces ponts d'une vue admi- 
rable. 

Edifices publics. 1° L'église de 
Saint-Léger, au Hof, ou la cathé- 
drale, fondée en 695. L'architec- 
ture est ancienne , mais pleine 
d'intérêt. Dans le chœur, le Christ 
au mont des Olives , peint par 
Lanfranc ; la grille est admirable ; 
on remarque encore ses orgues et 
une sonnerie harmonique; 2° l'é- 
glise Saint-Pierre , de 1273 ; 3° l'é- 
glise et le couvent des franciscains 
ou cordeliers. Le chœur contient 
quelques tableaux ; le plus remar- 
quable est celui qui représente 
saint Antoine. La nef est ornée de 
peintures représentant les ban- 
nières prises par les Lucernois des 
temps anciens ; 4° le couvent des 
sœurs de Sainte-Anne ; 5° l'église 
de la Senti ; G° le couvent des Ur- 



sulines, qui possède une fort jolie 
église; 7° l'église des jésuites, très- 
beau temple commencé en 1G67; 
l'intérieur est à arcades. Un beau 
tableau de maitre-autel , peint par 
F. Torriani , élève du Guide , 
fait l'admiration des amateurs ; 
8° la maison ou collège des jé- 
suites, bel édifice; 9° le gymnase 
ou lycée , l'instruction est gra • 
tuite; 10° l'hôtel-de-ville , érigé en 
1606, joli édifice, mais peu spa- 
cieux:; deux salles larges sont or- 
nées de beaux lambris. Les ar- 
chives de la république sont 
déposées dans l'hotel-de-ville. Dan» 
l'une des pièces sont un beau cru- 
cifix , deux tableaux de Carlo Mo- 
nati et les portraits des Avoyers ; 
11° l'arsenal. On y remarque la 
cotte de mailles de' Léopold d'Au- 
triche, tué à la bataille de Sem- 
pach , son portrait , l'armure du 
bailli de Landenberg, le collier de- 
fer que les Autrichiens destinaient 
à Gundoldingen , la bannière de la 
ville, encore tachée du sang de ce 
dernier, tué à Sempach ; l'armure 
de Zwingli , quand il tomba mort 
à Cappel, une partie du butin fait 
à Morat et à Grandson , et les 
beaux vitraux de l'un des appar- 
tements; 12° la maison des orphe- 
lins; 13° Je grand hôpital; 14* 
l'hôpital des Incurables ; 15» 
le théâtre. 

Les Bibliothèques publiques 
sont : 1° celle de la Société de lec- 
ture ; 2° la bibliothèque de la ville, 
riche en histoires de la Suisse ; 3° 
les bibliothèques des jésuites, des 
cordeliers, des capucins. 

Enseignement. Les écoles ont 
été entièrement réorganisées eu 
1835. L'école élémentaire est 
maintenant divisée en trois classes; 
l'école moyenne inférieure a trois 
classes aussi; en dessus est l'école 
moyenne supérieure. Les traite- 
ments des maîtres vont de 600 à 
1,300 francs. 

Une société de chant a été fondée 
en 1834. La fête de la Jeunesse a 
été célébrée pour la premîèi 
le 29 août I83G. 



2/6 



LUCERNE. 



Café de M. Fluder , d'où l'on 
jouit d'une belle vue, journaux; 
café Fédéral. 

Population , 8,200 h. 

LE LION DE THORWALDSEN. 

C'est la merveille de Lucerne, 
c'est le premier monument qu'on 
doit visiter : il est situé à peu de 
distance de la ville , dans un joli 
site , au jardin de M. de Pfyffer. 

« Rien de plus simple à la fois 
et de plus poétique que cette pen- 
sée qui a été saisie et rendue par 
Thorwaldsen avec tout le succès 
qu'on devait attendre d'un artiste 
aussi célèbre : un lion percé d'une 
lance expire en couvrant de son 
corps un bouclier fleurdelisé qu'il 
ne peut plus défendre. L'expression 
du lion mourant est sublime : il 
est caché dans une grotte peu pro- 
fonde , et creusée dans un pan 
de rocher absolument vertical ; le 
tronçon de la lance qui l'a percé 
est resté enfoncé dans son flanc; 
il étend sa griffe redoutable comme 
pour repousser une nouvelle at- 
taque; sa face majestueuse offre 
l'image d'une noble douleur et 
d'un courage tranquille et résigné. 
Au dessus de la grotte on lit l'in- 
scription suivante : Helvetiorum 
fidei ac virtuti. Au bas sont les 
noms des officiers et soldats qui 
périrent le 10 août 1792 , et de 
ceux qui, soustraits à la mort, 
ont contribué à l'érection du mo- 
nument. A dix pas de là s'élève 
une petite chapelle , sur l'entrée 
de laquelle on a gravé ces deux 
mots : Invictis pax. Du côté op- 
posé , on voit la maison de l'inva- 
lide , gardien du monument. Une 
pièce d'eau vive, alimentée par 
plusieurs sources, baigne le pied 
du rocher , dont le sommet est 
couronné de végétation. Tout au- 
tour sont disposés avec beaucoup 
de goût quelques groupes d'arbres 
qui ombragent les bancs placés 
dans les points de vue les plus 
favorables. 
•> Le lion a 28 p. depuis l'extré- 



mité du museau jusqu'à l'origine j 
de la queue , et sa hauteur est de 1 
18 p. Il est en haut relief, et taillé 1 
d'un seul morceau dans la masse 
même du rocher. La grotte dans 
laquelle il est couché a 44 p. de 
long sur 28 d'élévation. A côté 
est une chapelle élevée à la mé- 
moire des Suisses du 10 août : 
l'autel est couvert d'une nappe de 
soie brodée de la main de S. A. R. 
madame la duchesse d'Angoulëme. 
Les yeux s'arrêtent sur cette in- 
scription : « Ouvrage de S* A. 
R. madame la dauphine Marie- 
Thérèse de France, an 1825. 
Donné à la chapelle du monu- 
ment du 10 août 1792, à Lu- 
cerne. » 

» C'est un jeune sculpteur de 
Constance , nommé Ahorh , qui a 
exécuté ce travail sur le modèle en 
plâtre envoyé de Rome par Thor- 
waldsen , et sous la direction du 
«olonel Pfyffer d'Altishof. » 

Le Relief de la Suisse du gé- 
néral Pfyffer est digne de la curio- 
sité du voyageur : c'est un travail 
de patience admirable. Ce magni- 
fique ouvrage , long de 22 pieds et 
large de 1 3 , représente en entier 
les cantons de Lucerne et d'Un- 
terwald , et en grande partie ceux 
d'Uri , de Sclrwytz et Zug, sur l'é- 
chelle d'un pied pour mille. Une 
autre carte de ce genre , de M. 
Mulier d'Engelberg, représente 
toute la Suisse orientale. 

Bateaux particuliers sur le lac de 
Lucerne *. 

De Lucerne à Flùelen , 

Bateaux , à 9 ram., 20 fr. 25 schel. 

à 8 » 18 25 
Petits bat., à 5 » 11 20 
Yacht, à 4 » 10 
— à 3 » 8 

* Nous avons conservé cette indication 
de bateaux particuliers dont on peut se 
servir quelquefois ; mais beaucoup moins 
aujourd'hui , que la Ville-dc-Luceme , 
beau bateau à vapeur , fait le même trajet 
en beaucoup moins de temps et à bien 
meilleur compte. 



LUCERNE. 



277 



De Flûelen à Lucerne , à Brunnen , 

Bateaux , à 9 ram., 15 fr. 

— à 8 » 13 20schel. 
Petits bat., à 5 » 3 

Yacht, à 4 » 7 20 
— à6 » 6 

Bateaux de poste. Départ , di- 
manche , jeudi 4 h. du matin , 
mardi à midi , pour Gersau , Brun- 
nen, Flùelen; mardi, samedi 11 
h. et demie p. Kùssnacht, Stanz- 
tadt , Alpanach ; de là à Gersau , 
Trub, Brunnen, 10 batzen; p. 
Flùelen , 20 bat. 

Observation. On doit toujours 
préférer le bateau de poste , quand 
on ne prend pas le bateau à va- 
peur ; il est beaucoup moins cher. 
A chaque hôtel est affichée la taxe 
des bateaux ; on la trouve de même 
affichée dans les petits ports où 
l'on débarque. Règle générale : une 
7s h. ou 1 h. au plus après qu'on 
l'a commandé, le bateau particu- 
lier part. 

Promenades, Points de vue. 
Dans la ville même on trouve ces 
deux avantages réunis sur le pont 
de la Reuss et surtout sur celui 
qu'on appelle Hofbrùcke , et au 
milieu duquel est une table avec 
un index qui désigne les noms des 
montagnes. En sortant de la ville 
par le Kriensenthor , on fait une 
agréable promenade an Lindin- 
gartin im Grund. Les jardins de 
M. Weberr à Allenwinden offrent 
un très-beau site : un pavillon , 
situé sur la terrasse en avant de la 
maison , renferme une table sur 
laquelle sont indiquées les dis- 
tances et les hauteurs de tous les 
objets que l'on découvre. Près 
d' Allenwinden , les jardins-pay- 
sages de M. le docteur Salzmann 
sur le grand chemin de Zurich , et 
ceux de M. le colonel Pfyffer au 
pied du Wesmeli. Du haut du 
Gùtzsch , colline située en avant de 
la porte de Bàle , on jouit aussi 
d'une fort belle vue. Sur la rive 
droite de la Reuss serpente un joli 
sentier qui mène à Wybach ; à 7 4 



1. de la ville, on remarque le mo- 
nument érigé au milieu de la ri- 
vière à M. l'avoyer Xavier Keller, 
qui périt dans ce lieu le 12 sep- 
tembre 1816. 

Lucerne ( le lac de ) est plus gé- 
néralement connu sous le nom de 
lac des Waldstetten ou des Quatre- 
Cantons ; on l'appelle ainsi parce 
qu'il est situé entre les pays de Lu- 
cerne , Uri , Scïrwytz et Unterwald, 
qui pendant le moyen-âge se nom- 
maient les Waldstetten. Sa surface 
est à 1,320 pieds au dessus de la 
mer. Il a , de Lucerne à Flùelen , 
6 lieues de long , et 4 ou 5 lieues 
de large depuis Kùssnacht jusqu'à 
Alpnach. En divers endroits de ce 
lac , par exemple près de l'Achsen- 
berg, on a trouvé 600 pieds de 
profondeur. L'enceinte des mon- 
tagnes dont il est entouré , et dont 
toutes les sources viennent grossir 
ses ondes , commence au mont Ri- 
gi et s'étend par le Ruffiberg. Ce 
lac a gelé en partie dans l'hiver de 
1830. Des traîneaux chargés allè- 
rent de Stanzstad à Hergiswyl et à 
Winckel; des patineurs vinrent de 
Lucerne à Stanzstad. 

Beautés particulières à ce lac. 
Des nombreux lacs de la Suisse il 
n'en est aucun qui puisse entrer 
en comparaison avec celui de Lu- 
cerne. La nature y déploie tout 
l'empire de sa majesté , l'inépuisa- 
ble variété de ses images , les con- 
trastes singuliers de tout ce qu'il y 
a de plus imposant , de plus affreux 
dans le monde. A mesure qu'on 
pénètre dans les golfes de Kùss- 
nacht , de Lucerne , de Winkel , 
d'Alpnach , de Buochs et de Flùe- 
len, dout l'aspect est tantôt gra- 
cieux, tantôt sublime, tantôt mé- 
lancolique et tantôt effrayant, on 
voit , pour ainsi dire , à chaque 
coup de rame changer les formes 
des montagnes qui s'élèvent du 
sein de ses ondes jusqu'à la région 
des nues. 

Si on prend un bateau parti- 
culier et qu'on ne veuille pas faire 
usage du bateau à vapeur, il esta 
propos de s'arranger de manière à 



278 



DE LUCERNE A MUNSTER. 



pouvoir arriver à Flûelen avant le 
coucher du soleil , de quelque partie 
du lac que l'on se propose de se 
rendre dans ce lieu. Car, lors 
même qu'il n'y a pas d'orage à 
craindre , les vents qui descendent 
alors des Alpes ont coutume de 
contrarier la marche des bateaux, 
et, lorsqu'ils sont violents, ils la 
prolongent quelquefois jusqu'à 
nuit close. Rien de semblable n'est 
à craindre aujourd'hui avec le ba- 
teau à vapeur. 

Quand il a plu pendant des jours 
entiers, il tombe du grand et du 
petit Achsenberg des pierres qui se 
précipitent le long des parois ver- 
ticales de la montagne, et rendent 
la navigation dangereuse. Lorsque 
les orages ne permettent pas de 
s'embarquer sur le lac pendant 
plusieurs jours, ceux qui sont dans 
la nécessité de continuer leur 
voyage peuvent se rendre de Brun- 
nen ou de Morschah , par le mont 
Achsenberg , à Flûelen en une 
journée. 

Trajet de Kiissnacht à Lu- 
cerne. L'île d'Altstadt. L'aspect 
que le lac dans toute sa largeur , 
dominé par le sombre Pilate , pré- 
sente au voyageur qui s'embarque 
à Kûssnacht, est d'une grandeur 
pompeuse et solennelle. La tour 
blanche et brillante de Stanzstad 
(bâtie, à ce qu'il paraît, dans l'in- 
tervalle de 1260 à 1308), qui 
semble sortir du sein des ondes 
noirâtres du lac , ajoute un nouvel 
attrait aux teintes obscures des 
Loper-Alpes, sur les bords du golfe 
d'AIpnach. 

Depuis l'ile d'Altstadt, on se 
rend en une heure à la ville , en 
traversant le golfe de Lucerne; 
dans ce trajet on voit à droite les 
belles collines de an der Aalden, 
et à gauche les longs coteaux de 
Piereck et de Schattenberg. 

Trajet par eau à Stanzstad et 
Flûelen , 9 1. En passant par le 
milieu du lac, on se rend à la con- 
trée du promontoire de Tanzerberg, 
2 1. Après avoir franchi les deux 
Nases, on découvre tout le golfe de 



Buochs, le bourg et la pointe de 
même nom , le fertile revers méri- 
dional du Burgen, et bientôt le vil- 
lage de Beckeuried , le Rauschbach 
et le Sélisberg; à gauche, Gersau 
qu'on voit au pied méridional du 
Rigl ; bientôt aussi du côté de l'E. 
le village de Brunnen ; enfin au 
pied du Mytheii , aux deux dénis 
chenues ( 4^,548 pieds au dessus du 
lac), on voit s'étendre les magni- 
fiques coteaux sur lesquels est 
situé le bourg de Sclrwytz. Sur les 
hauteurs du Sélisberg on trouve 
le village de même nom, les ruines 
des châteaux de Blumenstein et 
de Béroldingen , berceau d'une an- 
cienne famille qui subsiste encore 
aujourd'hui. 

Isenthal ou Isisthal , vallée du 
canton d'Uri. Elle débouche au S.- 
0. du lac des Waldstetten, presque 
en face de la chapelle de Tell , et s'é- 
tend au sud du côté de la vallée 
d'Engelberg, dont elle est séparée 
par leshautes montagnes de Brisen, 
Gemsenspiel et Rothstock ( selon 
M. le général Pfylïer, cette der- 
nière a 9,546 pieds au dessus de la 
merV. Le glacier de Getschenen est 
situe au fond de cette vallée popu- 
leuse , dans laquelle les voyageurs 
ne pénètrent point. On dit qu'il y 
a beaucoup de cavernes dans l'Alpe 
peu fréquentée de Nieder-Bau- 
wen. 

Le village d'isenthal est décoré 
d'une belle église et d'une maison 
d'école nouvellement bâtie. 



S 2. De Lucerne 


a Munster, 


4 h. 20 


m. 




Grand , 




15 m. 


Chapelle , 




30 


Bains de Rothen , 




5 


Pont d'Emmen T 




5 


Geriischwyl, 




5 


Rothenburg, b. 




âQ 


Bertischwyl, v. 




30 


Hildesried", 


1 h. 


5 


Chapelle , 




10 


Neudorf, v. 




20 


Munster , b. 




40 



SEMPACH. 



279 



Rothen , bains agréablement 
situés à 3 /* de lieue de Lucerne, 
au pied d'une colline boisée , non 
loin du pont sur l'Emme. Les 
bâtiments sont spacieux et bien en- 
tretenus. 

Rothenbourg. C'était autrefois 
une petite ville. Ce bourg contient 
150 maisons et 1,200 h. Le châ- 
teau, dont on voit encore quelques 
ruines, fut pris en 1385 par les 
Lucernois. On y a construit un 
pont couvert sur le Rothbach. 

A Hildesried , on peut quitter la 
route de Munster , et prendre à 
gauche le chemin qui conduit à 
Sempach , éloigné d'une lieue. Les 
souvenirs qui l'entourent méritent 
que le voyageur s'y arrête quelques 
heures. 

Sempach , petite ville du canton 
de Lucerne. auberges : la Croix, 
l'Aigle. 1,250 hab. Sempach est 
située sur la rive orientale du lac 
de même nom. C'est une petite 
ville assez mal bâtie ; elle ren- 
ferme deux cents maisons. Ses mu- 
railles avec leurs tours tombent en 
ruines. Les collines des environs 
ont de 100 jusqu'à 1,150 pieds de 
hauteur au dessus du lac , dont les 
bords sont couverts de prairies , de 
forêts et d'arbres fruitiers , parmi 
lesquels on ne distingne qu'un 
petit nombre de villages ; ces rives 
forment un paysage d'un aspect 
champêtre et agréable. Plusieurs 
ruisseaux se jettent dans le lac, 
dont l'eau est d'un beau vert clair. 

La bataille de Sempach se donna 
à 7* lieue de la ville, le lundi 9 
juillet 1386. Le duc Léopold d'Au- 
triche, fils du duc de même nom, 
qui 71 ans auparavant avait perdu 
la bataille de Morgarten , vint at- 
taquer les Suisses pour arrêter les 
progrès de leur confédération. 

Dans le moment le plus criti- 
que, Arnold de Winkelried s'élance 
du milieu des siens. « Je vais vous 
frayer le chemin , s'écrie-t-il , chers 
confédérés ! prenez soin de ma 
femme et de mes enfants! » A 
l'instant le héros se précipite sur 
l'ennemi , saisit dans ses deux bras 



une quantité de lances qui vont 
percer son sein et qu'il entraine 
dans sa chute sous le poids consi- 
dérable de son corps. Aussitôt les 
confédérés, renforcés par de nou- 
velles troupes , profitent de cette 
ouverture, entament la phalange 
serrée des chevaliers autrichiens, 
et ayant rompu leurs rangs , ils en 
fontun carnage terrible 

Pèlerinage à la Chapelle , 72 !• 
L'autel est construit à l'endroit 
même où tomba Léopold d'Au- 
triche : à l'entrée on a représenté 
deux lions ; l'intérieur est décore 
de figures et d'inscriptions : on a 
peint Arnold de Winkelried entre 
Hans de Hasenburg et Andréas, 
comte de Clèves ; un tableau sus- 
pendu sur la muraille avec cette 
signature : « X Hecht pinxit, 
1815, » représente la bataille de 
Sempach. L'artiste a figuré un 
rocher sur lequel on lit une in- 
scription tirée du chant de Sem- 
pach , improvisé au milieu de la 
bataille. Au centre se voit un grand 
crucifix, des deux côtés duquel 
Léopold et Gundoldingen , qui 
perdit aussi la vie dans cette ba- 
taille, sont représentés dans l'at- 
titude de la prière. On remarque 
encore les armoiries des comtes et 
chevaliers tués dans la bataille de 
Sempach, dont l'anniversaire est 
célébré avec beaucoup de solen- 
nité. 

Les noms des nobles autrichiens, 
ceux des Suisses confédérés qui 
périrent dans cette mémorable 
aiïaire, sont inscrits sur les mu- 
railles. 

Après avoir visité le champ de 
bataille de Sempach , on peut s'em- 
barquer sur le joli lac de ce nom , 
visiter Sursée, qui a une bonne 
auberge , le Soleil , aller à la cha- 
pelle de Mariazelle à 7i de 1., où 
l'on a une vue admirable, et se 
rendre dans la même journée aux 
bains de Kuntwyl , les plus re- 
nommés du canton de Lucerne. 

Le lac de Sempach a 2 lieues de 
long sur 3 /4 de large. De charmantes 
collines, s'élevanten amphithéâtre, 



280 



NOTTWYL. 



en embellisent les rives. Il nourrit 
d'excellents poissons , et des écre- 
visses d'une grosseur énorme» 

On retournera ensuite à Hil- 
desried pour prendre la route de 
Munster. 

Neudorf, village paroissial du 
district de Sursée. Le petit ruis- 
seau qui l'arrose est la source prin- 
cipale de la Wynen. On y trouve 
une assez bonne auberge. 

Munster, bourg bien bâti , con- 
tenant 300 maisons et 1,200 hab. 
Il occupe une éminence un peu 
sauvage, à 2,050 pieds au dessus de 
la mer. On y remarque l'abbaye 
fondée en 850. L'église, bâtie dans 
le style antique et restaurée en 
1776, renferme une Passion sculp- 
tée en bois par J.-J. Krùsli et 
des stalles curieuses. On y voit la 
tombe du comte Bero de Lensburg, 
fondateur du chapitre de Munster. 
On conserve dans la bibliothèque 
de cette abbaye quelques ouvrages 
rares , souvenirs en partie de l'im- 
primerie qui y fut établie au xv e 
siècle. 

§ 3. De Lucerne a Kussnacht, 

parterre , 2 h. 20 m. 



Wûrzburgthal , 


25 m 


Séeburg , ruine , 


10 


Hauteur, 


20 


Meggencapelle , 


10 


Meggen , 


15 


Merlischachen , 


25 


Kussnacht, 


35 



La route est aisée , fort agréable, 
et fleurie pendant une partie de 
l'année. On a des échappées de 
vue magnifiques. ( Voir route 
d'Art à Lucerne , en remontant. ) 

§ 4. De Lucerne au Rigi, 6 h. 
environ. 

A Wœggis, par eau, 2 h. Hô- 
tel du Lion-d'Or, tenu par Baptiste 
Zimmermann. 

On paie 4 fr. 50 c. environ pour 
traverser le lac par bateau parti- 
culier. On peut profiter du bateau 



à vapeur qui deux fois par jour 
fait la traversée de Lucerne à 
Wœggis. {Voyez chapitre 9, ar-> 
ticle Rigi.) 

De Lucerne on va aussi par terre 
au Rigi , en passant par Kussnacht 
( 2 h. 20 m. ) ; de là au Rigi , 3 h. 
(Voyez l'art. Rigi, ch. ix.) 

§ 5. De Lucerne a Berne. 

On peut aller à Berne par quatre 
routes : 1° par Schùpfhein, Es- 
cholzmatt, 17 1. Va* {Voir route 
de Lucerne à Berne par l'Entli- 
buch. ) 

2° Par Sursée , Zofingue , 20 
1. %. 

3° Par Sursée et Sumiswald , 
18l.V 2 . 

4° Par Sarnen , Kaiserstuhl , 25 
I. 2 / 3 . 

§ 6. De Lucerne a Sursée, 4 h. 

45 m. 



Grund, v. 


15 m 


Chapelle , 


30 


Bains au Rothen , 


5 


Pont d'Emmen , 


5 


Gerlischwyl , 


5 


Chemin de Russwyl , 


30 


Forêt , 


10 


Holzhof, 


10 


Neukirch , 


30 


Chemin de Sempach » 


5 


Château de Wartensée , 


30 


Nottwyl , v. 


30 


Ey,h. 


30 


Pont de Sur, 


20 


Oberkirch , 


10 


Sursée , 


20 



NeukirCh , village situé sur une 
montagne fertile , à peu près à mi- 
chemin de Lucerne à Sursée. La 
demeure du chapelain est le reste 
du couvent de dominicains fondé 
au xïif siècle. Un ermitage est dans 
le voisinage. 

Nottwyl , village paroissial du 
district de Sursée. L'église et le 
presbytère occupent une fertile 
colline sur la rive méridionale du 



DAGMERSELLEN. 



281 



lac de Sempach ; la vue dont on y 
jouît est magnifique. 

Oberkirch, village paroissial 
du district de Sursée. La maison 
de discipline établie en 1809 a été 
supprimée en 1822; la commune a 
acheté le bâtiment pour en faire une 
maison de pauvres et d'orphelins. 
La fondation de l'église remonte 
à une haute antiquité. En 1036 
cet édifice appartenait déjà aux 
comtes de Rore ; il passa de ceux- 
ci au couvent de Munster, puis au 
couvent St-Urbain en 1375 , dont 
un des capitulaires gère depuis 
1822 les affaires ecclésiastiques. La 
paroisse entière est peuplée de 
1,100 habit. 

Sursée, petite ville du canton 
de Lucerne. Hôtel ; le Soleil. 

Cette commune contient 300 
maisons et 1,500 habit. On y re- 
marque l'église paroissiale , l'hôtei- 
de-ville, un couvent de capucins, 
et un hôpital fondé en 1820; ces 
deux derniers bâtiments sont en 
dehors des murs. 

Curiosités. Cette petite ville est 
située à l'extrémité septentrionale 
du lac de Sempach , dans une con- 
trée fort agréable ( v. Sempach ). 
On y trouve de très-beaux points 
de vue sur les monts Rigi et Pi- 
late, ainsi que sur les hautes mon- 
tagnes des cantons d'Un et d'Un- 
tenvald, dont les formes majes- 
tueuses se réfléchissent sur la sur- 
face du lac. On jouit surtout d'une 
vue singulièrement intéressante 
près de la chapelle de Mariazell, 
située à un petit quart de lieue de 
la ville, dans l'endroit où la Sur 
sort du lac. Cette rivière , qui nour- 
rit les plus grandes écrevisses qu'il 
y ait en Suisse , traverse la fertile 
vallée qui porte son nom, et va 
tomber dans l'Aar, non loin d'A- 
rau. A 1 lieue de Sursée, du coté 
du sud-ouest , est situé le village 
de Bùttisholz, près duquel on re- 
marque la colline des Anglais , 
ainsi nommée parce qu'elle ren- 
ferme les ossements d'une division 
de 3,000 h. faisant partie de l'armée 
anglaise du sire Enguerrand de 



Couci,qui,en 137G, fut battu dans 
ce lieu par les habitants de l'Entli- 
buch. — Non loin de Sursée, on 
voit à l'ouest le petit lac de Mauen, 
au milieu duquel s'élève le châ- 
teau de même nom. Le ruisseau 
qui en sort va se jeter dans le lac 
d'Egolzwyl. A 1 lieue de Sursée 
on trouve au nord-ouest les bains 
de Knutwyl, les plus fréquentés 
qu'il y ait dans le canton de Lu- 
cerne. Les hôtes y sont parfaite- 
ment servis. 

Les bains de Knutwyl. Ces bains 
ont été célèbres dès l'an 142G. La 
situation en est agréable. La Sur 
serpente au milieu de la vallée , 
qu'entourent plusieurs collines ver- 
doyantes , et au sud-est de laquelle 
on aperçoit les sommités neigées 
des Alpes. Les prairies sont cou 
vertes de nombreux troupeaux. Le 
bâtiment des bains est vaste et 
commode ; une allée de peupliers, 
qui aboutit à un petit bois de chê- 
nes, offre une jolie promenade; on 
voit dans le voisinage les villages 
de Knutwyl, de Bûren et de Trin- 
gen. Du haut de la montagne de 
Saint-Erard on découvre une vue 
très-étendue sur le romantique 
Mauensée, sur le canton de Lu- 
cerne et sur la chaîne des Alpes. 
— Les eaux sont surtout excellentes 
contre les rhumatismes invétérés, 
les maux de reins , l'affaiblissement 
des membres, les accidents con- 
vulsifs , les paralysies provenant de 
l'âcreté des humeurs , les ulcères , 
les maladies scrofuleuses , et géné- 
ralement toutes celles qui procè- 
dent de l'atonie du système lym- 
phatique. On a coutume de boire 
les eaux et de prendre les bains jus- 
qu'à ce qu'il s'ensuive une érup- 
tion cutanée. 

§ 6 bis. De Sursée a Zofingue ,41. 



St-Erhard, 


V 2 L 


Dagmersellen , 


i Vî 


Reiden , 




Zolingue , 


1 



Dagmersellen, village parois- 



282 



DE LUCERNE A BERNE. 



sial situé sur la rive droite de la 
Wigger. La culture des céréales y 
est considérable , ainsi que L'éduca- 
tion du bétail. Des foires très-fré- 
qilentées et un fort transit contri- 
buent encore à l'aisance des habi- 
tants. Cest le lieu de naissance du 
sculpteur Joseph Kaiser. 
Zofingue. (V.à la table.) 

g G ter. De Lucerne a Berne par 
1 Sursée, Sumiswald, etc., 181. V 2 . 



Sursée , 




4 1. »/ A 


Berne , 




13 


3 /; 


De Lucerne à 


Sursée. 


(V. 


plus 


haut.) 









Ettiswyl , village paroissial , 
contenant 130 maisons et 900 hab. 
11 est situé dans une des contrées 
les plus belles et les mieux culti- 
vées du canton. Outre son église , 
qui est curieuse , on y remarque une 
chapelle élevée en mémoire de sept 
hosties dérobées en ce lieu. Près 
d'Ettiswyl est un ancien château 
seigneurial et une ferme placée au 
milieu d'un étang poissonneux. 

A une petite demi-lieue sur la 
droite, on aperçoit le vieux ma- 
noir seigneurial de Castelen, bâti 
sur une haute colline. Jusqu'en 
1798, les possesseurs de ce châ- 
teau étendirent leur domination 
sur les localités environnantes. 

Zell , joli village paroissial , 
peuplé d'un millier d'habitants 
adonnés à l'agriculture et à l'édu- 
cation du bétail. L'église est pitto- 
resquement située sur une colline. 

Uffhausen , village paroissial 
situé près de la frontière bernoise. 
Le temps a fait disparaître en cet 
endroit toute trace du manoir 
des nobles d'Ufïhausen qui floris- 
saient aux xn e et xm e siècles. A 
peu de distance de ce village se voit 
une petite chapelle. 

Huttwyl , petite ville du canton 
de Berne. Le 9 juin 1834, la foudre 
tomba sur une grange , y mit le 
feu, et en moins de deux heures 
cette ville n'existait plus. Mainte- 
nant elle se rebâtit sur un plan 



meilleur fourni par le gouverne- 
ment. La situation de Huttwyl, au 
milieu de collines fertiles , est fa- 
vorable à la culture des champs et 
des prairies, ressource principale 
de sa population. 

Durrenroth , village bernois , 
situé à une lieue de Huttwyl. 11 
occupe une situation assez élevée 
au milieu de verdoyantes collines 
et de montagnes boisées; quoique 
petit , il présente près l'église plu- 
sieurs jolis bâtiments, entre autres 
les auberges et le moulin. De belles 
habitations animent la pente des 
montagnes et la vallée qu'arrose le 
Rothbach. 

Sumiswald, grand village ber- 
nois , situé sur une éminence sur 
la rive droite de la Gruègne. Il con- 
tient 125 maisons et 1,000 habit. 
L'église, qui date de 1512, est re- 
marquable par ses vitraux. 

Les industriels de ce village ont 
établi une espèce d'exposition per- 
manente dans l'auberge de l'Ours. 

A une petite lieue de Sumis- 
wald, sur un rocher baigné par 
la Gruègne , est le château du 
même nom qui avait autrefois ses 
seigneurs particuliers. 

Stellen, village paroissial du 
district de Berne , situé à 1 lieue 
de cette ville , dans un vallon fer- 
tile et agréable. Il contient 60 mai- 
sons et 700 habitants. Une belle 
maison de campagne, entourée de 
châtaigniers , le décore. Il a eu 
pour pasteur le naturaliste D. 
Sprungli , dont la collection d'oi- 
seaux suisses a été achetée par des 
bourgeois de Berne. 

2 e route. De Lucerne a Berne par 
Sarnen, Kaisersthul, 25 1. 2 /3- 

On s'embarque à Lucerne, et 
après 3 heures de traversée en se 
dirigeant dans le sud-ouest , on 
prend terre à Fahr , petit hameau 
situé au bord du lac ; on se dirige 
ensuite sur le village d'Alpnach où 
l'on arrive après une demi-heure 
de marche. Une lieue plus loin , on 
aperçoit Sarnen. Le reste de cette 



LE PILATE, 



283 



route est peu fréquenté à cause de 
sa longueur et de l'absence d'ob- 
jets remarquables. 

S 7. De Lucerne à Einsiedeln, 

9 h. 20 m. 



Kùssnacht , 


2h 


. 20 m 


Chapelle de Tell , 




15 


Ober-Immensée , h. 




10 


Arth,b. 


1 


15 


Ober-Arth , v. 




15 


Goldau, h. 




30 


Saint-Anna, v. 




55 


Ecce-Homo, h. 




35 


Sattel , v. 




20 


Rothenthurm , v* 




50 


Altmatt, 




45 


Einsiedeln , b. 


1 


10 



Voyez la description de Kùss- 
nacht, Arth, Goldau, etc., cha- 
pitre IX. 

Sattel , village du canton de 
Schwytz, contenant 120 maisons 
et 1,000 habit. L'église paroissiale 
a cinq autels et un orgue. Deux 
chapelles en dépendent, celle de 
Schorno et celle qu'on appelle Ec- 
ce-Homo; cette dernière, qu'on 
voit sur la route , un quart de lieue 
avant d'arriver à Sattel , a été res- 
taurée il y a quelques années; elle 
renferme trois autels en l'honneur 
du Sauveur. 

Rothenthurm est un joli village 
où se donnèrent en 1798 divers 
combats entre les Français et les 
Suisses. Sa population est de 800 
habitants. 11 tire son nom d'une 
tour rouge, reste du retranche- 
ment qui s'étendait du côté de 
Schorno et de là vers Arth. Un bel 
orgue décore l'église. Près de là 
s'ouvre la vallée d'Egeri , décrite 
plus loin aux promenades dans le 
canton de Zug. 

Einsiedeln. (V. à la table.) 

§ 8. De Lucerne au Pilate , 5 h. 

20 m. 



\rienz, 


45 m 


>ont de Krienz , 


20 


f>ont, 


15 



Pont, 5 m. 

Hergottswald , 20 

Eigenthal , 35 

PontRùmili, 15 

Kaltwehrbrunnen, 15 

Pâturage, 

Brùndlisalpe , 1 h. 

Lac du Pilate, 15 

Esel (sommet), 1 15 

Delà au Widderfeld, 1 h. î / 2 ; au 
Gemsmœttli, 1 h. ; au Tomlishorn, 
V 2 h. 

Krienz , village paroissial , situé 
dans le fertile Kriensboden , cou- 
vert d'arbres fruitiers et couronné 
par le fort pittoresque de Schau- 
ensée. L'église , fondée dans le xi* 
siècle, a été rebâtie en 1685. On 
y jouit d'une belle vue. Depuis 
1810, il existe une bibliothèque 
pour la jeunesse; elle contient plu- 
sieurs centaines de volumes. 

Pilate (le mont)', montagne 
remarquable , située sur la rive 
orientale du lac de Lucerne. 

Suivant les observations de M. le 
général Pfylfer, elle s'élève à 5,760 
p. au dessus de ce lac, 7,080 p. au 
dessus de la mer. 

Chemins du mont Pilate. On en 
compte 6 différents, savoir : 4 du 
côté du nord , et 2 du côté du sud. 
Le plus commode et le moins dan- 
gereux est celui qui monte d'Alp- 
nach au Tomlishorn, 4 à 5 lieues. 
De là on se rend aisément sur les 
autres sommités que l'on nomme 
l'Esel et l'Oberhaupt. On en redes- 
cend en â heures. De Lucerne on 
va en G heures sur le mont Pilate. 
Le chemin passe par Krienz , Her- 
gottswald (l'auberge de ce lieu 
jouit d'une vue étendue) et Eigen- 
thal, 2 lieues 1 / 2 qu'on peut faire 
à cheval. Mais la il faut opter entre 
deux sentiers où l'on est obligé de 
marcher à pied. L'un , qui passe 
près du Kaltwehrbrunnen (fon- 
taine de la fièvre), est le plus 
court, mais aussi le plus fatigant; 
l'autre, moins pénible , monte en 
1 lieue 7 4 à l'Alpe de Brùndien , 
où l'on remarque le chalet de Gan- 
tersey, situé en face d'une paroi de 



284 



LE PILATE. 



rochers coupée à pic de 1,400 p. 
de hauteur. 

Particularités de la Brilndlen- 
Alpc. Echo remarquable. Statue 
singulière. En allant à la Brûnd- 
Jen-Alpe, on trouve un sapin de 
8 pieds de diamètre; à 15 pieds au 
dessus du sol on voit sortir de son 
tronc neuf branches horizontales 
de 3 pieds d'épaisseur et de 6 de 
longueur; de l'extrémité de cha- 
cune de ces branches s'élève un 
grand sapin; de sorte que cet 
arbre prolifère est d'un aspect 
excessivement singulier. 

On rencontre sur la Brûndlen- 
Alpe un petit lac dont les bords 
sont plantés de sapins; il a 154 
pieds de long sur 78 pieds de lar- 
geur : quant à sa profondeur , elle 
est inconnue. Les orages se ras- 
semblent et se forment souvent au 
dessus de cette espèce de mare , à 
cause des nuages qui en sortent et 
vont s'étendre à peu de distance 
de là le long des pics du mont 
Pilate. 

On remarque sur la Brûndlen- 
Alpe un écho des plus extraordi- 
naires qui , du haut des parois éle- 
vées du Gemsmaettli, du Widder- 
feld et du Tomlishorn , répond au 
chant, et semble rivaliser avec lui. 
11 n'y en a peut-être pas de plus 
curieux dans toute la Suisse. 

Du haut de la Brûndlen-Alpe on 
aperçoit, à l'élévation d'une cen- 
taine de toises, au milieu d'un 
rocher noirâtre qui fait une saillie , 
l'entrée d'une caverne dans la- 
quelle il y a une statue que les 
habitants de la montagne appel- 
lent notre Cornell ou Saint-Do- 
minique ; de là vient qu'ils don- 
nent à l'entrée de cette grotte le 
nom de Dominicks Loch. Il est 
absolument impossible d'appro- 
cher de cette entrée ; mais la ca- 
verne traverse toute la montagne 
et va s'ouvrir de l'autre côté au 
dessous de la Tomlis-Alpe : cette 
seconde ouverture se nomme le 
Trou de la Lune, parce qu'on y 
trouve beaucoup de lait de lune. 
L'accès de ce trou est assez péni- 



ble et dangereux : il en sort un 
air glacé et un ruisseau qui s'é- 
lance au dehors. L'entrée a 16 
pieds de hauteur sur 9 de largeur. 
Au bout de 10 pas , la caverne 
forme des voûtes spacieuses ; mais 
à la distance de 3 à 500 pieds 
elle se rétrécit tellement, que si 
l'on veut pénétrer plus avant, on 
est obligé de se traîner sur le 
ventre au milieu de l'eau qui 
y coule en abondance. On a essayé 
plusieurs fois , mais sans succès , 
d'aller jusqu'à la statue. 

Ascension des pics du Pilate. 
En partant de la Brûndlen-Alpe , 
on atteint le Widderfeld , sommité 
qui constitue la partie la plus 
sauvage du mont Pilate; on s'y 
rend en droiture par un sentier 
fatigant, 1 lieue V 2 . La hauteur 
absolue de cette sommité est de 
6,858 pieds, c'est-à-dire, de 28 
pieds moins considérable que celle 
du Tomlishorn, le plus élevé de 
tous ces pics. Ce dernier s'élève 
au N.-E. du Widderfeld; ces deux 
sommités communiquent par des 
chaînes de rochers au dessous des- 
quelles s'étend PAlpe de Watt , en- 
viron 600 pieds plus bas. L'Ober- 
Alpe et le Knappstein sont situés 
au sud du Widderfeld. On peut 
s'y rendre par la Brûndlen-Alpe. 
Le Knappstein (Pierre chancelante) 
est ainsi nommé parce qu'on voit 
sur le sommet de ce pic un quar- 
tier de rocher de la grandeur d'une 
maison , qui chancelle. Le Tom- 
lishorn, l'Oberhaupt et le Bande 
ne sont pas accessibles en partant 
de la Brûndlen-Alpe , mais on les 
gravit aisément du côté du sud. 
On ne monte pas sans danger sur 
le Gemsmaettli , d'où il est aisé de 
passer sur le Tomlishorn. Des che- 
mins dangereux mènent par l'Alpe 
de Brûndlen à celle de Kastlen; 
cette dernière est la plus remar- 
quable de toutes , sous le rapport 
des pétrifications, des chamois et 
des coqs de bruyères qu'on y 
trouve. Le chemin qui mène au 
haut du pic de l'Esel n'offre pas de 
difficultés; mais la pointe qui le 



LITTAU. 



235 



termine est si aiguë en sa sommité , 
que 50 personnes ont peine à s'y 
placer ensemble; d'ailleurs les pré- 
cipices affreux qui l'entourent lui 
donnent quelque chose d'effrayant. 
Ce pic est de 1 80 pieds moins élevé 
que le Tomlishorn. Les neiges que 
l'on voit au dessous d'une des faces 
de l'Esel sont les seules qui résis- 
tent toute l'année à l'action du 
soleil sur le mont Pilate. 

Du haut de ces divers pics on 
peut découvrir 13 lacs et la tour 
de la cathédrale de Strasbourg par 
un temps très-clair, avec une 
bonne lunette. 

§ 9. De Lucerne a Altorf , 
8 h. 15 m. 



Par le lac 
jusqu'à Kreuz- 
trichter , 

— Nase , 

— Gersau , 

— Brunnen , 

— Riedli, 

— Tellenplatte, 

— Fliïelen , 

— Altorf, 



1 h. 10 m. 



50 
5 
5 

30 
10 
45 
40 



En 3 heures le bateau à vapeur 
la Ville-de- Lucerne transporte le 
voyageur de Lucerne à Flùelen ; 
là il trouve toute espèce de voitures 
pour Altorf; il prend la poste s'il 
veut passer le St-Gothard. 



De Lucerne a 



Aarau , 
Altorf, 
Appenzell , 
Arth, 
Bade, 
Berne , 
Chiavenna , 
Coire , 
Como, 
Fribourg , 
Genève , 
Glaris , 
Grindelwald, 
Langnau , 
Lauterbrunnen , 



9 h. 
8 

23 
4 
11 
17 
47 
29 
42 
22 
45 
14 
17 
11 
23 



% 

% 

1/2 



Lungern , 

Schwytz , 

Soleure, 

Thun , par Berne , 

par le Brùnig, 

par l'Entlibuch , 

Untersée , 

Zolingue , 

Zurich, 

Zug, 



8 h. V, 

s v; 



16 
22 
18 
14 
13 

9 
10 

5 



i 



§ 10. De Lucerne a Berne 

par l'Entlibuch, 17 1. \/ t 



Grund, h. 

Littau , v. 

Pont, 

St-Jost,h. 

Malters, v. 

Ettisbùel, h. 

Aennigen, h. 

Pont de Schachen , 

Schachen, v. 

Bains de Farnbûhl, 

Haut de la Brameg , 1 ] 

Chemin de Wolhausen, 

Entlibuch , 

Hasli , v. 

Sehùpfheim, 

Pont d'Emmen , 

Pont de Weissemmen , 

Pont, 

Weissemmen , h. 

Escl\olzmatt, v. 

Les Trois-Rois (Trei- 

kœnig), h. 
Chemin de Thun , 
Pont derilfis, 
Krœschenbrunn , h. 
Pont de rilfis, 
Trubschachen , v. 
Pont de l'Ilfis (gauche), 
Hospice , 
Langnau , b. 
Berne , C 

(Voyez à la table la r 
Langnau à Berne. ) 



15 m. 

35 

25 

15 

45 

20 

10 

5 

5 



40 
10 
20 
40 
30 
10 
15 
5 
40 

10 
5 

35 
15 
15 
15 
25 
10 
25 

oute de 



Littau, village du district de 
Lucerne , à l'ouest de cette ville. 
Il contient 200 maisons et 1,200 
hab. Son territoire collineux et 
bien cultivé présente une foule de 
maisons de campagne et de belles 
métairies. 



uu 



ENÎLIBÙCÎÎ. 



Sàint-Jost ou Blattén, petit 
hameau de la paroisse de Malters , 
district de Lucerne. L'église, dédiée 
à St Jost, doit ses embellissements 
et ses richesses à la foule des dévots 
qui y viennent en pèlerinage. 

Malters, grand village, situé 
dans la vallée des Goitreux, n'offre 
rien de remarquable. 11 s'y tient 
en automne une grande foire de 
bétail, et particulièrement de 
jeunes chevaux. 

Entlibuch (la vallée d' ) est 
située dans le canton de Lucerne. 
Les habitants de ce pays oifrent, 
par l'énergie de leur caractère , 
une des peuplades alpines les plus 
remarquables qu'il y ait en Suisse. 
La vallée a , depuis le Tannhorn , 
dont le revers méridional s'élève 
au dessus du lac de Brienz, jus- 
qu'à Werteinstein , vers le nord, 
10 ou 11 1. de long, et depuis le 
Glaubenstock jusqu'au point le 
plus élevé du passage de l'Enzi , 
8 1. de largeur. Les rivières qui la 
parcourent sont la petite Emme et 
l'Entle. 

Sources de VEntle et de la pe- 
tite Emme. Montagnes. L'Entle , 
qui a donné son nom à cette 
haute vallée, doit son origine à 
trois ruisseaux, lesquels coulent 
entre les monts Schafmatt et» Far- 
nern : c'est un torrent extrême- 
ment fougueux , dont les eaux dé- 
chaînées parcourent des gorges 
affreuses, et entraînent dans leur 
cours d'énormes quartiers de ro- 
chers. L'Entle se jette , près du 
village d'Entlibuch, dans la petite 
Emme. Cette dernière a deux 
sources peu éloignées de celle de la 
grande Emme. Ces sources, connues 
sous le nom d'Emmensprung , 
sortent de terre entre le Nesselstock 
et le Triestenberg. Un peu au des- 
sus on voit un petit lac nommé le 
Maisée; comme il n'a pas d'écou*- 
îement apparent, il est probable 
qu'il entretient ces sources du su- 
perflu de ses eaux. L'Emme forme 
une cascade près de Clusstalden ; 
puis elle reçoit l'Entle et divers 
autres torrents qui viennent du 



nord; ensuite elle fait un angle 
considérable vers l'orient , au sortir 
de PEntlibuch , et va se jeter dans 
la Reuss, près des mines du châ- 
teau de Stolberg, à peu de distance 
de Lucerne. Au sud, rEntllbuch 
est séparé , par la chaîne du mont 
Pîlate , de TUnterwald ob dem 
Wald , et du lac de Brienz ; il s'é- 
tend par les monts Rieseten, Schlie- 
ren, Schamfatt, Farnern et Sœ- 
renberg, jusqu'au mont Hinter- 
lïue , lequel est composé de plu- 
sieurs pics, connus sous le nom 
de Rothhorn, Tannhorn, Nessel- 
stock, Bluttenflue et Schwarze- 
nech, et élevés de G à 7,000 p. au 
dessus de la mer. Au nord et à 
l'ouest, la vallée est bornée par la 
chaîne de l'Enzi , dont le sommet , 
nommé Napf, est situé sur la 
frontière de l'Emmenthal, à 4,950 
p. au dessus de la mer; c'est aussi 
le point le plus élevé de toutes ces 
montagnes du côté du nord, où 
elles vont en s'abaissant de plus 
en plus. Au nord-ouest du mont 
Hinterflue , près de la frontière de 
l'Emmenthal, s'élend, sur 1 1. 7 2 
de longueur , le Schratten , mon- 
tagne remplie de fentes, de cre- 
vasses et de cavernes, et qui offre 
partout les traces remarquables 
des plus affreux bouleversements. 
La sommité qu'on voit à l'ouest se 
nomme le Scheibenilue. On y re- 
marque la caverne de Scheiben- 
loch. Au. nord de Schratten est 
situé l'Osteig, autre montagne 
riche en pâturages. 

Vues magnifiques et fort êten^ 
dues. Sur les monts Tannhorn et 
Osteig; sur le Napf, et près de la 
chapelle de Wittenbach , située à 
3,780 p. au dessus de la mer. 

Curiosités. L'Entlibuch n'est pas 
une vallée aussi riche et aussi 
riante que l'Emmenthal , dont elle 
est limitrophe ; mais le naturel de 
ses habitants la rend très-remar- 
quable. Ils se distinguent par leur 
tournure d'esprit originale, par 
leur amour pour la liberté, et par 
leur goût pour la satire, la mu- 
sique et la gymnastique. Le dernier 



EMMENTHAL. 



m 



lundi du Carnaval, jour nommé 
Hirstmonstag, leurs poètes rusti- 
ques chantent au peuple de la 
commune rassemblé l'histoire se- 
crète de toutes les folies qui ont 
eu lieu depuis un an. Les exercices 
gymnastiques sont des fêtes aux- 
quelles toute la contrée prend 
part. 

La race des bêtes à cornes de 
l'Entlibuch ressemble à celle des 
trois Waldstetten ; cependant elle 
y est plus petite qu'au canton de 
Schwytz. Cette vallée possède 8 à 
i) mille vaches ou génisses pen- 
dant l'été , et 7,150 bœufs en hiver. 

Plantes. Les montagnes et les 
Alpes de cette vallée sont riches en 
plantes rares , particulièrement le 
Nesselstock , clans le voisinage du- 
quel le rosage des Alpes et la gen- 
tiane jaune croissent en abondance. 

Géologie. Dans les parties les 
plus élevées de la chaîne du mont 
Pilate il y a des pétrifications ; sur 
le mont Hinterilue, du gypse; et 
sur l'Alpe de Steinetli , ainsi qu'en 
divers autres endroits , des traces 
de mines de houille. 

Entlibuch (le village d') est 
situé dans la vallée de même nom , 
au confluent de l'Entle et de la 
petite Emme. On y trouve des 
auberges passables, ainsi qu'à 
Schùpfen , chef-lieu de la contrée, 
à Escholzmatt et à Marbach. 

Du village d'Entlibuch, on peut 
suivre un sentier qui monte le 
long de l'Entle et passe entre le 
Sehinberg et le mont Piiate , pour 
se rendre à Sarnen dans l'Unter- 
wald supérieur. — Le sentier qui 
part de Schùpfeim , en remontant 
l'Emme , passe à côté du petit lac 
nommé Maisée, et traverse l'arête 
élevée du Tannhorn, pour aller 
aboutir à Brienz, est assez dange- 
reux en quelques endroits. De 
Schùpfeim par le Hirseek et le 
Flueli, et de là au travers de la 
vallée de Habkeren à Unterseen , 
Il à 12 1. Ce sentier est âpre et 
pénible. Un autre sentier mène de 
Marbach à Thun ; on passe par le 
Tschàngnau, par le Schallenberg, 



montagne où l'on trouve des chalets 
et de beaux points de vue; par 
des contrées désertes et maréca- 
geuses , par Schwarzenech et Stef- 
fisburg, d'où l'on arrive à Thun. 
Une route praticable pour les voi- 
tures va d'Entlibuch à Sursée et 
à Zofingen par Wolhausen. On se 
rend par un sentier sur les hau- 
teurs de la chapelle de Wittenbach , 
où l'on découvre un beau point de 
vue. — Au Napf , où l'on jouit 
aussi d'une vue magnifique, 2 1. 
De là on descend aux bains de 
Luttern ,11., puis à Willisau , 
sur les bords du Mauensée, à 
Knutwyl et à Sursée. 

Hasli, village paroissial conte- 
nant une trentaine de maisons. 
On y remarque le bâtiment du 
mécanicien Lœtscher , dont l'orga- 
nisation intérieure mérite d'être 
examinée. Il s'y trouve entre autres 
une scie au moyen de laquelle on 
refend une pièce de bois dans l'é- 
paisseur qu'on désire , sans qu'il 
soit nécessaire de la changer de 
place, une fois qu'elle a été assu- 
jétie. 

Escholzmatt, village parois- 
sial adossé au Schewendelberg, 
dont le sommet est couronné par 
une petite église où l'on va en 
pèlerinage. Son élévation au des- 
sus de la mer est de 2,820 pieds. 
L'église, dédiée à St Jacques, a été 
rebâtie en 1754; en face est une 
auberge nouvellement construite, 
qui, quoique en bois, se distingue 
avantageusement des bâtiments 
bernois qui l'environnent. Hôtel 
de la Couronne, tenu par Joseph 
Bûcher. 

Emmenthal (T), vallée située 
dans le canton de Berne. C'est 
une des contrées les plus fertiles 
et les plus riches des Alpes de la 
Suisse. 

Source de VEmme. La grande 
Emme, rivière qui a donné son 
nom à cette contrée , prend sa 
source dans l'Entlibuch , entre les 
monts Messelstock, Rothhorn et 
Schratten; elle reçoit une quantité 
de ruisseaux , coule du côté du 



288 



KNONAU. 



N.-O. , sort, près de la ville de 
Berthoud (Burgdorf), de l'Em- 
menthal, et va se jeter dans TAar 
à Biberist, non loin de Soleure. 

Curiosités. Le terre-plein de la 
vallée n'a nulle part une largeur 
bien considérable ; cette contrée 
est formée par l'assemblage d'une 
quantité de larges montagnes et 
de collines où l'on trouve une 
multitude de villages et de champs 
cultivés à côté des forêts et des 
plus riches pâturages alpestres. La 
vallée peut avoir 9 ou 10 1. de 
long et 4 ou 5 de large; elle s'é- 
tend jusqu'à environ 2 1. en avant 
de Berne. Du côté du sud, on 
voit les montagnes de la chaîne 
du mont Pilate s'abaisser insensi- 
blement vers le N. et vers l'O. 
L'économie rurale et alpestre , l'in- 
dustrie et les fabriques sont sur 
un pied très-llorissant dans l'Em- 
menthal. On y élève une multi- 
tude de bêtes à cornes et de che- 
vaux, et les fromages qu'on y 
prépare sont du nombre des plus 
connus et des meilleurs de la 
Suisse. Les habitants achètent leurs 
vaches dans le Simmenthal et au 
canton de Fribourg. Ils possèdent 
de superbes chalets. Les manu- 
factures de toiles et de rubans, et 
le commerce qui se fait avec ces 
articles , sont aussi fort importants. 
Berne, Langnau, Berthoud et 
Langenthal sont les lieuxqui servent 
aux habitants de l'Emmenthal de 
marchés et de dépôts pour les 
diverses productions de leur indus- 
trie, pour leurs fromages et leurs 
grains. Ceux qui ont du goût pour 
Tes beautés naturelles que l'on voit 
dans les pays des Alpes peuvent 
se promettre beaucoup de plaisir 
d'une excursion dans cette vallée. 
Un grand chemin, où l'on va en 
voiture , traverse une partie de 
l'Emmenthal, et mène de Berne à 
Berthoud. 

Ç 11. De Lucerne a Zurich, 10 h. 
* 10 m. 

Lœwe, 5 m. 

Pont, 5 



Forêt, 10 m. 

Croix , 5 

Ebikon, 10 

Dierikon , 40 

Chapelle , 20 

Both, 10 

Pont de Gisliker, 15 

Honau , 20 

Confins du territoire, 10 

Bochslerhof, 40 

Hùnenberg , 20 

St-Wolfgang, 20 

Rùmmeltiken , 30 

Niederweil , 20 

Knonau , 20 

Mettmenstetten , 45 

Aiïbltern , 30 

Hedingen, 40 

Bonstetten , 30 

Wettschwil , 40 

Sellenbeuren , 30 

Albisrieden , 55 

St-Jacob, 30 

Zurich, 10 

Diligences. Tous les jours par- 
tent de Lucerne pour Zurich et de 
Zurich pour Lucerne des voitures 
qui font ce trajet en 5 à heures. 
On s'arrête 1 / 2 h. à Knonau. 

Le chemin de Lucerne à Zurich , 
comme celui de Lucerne à Zug, 
suit la même direction jusqu'à 
Wolfgang : la route se divise. On 
dîne ordinairement très-bien à 
l'auberge de Knonau , village situé 
à mi-chemin, 

Ebikon , village du district de 
Lucerne , contenant 200 maisons et 
800 hab. 11 occupe une petite vallée 
dont les pentes, mollement incli- 
nées, sont couvertes de bois, de 
prairies et de champs bien culti- 
vés. Trois croix dressées sur la 
route désignent l'emplacement où 
fut reçu et complimenté, en 1417 , 
l'empereur Sigismond. Pierre de 
Gundoldingen , tué à Sempach en 
138G, était seigneur d'Ebikon. 

Knonau, village du canton de 
Zurich , situé sur le revers occi- 
dental de l'Albis, du côté du S.- 
0. , sur le grand chemin de Lu- 
cerne. 

11 renferme l'église paroissiale, 



CHAM, 



289 



un vieux château transformé au- 
jourd'hui en auberge, et le nou- 
veau bâtiment de la préfecture. 
Les collines des environs présen- 
tent des vues très-pittoresques* 

antiquités romaines. On décou- 
vrit, en 1741, à Lungern , à 1 1. 
de Knonau , des antiquités ro- 
maines, entre autres des restes 
d'un temple, des bains, des tom- 
beaux. Le temple était sur une col- 
line et consacré à la déesse Isis. 
Cette colline porte encore aujour- 
d'hui le nom iïlsemberg (mon- 
tagne d'Isis). 

De Knonau on monte l'Albls. La 
montée n'est plus aussi pénible 
qu'autrefois, grâce à la route nou- 
velle qu'on a établie. 

L'Albis fait partie de la chaîne 
de même nom ; sur le sommet est 
une auberge (2,410 p.), à 31.V 2 de 
Zurich , et sur le grand chemin de 
Zug et de Lucerne. 

Vue des Alpes. Dans les cham- 
bres du haut de l'auberge et en 
divers endroits voisins , on jouit 
d'une fort belle vue sur le lac de 
Zurich. Mais c'est au Signal , situé 
sur une hauteur qu'on nomme le 
Schnabelberg (2,750 p.), à 20 m. 
de l'auberge du côté du S.-E. , et 
vis-à-vis de la cime du Burglen, 
que l'on découvre le magnifique 
point de vue qui a rendu l'A Ibis si 
fameux. 

On y trouve des promenades char- 
mantes, et l'on peut aller jusqu'à 
l'Uetliberg, à la distance de 2 1., 
soit à pied soit à cheval, en sui- 
vant la croupe de l'Albis. Au mi- 
lieu de la montagne, du côté de 
l'orient , les regards tombent sur 
l'obscure forêt de la Sihl : c'est là 
que, tout au bord de la rivière, 
habita Gessner , dans un petit val- 
lon romantique couvert de prai- 
ries , et entouré de toutes parts de 
collines boisées. Un sentier mène 
du haut de l'Albis à cet asile chéri 
du poëte pastoral , mais on ne peut 
pas s'en tirer sans un guide. 

Histoire militaire des derniers 
temps. L'armée française , sous le 
commandement du général Mas- 



séna , campa , depuis le G juin 
jusqu'au 25 septembre 1799, le 
long de la chaîne de l'Albis , tandis 
que les Russes occupaient la rive 
droite de la Sihl. 

Après avoir traversé l'Albis, on 
arrive à Adlischwyl et à Wollisho- 
fen , charmants villages. 

On reprend à Knonau la route 
de Zurich, et le premier village 
qu'on rencontre, après Vâheure de 
marche, est 

Mettmenstetten. Cette com- 
mune, du canton de Zurich, ren- 
ferme une église paroissiale dans 
laquelle on remarque le chœur et 
les sculptures de la nef, avec les 
figures de grandeur naturelle des 
apôtres Pierre et Paul et de la Ste 
Vierge. 

Zurich. (V. à la table.) 

§ 12. De Lucerne a Zug , 1° par 
Cham , 4 h. 45 m. 



Lœwe^ 


5 m 


Pont, 


5 


Forêt, 


10 


Croix, 


5 


Ebikon, 


10 


Dierikon , 


40 


Chapelle , 


20 


Roth, 


10 


Pont de Gislikcr, 


15 


Moulins, 


10 


Honau , 


10 


Limites , 


10 


Bochslerhof, 


40 


Hùnenberg, 


20 


Cham , 


40 


St-Andréas , 


10 


Lorzebrùcke (pont), 


10 


Chemin de Zug, 


15 



Cham, grand et beau village pa- 
roissial du canton de Zug, situé à 
l'extrémité nord du lac du même 
nom. La nouvelle église est un 
édifice d'une noble simplicité ; 
elle s'élève sur une colline entre 
le lac et la Larze. Les orgues 
en sont excellentes, et le tableau 
du maître-autel est l'ouvrage de 
Reinhard de Lucerne. Du cimetière 
voisin , embelli de fleurs et décoré 
13 



200 



DE BAAR A CHAM. 



de croix funéraires, on jouit d'une 
vue superbe sur le lac et ses riants 
alentours. Tout près de là est la 
bonne auberge du Corbeau ainsi 
que celle de Y Ours, où il y a des 
bains. 



S 12 



De Lucerne a Zug, 2° par 

Kùssnacht, 4 h. 3 / 6 . 



Wûrzburgthal , 25 m. 

Seebirrg, 10 

Hauteur , 20 

Meggencapelle, 10 

Meggen, 15 

Merlischachen , 25 

Kùssnacht , 35 

Chapelle de Tell r 15 

Immensée , 1 5 
Par le lac jusqu'à Zug, 2 h. 

Ou peut aller aussi d'Art à Zug 

}e long du bord du lac; on passe par 

- Adrien , Walchwvl , an der 



Eylen, Saint-Joseph et OLerwylj 
on s'embarque également : distan- 
ce , 3 1. On peut s'embarquer à Lu- 
cerne pour Kùssnacht, delà, par le 
Chemin-Creux , à Immensée , puis 
par le lac à Zug : charmant voyage. 
Route de Lucerne à Art. Au pont 
de Gisliker on va à Buonas s'em- 
barquer si l'on veut. 

§ 14. De Cham a Honau, 1 h. 
25 m. eh. de pied. 

Holzhœusern, h. 45 m. Auberge, 
15 m. Honau , 25 m. 

De Baar a Cham, 1 h. 5 m. 



Chem. de Zug, 
Pont de Lorze , 
St- André, h. 
Im Staedtli , 
Cham , b. 



30 m. 

15 

10 

5 

5 



ZUG. 



291 



CHAPITRE XL 



CANTON DE ZUG. 



Situation et Population. Le 

canton de Zug, le plus petit de la 
Suisse, est borné au nord par le 
canton de Zurich , à Test et au sud 
par celui de Scnwyte , à l'ouest 
par ceux d'Argovie et de Lucerne. 
Sa surface est de dix lieues carrées 
et sa population de 1G,000 âmes. 
Ses habitants sont tous catholiques 
et parlent la langue allemande. 

Confédération. Ce canton en- 
tra en 1352 dans la confédération 
suisse , et fut classé le septième en 
rang. 

Lacs et Rivières. Outre le lac 
de Zug, on trouve dans l'intérieur 
les petits lacs d'EgerietdeFinsier. 
11 n'y a de rivières que le Lorets 
qui, sorti du lac d'Egeri, parcourt 
une partie du canton, entre dans 
le lac de Zug près de Cham , et en 
ressort bientôt pour se jeter dans 
la Reuss. Cette dernière rivière sé- 
pare le territoire de Zug de celui 
d'Argovie, et la Sihl de celui de 
Zurich. 11 possède aussi les bains 
de W aller schweil, dont les eaux 
sont en réputation depuis plusieurs 
siècles. 

Produits du sol , Industrie , 
Commerce. Les vallées de ce can- 
ton sont d'une grande fertilité en 
blé, en fourrage et en fruits. Les 
habitants élèvent beaucoup de bes- 
tiaux et fabriquent des fromages 
maigres. On récolte sur les bords 
des lacs un peu de vin qui est ra- 
rement mûr. Le cidre s'y fabrique 
en grande abondance. La race du 
bétail à cornes est la plus grande 



des cantons forestiers. — A l'ex- 
ception d'une belle papeterie , le 
canton de Zug n'a point de ma- 
nufactures. Un peu de transit, et 
l'exportation de bestiaux, de bois, 
de cidre , de fruits et de châtaignes, 
sont les seules ressources du com- 
merce. 

Division, il se divise en cercle 
intérieur, composé des communes 
de Zug , Cham , Huneberg , 
Sleinhausen , Rischet JValchwyl; 
et en cercle extérieur, formé par 
les communes d'Egeri supérieur, 
Eg$ri inférieur , Menzingen et 
Baar. 

ZUG. 

Zug (la ville de), chef-lieu du 
canton de même nom, est située 
sur la ville orientale du lac de Zug, 
et au pied du Zugerberg. On > 
compte 3,000 h. Hôtels : le Bœuf, 
vaste maison remise entièrement à 
neuf. On y parle allemand , anglais, 
français , italien. On y trouve de 
bons guides pour le Rigi et l'Ober- 
land. Nous recommandons cet ex- 
cellent établissement aux voya- 
geurs. — Le Cerf, bel établissement, 
avec belvédère d'où l'on a une vue 
magnifique. On y trouve les guid< s 
dont les noms suivent : Sidler, Lu- 
tiger, Bûcher , Schweizmann , qui 
parlent plusieurs langues. 

La situation de Zug est du 
nombre des plus agréables de la 
Suisse. On v voit les montagnes du 
canton se 'confondre doucement 



232 



ZUG. 



avec les coteaux des Lords du lac. 
De toutes parts on découvre des 
prés fleuris , des vergers, de petites 
vignes et de belles maisons de 
campagne. Le charmant bassin du 
lac est encadré, du côté du sud, 
par les vertes rampes du Rigi , au 
dessus duquel dominent les som- 
bres rochers du Pilate. Dans le 
lointain s'élèvent les sommités 
neigées des Alpes de l'Oberland 
bernois , et l'on aperçoit à l'ouest 
la chaîne bleuâtre du Jura. On ne 
sait pas précisément si ce lieu était 
habité dès le temps des Romains ; 
mais la ville de Zug entra de bonne 
heure dans la ligue des Suisses , 
et enrichit leurs annales des noms 
de plusieurs hommes distingués 
qu'elle s'honore d'avoir produits. 
Elle a été exposée à divers mal- 
heurs : en 1435 , deux de ses rues 
s'abîmèrent dans le lac , à la suite 
d'une détonation effrayante ; en 
1594, quelques maisons éprou- 
vèrent le même sort; et en 1795 , 
un grand incendie détruisit une 
partie considérable de la ville. Il 
paraît à Zug un écrit périodique 
intitulé : Feuille des IV Walds- 
letten. 

Avec des ressources fort bornées, 
les habitants de Zug se distinguent 
honorablement entre tous ceux 
des villes catholiques de la Suisse; 
ils ne manquent ni de génie ni 
d'activité : cependant ils ne s'at- 
tachent particulièrement à la cul- 
ture d'aucune branche d'industrie. 
Le passage des marchandises par 
la route du Saint-Gothard occupe 
quelques négociants. En général , 
la ville est bien [bâtie et ses rues 
sont larges. La landsgemeinde s'y 
rassemble le premier dimanche de 
mai. 

Edifices publics. L'église pa- 
roissiale , dédiée à saint Michel , 
située hors de la ville ; on y voit 
des tableaux de J. Brandenberg , 
artiste de Zug. Le cimetière est 
remarquable par ses tombes , sur 
lesquelles on cultive des fleurs qui 
sont entretenues avec le plus grand 
soin. Un ossuaire renferme les 



crânes qui portent le nom des in- 
dividus auxquels ils appartenaient 
jadis. L'église de Saint-Oswald et 
des capucins renferment des ta- 
bleaux du Carache, de Charles 
Moratti et de Jamengo. A St- 
Oswald, le voyageur doit visiter le 
trésor de cette église. Il consiste 
en statues et calices d'or et d'ar- 
gent, d'un travail extraordinaire. 
L'hôtel-de-ville, où l'on voit une 
excellente carte du canton , et des 
vitraux peints par Michel Mùller 
de Zug ; l'arsenal qui renferme la 
bannière teinte du sang de Pierre 
Kollen et de ses fils , tombés en 
1422 près de Bellinzone; la maison 
des tireurs et l'hôpital. Sur la 
grande place, la statue de W. 
Kollen, qui se distingua à la bataille 
de Cappel. 

Instruction publique. Le gym- 
nase, où cinq professeurs -ensei- 
gnent la rhétorique , l'histoire , la 
géographie et les langues savantes ; 
l'école des jeunes bourgeois; celle 
des jeunes filles, dirigée par des 
religieuses : l'organisation en est 
admirable. Un institut italien à la 
campagne de St-^Charles, dirige 
par M. Curti ; un cabinet littéraire 
où l'on trouve beaucoup de jour- 
naux allemands et français. 

Collections. La bibliothèque de 
la ville, fondée dès le xv e siècle ; 
celle des RR. PP. capucins. 

Commerce, Industrie. Indépen- 
damment du commerce d'expédi- 
tion et de celui des productions du 
sol, on remarque à Zug des fila- 
tures de soie; des tanneries consi- 
dérables et une fonderie de cloches. 
On fabrique des tissus de paille. 

Promenades , Points de vue. 
Les bords du lac offrent des prome- 
nades charmantes , où l'art ne 
gène en rien la nature; on distin- 
gue surtout celle qu'on trouve du 
côté d'Oberwyl et près de la mai- 
son de campagne qui appartenait 
au général Zurlauben. Une nou- 
velle jetée, bien construite sur le 
lac, est très-fréquentée par les 
promeneurs. Vue magnifique des 
glaciers de l'Oberland. Les ama- 



DE ZUG A ZURICH. 



20* 



leurs des vues étendues ne sau- 
raient mieux faire que de gravir le 
Zugerber. Rien de plus délicieux 
qu'une promenade sur le lac, soit 
à Cham , soit au château de Buo- 
nas , qui est extrêmement ancien. 

Divertissements. Les habitants 
se font remarquer par leur ama- 
bilité. Les deux sexes se rassemblent 
fréquemment en société. En hiver, 
les amateurs donnent des concerts 
et jouent la comédie. La plupart 
des bals ont lieu pendant le carna- 
val : en été , le tir au blanc donne 
lieu à divers amusements. 

Zlg (le lac de) a 4 lieues de 
long sur une de large; sa profon- 
deur est , près de la ville, de 20 à 
30 toises; dans la plupart des 
autres endroits la sonde en indique 
30 ou 40, et on en compte 200 
près de la chapelle de Saint-Adrien, 
dans la proximité du Ruffi et du 
Rigi : cette partie du lac se nomme 
le Wild-Strick. On y trouve des 
brochets d'un demi-quintal, et des 
carpes qui pèsent dix livres. Mais 
le meilleur poisson de ce lac est 
celui qu'on nomme rœtele (roth- 
forelle , salmo-salvelius ) ; c'est 
une espèce de truite qui offre beau- 
coup d'analogie avec la ferra du 
lac de Genève. 

Voyage sur le lac. La rive 
orientale du lac est la plus fertile; 
l'exposition des coteaux qui le 
bordent au sud les préserve telle- 
ment de l'action du froid, qu'on y 
voit , entre Oberwyl et Walchwyl , 
de petits bois de châtaigniers , 
arbres qu'on ne trouve presque 
nulle part ailleurs dans la Suisse 
septentrionale. En se promenant 
sur le lac, on jouit des vues les 
plus magnifiques au sud , au sud- 
otiest et à l'est. Le point le plus 
avantageux pour contempler à la 
fois toutes les parties du lac est à 
la distance d'une lieue et demie 
de la ville de Zug , dans la proxi- 
mité de la Niémen. 

Environs de Zug. Egeri ( la 
vallée d' ) , dans le canton de Zug, 
se divise en vallées supérieure et 
inférieure; ces deux vallons sont 



situés à côté l'un de l'autre au bord 
du lac d'Egeri , et forment une 
contrée couverte de prairies agréa- 
bles et habitée par une peuplade 
dont les individus se distinguent 
par leur taille élevée, par leur fraî- 
cheur et la franchise de leur ca- 
ractère. Le lac a une lieue de long 
sur une demi-lieue de large ; il est 
très-profond et poissonneux ; il s'y 
jette plusieurs ruisseaux , et à l'ex- 
trémité occidentale on en voit sor- 
tir la Loretz , qui , après avoir tra- 
versé le lac de Zug , va se jeter dans 
la Reuss. 

Bataille de Morgarten. Cette 
vallée est devenue très-célèbre par 
la bataille qu'y gagnèrent les Suisses 
au x\ T e siècle, sur la rive orien- 
tale du lac , contre les Autrichiens : 
cette victoire fut la première et la 
plus importante de celles qu'ils ont 
remportées pour leur existence et 
leur liberté (15 novembre 1315). 

Chemins. D'Ober-Egeri à Zug , 
3 lieues.— Au hameau d'ïm Schorn , 
1 lieue ; puis à Sattel , Vs lieue , 
et par Steinen à Schwytz, 3 lieues. 
D'Egeri par Sattel à Steinenberg , 
à Art, 4-5 lieues. Il n'y en a que 
3 en passant par le Rufliberg ; mais 
on a beaucoup à monter. 

De Zug a Zurich. Deux routes , 
1° par Baar, 6 heures. 



Baar , 


45 m 


Silbrùcke r 


45 


Horghen , 


t h. 45 


Oberrieden , 


30 


Thalwyl , 


15 


Rùschlikon , 


30 


Kilchberg , 


15 


Wollishofen, 


15 


Zurich , 


* 


2° Par Cappeî, 


5 h. V*- 


Baar , 


45 m 


Cappel , 


45 


Huden, 


30 


Col de l'Albis , 


1 h. 


Adlyschwyl, 


1 


Wollishofen , 


. 1 3(* 


Zurich , 


1 



224 



ADLISCHWYL. 



Ces deux routes sont également 
belles, bien entretenues; la pre- 
mière a beaucoup de collines où on 
cultive la vigne. 

PREMIÈRE ROUTE. 

Baar, joli endroit, Commune 
du canton de Zug, situé dans la 
plaine fertile de Baarer-Baden. Pa- 
trie du célèbre Waldemann : belle 
fabrique de papier. Ce village con- 
tient 600 maisons et 2,200 bab. 
L'église est très-ancienne ; on y 
remarque son clocher ouvert et 
cinq .chapelles dans l'intérieur. 
L'hôtel-de- ville , bâti en 1674, mé- 
rite d'être visité. 

Curiosités. Les voyageurs peu- 
vent voir des chalets dans les pâ- 
turages publics ( Almenden de 
Baar ). Non loin de ce village, la 
Loretz sort d'un ravin étroit qui 
mérite l'attention du géologue. 

A SiLBRUCKy petit hameau ; le 
vovageur admire le pont couvert 
sur la Sihl. Il est traversé par la 
route de Zug à Zurich, et se trouve 
à 1,640 pieds au dessus de la mer; 
des deux côtés sont des auberges 
et bureaux de péages. 

Horgheis > bourg situé à 3 1. de 
Zurich, sur la rive gauche du lac, 
dans le canton de ce nom. Les 
marchandises qui de Zurich vont 
sur le Saint-Gothard et en Italie 
passent par ce village , où on les 
amène par eau ; depuis Horghen 
on les transporte par terre jusque 
sur le lac des Waldstetten. L'église 
moderne , de forme ovale , est jo- 
lie ; son clocher élevé renferme une 
belle sonnerie. 11 y a une maison 
de pauvres et d'orphelins , une 
société de lecture, dont la biblio- 
thèque , si elle vient à se dissou- 
dre, sera donnée à l'école. La na- 
vigation est assez active, Horghen 
étant un entrepôt de marchandises 
pour les petits cantons. Le lac de 
Zurich a d'ici à Meilen une lar- 
geur de 7,335 pieds, suivant un 
mesurai fait en 1830. Aubercje : 
le LionTPop. 3,200 h. Près de là 
sont les bains de Bocken. 



Oberrieden , paroisse du dis- 
trict de Horghen , canton de Zu- 
rich. Elle contient 125 maisons et 
800 hab. , et renferme quelques 
belles maisons particulières et une 
bonne auberge. On jouit d'une vue 
agréable auprès de l'église, bâtie en 
1761 par l'architecte appenzellois 
Grubenmann. Lavater a travaillé 
à son grand ouvrage lorsqu'il était 
à Oberrieden ; mais il ne l'y a pas 
achevé, comme on Ta prétendu. 

Tiïallwyl , village paroissial , 
agréablement situé sur la rive 
gauche du lac de Zurich. Il s'em- 
bellit de jour en jour. Les maisons 
qui entourent l'église ont un bel 
aspect. La vue depuis l'ancien ci- 
metière est célèbre. Une station 
remarquable est l'Etzliberg , dis- 
tant de l'église d'un quart de lieue. 
Thalhvyl a une société de lecture 
dont les séances sont hebdoma- 
daires. 

Wollishofen est un beau vil- 
lage qui renferme de jolies mai- 
sons , et une école fondée par Jean 
Schmitz, en 1749, et située sur 
une hauteur : c'est là que com- 
mença la bataille de Zurich entre 
les Français et les Busses , com- 
mandés par Souwarow. 

Zurich. ( Voir à la table. ) 

Deuxième route. 

Cabpel , village du canton de 
Zurich, situé sur le revers méri- 
dional de l'Albis , à la frontière du 
canton de Zug. Non loin de ce lieu 
sont situés les bains de Wongi , de 
même que plusieurs ruisseaux qui 
recouvrent les mousses d'une croû- 
te de tuf. Cappel est fameux dans 
l'histoire de la Suisse par la bataille 
qui s'y donna pendant la guerre 
civile de l'an 1531 , et par la mort 
(Y Ulrich Zivingli. L'église est 
fort curieuse ; elle a de fort beaux 
vitraux et de vieux tombeaux. 
C'est là que mourut, en 1812, 
Léonard Meister, écrivain suisse 
estimé. 

Adlischwyl, joli village avec 
belles habitations ( 50 maisons en- 



ADLÏSCHWYL. 



205 



vïron ) ; filature anglaise et fort 
bonne auberge. On voit, à une 
maison située entre le pont et le 
moulin , une ligne noire qui in- 



dique que , le 30 septembre 1732 , 
la Sihl s'éleva à 4 pieds 8 pouces 
au dessus de l'emplacement qu'oc- 
cupe cette maison, 



296 



ZURICH. 



CHAPITRE XII. 



CANTON DE ZURICH. 



Situation et Population. Le 

canton de Zurich est borné au nord 
par le canton de Schaffhausen , à 
l'ouest par celui d'Argovie , au sud 
par ceux de Zug et de Schwytz , à 
l'est par ceux de St-Gall et de 
Thurgovie. Sa surface est de 90 1. 
carrées , et sa population de 
232,000 âmes. 

Confédération. Zurich entra 
dans la confédération helvétique 
en 1351 , et obtint le premier rang. 

Langue et Religion. La langue 
allemande y est seule en usage. 
Tout le canton suit la religion ré- 
formée, excepté une partie des 
habitants de Dietikon et ceux de 
Rheinau qui sont catholiques. 

Rivières , Lacs. Ses rivières 
sont : la Limmat, la Sihl, la Thur, 
la Tœss et la Glati. Outre le lac de 
Zurich , on trouve dans l'intérieur 
ceux de Greiffensée, de Pfe/fi- 
kon , de Kazen , de Tiirler , de 
Widen-, ce dernier nourrit des 
tortues d'eau douce. Il y a aussi 
quelques eaux minérales et bains 
peu fréquentés à Winterthur , 
ÏVengi , JYidelbad, Geirenbad. 

Division. Le canton de Zurich 
est divisé en onze districts, qui 
sont ceux de Zurich, Knonau, 
H or g en , Meilen , Hinweil , Us- 
ter , Pfeffikon , /Winterthur, An- 
delfmgen, Bulach et Regensberg. 



Productions. Le sol de ce can- 
ton est en général très -fertile ; on y 
récolte des grains de toutes les es- 
pèces et beaucoup de fruits. Il pos- 
sède une grande étendue de vigno- 
ble qui produit parfois une quantité 
considérable de vin. La Flore zùric- 
koise renferme quelques espèces in- 
téressantes. Les habitants élèvent 
beaucoup de bestiaux et de che- 
vaux. On compte dans ce canton 
50,000 bêtes à cornes ,4,000 che- 
vaux, 3,600 moutons, 6,000 chè- 
vres et 18,000 porcs. Il se consomme 
annuellement sept millions de li- 
vres pesant de viande de toute es- 
pèce. On élève assez d'abeilles dans 
les districts de Knonau , Uster et 
Regensberg. Il y a peu de volailles 
et le gibier devient très-rare. La 
pêche la plus remarquable est celle 
du saumon dans la Limmat; elle 
se fait de nuit, au moyen d'un har- 
pon, dans les trois derniers mois 
de l'année. 

Parmi les animaux sauvages , on 
trouve le chevreuil , le lièvre , le 
renard, l'écureuil, la martre, la 
belette et le putois. Les oiseaux 
connus en Suisse se rencontrent 
tous , à l'exception de ceux qui ha- 
bitent les Alpes. Les lacs produisent 
des truites saumonnées du poids 
de trente livres. Les anguilles de 
la Glatt sont très-renommées. Par- 



ZURICH. 



29Î 



mi les serpents , la couleuvre au- 
trichienne n'est pas rare auprès de 
Zurich, et la vipère est très-com- 
mune près de Riiferschweil. 

Industrie. Une partie de la po- 
pulation est employée à la filature 
et au tissage des toiles de coton , 
mousselines et calicot , à la brode- 
rie de ces étoiles , à la fabrication 
des étoffes de soie et à celle des ru- 
bans ; quelques fabriques de toiles 
peintes et de draps y prospèrent. 
Il y a aussi des exploitations de 
tourbe , dont la meilleure est celle 
voisine du petit lac de Hutten. On 
compte encore 60 tanneries , pré- 
parant environ 50,000 peaux de 
différentes espèces. La fabrication 
de tissus de paille a considérable- 
ment diminué depuis plusieurs 
années. 

Moeurs, Haritudes, Costumes. 
Le Zùrickois , quant à sa constitu- 
tion physique, ne présente pas de 
caractères bien déterminés. Sa force 
est moyenne, propre à supporter 
des efforts soutenus. La vie de fa- 
brique, par son développement, 
produit une génération dont la san- 
té , proportion gardée , est encore 
assez bonne. La population la plus 
vigoureuse est celle qui joint les 
travaux industriels à ceux des 
champs. L'application trop précoce 
des personnes du sexe aux occupa- 
tions agricoles ou des fabriques ne 
nuit que trop souvent à leur déve- 
loppement. La non niture du cam- 
pagnard est simple relie se compose 
de bouillie de farine, de pommes de 
terre, de lait et de quelques légu- 
mes. Le lard ne parait qu'une ou 
deux fois par semaine ; ce n'est 
que le dimanche qu'on se permet 
la viande fraîche , et les domesti- 
ques n'en ont ordinairement pas. 
On mange peu de fromage. L'usa- 
ge de l'eau-de-vie est généralement 
répandu. 

Quant à l'habillement, le coutil, 
dans les campagnes, a élé généra- 
lement remplacé par les étoiles de 
laine ou de coton. Les vieillards 
portent encore des culottes. Ce 
sont les femmes des parties infé- 



rieures du district de Zurich qui 
sont le plus restées fidèles aux an- 
ciennes modes nationales. Les iilles 
se distinguent des femmes par deux 
tresses pendantes ; elles ont en gé- 
néral un grand soin de leurs che- 
veux qui sont fort beaux. 11 n'est 
pas rare de voir de jeunes person- 
nes dont les nattes descendent jus- 
qu'aux pieds. 

Climat. Le canton de Zurich 
peut être classé parmi les pays sa- 
lubres, par sa température et sa 
situation. Les contrées les moins 
salubres sont la ville de Zurich, 
quelques parties de la vallée de la 
Limmat , la vallée de la Glatt , les 
environs de Wangen et de l'Irchel. 
La peste a paru pour la dernière 
fois en 1GG8. Dans les trois siècles 
antérieurs, cette maladie doit s'être 
manifestée vingt-une fois. Seize de 
ces épidémies ont enlevé 190,000 
personnes. 

Instruction purliqle. Outre 
les écoles primaires à deux degrés, 
qui sont bien organisées, les éta- 
blissements supérieurs sont l'école 
cantonale ou l'université , et un 
séminaire. Le canton renferme en- 
core une école de dessin, l'institut 
des aveugles, qui date de 1810 et 
qui a été fondu avec celui des 
sourds-muets, et plusieurs insti- 
tutions particulières pour filles et 
garçons. 

Hôtels : Grand hôtel Baur , 
nouvellement construit ; situé en 
face de l'hôtel des Postes, près du 
jardin des plantes et donnant sur 
le lac. Cet hôtel est un des plus 
beaux et des mieux tenus de la 
Suisse ; le service ne laisse rien à 
désirer, la table est exquise, les 
appartements décorés avec luxe et 
dans le dernier goût. On y trouve 
journaux , bibliothèque , piano , 
etc. Deux tables d'hôte, l'une a 
1 h. après-midi , l'autre à 5 h. Cet 
hôtel, le plus beau de la ville, n'est 
pas plus cher que les autres. — De 
VEpée, tenu par M. Kercz. Excel- 
lent hôtel , prix modérés , bonne 
cuisine , en vue du lac et des mon- 
tagnes de neige. Le» appartements 

13* 



m 



ZURICH. 



Tiennent d'être renouvelés , déco- 
rés et meublés à neuf. — La Cou- 
ronne-d'Or, tenu par Leuthold , si- 
tué au nouveau port où abordent 
les bateaux à vapeur. Belle vue, 
appartements commodes et spa- 
cieux , écuries et remises. — Le 
Corbeau , la Cigogne , bien situés. 
— Nouvel hôtel du Lac. 

Le Safran est un café où on 
trouve des journaux français , et 
où on sert à manger à la carte. 

L'observatoire de Zurich, qui 
occupe une des tours de la cathé- 
drale, est situé par les 47*22' 43" 
de latitude, et par les 26° 12' 24" 
de longitude. Sa hauteur est de 
1,279 pieds au dessus du niveau 
de la mer. Zurich s'étend sur les 
deux rives de la limpide Limmat , 
qui sort du lac dans l'intérieur de 
la ville, et y reçoit le ruisseau de 
Wolfbach, et un bras de la Sihl, 
auquel on donne le nom de Zahm- 
Sihl. Les remparts qui entourent 
la ville ont été aplanis en faveur de 
l'industrie. Le grand conseil vient 
d'en ordonner la démolition défini- 
tive; les portes sont déjà abattues. 
La vallée (bassin de la Linth ou 
Limmat) , dans laquelle Zurich est 
situé, court du S.-S.-E. au N.-N.-O.; 
sa largeur, depuis le Zùrichberg 
jusqu'au pied de l'Uetliberg , est 
d'une lieue; mais le terre-plein n'a 
pas plus de */* de 1. de large. Cette 
vallée est bordée par des chaînes 
de montagnes qui ont de 12 à 1,500 
p. d'élévation au dessus du lac. La 
partie de la ville qui occupe la 
rive droite se nomme la grande 
ville ; elle s'étend au pied du Zù- 
richberg, et renferme un grand 
nombre de rues qui vont en mon- 
tant ; il en est de même de la petite 
ville , bâtie autour des collines du 
Lindenhof et de St-Pierre. 

Il n'y a guère que les beaux fau- 
bourgs de Thalacker et de Stadel- 
hofen dont les rues soient parfaite- 
ment horizontales. Trois ponts 
établissent la communication en- 
tre les deux parties de la ville : 
celui du milieu est le seul que les voi- 
tures puissent traverser. Un second 



pont en construction servira au | 
passage des piétons et des voitures. I 

Un beau canal , achevé en 1827, | 
nommé Frœschengraben , traverse I 
la petite ; il sort du lac et se réunit 
à la Zahm-Shil ; un autre canal plus 
large ( Schazengraben ) entoure les 
fortifications de cette partie de la 
ville. 

Histoire de nos temps. Pendant 
la guerre de 1799, la ville de Zurich 
a été toujours exposée aux dangers 
les plus imminents.il n'est aucune 
autre partie de la Suisse qui ait 
constamment été , comme elle , 
le centre des armées ennemies et 
le théâtre des batailles les plus san- 
glantes. — Les Français , entrés en 
Suisse au commencement de mars 
1798, occupèrent Zurich le 27 avril. 
Lorsque la guerre eût éclaté pour 
la seconde fois, les Autrichiens 
passèrent le Rhin à Stein et à Pa- 
radies le 22 mars 1799, et obligè- 
rent les Français de se replier sur 
tous les points. Le 2 Juin r on se 
bat avec acharnement sur les hau- 
teurs de Uetikon , près de Zurich ; 
le 3 juin à Zollikon et à Riesbach ; 
le 4 , engagement général ; les 
Français sont forcés de quitter la 
rive droite de la Limmat, et d'éva- 
cuer la ville , où les Autrichiens 
entrèrent le 6. Combat de peu d'im- 
portance au Sihlfeld le 8 et le 15. 
Le 18 août , l'armée russe arriva à 
Zurich pour remplacer l'autrichien- 
ne , sous le commandement du gé- 
néral Korsakow. Le 25 septembre, 
Masséna , général en chef français, 
passa la Limmat à Dierikon , coupa 
la ligne des Russes, et pénétra le 25 
dans la ville , autour de laquelle il 
remporta une des plus fameuses vic- 
toires de nos temps. En 1802, la ville 
fut bombardée par le général helvé- 
tique Andermatt, parce qu'elle avait 
refusé de laisser entrer les troupes 
du gouvernement central ; mais le 
feu ne prit nulle part : contre cette 
troupe , les remparts se sont trou- 
vés assez forts ; mais ils ne valent 
rien contre une bonne artillerie , 
la ville étant dominée par plusieurs 
collines. 



ZURICH. 



299 



Industrie , Commerce. A l'é- 
poque de ia réformation , les ci- 
toyens de Zurich déployèrent une 
nouvelle activité. Les métiers et 
l'agriculture se perfectionnèrent; 
l'industrie et le goût des sciences 
firent les progrès les plus rapides. 
Dès le xv e siècle, il existait, à la 
vérité , dans cette ville , des fa- 
briques d'étoffes de laine et de 
soie , de toile et de cuir ; mais ce 
ne fut que depuis le commence- 
ment de la réformation , que ces 
manufactures s'étendirent au point 
de pouvoir envoyer leurs produits 
jusque dans les pays les plus 
éloignés. Les fabriques d'étoffes de 
sole de Tours et de Lyon com- 
mencèrent à fleurir vers le milieu 
du xvi e siècle, au grand préjudice 
des Zùrickois ; mais l'activité de 
ces derniers leur offrit bientôt un 
ample dédommagement dans les 
manufactures de coton , qui fi- 
nirent par occuper une grande 
partie des habitants de leur terri- 
toire. Cette branche d'industrie 
atteignit, en 1790, le plus haut 
degré de splendeur , et fit de 
Zurich une des places les plus 
commerçantes de la Suisse ; mais 
depuis la révolution politique , 
qui était très-nécessaire à ce can- 
ton à cause des grands privilèges 
de la capitale, tout s'est changé 
d'une manière incroyable. Les ha- 
bitants de la campagne , surtout 
des bords du lac, rivalisent avec 
ceux de la capitale dans plusieurs 
branches d'industrie. Au bord de 
chaque ruisseau , il y a des ma- 
chines , des filatures et d'autres 
établissements importants. 

Curiosités. 1° La bibliothèque 
de la ville, fondée en 1G28 ; elle 
contient actuellement environ 
00,000 volumes. Divers savants , 
tels que MM. Leu, Simler et 
Steinbrukel , lui ont légué leurs 
nombreuses collections. Elle est 
placée à la Wasserkirche , bâti- 
ment situé sur la Limmat , a l'ex- 
trémité du pont supérieur. On y 
remarque le manuscrit original de 
Quinfîlien ; une partie du Codex 



Vaticanus, écrite sur du parche- 
min violet ; des lettres latines de 
la célèbre Jeanne Gray à Bullinger; 
une collection de lettres originales 
de plusieurs savants zùrickois ^ 
plusieurs manuscrits de Zwingli; 
700 manuscrits relatifs à l'histoire 
de la Suisse ; le meilleur portrait 
qui existe de Zwingli et de son 
épouse ; un grand nombre de des- 
sins représentant les chefs de la 
république, de l'an 133G jusqu'à 
nos jours ; plusieurs antiquités 
romaines trouvées dans le canton 
et aux environs, et un cabinet 
composé de 4,000 médailles. Cette 
bibliothèque est ouverte en tout 
temps aux étrangers. On remar- 
que , à côté du bâtiment où elle est. 
renfermée , une source froide d'eau 
soufrée , dont certains moines sa- 
vaient autrefois , dit-on , tirer 
parti pour maintenir le peuple 
dans la superstition. Cette source , 
dont on avait fermé l'accès , en 
1656, pour prévenir le retour des 
anciens abus , a été retrouvée vers 
la fin du dix-huitième siècle. 2° 
La bibliothèque et le magnifique, 
cabinet d'histoire naturelle de la 
société économique et physique , 
qui possède l'herbier du naturaliste 
Jean Gessner. Cet herbier, com- 
posé de 36 volumes , renferme 
7,000 espèces de plantes de la 
Suisse , de la Russie , du cap de 
Bonne-Espérance , de Ceylan , etc. 
En 180G , M. le chanoine Rahn 
ayant pris la résolution de vendre 
son beau cabinet d'histoire natu- 
relle, auquel il avait joint les pré- 
cieuses et riches collections de 
Jean Gessner, son prédécesseur, 
l'esprit public des citoyens de 
Zurich eut bientôt recueilli le. 
somme de 15,000 florins pour en 
faire l'acquisition , et le joindre à 
celui de la société de physique. 3° 
La collection d'histoire naturelle 
est au Hinteramt : elle est fort 
curieuse. 

4o L'hôtel-de-ville, bâti de l(i!>7 
à 1099 : dans la première anti- 
chambre on voit les tableaux re- 
présentant toutes les espèces de 



300 



ZURICH. 



poissons du lac et de la Limmat , 
selon leur grandeur naturelle; il 
renferme aussi des bustes de héros 
grecs , romains et suisses ; la salle 
restaurée du grand conseil mérite 
d'être remarquée ; 5» l'observa- 
toire ; Oo l'hôtel des orphelins , 
bâti en 17G5; 7o l'église cathédrale, 
fondée à une époque très-reculée , 
de manière que l'on croit que 
Charlemagne ne fit qu'ajouter aux 
richesses qu'elle possédait déjà. 
Un caveau d'environ 12 pieds de 
haut occupe toute l'étendue du 
chœur; des deux, tours qui cou- 
ronnent cet édifice , Tune porte le 
nom et la statue de Charlemagne , 
Au cloître qui l'entoure est atte- 
nant le bâtiment de l'école can- 
tonale, où l'on remarque un labo- 
ratoire de chimie très-bien orga- 
nisé; 8o la tour du Wellenberg, 
bâtie au milieu de la Limmat : c'est 
dans cette prison que fut renfermé 
pendant deux ans le comte Hans 
de Habsbourg-Rapperschwyl , au 
milieu du quatorzième siècle , 
ainsi que le bourgmestre J. Wald- 
mann , en 1488 , et le fameux 
ministre Waser, pendant la se- 
conde moitié du siècle passé : ces 
deux derniers n'en sortirent' que 
pour monter sur l'échafaud; 9o les 
arsenaux ; 10o la maison des 
aliénés, bâtie en 1816 ; 11» le 
Casino; 12o la vaste maison de 
correction ; 13o l'église de Frauen- 
munster , magnifique édifice du 
xme siècle , où les catholiques 
célèbrent provisoirement leur 
culte; l4o l'église de St-Pierre, dont 
la belle tour porte la plus grande 
horloge de la ville; 15o la maison 
ou Zwingli passa les six dernières 
années de sa vie : elle est située 
dans la grande ville et porte le no 
185; IGo l'hôpital, vaste bâtiment 
renfermant une salle d'anatomie ; 
un endroit séparé est destiné aux 
incurables; l'école pour les sourds- 
muets et les aveugles se trouve 
dans cette maison; 17o les nou- 
veaux magasins construits en 1839 
à l'instar de Paris, en face le pont 
de pierre, 



Ecoles et Institutions pour l'a- 
vancement des sciences. 1° L'uni- 
versité où un grand nombre de 
fameux professeurs enseignent la 
théologie , la philosophie , la mé- 
decine et toutes les autres bran- 
ches des sciences ; l'école canto- 
nale qui se divise en deux sections r 
le gymnase inférieur et supérieur, 
et l'école inférieure et supérieure 
d'industrie y dans laquelle 34 pro- 
fesseurs donnent des leçons de lan- 
gues anciennes et modernes , d'his- 
toire , de mathématiques „ de 
géographie, etc. 

11 y a des écoles publiques à? 
Zurich pour l'un et l'autre sexe , 
plusieurs instituts particuliers et 
sociétés , entre autres l'institut des 
aveugles, des sourds et muets, 
des pauvres enfants. 2° La société 
militaire existe depuis 1778; 3° la 
société du salon des arts , fondée 
en 177G par S. Gessner ; 4° la so- 
ciété destinée à perfectionner l'e- 
xercice des fonctions pastorales , 
instituée en 17G8 ; 5° la société de 
physique, d'économie et d'histoire 
naturelle , formée en 1745 sous 
les auspices du bourgmestre Hei- 
degger et du célèbre naturaliste 
Gessner ; G° la société des méde- 
cins et chirurgiens de toute la 
Suisse, fondée en 1788 par le doc- 
teur et chanoine Rahn ; 7° la so- 
ciété charitable instituée, le 31 oc- 
tobre 1799, par douze citoyens 
respectables de la ville, avec un 
fonds qui s'élevait à 4 louis. On 
comptait alors dans le canton 
6,549 pauvres hors d'état de tra- 
vailler, et 21,G78 individus sans 
occupation. Pendant l'espace de 
huit ans , c'est-à-dire jusqu'en 
1807, cette société avait recueilli 
5,146 louis pour ses œuvres de 
bienfaisance. En 180.0 on commen- 
ça à distribuer des soupes à la 
Rumfort, puis on établit une fa- 
brique pour occuper les pauvres, 
et en 1805 une caisse d'épargnes, 
dans laquelle tous les habitants du 
canton peuvent placer à intérêt les 
fruits de leurs économies ; 8° la so- 
ciété suisse d'utilité publique ; 



ZURICff. 



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9° celle de l'histoire de la patrie ; 
10° les deux sociétés pour modé- 
rer les frais et le luxe des enterre- 
ments ; 11° la société générale de 
musique ; 12° les deux sociétés de 
chant. — Librairies et imprimeries 
de grande importance , MM. Orell 
Fûssli et compagnie , Schulthess , 
Ziegler , Messof. 

Postes. Le courrier de Paris ar- 
rive à 8 heures du matin et repart 
à 6 heures du soir. 

Bateaux à vapeur. Tous les 
jours , pour Rapperschwyl : TEinth 
Escher et le Républicain. 

Magasins d'estampes. Henri 
Fûssli , Frédéric Fùssii , près de 
FEpée.. On trouvera dans ces mai- 
sons des vues , panoramas , vignet- 
tes, costumes, et les guides de 
tous- les pays. Leuthold , où on 
trouvera tous les guides de Richard 
en France, en Italie , etc. , et une 
collection nombreuse de vues et 
costumes suisses. 

Journaux. 3 gazettes zûrickoi- 
ses occupent la curiosité des habi- 
tants ; celle de Burkli tous les 
vendredis ; le Républicain et la 
Neue - Zùrcherzeitung , chacune 
deux fois par semaine. Pop. 
18,000 h. 

Bateaux particuliers. Pour 
Staeiïa , tous les jours ; de même 
pour Meilen , Richtersehwyl , Wac- 
denschwyl , Horghen et fhahvyl. 
Sociétés d'amusement : presque 
tous les jouis les hommes et les 
dames se rassemblent en sociétés 
séparées ; les deux sexes se trou- 
vent rarement réunis. Les étran- 
gers sont aisément admis dans les 
compagnies d'hommes. En hiver 
on donne toutes les semaines de 
grand concerts ; il n'y a pas de 
ville en Suisse où le goût de la 
musique soit aussi général, et où 
l'on trouve autant d'amateurs qu'à 
Zurich. Une société d'hommes se 
réunit tous les jours en hiver à la 
tribune de la Wagg ; en été au 
Baugarten : d'autres sociétés plus 
mêlées , au café Safran , Rothen- 
thurmctSchneidern. Depuis quel- 



que temps , les zélés démocrates se 
trouvent en été ordinairement à la 
Blatte , hors de la ville , dans la 
même maison où avant la révolu- 
tion le fameux Pestalozzi a écrit 
une partie de ses ouvrages ; où 
après la restauration madame Kru- 
dener a fait un séjour pour prê- 
cher à la populace des environs. 
Quel contraste ! 

Bains. On trouve des bains 
chauds à Drahtschmidli , dans la 
Neustadt ,